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13 novembre 2014 4 13 /11 /novembre /2014 20:42

C'était l'été. Le ciel parisien était d'un beau bleu, que Gilles aurait sans honte qualifié de bleu ciel, les pigeons se mouvaient de leur démarche d'automates déréglés entre les chaises de la terrasse où il était assis, à la recherche de miettes de croissants qu'il se refusait résolument à leur accorder, le livre qu'il lisait en buvant son café était plutôt chouette, en bref, tout allait bien. Si un passant lui avait demandé « ça va la vie ? », il aurait répondu sans mentir « ouais, plutôt pas mal ».

 

Gilles avait préparé cette réponse avec soin, parce qu'il faisait partie de ces gens qui aiment bien être préparés à l'avance à toutes les éventualités de la vie, aussi anodines fussent-elles. Il en était plutôt fier, de cette réponse, qu'il s'imaginait délivrer alangui du fond de sa chaise, en remontant ses lunettes de soleil, histoire de bien faire passer la litote (ou l'euphémisme ? C'était quoi la différence, déjà ?).

 

Hélas, et bien évidemment, personne ne lui accordait le moindre coup d'oeil, sans parler de lui adresser la parole pour s'enquérir de l'adéquation de sa situation avec l'idéal qu'il s'était fixé depuis ses vingt ans. Les gens sont décevants. Mais cela, Gilles s'en était rendu compte depuis un moment, et il aurait été très surpris qu'un des scénarios qu'il se montait avachi à la terrasse d'un café se réalisât un jour.

 

C'est pourquoi, lorsqu'une jeune fille accorte en robe légère trébucha sur les pavés inégaux du trottoir et laissa échapper une liasse de feuilles de la chemise qu'elle tenait sous le bras, il fut très surpris.

 

Cependant, il se reprit vite. Pas question de laisser passer cette chance. Ôtant ses lunettes de soleil, il se précipita avec galanterie pour ramasser les feuilles avant qu'elles ne s'envolent dans le caniveau, et les lui tendit avec un sourire pratiqué tous les matins devant la glace, juste au cas où (un sourire qui lui faisait fondre le coeur). Elle lui sourit en retour. Fichtre (Gilles était du genre à utiliser des mots comme Fichtre ou Sapristi), elle était jolie. De belles dents, de jolis yeux en amande, un nez bien dessiné, un menton bien dessiné (Gilles n'était pas sûr de ce que « bien dessiné » voulait dire, mais ça semblait coller à son nez et à son menton. Mieux que « mutin » ou « décidé », en tout cas).

 

— Merci bien, monsieur, vous me sauvez la vie. Ces foutus talons, je m'y ferai jamais…

— Ha, heu… (elle s'éloigne du scénario ! Elle s'éloigne du scénario avant que j'ai pu dire un mot ! Vite, retourner sur les rails!) je vous offre un café pour vous remettre de ces émotions ? (ouf, de justesse. Que répondre à des problèmes de talons ? Note : faire des recherches pour un prochain cas où.)

— C'est gentil, mais vraiment, je dois y aller.

— Vous vous rendez compte que si on était dans un film, vous seriez sans doute en train de rater l'homme de votre vie ?

 

Ça y était, il avait lancé la ligne (préparée depuis des années dans l'espoir de pouvoir la placer un jour). L'hameçon était un peu gros, il n'y avait pas vraiment de ver au bout, mais il avait conclu depuis longtemps que la métaphore de la pêche pour parler de la drague n'avait pas vraiment lieu d'être et que si quelqu'un voulait mordre, elle mordrait.

 

— Ou alors, j'éviterais un serial-killer.

— Huhu. C'est pas faux. Enfin, si ! En l'occurence, c'est tout à fait faux !

— Vous pouvez le prouver ?

— Là, comme ça, debouts dans la rue ? Vous préfereriez pas en discuter devant un café ? (holala, Gilles n'en revenait pas de son adresse. Fin et spirituel. Smooth-mouth. Le séducteur dans toute sa splendeur)

— Haha. Bien joué, monsieur ..?

(elle a rigolé ! Elle a rigolé!) Heu, Hareng. Gilles Hareng.

— Vous vous foutez de moi ?

— Non, mes parents sont des salauds.

— Ça fait plus nom de héros de blague Carambar que de film romantique, quand même.

— M'en parlez pas… Mais au moins, ça fait pas nom de serial killer non plus. On s'assied ? Deux cafés, s'il vous plaît !… Et vous, vous vous appelez comment ?

— Emma.

— Emma… C'est joli. Pour le coup, c'est un vrai nom idéal d'héroïne de roman. Et vous faites quoi dans la vie ? Emma ?

— Journaliste.

— Journaliste… c'est chouette, ça ! Comme dans les séries télé !

— Vous m'épatez, je pensais que plus personne n'employait le mot «chouette». Si je suis dans une série télé, vous êtes où ? Dans un Boule et Bill ?

— Vous pouvez causer, personne ne dit plus « épater » non plus. Mais oui, ça fait assez BD des années 60.

— Mmmh. Et ce serait quoi, la suite, dans une BD des années soixante ? Vous allez m'inviter à monter chez vous admirer vos estampes japonaises ?

 

Gilles faillit en cracher son café. Il se reprit, tout rougissant :

 

— Heu… c'est du Boule et Bill, ça ?

— Pas un que j'ai lu, en tous cas. Mais je vous avoue que je préfère Gotlib. Alors ?

— Hé bien, figurez-vous que j'ai effectivement une assez belle collection de mangas, que je serais tout à fait disposé à vous montrer si ça vous intéresse.

— Ma foi…

 

***

 

Vingt minutes plus tard, Gilles ouvrait la porte de son appartement d'un geste ample et conquérant, destiné à faire oublier les trois fois où, dans sa nervosité, il avait fait tomber sa clé en tentant de l'insérer dans la serrure, tandis que la petite voix dans sa tête répétait « pourvu que ce ne soit pas un mauvais présage, pourvu que ce ne soit pas un mauvais présage... ».

 

— Bon, en fait, je vous ai menti. Ma collec de mangas est restée chez mes parents, j'ai pas la place de les avoir ici.

— Pour être honnête, je ne suis pas montée pour lire des mangas.

— C'est un clin d'oeil que vous venez de me lancer ? Il n'était pas très discret.

— Son but n'était pas la discrétion, en même temps, et je ne sais pas les faire en fermant la bouche.

— Hum, heu… Je vous… je t'offre à boire ?

— Pourquoi pas. Tu as du Chardonnay ? Et de ces verres à pied géants ? Histoire de revenir dans le trip sitcom à l'américaine. J'aimais bien.

