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7 avril 2014 1 07 /04 /avril /2014 19:47

L'homme, c'est un fait connu depuis maintenant quelques années, est un animal. En tant que tel, une de ses préoccupations majeures est de propager ses gènes par l'acte de copulation, en général avec un autre homme du sexe opposé.

Pour parvenir à cette fin, l'homme de sexe mâle a (grosso-modo) quatre possibilités légales (1) : éblouir l'homme de sexe femelle par son torse luisant d'Apollon, l'éblouir par la carrosserie brillante de sa Ferrari, l'éblouir avec son sens de l'humour rigolo, ou l'éblouir avec sa culture rutilante de mec intelligent.

Les trois premières possibilités étant hors de portée de mes lecteurs, nous allons nous consacrer à la dernière, qui ne demande qu'un budget relativement restreint et permettra de se taper des filles à lunettes, qui sont en règle générale délaissées par les trois autres types de types (enfin, ça dépend du type de lunettes), malgré leurs nombreuses qualités, la moindre d'entre elles n'étant pas, pour la question qui nous préoccupe, d'avoir des exigences moindres que les filles sans lunettes tout en ayant des prétentions intellectuelles (2).

Comment, donc, éblouir une fille avec sa grosse culture, surtout quand on n'en a pas ? C'est bien simple : il faut en donner la preuve avec une bibliothèque soigneusement choisie.

Attention, cependant : cette bibliothèque idéale doit parvenir à un équilibre subtil. Il faut paraître cultivé, éclectique et sensible, tout en évitant majeur l'écueil de l'exagération : se montrer intimidant intellectuellement ne vous permettra pas de tremper le biscuit. Les livres choisis devront donc être connus et réputés sans être trop ardus. Nous pouvons donc bannir d'office Barthes ou Joyce. Il faut également éviter les auteurs sujets à controverse, tels Amélie Nothomb ou Paulo Coelho, le risque est trop grand que votre partenaire potentielle se moque de vous, ce qui est tout aussi rédhibitoire qu'un trop gros QI.

Pour le reste, il y a quelques règles à respecter : quelques Pléiade seront nécessaires, mais il ne faut pas s'en contenter. L'aspect est très important : on préférera se procurer des livres d'occasion, des poches des années 60, pour avoir un effet de livres déjà lus cent fois. En plus, leurs couvertures sont généralement plus classieuses que les ouvrages édités récemment.

Voici donc une liste - non exhaustive - de livres qu'il faudra vous procurer et mettre en valeur dans votre garçonnière.

Le Petit Prince, de Saint-Exupéry, vous permettra de mettre en avant votre caractère sensible. Il sera sans doute également bon de mettre un livre pour enfants qui aurait marqué votre enfance, comme la Petite Poule Rousse, ou le Cheval Bleu, ou n'importe quel livre mettant en scène des animaux, paru chez les Deux Coqs d'Or. N'hésitez pas à mâchouiller votre exemplaire pour renforcer le côté attendrissant.
Quelques ouvrages de poésie vous seront également indispensables pour peaufiner cet aspect de type qui fera durer les préliminaires : Pablo Neruda, Walt Whitman, T.S Eliot, Ezra Pound, Apollinaire. Évitez Baudelaire, ça fait trop gogoth lycéen à mascara.

Pour s'assurer une image open-minded, les Chroniques de San Francisco d'Armistead Maupin sont un must-have. N'oubliez pas non plus d'être féministe. Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir est donc essentiel. Rajoutez quelques auteurs féminines choisies essentiellement sur ce critère (Françoise Sagan, Marguerite Duras, Colette).
Démontrez également votre ouverture sur le monde avec quelques romans de voyage : l'Usage du Monde de Nicolas Bouvier est indispensable, auquel vous pourrez ajouter, par exemple, les récits de Richard Francis Burton (Voyage chez les Mormons), ainsi que des guides de la vieille ville de Prague ou de la Birmanie (bien corné et gonflé d'humidité, un effet facilement obtenu en laissant le livre sur le lavabo pendant que vous prenez une douche brûlante.)

Un homme intelligent ne saurait non plus se montrer monolingue. Une version originale, de préférence une vieille édition Penguin, du Catcher in the Rye, de Salinger, est donc de rigueur. Pour ne pas passer pour un type qui se contente du classique, ajoutez-y Franny and Zooey, du même auteur, ça brouillera les pistes.

Les sous-genres littéraires sont un pari risqué : trop nombreux encore sont les gens qui considèrent la SF ou la fantasy comme de la sous-littérature. Pour ne pas passer pour un gros geek, il faut donc être subtil. Des Fleurs pour Algernon, de Daniel Keyes, et la Horde du Contrevent, d'Alain Damasio, sont suffisamment originaux pour prétendre à un statut un peu à part, un peu mainstream, et ne sauraient nuire à la cause du zizi-panpan.
Le problème est un peu le même avec la BD. Il faudra se contenter de Maus, d'Art Spiegelman, et de quelques Taniguchi si vous ne voulez pas être pris pour un ado attardé. Quelques Monsieur Jean ou le Chat du Rabbin devraient pouvoir passer, de même que De Capes et de Crocs ou Corto Maltese (le critère principal étant : « est-ce que Télérama en a parlé ? »).

Il sera également nécessaire de se doter d'un certains nombres d'ouvrages de philosophie et de sciences humaines. Ici Claude Levi-Strauss, Sartre, Paul Nizan, Pierre Bourdieu ou encore Michel Foucault. Vous risquez certes de n'attirer que des gauchistes, mais rassurez-vous, celles de l'autre bord sont déjà avec le mec à la Ferrari.

Un peu de Sade (Justine ou les malheurs de la vertu), Choderlos de Laclos (les Liaisons Dangereuses), Céline (Voyage au bout de la Nuit), Virginie Despentes (King-Kong Théorie) vous donneront un petit parfum sulfureux tout à fait émoustillant.

Enfin, pour boucher les trous de votre bibliothèque, n'hésitez pas à piocher dans les auteurs suivants : Stefan Zweig, Hermann Hesse, Milan Kundera, un ou deux auteurs russes (n'importe lesquels, du moment que leur nom finissent en -ov ou en -ski), Jorge Luis Borges, Bukowski, Raymond Queneau (parce que vous avez l'esprit fun), Hemingway, Melville, Proust, G.K Chesterton, Julio Cortázar...