— Houla, du Chardonnay ? J'ai du rouge. Je crois que c'est du Bordeaux. Du Côtes de truc. Et j'ai des verres à moutarde Astérix. C'est vintage.

— Mmmh, ça va pas le faire. Bon, ben si on peut pas être dans une série télé, je propose qu'on passe tout de suite à du roman à la Bukowski. On se bourre la gueule au whisky et on fait l'amour comme des bêtes, là, par terre, sur les cartons de pizzas et les chaussettes sales.

— Je… on peut zapper le whisky ? C'est que ça me donne mal à la tête, sauf si c'est vraiment du bon, bien sûr, mais ça coûte un bras le bon whisky et je...

— Tais-toi et embrasse-moi !

 

***

Étendu sur le lit, le souffle court, Gilles contemplait Emma d'un air pensif. Les yeux fixés sur le plafond, elle fumait une cigarette avec une grâce d'actrice américaine. Parvenue au filtre, elle tourna la tête et surprit son regard. Encore ruisselante de sueur, elle se hissa sur un coude, posa la tête sur son poing, et murmura d'une voix rauque :

 

— Dis… à quoi tu penses ?

 

Gilles rigola.

— On doit vraiment passer par l'étape film d'auteur français Nouvelle Vague ? Je préférais quand on faisait la série HBO…

— Allez, fais-moi plaisir. À quoi tu penses ?

— Je pense… je pense…

— Allez, quoi !

— Je me disais… nan, c'est trop con.

— Mais alleeeez ! Vas-yyyy, tu peux me le dire !

— Ben, je pensais au moment où on s'est rencontrés.

— Il y a trois heures, tu veux dire ?

— Ouais. Quand j'ai dit que tu risquais de louper l'amour de ta vie, et que tu m'as dit que si ça se trouvait, tu évitais un serial-killer…

— Tu essayes de me faire flipper ?

— Mais nan, je te disais que c'était con. Je me disais… tout ça s'est enchaîné très vite, on discute, on se plaît, on monte chez moi… ça fait pas très roman, c'est plutôt de la nouvelle mal branlée écrite dans un sursaut de frustration sexuelle, tout ça.

— Et c'est mal ?

— Non, mais je me disais, je suis un type frustré qui écrit un truc en une heure sur un super-séducteur qui se fait une nana superbe…

— Merci, c'est gentil.

— Mais de rien… je me disais donc, je suis ce mec, j'aurais un peu les boules que mon personnage réussisse mieux sa vie amoureuse que moi, non ? Alors, pour une nouvelle comme ça, la fin idéale, qui ferait un peu retournement de situation foireux à la Shyalalamalamalan, et qui me soulagerait bien les nerfs au passage, ce serait qu'on découvre que depuis le début, c'est toi, la serial-killeuse. C'est con, hein ?

 

Elle sourit.

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3 novembre 2014 1 03 /11 /novembre /2014 22:16

Me voilà donc une fois de plus seul, en slip, avachi devant mon PC comme une larve devant un PC, plus ou moins vivante image de la sédentarité bonasse. Mais les apparences sont trompeuses comme l'amant infidèle.

Car on ne croirait pas à me voir aujourd'hui, mais laissez-moi vous dire que j'en ai vu des vertes, dans ma vie. J'ai roulé ma bourlingue aux trois coins du monde, tiré mes larigots par monts et par vaux. Tenez, par exemple, prenons mes travails (travaux ? Naaan, travails). Par rapport à certains de mes camarades de promo, je peux me la gausser grave, je peux vous le dire. Je m'en prive pas, d'ailleurs. Les zigues, ils sortent de l'école, paf ils trouvent un CDI, une gonzesse, un prêt, un môme. La grande ligne droite de la vie. L'horreur.

Moi, je sors de l'école, et paf, deux jours à Malte, deux ans à Dakar, un tour à Nantes, un tour à Reims, retour à Nantes, les mains dans les poches et le slip serré. Si ça c'est pas au moins de la bourlinguette, je sais pas ce qu'il vous faut.

Hélas, le fait qu'ils soient à des endroits (pour le moins) est le trait le plus intéressant de mes travails.

Mis à part quelques touristas qui resteront dans les annales de ce blog, il n'y a pas grand-chose à en dire.

Quoique.

Il y a des trucs rigolos, quand même, à propos de ces travails. Par exemple, sur mes quatre derniers boulots, deux me sont tombés dessus quand j'étais à Bréhat. Les deux autres, c'était en revenant d'un mariage. En alternance, Bréhat-soir de retour de mariage-Bréhat-soir de retour de mariage. Je sais ce que je dois faire à la fin de mon contrat, du coup. Enfin, si je veux retrouver un travail.

Parce qu'il y a un côté obscur à mes travails. Si obscur qu'il en confine à l'enténébrant fuligineux. Ou à la ténébreuse fuliginosité.

Voyez-vous, comme vous vous en êtes sûrement rendus compte, je suis quelqu'un qui exsude la joie de vivre, qui pétule de droite et de gauche, je mirlitonne à travers les cahots de l'existence comme un cabri nouveau-né, alors que. Alors que. Si vous saviez.

D'ailleurs, vous allez bientôt le savoir.

Ma vie (professionnelle) est bâtie sur les décombres de celles de mes prédécesseurs.

Je mène en effet la carrière (fort enviable au demeurant) de bouche-trou. Trois de mes quatre derniers contrats ont éclos de l'abandon de poste d'un prédécesseur. Et ce n'était pas parce qu'ils étaient partis élever des chèvres dans le Larzac, ou s'étaient découvert un talent de dresseurs de puces qu'ils brûlaient de montrer au monde.

J'ai remplacé une thésarde qui a dû lâcher sa thèse pour travailler (enfin, travailler pour de vrai, dans une usine pétrolière dans le nord) parce que ses parents lui avaient coupé les vivres quand elle a refusé un mariage arrangé.

Plus récemment, j'ai pris la suite d'un type dépressif qui a abandonné sa mission au bout de quelques mois. Quand je lui ai demandé pourquoi, mon chef m'a répondu « ho, il disait qu'il était en train de devenir aveugle. On est presque sûrs qu'il est encore vivant, quand même ».

Et enfin, le plus long de mes boulots a été en remplacement d'une fille qui a été rapatriée sanitaire pour cause de dépression nerveuse (et sans doute tentative de suicide) au bout d'un ou deux mois.

Inutile de vous dire que je me suis parfaitement épanoui (mis à part au niveau de la flore intestinale) dans chacun de ces jobs.

Ma félicité est donc bâtie sur la ruine de malheureux inconnus. Je suis un vampire du bonheur.

Et je n'arrive pas à en avoir honte.

Je suis un salopard.

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30 septembre 2014 2 30 /09 /septembre /2014 20:42

Une récente discussion sur facebook m'ayant rappelé la misère (soigneusement entretenue) de ma vie sociale, j'en profite pour tirer un instant ce blog de sa torpeur béate.

Car en effet, je n'ai vu personne d'autre que des membres de ma famille (et associés) depuis bien quatre mois, à l'exception de collègues de bureau (que je n'ai pas vus depuis un mois et demi et la fin de mon contrat). Je suis bien parti pour battre mon record d'asociabilité (en fait, il est possible que je l'aie déjà battu, mais je tiens quand même à le faire aller le plus loin possible).

Car cette asociabilité me permet de cacher un grave défaut de ma personnalité : je radote. Je me suis découvert (ou plus exactement, on m'a gentiment signalé, à de nombreuses reprises) ce travers il y a quelques temps maintenant, et je ne peux rien y faire : les trente premières minutes de notre rencontre, je serai le plus charmant des convives, jusqu'à ce que j'aie épuisé la totalité de mes anecdotes et que je commence à tourner en rond, ce qui est pénible non seulement pour mon interlocuteur mais aussi pour mon ego. Je me verrai alors forcé de quitter brusquement notre conversation, avec mes cliques et mes claques, et de rentrer chez moi pour pleurer sous la douche en me reprochant le manque d'initiative qui fait que mon stock d'anecdotes est constitué pour la majeure partie depuis avant ma naissance, tandis que je n'ai su l'enrichir que par une ou deux touristas qui sont mon entrée en matière favorite dans les conversations.

Afin de m'éviter ces moments douloureux (ainsi que d'économiser sur la facture d'eau), j'ai décidé de prendre les devants et de tout vous révéler ici, ce qui me permettra, si jamais nous nous rencontrons, de me défaire de toute contrainte conversationnelle, et ainsi de me bourrer tranquillement la gueule et de vous écouter en hochant la tête de temps en temps. (ceci est non contractuel, je me réserve le droit de vous pointer du goulot de ma bouteille en disant « ha mais carrément ! » et en hochant la tête un peu plus vigoureusement si l'envie m'en prend).

Prenons les choses dans l'ordre :

1) D'après les recherches généalogiques de mon papy, je suis le descendant (sans doute un poil indirect) de Saint-Pierre. Ça claque, hein ? Bon, pas LE Saint-Pierre qui m'assurerait une place au Paradis, mais Saint-Pierre Fourier, 9 décembre, qui m'assure (ou à ma descendance, je présume) une place au couvent des Marguerites (ou des Oiseaux, je me souviens plus. L'un ou l'autre), ce qui est pas si mal. C'est un peu la classe, parce que c'était pas le dernier des salauds, apparemement, impliqué dans la promotion de l'enseignement des filles et des trucs comme ça. Ça impressionne, hein ?

2) Moins impressionnant, pour compenser les gentils, on a des méchants dans la famille : mon papy (encore lui) a retrouvé des protestants qui s'étaient exilés en Allemagne durant les guerres de religion, dont les descendants se sont vus anoblis, puis officiers dans la Wehrmacht. Pas glop. Pas glop non plus, les émigrés de la famille partis en Afrique du Sud, possiblement des tortionnaires de l'apartheid.

3) Une de mes préférées : si je suis né, c'est grâce aux maîtresses de Paul Claudel. Plus exactement, c'est parce que mon arrière-grand-père a pu divorcer en faisant chanter Paul Claudel. Plus exactement, il a dû embaucher un détective privé pour faire suivre Paul Claudel parce qu'il refusait de le divorcer d'avec la femme qu'il avait épousée et qui couchait avec un médecin de l'armée et qui en était tombée enceinte. Et c'était Paul Claudel qui devait prononcer le divorce parce qu'il était consul en Indochine et il refusait de le faire parce que sa religion lui interdisait mais finalement quand le grand-papy l'a menacé de révéler toutes ses maîtresses locales il a bien voulu le divorcer et du coup grand-papy a rencontré grand-mamy et paf, ça a fait des chocapic. Heureusement que la chair est faible.

Pour être honnête, celle-là, la tante qui me l'a raconté prétend ne pas s'en souvenir. Mais peut-être que ce sont les descendants de Paul Claudel qui cherchent à la faire taire.

4) En plus du couvent des Marguerites (ou des oiseaux), normalement, on a aussi droit à l'entrée gratuite à la tour Eiffel, parce que c'est nous qui avons fourni les câbles des ascenseurs. J'espère quand même qu'ils ont été changés depuis. Comme nous sommes des gens simples, on est jamais allés réclamer.

5) Mon grand-oncle était poursuivi par Al-Qaeda. Qui introduisait des rats chez lui. Par hélicoptère. (Alzheimer peut être drôle, des fois (mais bon, c'est rare quand même)).

6) J'ai été mordu au genou par un poney, une fois. Du coup, j'ai eu droit à un tour gratuit. Ce fut un des plus beaux jours de ma vie, loin devant

7) Mon premier (et jusqu'ici, unique) strip-tease en public sur la place de Cayenne. À cause des fourmis. Parce que je m'étais endormi sur une fourmilière. Et qu'elles me sont toutes grimpé dessus, avant de mordre toutes en même temps. Du coup, hop, strip-tease. Sans réfléchir. Mais bon, c'était moins pire que ma tata qui a eu une fourmilière qui lui est tombée sur la tête depuis un arbre pendant qu'elle aidait à trimballer une pirogue et qui a dû se désaper et se jeter à l'eau devant ses collègues ravis (j'en ai parlé avec un d'entre eux, il s'en souvenait encore après vingt ans).

8) En parlant de mes tatas, il y a une malédiction dans ma famille qui fait que toutes les filles perdent un bout de doigt : ma première tante dans un transat agressif, ma deuxième dans une manoeuvre sur un voilier, ma troisième en nettoyant un couteau, ma quatrième je sais pas comment mais ça lui est sans doute arrivé (elle a réussi à se couper la jambe en trébuchant sur sa charrue dans son salon, au grand désarroi de son assureur), une cousine dans une porte, sa soeur aussi (je crois), ma soeur aussi (je sais) et mon autre soeur dans le mixer, en poussant les poireaux. Le destin est foufou.

9) J'ai déjà eu des voeux qui se sont réalisés pour de vrai, une fois en lançant une pièce dans une fontaine à voeux (j'ai demandé un frère et une soeur et j'ai eu les deux d'un coup)(et normalement, ma mère était pas enceinte à l'époque)(ou en tous cas, j'en savais rien), et une autre fois en voyant une étoile filante, j'ai fait le voeu de trouver des coquillages fermés parce qu'il y en avait marre des coquilles vides, et la nuit même il y a eu une tempête qui a fait échouer des milliers de palourdes sur la plage, pour enchanter mon réveil (et empuantir la plage pendant des jours).