C'est bon ? Vous avez tout ? Vous n'avez pas oublié de jeter vos Marc Lévy et vos Histoires dont vous êtes le Héros, ni de prendre une douche ? Parfait. Maintenant, vous n'avez plus qu'à attendre, elles vont vous tomber dans les bras (3).


(1) Pour la femme, c'est plus simple, il suffit de demander.

(2) Selon une étude américaine, qui m'a l'air un peu sexiste quand même.

(3) Mais ça peut prendre un peu de temps. Profitez-en pour apprendre à faire la cuisine et à réviser vos priorités. Vous avez pensé à prendre un hamster ? C'est chouette, les hamsters.

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25 mars 2014 2 25 /03 /mars /2014 19:42

Camarades, aujourd'hui, une fois n'est pas coutume, je voudrais dire les choses comme je les pense : Youpi. Avec un I grec majuscule.

Oui, Youpi. Youpidoup, même.

Je sais, je sais. Ce n'est pas mon genre, ces exclamations d'enthousiasme débridé. Je vous ai plus habitués à des boarf, sans même une majuscule. Des boarf, à quoi bon, pis de toute façon tout est nul d'abord les gens sont nuls et les trucs sont nuls pfffff.

Mais pas aujourd'hui, non non non. Aujourd'hui, comme je disais, je suis enthousiasme débridé, donc Youpi. Pourquoi ? Parce que aujourd'hui, je suis tout seul à la maison jusqu'à la fin de la semaine. Ma maman est partie en Lozère voir ma mamie, et mon papa est presque aussi loin, à Washington, pour faire des trucs chiants (je crois).

Ça va être la grosse fiesta à la maison, du coup. Je vais faire tous les trucs dont je rêvais sans pouvoir les mettre à exécution à cause d'eux. Passer l'aspirateur aux heures que je veux, par exemple, même le soir après être allé m'acheter un kebab, parce que personne ne sera là pour me juger.

LIBERTAD.

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11 mars 2014 2 11 /03 /mars /2014 23:42

Il est des jours comme ça, où vous prend l'envie de bloguer. Ce sont des choses qui arrivent, vous venez de vous taper deux épisodes de série, vous en commenceriez bien un autre mais les sous-titres n'ont pas encore été traduits, vous n'avez pas encore de livre en cours (bon, en fait vous en avez une demi-douzaine, mais là, vous n'avez pas envie d'en reprendre un), il n'est pas encore l'heure de se coucher, du coup paf, vous vous dites, hé mais dites-donc, pourquoi que je ferai pas une note de blog après tout ça fait un bail que ce pauvre blog est en friche, qu'il doit en avoir des publicités qui lui poussent dans tous les coins, ça fait sale et il ne mérite pas ça, quand même, parce que mine de rien, il commence à se faire respectable.

Parce que ouais quand même, c'est pas pour dire, mais ce blog a quand même débuté il y a de cela 569 notes, de qualité variant du naze au moins naze. Parce que ouais, j'ai vérifié, j'ai tout relu, j'ai tout trié, même. Et j'ai compté (enfin, mon ordinateur a compté) pas moins de 369 articles écrits spécifiquement pour ce blog (donc 200 que je sais pas trop où ou ce qu'ils sont), que j'ai trié dans des petits dossiers bien propres, en mettant dans un dossier mes merveilleux poèmes (j'en ai écrit cinq depuis 2006, je suis fier), dans un autre dossier mes 10 recettes de cuisine, dans un troisième mes seize malheureux articles présentant des bouquins (regorgeant de dithyrambes au point que c'en est douloureux de les relire), j'ai aussi tout un dossier d'articles encyclopédiques où j'ai rangé une trentaine de machins qui parlent de trucs comme les vieux, les gonzesses, l'Autruche ou les animaux morts, en bref des sujets que je maitrise plus ou moins, un dossier pompeusement titré « essais » où j'ai dû caser les trucs que j'avais pas compris (après vérification, ce sont les articles qui parlent de sexe, de couches seniors et d'escalators, mais en fait je suis sûr que j'avais une raison de les classer comme ça), un dossier nouvelles (hoooooo ! Je les avais presque oubliées, celles-là, y'en a quinze quand même, dont beaucoup de nulles, ce qui n'en laisse pas beaucoup de bien), et 270 articles dans un dossier « notes de blog », qui doivent être les trucs où je raconte ma vie et où je parle de mon blog, pour dire combien j'ai fait de notes et comment elles se répartissent dans mes dossiers.

Tout ceci me paraît bien vain à l'heure qu'il est. Pas les articles (enfin si, parce que quand même, c'est un blog), mais leur rangement. Je les ai même renommés, pour m'y retrouver un peu, avec l'année et le mois d'écriture et puis un titre qui ait vaguement à voir avec le contenu (c'était le plus difficile, vu que la plupart de ces articles n'a aucun fil directeur, aucun sens, et qu'en fait c'était surtout pour passer le temps, comme je fais là maintenant).

Mais bon, c'est pas si grave. Ça m'a donné quelque chose à faire, et j'aime bien avoir quelque chose à faire d'autre que passer l'aspirateur et traîner sur facebook. Tenez, pour vous dire, je suis allé jusqu'à planter un chèvrefeuille aujourd'hui. C'est dire.

Bon, du coup, j'ai réussi à faire une note. Ça fera disparaître les pubs pour 45 jours, youpi !

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31 décembre 2013 2 31 /12 /décembre /2013 20:42

Mes chers petits lecteurs jolis, mes chères petites lectrices jolies, et vous aussi les moches, qu'on oublie trop souvent,

c'est le cœur lourd que je viens à vous en ce 31 décembre. Car ce jour funeste est celui de la mort programmée d'une année 2013 encore au seuil de sa vie. Elle n'avait pas un an, et le sort nous l'arrache dans quelques courtes heures.
On pourrait passer des heures à pointer du doigt, qui le complot judéo-maçonnique, qui une politique carcérale trop laxiste, qui la dépravation des mœurs, mais ce n'est pas l'heure de chercher un responsable.
On pourrait passer des heures à rêver de ce que cette année aurait pu nous donner si seulement on lui avait donné le temps, l'inversion de la courbe du chômage, un ballon d'or pour Ribéry, mais ce n'est pas l'heure de se livrer à des hypothèses qui ne feront qu’accroître notre tristesse et notre désespoir.

Non, l'heure est au souvenir de ce que cette année aura pu nous apporter. Le mariage pour tous pour certains, un high score à Candy Crush Saga pour d'autres, chacun gardera au moins un bon souvenir de cette année 2013. Pour moi, ce sera mon premier chèque de chômage (hourra !), un petit neveu plus beau que la douzaine d'autres gamins qu'ont pondu mes contacts facebook, et un score de 126 livres et 349 (mais il me reste un peu de temps) BD, comics et mangas lus depuis le premier janvier, parmi lesquels d'excellentes surprises et de bonnes relectures (j'aime bien relire).

Adieu, 2013. Tu n'eus pas que des bons côtés, mais pour ceux-ci, je chérirai ton souvenir. Adieu.

Et bonne année à tous.

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20 décembre 2013 5 20 /12 /décembre /2013 10:34

Bref aparté : il me faut publier tous les 44 jours pour éviter la pub sur mon blog, apparemment, et j'avais par ailleurs pondu un article pour un autre site, avec la contrainte qu'il devait être lié à l'image ci-dessous. Allons-y donc pour supprimer les pubs.

 

***

 

Observons un instant ces images : deux mâles, des torses musclés, des mâchoires aux dimensions impressionnantes, des expressions vides sur le visage, nous avons manifestement affaire à des héros de fantasy stupides, à base de poutrage de gobelins et de tringlage de guerrière en bikini (ou de vierges sauvées de monstres pustuleux), le sujet qui s'impose est évidemment la littérature de merde.

 

Je voudrais donc profiter de cette occasion pour évoquer, de manière plus positive, la littérature de merde pour enfants. Ou, plus exactement, la littérature pour enfants qui met la merde au centre des débats. Car le caca est un sujet universellement méprisé. Pas plus tard que tout à l'heure, des camarades que j'estimais plutôt ouverts d'esprit me disaient « moi, le caca, ça ne me fait pas rire ». Pauvres d'eux. Le caca est une source de joie inépuisable pour qui a su garder son âme d'enfant. Le caca est drôle, parce qu'il est dégoûtant (beeeeh), et parce que son nom est rigolo (dépassé dans la langue française seulement par « Pompidou »). Je n'aime pas particulièrement le caca. C'est berk. Mais les livres sur le caca sont, ou du moins peuvent être, très chouettes. Je prendrai trois exemples.

 

 

« De la petite taupe qui voulait savoir qui lui avait fait sur la tête » est exactement ce que son nom indique : une enquête pleine de rebondissements d'une petite taupe à la recherche du coupable d'un crime parfaitement dégoûtant. Pour être honnête, je ne m'en souviens plus trop, sauf que c'était rigolo, mais il me fallait ce titre pour arriver à trois. On ne fait pas un article sur deux livres. C'est soit un, soit trois, soit dix-huit, désolé mais je fais pas les règles.

 

 

« L'Anneau Magique de Lavinia » est un de mes livres préférés de quand j'étais petit (avec l'Arme secrète de Ralph, Bien plus grand que Martin et Valentine fait de la soupe aux orties. Et Laura. Et les Biboundé). Ce conte de fées est en effet parfaitement immoral et réjouissant : Lavinia, une petite marchande d'allumettes orpheline et bien seule cette nuit de Noël, accroupie dans la neige, voit passer une dame manifestement éméchée qui lui demande une allumette. Pas radine, elle lui en offre une. La fée (car c'en était bien sûr une) la félicite de sa générosité et lui offre un anneau magique aux pouvoirs terrifiants : passé à son doigt, si elle le tourne dans un certain sens en fixant un objet, elle peut le transformer en caca (et lui redonner sa forme originelle en le tournant dans l'autre sens). Et c'est le début de l'ascension sociale de notre pauvre malheureuse, qui parvient à obtenir le confort matériel grâce à la magie du chantage : quel hôtel refuserait de donner sa meilleure chambre à quelqu'un qui peut transformer les lustres en caca pendant le dîner ?
Tout se passe donc pour le mieux pour Lavinia, qui commence même à devenir un peu désagréable, jusqu'au jour où elle fait tourner l'anneau tout en se contemplant dans un miroir...
Que de belles leçons de vie j'ai appris avec ce livre.

Si L'Anneau Magique de Lavinia est un peu ironique sur les bienfaits du caca (car le caca est ici réprouvé et craint de tous), ce n'est pas du tout le cas du « Monde merveilleux du caca », de Sir Terry Pratchett himself.

 


Les amateurs du Disque-Monde connaissaient ce livre comme un des ouvrages préférés de Sam Vimaire junior, fils de Sam Vimaire, dans l'avant-dernier ouvrage pour grands de Pratchett, Coup de Tabac. N'ayant pas le cœur de laisser ses lecteurs dans les affres des questionnements métaphysiques (mais c'est quoi ce bouquin qui a l'air trop bien ?), il en a fait un livre pour enfants (un très beau livre, d'ailleurs. On notera également que le premier livre préféré de Sam Vimaire junior, Where's my Cow, est également disponible dans toutes les bonnes librairies de Roundworld).
Dans ce récit, le jeune héros, Geoffroy, rendant visite à sa grand-maman, se fait déposer un petit cadeau sur la tête par un oiseau malappris. Et ce sera l'occasion pour Geoffroy, comme le dit la quatrième de couverture, de se lancer dans une grande et instructive quête sur le caca, de rencontrer des personnes fascinantes et bien plus éclairées que le commun des mortels sur la question, pour réhabiliter aux yeux des enfants et de leurs parents ce qui est un sujet (et un objet) bien plus digne d'intérêt qu'on ne veut bien le croire.

Merci de votre attention, vous pouvez reprendre vos saines lectures.

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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 22:42

Je n'aime pas trop me vanter. Non pas que j'aie quelque chose contre l'adulation des foules, mais il faut bien reconnaître deux choses : 1) l'adulation des foules est rarement à la hauteur de vos espérances (notamment quand vous avez fait le ménage mais oublié d'éteindre une lumière) (a), et 2) les gens qui vous admirent ont tendance à s'imaginer du bien de vous, et je me fais un principe de conserver les attentes des gens à mon égard au strict minimum, c'est bien plus sûr.

Cependant, aujourd'hui, je vais faire un entorse à mes principes, parce que quand même : je me suis acheté deux pantalons, dans deux magasins différents, et il faut que le monde sache.

D'accord, j'y étais un peu obligé : mon seul pantalon (b) était en train de faire des galipettes dans la machine à laver, au milieu de trucs que j'avais trouvé pour prétexter le lancement d'une machine. (j'étais bien obligé de le laver, il ne pliait plus au niveau des genoux.)