10) Je n'ai pas vraiment vécu de moment que je pourrais qualifier d'"intenses", mais ce qui s'en rapprocherait le plus, outre le coup de la tempête de coquillages, c'est cette occasion où, lors d'une mission de pêche scientifique dans la mangrove sénégalaise, j'ai été pris, durant le repas, d'une crise de tourista que des prises régulières et prophylactiques d'imodium n'ont pas suffi à réfréner. Et bien, se retrouver aggripé à la rambarde d'un bateau de huit mètres, les reins ceints d'un bout de corde, les fesses au ras de l'eau, et se vider bruyamment d'un liquide pâle et abondant à quelques mètres des collègues en train de bouffer, c'est une expérience qu'il faut vivre une fois.

Le problème est qu'étant donné la nature de la tourista, je l'ai vécue trois fois en vingt minutes. Heureusement qu'il faisait nuit et que la circulation autour du bateau était limitée.

(quand le pilote est à un mètre cinquante de vous, c'est également un peu crispant. Mais se crisper ne sert à rien contre la tourista. Ça régule un peu la pression du jet, c'est tout.)

11) Enfin, j'ai fait du chinois et du tricot. Mais je ne saurais pas dire "je fais du tricot" en chinois.

Voilà, vous savez tout de moi. Oui, c'est un peu triste. Nous pouvons donc continuer à ne pas nous voir. Nous nous en porterons tous mieux, j'en suis sûr.

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30 juillet 2014 3 30 /07 /juillet /2014 21:42

Voilà voilà. Le temps passe, les mois s'égrènent, les droits au chômage s'estompent doucement jusqu'à n'être plus que des souvenirs, doux-amers comme les fins aoûts de nos enfances, il m'a bien fallu retrouver un boulot. Ou, plus exactement, être retrouvé par le boulot, étant donné que mes piètres tentatives de démontrer ma motivation par des lettres copiées-collées de celle qui avait marché il y a deux ans n'ont pas, hélas, été couronnées du succès honteux que j'escomptais (un peu).

Non, une fois de plus dans ma vie de privilégié, c'est d'une discussion avec un homme désespéré du départ de son employée (partie éviter un mariage aux Comores, cette fois, après la tentative de suicide qui m'avait valu deux ans de séjour au Sénégal) qu'est venu le salut.

 

J'ai été honnête. Je lui ai bien dit « non mais tu sais que je connais rien à ce domaine, hein ?

 

- Non mais c'est pas grave, c'est des trucs que t'as vus en prépa, ça ira.

 

- Non mais je t'assure, quand je dis rien, c'est rien de rien hein !

 

- Je suis sûr que ça ira, y'aura pas de problème.

 

- T’es sûr sûr ? Parce que c’est vraiment pas mon domaine du tout du tout. Je serai tout nul, je te servirai à peau d’zob.

 

- Mais non, tu seras très bien ! »

 

Etc. (j'abrège parce que j'ai passé un bon moment à tenter de le convaincre que je serais un indécrottable inutile, un poids mort, et que mon embauche serait une erreur qu'il se traînerait sur la conscience jusqu'à la fin de ses jours bien que ça me flatte que tu me proposes, vraiment).

 

Puis un certain temps avait passé sans que ce soit remis sur le tapis, je m'étais persuadé que j'étais oublié, ce qui, quelque part, était un certain soulagement, jusqu'à ce que je reçoive un coup de fil alors que j'étais en vacances dans notre pied-à-terre familial de Bréhat, m'annonçant que ça y était c'était bon je pouvais commencer quand ? (Bréhat est un porte-bonheur de la pire espèce : les deux derniers coups de fil m'annonçant que j'étais embauché s'y sont déroulés).

 

Ainsi donc, me voilà, trois mois plus tard. J'ai, durant ces trois mois, habité la charmante bourgade de R., sise en lointaine banlieue parisienne, qui vit Clovis se faire baptiser, un dauphin se faire sacrer par Jeanne la Pucelle, et Arnaud Robinet se faire élire maire (vous aurez appris quelque chose aujourd'hui), et ai travaillé à la sueur de mon front dans les sombres tréfonds d’une usine perdue au milieu des champs de la riante campagne champenoise, dans les vapeurs de resvératrol et le fracas des broyeuses à céréales.

 

Houuu mais que c'est joliiiii ! (merci à Tian)

 

Et qu'y ai-je fait ? J'aimerais pouvoir vous répondre. Hélas, ma mission est top-secrète. Sachez seulement que c'est très dangereux (je dois porter une blouse de protection ! Des lunettes ! Des chaussures de sécurité !) et bien trop compliqué pour vous expliquer : je dois manipuler des boutons, en tourner certains, appuyer sur d'autres, regarder des aiguilles bouger sur des mesuromètres à aiguilles, vérifier que ça dit la même chose que les mesuromètres digitaux sur le petit écran là sur la boîte, brancher des tuyaux qui se clipsent, d’autres qui ne se clipsent pas, regarder des bubulles glouglouter, me poser la question de l'excès de serrage des boulons, tout ça. Un peu comme un réparateur de cabinets, quoi. Mais en plus dangereux, d'où la blouse et les chaussures. Et en plus classe, d'où le cahier de laboratoire sur lequel j'ai dû jurer allégeance à la confrérie des regardeurs d'aiguilles de l'ECP.

 

Par ailleurs, je suis devenu très fort en mots fléchés niveau 2/3 : ne devant prendre des mesures que toutes les deux minutes, ça laisse du temps pour remplir des cahiers de mots fléchés (deux cahiers pour être exact). Sans compter les mots fléchés post-pause déjeuner, en mangeant les gâteaux du pâtissier de la boîte (oui, on avait un pâtissier-modélisateur à demeure. Il faut ce qu'il faut pour survivre en Champagne-Ardenne au milieu des vapeurs de resveratrol et du fracas des broyeuses à céréales précités).

 

Hélas, ces trois mois touchent à leur fin. Je vais rendre mon petit studio dans la résidence où je suis considéré comme le pinacle de l'humanité parce que j'essuie mes chaussures quand je rentre dans le hall. Je vais mettre ma petite blouse au sale (vu ce que j'ai transpiré dedans, elle en a bien besoin). Je vais tenter de voler mes chaussures de sécurité (j'ai mis mes mycoses dedans, elles sont miennes !). Je vais écrire mon petit rapport. Je vais dire au revoir à mon patron / cuisinier du soir (il fait très bien le risotto et les nouilles aux anchois et à l'ail). Puis je vais prendre le train, et rentrer chez moi, et, languissamment allongé sur mon lit, sous les combles, attendre qu'un nouveau job me tombe sur le nez.