Mais quand même. J'aurais pu laisser ma maman aller m'en acheter, puis râler sur le fait qu'il était pas à ma taille et que j'aimais pas la couleur et que s'il te plaît, tu pourras aller l'échanger pour la taille au-dessus (mais en plus court) s'il te plaît s'il te plaît (battements de cils inclus).

Parce qu'il faut que vous sachiez une chose. Je suis un homme. J'ai les poils pour le prouver. J'ai des couilles comme ça, qui font des trous dans mes caleçons. Je sais monter des meubles Ikéa sans pousser de cris de frustration, rester des jours sans me laver ni me changer (parce que c'est les vacances), j'ai tué pour survivre (un lézard, un tourteau, des centaines de moustiques), j'ai survécu à une diarrhée dans un bateau de huit mètres sans gogues avec une dizaine de collègues autour de moi, j'ai regardé le Tombeau des Lucioles sans qu'une larme ne vienne souiller ma joue. Il n'y a qu'une chose qui puisse me réduire à l'état de larve tremblotante, me foutre le cœur à 170 pulsations minute, me faire monter la nausée au bord des lèvres et me coller l'envie de pleurer, et c'est la perspective d'aller acheter des fringues (c).

Je ne sais pas à quoi c'est dû, mais c'est à chaque fois pareil : je panique. Intérieurement. Je regarde à peine les trucs qui pendouillent, non, ça va pas, j'aime pas le col, j'aime pas la matière, j'aimepaslacouleur y'arienvazyonsortj'enpeuxplusj'étouffeonrestepasonrestepaaaaaaas ! Et je m'échappe. Je fuis. Pour ne plus sentir le regard de ces vendeurs avec leurs cheveux pleins de gel, pour ne pas risquer de les entendre me dire, avec un mépris qui dégouline de leur voix polie « je peux vous aider ? Bon ben je vous laisse regarder alors, si vous avez besoin je suis là » en jugeant tout ce qu'ils peuvent juger. Pour ne pas voir tous ces gens qui n'ont aucun problème à prendre des trucs et à les essayer, alors que j'ai les mains qui tremblent, que je fais tomber les cintres partout dans la cabine, que j'enfile les pantalons jusqu'aux genoux avant de décider que non ça va ils sont trop petits et en plus ils sont moches pas besoin d'aller plus loin je peux ressortir on s'en va maman ? (parce que oui, il me faut bien une maman pour me traîner dans ces endroits.)

Mais aujourd'hui, j'ai su être fort. Dans TROIS magasins, je suis allé, j'ai essayé des pantalons en les enfilant jusqu'aux fesses et en les refermant quand c'était possible, j'en ai rejeté, et j'en ai choisi. Bon, y'en a un qui ne me plait pas trop, il a une coupe un peu moche, mais j'allais pas en réessayer un autre alors qu'il m'allait. Mais l'autre est bien.

Voilà. J'ai maintenant trois pantalons. Je vais pouvoir rendre celui que je porte à mon père. Et vivre la tête haute, jusqu'à la prochaine fois.

(a) NEVER FORGET. NEVER FORGIVE.

(b) Bon, techniquement, ce n'est pas le seul. Mais l'un des deux autres encore à ma taille a une grosse déchirure là où c'est mal vu du grand public depuis une randonnée en montagne, et l'autre a un bouton décousu depuis l'été. Donc il ne m'en restait plus qu'un que je puisse mettre.

(c) En fait, il y a aussi la perspective de devoir faire une lettre de motivation, et celle de décrocher mon téléphone pour prendre un rendez-vous pour le médecin pour récupérer mon permis poids lourds sénégalais. Mais littérairement, une seule chose, c'est plus cool.

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21 octobre 2013 1 21 /10 /octobre /2013 12:42

Problématique

 

L'exercice de la critique littéraire est un art notoirement difficile, faisant généralement appel à une dose importante de subjectivité. Le critique, souvent rétif aux genres dont il ne maîtrise pas les arcanes, aura ainsi tendance à dévaluer certaines œuvres, les condamnant ainsi, s'il dispose d'un tant soit peu de visibilité, à une rapide descente dans l'oubli.

Cette subjectivité inhérente à la critique littéraire telle qu'elle existe aujourd'hui ne saurait satisfaire un esprit scientifique et épris de justice. La question se pose donc : comment mesurer de manière la plus impartiale et objective possible la qualité d'une œuvre littéraire ? Peut-on user de critères qualitatifs ? Et si oui, lesquels ?

 

Il est hélas improbable que l'on puisse trouver un seul critère permettant de répondre unilatéralement à cette question. On ne peut pas dire « la reliure de cet ouvrage est en papier non recyclé, il est nul », pas plus que « la quantité de sauts de ligne est celle d'un bouquin médiocre ».

 

Nous proposons donc dans le présent article de transposer l'approche utilisée par les biologistes pour évaluer la qualité d'un milieu : il s'agit de mettre au point un indicateur multimétrique de qualité littéraire (ou IQL). Là où les biologistes font appel à des indicateurs basés sur des paramètres physico-chimiques (pH, température, épisodes d'hypoxie, etc.) et écologiques (ratio proies/prédateurs, niveau trophique moyen, etc.), comparés à des situations de référence (les mêmes paramètres dans des milieux non atteints par l'anthropisation) pour évaluer la qualité écologique des milieux (ici aquatiques), nous suggérons pour notre indicateur de qualité littéraire de faire appel à trois grands thèmes : des indices de qualité extrinsèque (IQE), des indices de couverture (IQC) et des indices de qualité textuels (IQT).

 

Ces indices seront comparés à leurs valeurs constatées dans les œuvres de Guillaume Musso, Marc Levy et Bernard Werber, qu'un échantillon représentatif de nos contacts facebook ont classé, avec un vocabulaire varié mais consistant, de manière similaire : ils sont considérés comme « nazes » (les qualificatifs proposés sont : Meh, de gare, Pffffffff..., casse-couilles, soupe, sirupeux, vendables, soporifiques, mauvais, OSEF, insipide, néant, PQ). Il est à noter qu'il est plus facile de trouver un consensus sur ce qui est mauvais que sur ce qui est bon.

 

 

Présentation des indices sélectionnés :

 

Thème 1 : Indices de qualité extrinsèques (IQE)

 

Intéressons-nous tout d'abord aux caractéristiques extrinsèques au livre. Tout un chacun aura en effet fait l'expérience que le battage médiatique autour d'un livre n'est pas forcément signe d'une excellente qualité, pas plus que l'attribution de certains prix littéraires, mais que les ouvrages les plus commentés et promus de manière similaire ont souvent des caractéristiques communes.

Cela nous a permis de dégager les IQE suivants :

 

IQE 1 : Présence dans les couloirs du métro : un indicateur relatif au nombre d'occurrences de posters représentant le visage de l'auteur par kilomètre de couloir de métro permettra rapidement d'identifier les œuvres comparables à celles de Marc Levy, Guillaume Musso ou Bernard Werber.

 

IQE 2 : Nomination et/ou attribution d'un prix littéraire. La quantité astronomique de prix littéraires décernés ne permet malheureusement pas de se fier à ce qui devrait être une caution de qualité. La nomination et, mieux/pire encore, l'attribution d'un prix littéraire sera un élément à prendre en compte, mais on ne saurait lui donner un poids trop important.

 

Il est probable qu'une étude plus approfondie permettra d'identifier de nouveaux IQE. Certains ont déjà été proposés, et sont en cours d'étude, tels que l'IQE 3 : adaptation ou projet d'adaptation au cinéma, qui laisse les experts un peu perplexes. Les nouveaux IQE qui seront jugés pertinents seront intégrés à la prochaine mouture de l'indicateur, qui sera élaborée lors des ateliers de travail organisés lors du prochain Congrès Annuel de Critique Analytique, qui aura lieu à la Massachusetts Oulipian University en février 2014.

 

Thème 2 : Indices de couvertures (IQC)

 

La couverture d'un livre peut, comme nous l'avons tous constaté, donner plusieurs indications sur la qualité d'une œuvre, sans même parler de la quatrième de couverture. On ne parlera pas ici de degré de mauvais goût de l'éventuelle illustration de couverture : celle-ci n'est pas toujours présente, et d'excellentes œuvres de fantasy notamment peuvent présenter des couvertures d'une hideur étonnante.

 

Notre équipe a proposé quatre indices de couverture (IQC).

 

IQC 1 : ratio entre la taille de police du titre et celle de l'auteur. Si ce ratio est inférieur à 1, la stratégie marketing se base sur l'appeal de l'auteur, ce qui est généralement lié à l'impossibilité de jouer sur l'originalité ou la valeur littéraire de l'oeuvre, et la note sera déclassante.

Attention : il est fort possible qu'une analyse de variance montre une forte corrélation entre l'indice de police et l'indice de présence dans les couloirs de métro. Si c'est le cas, il sera sans doute préférable de se contenter de l'indice de police, qui nécessite moins d'investissement que l'indice de couloir métropolitain, notamment en termes de surveillance.

 

IQC 2 : présence/absence de photographie de l'auteur : sur le même principe que précédemment, la présence d'une photo de l'auteur trahit plus souvent le produit marketing plutôt que l’œuvre d'art.

 

IQC 3 : taille de la photographie de l'auteur (par rapport au format du livre) : idem.

 

IQC 4 : présence d'un bandeau

4a : faisant mention d'une critique dans un journal : classement différentiel selon si le journal est « Elle », « Biba », « Minute »...

4b : faisant mention d'un nombre de lecteurs déjà conquis : points négatifs.

 

Dans tous les cas, la question technique de la notation sera abordée lors d'une prochaine étude, pour laquelle des groupes de travail dédiés seront mis en place lors du CACA 2014, si l'indice est retenu.

 

Thème 3 : Indices de qualité textuels (IQT)


Nous rentrons là dans le coeur du sujet, qui aura sans doute la plus grande importance. Cette section est donc celle qui se verra le plus critiquée, et demandera le plus de retours des participants à l'élaboration de l'IQL. Actuellement, 5 IQT ont été retenus.

 

IQT 1 : Indice de qualité rythmique

La respiration dans un texte est chose essentielle. Une rythmique trop hachée, des phrases très courtes, des virgules tous les trois mots, peuvent donner le tournis, provoquer un sentiment d'hyperventilation mentale, gâchant autant l'expérience de lecture qu'un pavé dépourvu de la moindre ponctuation à la fin duquel on se retrouve haletant et désorienté et priant Dieu son fils et la Sainte Vierge de réussir à se souvenir du début de la phrase qu'on a abandonné des lignes voire des pages avant sans se douter le moins du monde que l'auteur allait vous balader inconsidérément comme cela sans s'imaginer que peut-être vous auriez du mal non seulement à vous souvenir du début de la phrase mais même à vous souvenir à quelle ligne vous en étiez et vous forçant à remonter trois fois ou plus au début de la phrase pour enfin réussir à comprendre où il voulait en venir avec son effroyable pavé.

Nous avons donc mis au point un indice respiratoire, basé sur le rapport longueur moyenne de la phrase/nombre d'éléments de ponctuation respiratoire (virgules, deux points, points-virgules, tirets, etc). L'IQT1 est fonction de cet indice respiratoire.

 

 

où Lp : Longueur de la phrase en nombre de mots, et Nresp : nombre de signes de ponctuation respiratoires ( , ; : -)

 

En dessous ou au-dessus de valeurs seuils déterminées de manière expérimentale lors des ateliers de travail de Milwaukee, la note sera diminuée.

 

IQT 2 : Indice de jargon

 

L'utilisation d'un vocabulaire particulièrement recherché peut avoir différents effets selon le niveau du lecteur. S'il doit aller chercher dans le dictionnaire douze fois par page, le lecteur en retirera une frustration et aura envie de jeter le livre aux ordures. Cependant, un lecteur au vocabulaire plus étendu pourra en retirer un plaisir accru et se sentir intellectuellement flatté.

L'IQT 2 devra faire appel au registre tenu par la Société de Protection des Mots en Voie de Disparition : le nombre de mots appartenant soit à la liste rouge (mots menacés) et à la liste noire (mots en voie d'extinction) apportera des points supplémentaires s'ils sont en quantité suffisante (plaisir de la découverte/redécouverte, musicalité des mots rares) et non excessive (seuil de pédanterie déplaisante). Les valeurs-seuils seront déterminées ultérieurement.

 

IQT 3 : Indice de paresse intellectuelle

 

Cet indice est relativement lié à l'indice précédent : il mesure en effet les facilités formelles, comme des répétitions de vocabulaire, ainsi que l'emploi excessif de mots vagues comme « dire » ou « faire », qui marquent un auteur enclin à la voie de la facilité. Un auteur qui abusera de ces facilités sur la forme aura également tendance à employer des facilités narratives.

La forme que prendra l'indice reste à déterminer.