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16 juillet 2014 3 16 /07 /juillet /2014 22:42

Chers amis apprentis marmitons, j'ai pour vous un secret. Un secret que les professionnels se passent de génération en génération de bouche de chef à oreille de chef.

La cuisine, c'est la sauce. Il n'y a que la sauce. Tout le reste, c'est de la chair morte et des organes végétaux. La sauce, voilà ce qui importe. Que serait la tête de veau sauce gribiche sans sauce gribiche ? Le coq au vin sans sauce au vin ? Le bœuf miroton sans miroton ? Le kebab sans sauce blanche ? De biens tristes choses en vérité, et bien pathétiques.

C'est pourquoi notre leçon d'aujourd'hui portera sur une sauce. Et pas n'importe quelle sauce ! Car c'est bien le secret de la sauce qui m'a valu partout où je vais le surnom de Saucemaster : la vinaigrette. Car la vinaigrette est l'âme d'innombrables plats, depuis la salade jusqu'au poireau-vinaigrette, sans oublier la salade.

Accrochez-vous bien, nous allons commencer. Vous êtes prêts ? Vous avez mis votre petit tablier, vos chaussures de sécurité et vos lunettes de protection ? Allons-y.

Premièrement, munissez-vous d'un bol. Quel genre de bol ? Allons, faites preuve d'initiative. Adaptez-le à la quantité de vinaigrette que vous avez l'intention de faire dedans (car c'est bien à cela qu'il vous servira). Evitez de prendre un bol trop plat, parce qu'après, quand il faut mélanger (il faudra mélanger, désolé de vous spoiler les paragraphes suivants, mais il faut le savoir avant de vous lancer)

Une fois que vous avez un bol de la bonne taille, attrapez dans votre placard votre bouteille de vinaigre, car qui dit vinaigrette dit vinaigre. De vin. Puisque ça s'appelle vinaigre. Posez-la sur le plan de travail, je me suis trompé. En fait, il vous faut d'abord prendre le pot de moutarde qui est dans le frigo. S'il est dans un placard, inutile de le mettre au frigo avant de le prendre. C'est juste que chez moi, la moutarde est au frigo, pour la protéger des mites à moutarde. Pour une efficacité optimale, optez pour de la moutarde forte moderne, pas cette saleté de moutarde à l'ancienne inventée par les marketeurs de chez Amora. Une bonne moutade forte, dans un pot en forme de verre, qui pourra ensuite vous servir de verre. S'il y a des dessins d'Astérix dessus, c'est encore mieux, même si ça ne présage pas de la qualité de la moutarde, ça fera des chouettes verres à eau pour vos petits (si vous avez des petits ou espérez en avoir un jour).

Attrapez une cuillère à soupe. Ce sont les grosses cuillères, à côté des couteaux dans le tiroir à couverts. Attention ! Vérifiez bien qu'elle soit propre. Si elle ne l'est pas, vérifiez le bon fonctionnement de votre lave-vaisselle. Quand avez-vous fait le dernier contrôle technique ? Avez-vous remis de l'huile ? Si vous n'avez pas de lave-vaisselle, le moment est venu de s'expliquer un coup avec votre moitié qui a encore fait n'importe quoi, c'est pourtant pas compliqué d'utiliser une éponge, merde, ET REGARDE MOI QUAND JE TE PARLE JE SUIS PAS TA BONNICHE BON SANG C'EST TOUJOURS PAREIL AVEC TOI MERDE À LA FIN ALLEZ FOUS-MOI LA PAIX J'AI UNE VINAIGRETTE À FINIR MOI PENDANT QUE TU TRAINES SUR FACEBOOK.

Bref. Si la cuillère est sale, nettoyez-la. Plongez la avec délicatesse dans le pot de moutarde (en la tenant par le manche), et extrayez-la une fois qu'elle est pleine de moutarde. Pas trop trop pleine, on va faire une petite vinaigrette pour commencer, des fois qu'elle serait loupée.

C'est bon ? Maintenant, il s'agit de verser la moutarde dans le bol sans en mettre partout dans la cuisine. Comme la moutarde a tendance à s'accrocher à la cuillère, c'est pas forcément évident. L'erreur à éviter est d'agiter trop fort la cuillère pour décoller la moutarde (ce qui peut arriver, par réflexe, d'où les lunettes de protection). Ce n'est pas si grave que ça s'il reste un peu de moutarde collée à la cuillère. Il faut savoir relativiser, dans la vie.

Reprenez la bouteille de vinaigre. Si vous êtes droitier, prenez la dans la main droite. Si vous êtes gaucher, faites ce qui vous semble le mieux (étant normal, je n'ai aucune idée de la technique que peuvent utiliser les gauchers). De la main gauche (pour les droitiers), tenez fermement votre cuillère avec ses résidus de moutarde au-dessus du bol. Inclinez lentement la bouteille de vinaigre, avec la dignité qui sied à la tâche. Si tout se passe bien, le vinaigre devrait couler dans la cuillère. Si un peu de vinaigre coule dans le bol, ne vous en préoccupez pas. Si beaucoup de vinaigre coule dans le bol, jetez son contenu aux cabinets, rincez le bol, et reprenez à l'étape moutarde.

Une fois la cuillère remplie, renversez-la dans le bol. Par-dessus la moutarde, oui. Réitérez l'opération afin d'avoir le contenu de deux cuillères de vinaigre dans le bol.

Prenez ensuite la bouteille d'huile dans votre placard à huiles. Pour vous souvenir de quelle huile il faut vous servir, utilisez ce petit poème mnémotechnique (déposé sous licence CreativeCommons) : De l'huile de tournesol, ça va mais c'est pas fol, du colza ? Pourquoi pas, de l'huile d'olive, c'est moins rébarbative. Ce qui signifie : prenez plutôt de l'huile d'olive, à moins que vous ne préfériez le tournesol ou le colza (quoique pour le colza, je n'en ai aucune idée. C'était pour la rime que je l'ai inclus).

Maintenant, faites comme pour le vinaigre, mais avec quatre cuillerées. Dans le bol, toujours, oui.

Ensuite, reprenez votre cuillère dans la main droite – si vous êtes toujours droitier – et servez-vous en pour mélanger huile, moutarde et vinaigre dans une joyeuse sarabande mélangière. Je trouve que c'est plus facile de mélanger dans le sens des aiguilles d'une montre, mais vous avez tout à fait le droit de faire en sens inverse, et même de changer de temps en temps.