 

IQT 4 : Indice de bonne mesure qualificative

 

La langue française est riche en adjectifs qualificatifs. L'auteur littéraire ne saurait, sans doute, s'en passer. Cependant, comme en toute chose, il faut savoir raison garder, et l'usage excessif de qualificatifs peut nuire. Si « le navire aux voiles blanches voguait sur les eaux écumantes » est sans doute plus évocateur que « le navire voguait sur les eaux », on peut sans doute trouver qu'une phrase telle que « le gros navire pansu aux blanches voiles raidies voguait, ballotté tel un léger bouchon sur les eaux vertes et écumantes » est un poil excessif et peu digeste.

Il a été déterminé par une étude menée en partenariat avec une équipe de recherche en neuroscience que, chez l'individu lambda, la nausée survenait lorsque le ratio adjectifs/noms dépassait 1,5. Le seuil inférieur, en-dessous duquel le texte perd de son pouvoir évocateur, reste à déterminer.

 

IQT 5 : Indice coquilliaire

 

Une orthographe négligé, outre l'inconfort qu'elle procure aux lecteur, est la marque de relectures insufisantes, et donc d'un travail éditorial bâclé. Si l'éditeur n'a que faire de la forme de l’œuvre qu'il publie, il y a fort a parier qu'il n'a pas grand chose a faire non plus du fond.

L'indice coquilliaire dégrade la note de l’œuvre lorsque la proportion de fautes dépasse une valeur-seuil. Au-delà de deux coquilles par 100 pages, la note est dégradée, et une seule faute d'accord ou de conjugaison dans l'ouvrage suffit à démontrer que l'éditeur est soit incompétent, soit je-m'en-foutiste, deux défauts rédhibitoires.

 

Les détails de calcul seront précisées lors des ateliers de travail du CACA 2014.

 

Agrégation de l'indicateur.

 

Comme indiqué plus haut, il sera nécessaire, préalablement à l'agrégation des divers indices, de faire une analyse des corrélations entre ces indices afin d'éliminer d'éventuelles redondances, notamment au niveau intra-thématique.

 

Par ailleurs, il faudra sans doute accorder un poids statistique moindre aux indices de couverture qu'aux indice textuels. Ces indices sont en effet liés à une corrélation observée de manière empirique entre des éléments d'ordre généralement marketing et la qualité d'une œuvre, corrélation qui est sans doute moins forte qu'entre la qualité et la technique littéraire, que mesurent les indices de qualité textuels.

 

Une fois ces question réglées, l'on pourra effectuer l'agrégation inter-thématique.

La forme de la note sera donc du type

 

 

α, β et γ étant des coefficients de pondération tels que α <β < γ

 

 

Si l'on estime présomptueux, dans un premier temps, de prétendre pouvoir attribuer une note absolue représentant la qualité de l'oeuvre, on pourra s'inspirer, là encore, des études écologiques mises en place notamment dans le cadre de la politique européenne de l'eau, et se contenter d'une notation par code de couleur : pour chaque indicateur,

 

Cette démarche a été testée pour deux œuvres : les Enfants de la Liberté, de Marc Levy, qui sert de référence, et La Vierge Froide et autres racontars de Jorn Riel.

Les résultats sont présentés dans le tableau 1 :

 

Tableau 1 : Évaluation qualitative des œuvres de Marc Levy et Jorn Riel

 

Les valeurs-seuils utilisées ici pour la détermination des IQE, IQC et IQT sont des valeurs empiriques, non définitives, qui ont vocation à être améliorées par des études approfondies. On peut cependant estimer qu'elles donnent un résultat qualitativement correct et en déduire que Les Enfants de la Liberté est un « livre naze », et la Vierge Froide un « chouette bouquin ».

 

 

Conclusion :

 

Comme le lecteur pourra le constater, notre IQL n'est pas encore au point, et nécessitera sans doute encore plusieurs années de mise au point des divers indices thématiques, ainsi qu'un travail de calibrage qui s'annonce aussi long que sujet à controverse. Cependant, nous estimons que notre démarche est nécessaire et juste.

Elle est d'abord nécessaire pour le lecteur qui se trouve submergé par les critiques, émises aujourd'hui aussi bien par les professionnels du secteur (journalistes, libraires, etc) que par les innombrables blogueurs littéraires qui pullulent sur le web, les deux s'additionnant pour fournir non plus un nouveau son de cloche, mais une cacophonie totalement inaudible. Notre IQL, s'il est mis en œuvre systématiquement pour chaque ouvrage publié, permettra au lecteur de facilement trouver son chemin dans la production colossale de publications actuelles.

Et enfin, elle est juste pour des auteurs de talent auxquels le système actuel ne permet hélas plus de percer, et qui se verront enfin reconnus à leur juste valeur.

Et c'est ainsi qu'Allah sera grand.

Estimation quantitative de la qualité littéraire d'une oeuvre : approche multimétrique
Estimation quantitative de la qualité littéraire d'une oeuvre : approche multimétrique

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14 septembre 2013 6 14 /09 /septembre /2013 19:42

Sortons un instant ce blog de sa bienheureuse somnolence et apprenons ensemble à faire une bonne feijoada, un plat qui mettra de la samba dans vos cœurs (parce qu'il est brésilien, et on ne peut pas sur internet parler de Brésil sans parler de samba, c'est dans le contrat du blogueur). Etant donné que c'est un plat à base de chou et de haricots, la samba risque de descendre aussi un peu plus bas dans votre abdomen (*).

 

Pour une feijoada de bon aloi, munissez-vous d'un oncle cuisinier portugais. Il n'est pas nécessaire qu'il soit petit, velu et doté d'un lumbago, mais cela ne peut sans doute pas nuire et je vous avoue que je ne saurais faire autrement.

 

Pour commencer, faites-lui revenir oignons et lardons (4 petits oignons ou deux gros, 200 gros grammes de lardons ou de poitrine fumée) dans une cocotte minute qu'une tante revêche qui sent la cigarette (**) se chargera de remuer de temps en temps entre des coupages de lanières de chou (voir plus bas).

 

des oignons et des lardons au fond d'une cocotte

 

Concassez huit tomates que vous aurez pelées préalablement à l'aide de ce magnifique engin qu'est l'épluche-tomates Victorinox (Victorinox, qu'est-ce que ça roxx), ou si vous ne pouvez faire autrement, prenez une boîte de tomates pelées. L'oncle portugais étant notoirement fainéant et de mauvaise foi, il tentera sans doute de prendre des tomates en boîte et de faire croire à vos lecteurs qu'il s'agit de véritables tomates du jardin de M. Le Tron, maraîcher bio de l'île de Bréhat (cultivées par Virginie, à qui je dois encore des excuses pour lui avoir envoyé une carafe d'eau dans la figure en 2005 et fait croire que mon stage en exploitation agricole s'était déroulé dans un élevage de yaks à Kuala Lumpur au Tibet).