Remuez remuez remuez jusqu'à ce que ce soit bien mélangé. À cet instant, ça doit ressembler à de la vinaigrette. Mais vous avez oublié le sel et le poivre ! Allez donc les chercher, et mettez-en un peu mais pas trop dans votre sauce. Remélangez, sinon ça sera laid, vous aurez quelques grains de sel et de poivre flottant tristement à la surface de votre vinaigrette.

Et voilà ! (en français dans le texte) Vous avez réalisé une vinaigrette qui saura charmer tous vos invités. Une fois que vous aurez bien maîtrisé le bouzin, vous pourrez même vous permettre des petites folies, rajouter de l'ail et du basilic haché, tout ça, ça fait super pro. Comme de mélanger huile de tournesol et d'olive, comme le faisait ma nounou marocaine qu'est la meilleure cuisinière du monde et qui m'a tout appris sur la vinaigrette. Mais vous êtes pas obligés, hein ! Vous êtes libres, maintenant, et le monde est à vous.

Un monde sans salade sèche et fade. Un monde meilleur. Pour toujours.

Bon vent, camarade. Bon vent.

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24 juin 2014 2 24 /06 /juin /2014 11:42

Agronome ! Noble coeur, et vaillant, et épris de justice,

Dans ton poing droit tu tiens ton épée Glyphosate

Et en pourfends, sévère, les vertes adventices

Qui de ton champ de blé se voudraient les pirates !

 

Nulle haine dans ton geste, pourtant

Tu es un paladin

Mais hélas, la foule, ce monceau d'ignorants

Te prend pour un bourrin

 

Et te hue :

Bouh ! Suppôt des lobbies ! Monsanto ! OGM !

Et ces sifflets te tuent

Car tout ce que tu veux, c'est juste quelqu'un qui t'aime (houhouuu, quelqu'un qui t'aime)

 

Hélas, aux yeux des demoiselles,

Qu'elles soient dames-pipi ou cheffes du personnel,

Tu n'es là que pour refuser la génisse au taureau

Et tuer dans la graine bleuets et coquelicots

 

C'est de ton fait odieux si le petit cochon

Si rose et si joli, 'vec son p'tit groin mignon

Ne connaîtra jamais la douceur du gazon

Et pleurera sa queue coupée sur le froid du béton

 

Las ! comment pourrais-tu donc faire comprendre à ces blondes

La poésie intense d'un plan de rotation ?

Ou qu'une vache doit vêler pour qu'il y ait lactation ?

Et puis merde, à la fin ! Faut bien nourrir le monde !

 

...

 

Calme-toi, mon doux prince, cette perle rare existe

Regarde auprès de toi : mais oui, c'est ta consoeur !

Les bottes boueuses, les ongles noirs, et jolie comme un coeur

Et fichue d'écouter tes délires eugénistes ! (1)

 

La compagne qu'il te faut dans cette vie de sauvage,

C'est bien elle, crois-en les statistiques

Allez ! Vivez ensemble l'amour agronomique

Endogame et heureux, Lannister du bocage (3).

 

 

(1) Dans la mesure où tu parles d’élevage animal, hein, pas d’humains. L’agronome n’est pas une cinglée finie (2).

(2) Statistiquement. Mais comme dans toute distribution, il y a des outliers.

(3) Pour les lecteurs de la postérité : les Lannister étaient une famille régnante de Levallois-Perret réputée pour la débauche de leur vie sexuelle et familiale.


PS : Ce poème a été rédigé en état d'angine avancée par un type qui n'avait qu'un titre qui sonnait bien, qui lui était venu à l'occasion d'un retour à son école d'agronomie après dix ans, où il avait constaté que crévindiou, ses collègues agronomes étaient quand même toujours vachement accouplés ensemble, même dix ans après.

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5 juin 2014 4 05 /06 /juin /2014 23:42

Un mien ami, parmi les plus proches qu'il me soit, m'avait un jour, à je ne sais plus quelle occasion, dit (amicalement, du moins je crois, puisque, vous l'ai-je dit ? c'était un ami) : « Nan mais toi, tu balances de la merde en l'air, et t'attends de voir ce qui retombe ».

Force m'est de constater que globalement, c'est pas complètement faux et que cet ami m'avait plutôt bien cerné (1). À mon grand dam. J'eusse préféré qu'il se trompât : j'aime bien être un mystère sur pattes, errant de ville en ville, ne restant dans les mémoires que comme « le ténébreux barbu à l'aura impénétrable qui use de conjugaisons cheloues qu'il est pas loin de maîtriser presque », une image qui, j'en suis sûr, est à l'origine de mon succès auprès de la gent féminine (j'en veux pour preuve que ma vie amoureuse ne s'est jamais aussi bien portée, sauf exceptions).

Afin de parvenir à cet effet, j'ai une technique : je mens. J'aime bien mentir. C'est une espèce d'instinct que j'ai développé je ne saurais dire quand, et perfectionné durant mes années étudiantes, dans un milieu que je pensais cultivé et où les cibles posaient (m'imaginais-je) un plus grand challenge.

Et au risque d'écorner ma modestie, je dois avouer avoir eu quelques petits succès.

Un de mes préférés est d'avoir (je crois l'avoir déjà raconté) persuadé une camarade que j'avais appris à jouer du tin whistle durant les longues heures que j'avais passé en stage à Kuala Lumpur au Tibet, à garder des troupeaux de yaks (parce qu'on a beau m'avoir fait miroiter un stage dans une fabrique de beurre, j'étais le plus souvent de corvée de pâtre, ce qui me forçait bien évidemment à jouer du pipeau pour meubler les longues heures d'ennui). J'ai gardé une certaine sympathie pour cette brave fille.

Avec l'aide d'un autre camarade, nous avions élaboré une autre jolie histoire que nous racontions aux nouveaux élèves (de préférence mignonnes) pendant la journée de présentation des clubs de l'école : le ciné-club (dont je faisais partie) avait créé une sous-section porno, qui réalisait des films avec les étudiants. C'était convivial, on découvrait les gens sous un nouveau jour, 'voyez ? Puis bien sûr, les projections n'avaient lieu qu'entre nous parce que quand même, ce serait un peu gênant d'inviter des personnes non impliquées, on voulait pas de pervers, quand même.

Ha, mes amis, c'était le bon temps des camarades étudiants. Ils étaient jeunes et c...rédules.

Ils ne sont plus jeunes (le temps passe, les fronts se plissent, les cheveux grisonnent, les seins tombent, les enfants pleuvent, les photos de profil facebook se parent de robes blanches et de costumes sombres), mais finalement, ils ne changent pas tant que ça.

Je l'ai découvert en envoyant un mail innocent à une copine qui s'enquérait de la participation de la promo au méchoui de l'école. Ne souhaitant pas plus que ça faire part de mon chômage ou de ma vie chez papamaman à tout un tas de gens avec des enfants qui vivent dans des maisons qu'ils se sont achetées avec les sous de leur CDI, j'ai répondu une connerie.