 

une tomate pelée par un épluche-tomate Victorinox

 

Coupez en lanières une dizaine de feuilles de chou non pommé (idéalement chou portugais de la variété cavalero). Que vos lanières soient fines et pas trop longues (5mm x 4cm), sans quoi votre plat sera nul et non avenu. Attention, ça prend du temps. N'oubliez pas de remuer vos lardons et vos oignons. Vous avez le droit de mettre à contribution une ou deux tantes qui auraient eu la mauvaise idée de traîner dans la cuisine.

 

Du chou et de la barbaque

 

Coupez la viande en petits morceaux. N'importe quel morceau de porc fera l'affaire, vous pouvez admirer ci-dessus du filet mignon de porc coupé en petits morceaux à côté des lanières de chou (il n'y en a pas encore assez). Si vous avez des restes de rôti de porc de la veille, n'hésitez pas, faut pas gâcher c'est péché. Ajoutez la viande dans la cocotte, par-dessus les oignons et les lardons.

 

Préparez la condimentation : broyez un tas de gingembre (je ne sais pas dans quelle mesure cet aspect de la recette n'est pas lié au retour de ma tata du continent, où elle était partie pour apprendre à devenir instit de maternelle (alors qu'elle a été prof au primaire et directrice de collège, mais la capacité de l'éducation nationale d'utiliser au mieux les compétences des gens n'est pas le sujet de cet article), et ajoutez du laurier et du poivre pour faire joli sur la photo, ainsi qu'un peu d'ail (4 gousses) très grossièrement haché. Ne les mettez pas dans la cocotte tout de suite, malheureux ! C'était pour la photo.

 

des trucs sur une table

 

Une fois que la viande est un petit peu dorée (moins crue, en tous cas), vous pouvez y aller en toute sérénité et tout balancer dans la cocotte.

 

des trucs qui cuisent

 

(pendant ce temps, les coupeurs de chou s'énervent, parce qu'ils sont toujours sur leur ouvrage)

 

Si vous avez été prévoyants, vous aurez eu la bonne idée d'acheter des haricots noirs Compal à l'intermarché de Brest, ou si vous avez été prévoyants et citoyens, chez le petit arabe du coin (sauvez les petits commerces). Sinon, vous pouvez vous arrêter tout de suite et tenter de transformer votre mixture en sauce pour les spaghetti. (Normalement, ce devrait être des haricots noirs secs que vous aurez laissé tremper toute la nuit, mais on en trouve apparemment peu en France.)

 

Videz les deux boîtes de haricots avec leur jus dans la cocotte de la viande. Vous pouvez rajouter un peu d'eau de rinçage des boites, pour ne pas perdre tout le bon bisphénol du revêtement.

 

Rajoutez ensuite la tomate fraîche concassée dans la cocotte encore (si vous avez choisi de la tomate pelée en boîte, ne mettez pas tout le jus, juste les tomates. Mais vous n'aurez pas fait ce choix honteux, n'est-ce pas ? Le cuistot me fait remarquer que vous pouvez utiliser le jus de tomates pour faire un bloody mary).

 

Goûtez et rajoutez du poivre sauf s'il y en a assez, et pareil pour le reste des condiments.

 

Couvrez (pas en mode cocotte-minute, heing) et laissez cuire à peu près une heure à petits bouillons glou-glou.

 

N'écoutez pas la suggestion de votre oncle qui voudrait que vous peliez (en enlevant la peau blanche) une demi-orange par tête de pipe et sortez plutôt peaufiner votre technique à la slackline.

 

un gros sur un fil

 

Revenez quand il a fini et exclamez-vous d'un air désolé « ho bon sang, j'avais complètement oublié ! ».

 

Coupez-les en tranches fines à l'aide d'un couteau PureKomachi rose, parce qu'un homme qui utilise un couteau PureKomachi n'a rien à prouver quant à sa virilité.

 

un couteau rose qui coupe une orange

 

Utilisez maintenant une autre casserole pour faire blanchir le chou en lanières (i.e : faites-le bouillir quelques minutes, il doit rester croquant). Et encore une autre pour faire du riz blanc avec des baies roses parce que c'est bon.

 

Hooo ! Comme c'est beau !

 

un truc qui ressemble à rien et du riz blanc devant une bouteille de Belle Cabresse

 

une assiette magnifiquement dressée

 

NB : au moment de servir, normalement, on saupoudre les haricots dans l'assiette de farofa (farine de manioc), mais là, on n'en avait pas parce que c'est difficile à trouver en France, mille fois zélas.

 

 

(*) Prout. HAHAHA !

(**) ce commentaire n'est là que pour remettre les pendules à égalité avec les autres tantes de la famille qui se sont vues traiter d'acariâtres ainsi que d'un autre adjectif qui m'échappe (séniles ? Je ne sais plus trop) sur ce blog vers 2008 et m'en veulent encore. Plutôt que d'admettre qu'elles sont effectivement on ne peut plus cariâtres et qu'en plus elles ont accepté de s'occuper de leur neveu de nombreux mois d'été durant, je préfère vexer les autres tantes aussi.

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12 septembre 2013 4 12 /09 /septembre /2013 18:10

J'ai eu l'occasion, sur ce site et ailleurs, d'évoquer sur un ton jugé parfois condescendant, des peuplades étranges qui hantent les rives de la Meuse, des êtres connus sous le nom de Belges (et de Belges, ne soyons pas sexistes). Ce fut également le cas pour les Chinois, les Suédois, les Autruchiens et les Cochons. Mais, comme il me l'a été fait remarquer, je ne connais personnellement qu'un ou deux exemplaires, voire aucun, de toutes ces nationalités. Il était donc temps de parler de ce que je connais le mieux pour en être perpétuellement entouré, les Français, que j'écrirai par la suite avec une minuscule, car j'ai une crampe au petit doigt gauche.

 

Le français, donc, est une sous-espèce de la sous-espèce européenne de l'espèce humaine.