Pour être précis, j'ai envoyé :

"Désolé, mais pour Frank et moi, c'est un peu compromis : il a été promu en mars (colonel Frank !) et muté à la Réunion, du coup je vous écris depuis la base de Sainte-Marie. Ha, et pour ceux qu'on n'a pas vus depuis le mariage : il a eu la garde des jumelles (on s'y attendait un peu, sa cinglée d'ex est sûrement pas capable de s'occuper d'elles) ! C'est pas évident de gérer deux ados de 14 ans, mais on fait face en hommes.

A une prochaine fois, inch'allah."

Je pensais être tout à fait transparent (après tout, il était notoire à l'école que j'avais été réprimandé par le directeur pour avoir mis enceintes douze de mes camarades et professeurs (malgré l'usage de trois préservatifs à chaque fois, mais je souffre d'hyperfécondité, mes petits nageurs ont cinq flagelles chacun) au cours du premier trimestre, ce qui n'est pas un trait typiquement gay), mais apparemment pas pour tout le monde : un copain m'a envoyé un SMS pour me dire qu'un autre type de la promo l'avait appelé pour lui annoncer la nouvelle avec enthousiasme.

Quelque part, ça flatte, quand même. Parce que c'est pas tout de balancer de la merde, voir qu'elle atterrit, ne serait-ce que sur une personne, c'est ça qui compte. Même si ça n'a aucune espèce d'intérêt par ailleurs.

(1) ça m'est revenu là d'un coup, parce que j'ai vu mes doigts répondre à un libraire qui se plaignait de son livreur qu'il « devrait essayer Amazon, c'est chouette Amazon, j'ai jamais eu de problème avec mes livraisons avec Amazon », sans que mon cerveau n'intervienne en quoi que ce soit dans cette démarche.

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7 avril 2014 1 07 /04 /avril /2014 19:47

L'homme, c'est un fait connu depuis maintenant quelques années, est un animal. En tant que tel, une de ses préoccupations majeures est de propager ses gènes par l'acte de copulation, en général avec un autre homme du sexe opposé.

Pour parvenir à cette fin, l'homme de sexe mâle a (grosso-modo) quatre possibilités légales (1) : éblouir l'homme de sexe femelle par son torse luisant d'Apollon, l'éblouir par la carrosserie brillante de sa Ferrari, l'éblouir avec son sens de l'humour rigolo, ou l'éblouir avec sa culture rutilante de mec intelligent.

Les trois premières possibilités étant hors de portée de mes lecteurs, nous allons nous consacrer à la dernière, qui ne demande qu'un budget relativement restreint et permettra de se taper des filles à lunettes, qui sont en règle générale délaissées par les trois autres types de types (enfin, ça dépend du type de lunettes), malgré leurs nombreuses qualités, la moindre d'entre elles n'étant pas, pour la question qui nous préoccupe, d'avoir des exigences moindres que les filles sans lunettes tout en ayant des prétentions intellectuelles (2).

Comment, donc, éblouir une fille avec sa grosse culture, surtout quand on n'en a pas ? C'est bien simple : il faut en donner la preuve avec une bibliothèque soigneusement choisie.

Attention, cependant : cette bibliothèque idéale doit parvenir à un équilibre subtil. Il faut paraître cultivé, éclectique et sensible, tout en évitant majeur l'écueil de l'exagération : se montrer intimidant intellectuellement ne vous permettra pas de tremper le biscuit. Les livres choisis devront donc être connus et réputés sans être trop ardus. Nous pouvons donc bannir d'office Barthes ou Joyce. Il faut également éviter les auteurs sujets à controverse, tels Amélie Nothomb ou Paulo Coelho, le risque est trop grand que votre partenaire potentielle se moque de vous, ce qui est tout aussi rédhibitoire qu'un trop gros QI.

Pour le reste, il y a quelques règles à respecter : quelques Pléiade seront nécessaires, mais il ne faut pas s'en contenter. L'aspect est très important : on préférera se procurer des livres d'occasion, des poches des années 60, pour avoir un effet de livres déjà lus cent fois. En plus, leurs couvertures sont généralement plus classieuses que les ouvrages édités récemment.

Voici donc une liste - non exhaustive - de livres qu'il faudra vous procurer et mettre en valeur dans votre garçonnière.

Le Petit Prince, de Saint-Exupéry, vous permettra de mettre en avant votre caractère sensible. Il sera sans doute également bon de mettre un livre pour enfants qui aurait marqué votre enfance, comme la Petite Poule Rousse, ou le Cheval Bleu, ou n'importe quel livre mettant en scène des animaux, paru chez les Deux Coqs d'Or. N'hésitez pas à mâchouiller votre exemplaire pour renforcer le côté attendrissant.
Quelques ouvrages de poésie vous seront également indispensables pour peaufiner cet aspect de type qui fera durer les préliminaires : Pablo Neruda, Walt Whitman, T.S Eliot, Ezra Pound, Apollinaire. Évitez Baudelaire, ça fait trop gogoth lycéen à mascara.

Pour s'assurer une image open-minded, les Chroniques de San Francisco d'Armistead Maupin sont un must-have. N'oubliez pas non plus d'être féministe. Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir est donc essentiel. Rajoutez quelques auteurs féminines choisies essentiellement sur ce critère (Françoise Sagan, Marguerite Duras, Colette).
Démontrez également votre ouverture sur le monde avec quelques romans de voyage : l'Usage du Monde de Nicolas Bouvier est indispensable, auquel vous pourrez ajouter, par exemple, les récits de Richard Francis Burton (Voyage chez les Mormons), ainsi que des guides de la vieille ville de Prague ou de la Birmanie (bien corné et gonflé d'humidité, un effet facilement obtenu en laissant le livre sur le lavabo pendant que vous prenez une douche brûlante.)

Un homme intelligent ne saurait non plus se montrer monolingue. Une version originale, de préférence une vieille édition Penguin, du Catcher in the Rye, de Salinger, est donc de rigueur. Pour ne pas passer pour un type qui se contente du classique, ajoutez-y Franny and Zooey, du même auteur, ça brouillera les pistes.