Il vit (pour faire simple) dans le plus beau pays du monde entier, cerné de toutes parts par des étrangers jaloux, dont les miasmes vénéneux suintant aux frontières y ont fait apparaître des accents comiques mais néanmoins bien plus sexy que ceux des autres côtés des frontières. La réponse immunitaire à cet état de fait a été de développer une certaine conscience patriotique, qui se manifeste essentiellement lors de matchs de foot victorieux. Contrairement aux patriotes étrangers, les patriotes français le sont pour de bonnes raisons : ils vivent dans le plus beau des pays.

 

Le français est difficile à caractériser physiquement, car il peut se cacher sous des aspects aussi divers que peuvent l'être les apparences auvergnates, musulmanes, moustachues, cul-de-jatte, voire même féminine, auquel cas on l'appellera française et s'émerveillera de sa capacité à rester élégante tout en slalomant en talons hauts entre les crottes de chien dans les rues de Paris (car la française est généralement parisienne).

 

En plus de cette diversité visuelle, le français est un être pétri de contradictions. Il refuse qu'on lui serve de la viande hallal, mais se battra jusqu'à la mort pour sauvegarder son foie gras. Il est anticlérical, mais sa personnalité préférée est l'abbé Pierre. Il ira voir trois fois Bienvenue chez les Ch'tis et les Visiteurs, mais exigera que son président ait lu la Princesse de Clèves. Il est fier de sa gastronomie qui surpasse celle du monde entier, mais son plat préféré est le couscous marocain ou les moules-frites belges, une fois.

 

Cette incohérence a tendance à un peu désorienter le français, qui en arrive à se demander ce qui fait son identité de français. Les questions fusent : puis-je être français alors que je n'aime pas les escargots ? Si je suis grosse, puis-je me prétendre française ? La réponse est pourtant simple : si vous vous posez la question de savoir si vous êtes français, vous l'êtes probablement (*), les autres nationalités ne se posant généralement pas cette question.

 

Cette question n'est d'ailleurs pas aussi importante que celle de la qualité du français, car de la même manière qu'il y a de bons et de mauvais chasseurs, il y a de bons et de mauvais français.

Selon le gouvernement au pouvoir, le bon français peut se définir de différentes façons : au pourcentage de bon sang qui ne saurait mentir, à son volume versé dans tout un tas de sillons, généralement proportionnel à la longueur du patronyme, lui-même souvent inversement corrélé à la longueur des cheveux, ou encore au taux d'imposition reversé au fisc français, à la position vis-à-vis de la question du pain au chocolat (©Copéright UMP) ou plus simplement à l'appartenance au parti majoritaire.

 

En gros, c'est un peu n'importe quoi, pourvu que ça fasse descendre dans les rues de temps en temps, parce que le français aime bien descendre dans les rues avec ses congénères pour inciter les mauvais français au pouvoir à serrer les fesses parce qu'ils arrivent à toute vitesse, à préciser son ascendance jusqu'à la troisième génération (à choisir entre plusieurs options, de l'immigré à l'hétérosexuel) ou à évoquer des lieux de stockage potentiels et intimes pour les dernières réformes en date.

 

Cependant, si vous voulez reconnaître un bon français, un moyen plus simple est de lui demander son opinion sur le débat beurre doux /beurre salé, pain au chocolat/chocolatine, poche/sac plastique, rose/rôze. S'il a une opinion, c'est un bon français, et vous pourrez vous fier à son avis sur la cuisine anglaise.

 

(*) cette définition non contractuelle n'engage que son auteur

 

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10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 13:42

**Note sponsorisée par moi-même et les gants Mapa**

 

Ami touriste randonneur, tu es, j'en suis sûr, un ami de la nature. Pourquoi sinon viendrais-tu te promener à Bréhat, perle de la Bretagne ?

 

Je sais que tu admires autant que moi l'aspect sauvage de l'île, ses rochers de granite battus par les vents et les vagues, ses landes de fougères et d'ajoncs, ses champs de mûres qui noircissent au rude soleil breton, ses prairies où gambadent lapins et faisans le crépuscule venu. Je sais que tu es comme moi sensible à la beauté des jardins, aux hortensias mégalithiques, aux allées d'agapanthes, aux murs de pierre envahis d'ombilics de Vénus et de lichens barbus. J'entends souvent tes exclamations admiratives devant notre maison, tandis que je m'escrime à arracher des tiges d'agave ou à tailler les rosiers à la machette, et ça me fait toujours rougir de plaisir.

 

Pour toutes ces raisons, tu m'es sympathique, ami randonneur bréhatin, mais NOM DE DIEU POURRAIS-TU S'IL TE PLAIT T'ABSTENIR DE VENIR CHIER DANS MON CHEMIN DE DEVANT CHEZ MOI ? Bon sang, c'est quand même pas compliqué de se trouver au pire un coin isolé (MAIS NON, PAS DANS LES AJONCS NON PLUS, TON PAPIER CUL S'ACCROCHE AUX ÉPINES ET TU ES SUR LA ROUTE AUSSI NOM D'UN CHIEN), au mieux de suivre les panneaux qui indiquent les chiottes publiques. Et si tu trouves les chiottes publiques trop sales, fais comme tous les gens civilisés, et chie autour, là où on s'y attend, mais foutrecul, PAS CHEZ LES GENS.

 

Oui, je suis énervé, parce que je reviens de m'en coller plein les doigts en allant ramasser un gros étron qu'une saloperie de petit foutriquet (ou de gros foutriquet, plutôt, vu les dimensions de la bête) avait déposé quasiment devant mon portail. Et en fourbe, le temps qu'on monte dire au revoir à tonton et tata, à l'aller, rien, deux minutes plus tard, une merde fumante à trente mètres de là où on agitait nos mouchoirs en pleurant nos adieux. Ça m'énerve. Tu m'énerves, randonneur. Alors que de base je t'aime bien, tu sais, malgré ta propension à empiler des galets sans raison valable (je doute un peu que tu sois tibétain ou népalais, ou que tu aies à cœur de montrer le chemin à des amis égarés, il n'y a qu'une route à Bréhat), mais là, ça me hérisse le poil, que j'ai par nature lisse et doux.

Personne ne devrait avoir à ramasser ta merde, touriste. C'est humiliant, c'est sale, ça souille ce paysage que nous aimons tant tous les deux.

 

S'il te plaît, ne fais plus jamais ça. Je ne sais pas ce que je pourrais faire si je m'énervais pour de vrai avec toi. Mais les probabilités sont fortes pour qu'après, j'ai honte de moi. Alors, je t'en prie, va chier ailleurs. Je t'en serai reconnaissant.

 

 

(merci Julie pour le titre)

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