Les sous-genres littéraires sont un pari risqué : trop nombreux encore sont les gens qui considèrent la SF ou la fantasy comme de la sous-littérature. Pour ne pas passer pour un gros geek, il faut donc être subtil. Des Fleurs pour Algernon, de Daniel Keyes, et la Horde du Contrevent, d'Alain Damasio, sont suffisamment originaux pour prétendre à un statut un peu à part, un peu mainstream, et ne sauraient nuire à la cause du zizi-panpan.
Le problème est un peu le même avec la BD. Il faudra se contenter de Maus, d'Art Spiegelman, et de quelques Taniguchi si vous ne voulez pas être pris pour un ado attardé. Quelques Monsieur Jean ou le Chat du Rabbin devraient pouvoir passer, de même que De Capes et de Crocs ou Corto Maltese (le critère principal étant : « est-ce que Télérama en a parlé ? »).

Il sera également nécessaire de se doter d'un certains nombres d'ouvrages de philosophie et de sciences humaines. Ici Claude Levi-Strauss, Sartre, Paul Nizan, Pierre Bourdieu ou encore Michel Foucault. Vous risquez certes de n'attirer que des gauchistes, mais rassurez-vous, celles de l'autre bord sont déjà avec le mec à la Ferrari.

Un peu de Sade (Justine ou les malheurs de la vertu), Choderlos de Laclos (les Liaisons Dangereuses), Céline (Voyage au bout de la Nuit), Virginie Despentes (King-Kong Théorie) vous donneront un petit parfum sulfureux tout à fait émoustillant.

Enfin, pour boucher les trous de votre bibliothèque, n'hésitez pas à piocher dans les auteurs suivants : Stefan Zweig, Hermann Hesse, Milan Kundera, un ou deux auteurs russes (n'importe lesquels, du moment que leur nom finissent en -ov ou en -ski), Jorge Luis Borges, Bukowski, Raymond Queneau (parce que vous avez l'esprit fun), Hemingway, Melville, Proust, G.K Chesterton, Julio Cortázar...

C'est bon ? Vous avez tout ? Vous n'avez pas oublié de jeter vos Marc Lévy et vos Histoires dont vous êtes le Héros, ni de prendre une douche ? Parfait. Maintenant, vous n'avez plus qu'à attendre, elles vont vous tomber dans les bras (3).


(1) Pour la femme, c'est plus simple, il suffit de demander.

(2) Selon une étude américaine, qui m'a l'air un peu sexiste quand même.

(3) Mais ça peut prendre un peu de temps. Profitez-en pour apprendre à faire la cuisine et à réviser vos priorités. Vous avez pensé à prendre un hamster ? C'est chouette, les hamsters.

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25 mars 2014 2 25 /03 /mars /2014 19:42

Camarades, aujourd'hui, une fois n'est pas coutume, je voudrais dire les choses comme je les pense : Youpi. Avec un I grec majuscule.

Oui, Youpi. Youpidoup, même.

Je sais, je sais. Ce n'est pas mon genre, ces exclamations d'enthousiasme débridé. Je vous ai plus habitués à des boarf, sans même une majuscule. Des boarf, à quoi bon, pis de toute façon tout est nul d'abord les gens sont nuls et les trucs sont nuls pfffff.

Mais pas aujourd'hui, non non non. Aujourd'hui, comme je disais, je suis enthousiasme débridé, donc Youpi. Pourquoi ? Parce que aujourd'hui, je suis tout seul à la maison jusqu'à la fin de la semaine. Ma maman est partie en Lozère voir ma mamie, et mon papa est presque aussi loin, à Washington, pour faire des trucs chiants (je crois).

Ça va être la grosse fiesta à la maison, du coup. Je vais faire tous les trucs dont je rêvais sans pouvoir les mettre à exécution à cause d'eux. Passer l'aspirateur aux heures que je veux, par exemple, même le soir après être allé m'acheter un kebab, parce que personne ne sera là pour me juger.

LIBERTAD.

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11 mars 2014 2 11 /03 /mars /2014 23:42

Il est des jours comme ça, où vous prend l'envie de bloguer. Ce sont des choses qui arrivent, vous venez de vous taper deux épisodes de série, vous en commenceriez bien un autre mais les sous-titres n'ont pas encore été traduits, vous n'avez pas encore de livre en cours (bon, en fait vous en avez une demi-douzaine, mais là, vous n'avez pas envie d'en reprendre un), il n'est pas encore l'heure de se coucher, du coup paf, vous vous dites, hé mais dites-donc, pourquoi que je ferai pas une note de blog après tout ça fait un bail que ce pauvre blog est en friche, qu'il doit en avoir des publicités qui lui poussent dans tous les coins, ça fait sale et il ne mérite pas ça, quand même, parce que mine de rien, il commence à se faire respectable.

Parce que ouais quand même, c'est pas pour dire, mais ce blog a quand même débuté il y a de cela 569 notes, de qualité variant du naze au moins naze. Parce que ouais, j'ai vérifié, j'ai tout relu, j'ai tout trié, même. Et j'ai compté (enfin, mon ordinateur a compté) pas moins de 369 articles écrits spécifiquement pour ce blog (donc 200 que je sais pas trop où ou ce qu'ils sont), que j'ai trié dans des petits dossiers bien propres, en mettant dans un dossier mes merveilleux poèmes (j'en ai écrit cinq depuis 2006, je suis fier), dans un autre dossier mes 10 recettes de cuisine, dans un troisième mes seize malheureux articles présentant des bouquins (regorgeant de dithyrambes au point que c'en est douloureux de les relire), j'ai aussi tout un dossier d'articles encyclopédiques où j'ai rangé une trentaine de machins qui parlent de trucs comme les vieux, les gonzesses, l'Autruche ou les animaux morts, en bref des sujets que je maitrise plus ou moins, un dossier pompeusement titré « essais » où j'ai dû caser les trucs que j'avais pas compris (après vérification, ce sont les articles qui parlent de sexe, de couches seniors et d'escalators, mais en fait je suis sûr que j'avais une raison de les classer comme ça), un dossier nouvelles (hoooooo ! Je les avais presque oubliées, celles-là, y'en a quinze quand même, dont beaucoup de nulles, ce qui n'en laisse pas beaucoup de bien), et 270 articles dans un dossier « notes de blog », qui doivent être les trucs où je raconte ma vie et où je parle de mon blog, pour dire combien j'ai fait de notes et comment elles se répartissent dans mes dossiers.

Tout ceci me paraît bien vain à l'heure qu'il est. Pas les articles (enfin si, parce que quand même, c'est un blog), mais leur rangement. Je les ai même renommés, pour m'y retrouver un peu, avec l'année et le mois d'écriture et puis un titre qui ait vaguement à voir avec le contenu (c'était le plus difficile, vu que la plupart de ces articles n'a aucun fil directeur, aucun sens, et qu'en fait c'était surtout pour passer le temps, comme je fais là maintenant).

Mais bon, c'est pas si grave. Ça m'a donné quelque chose à faire, et j'aime bien avoir quelque chose à faire d'autre que passer l'aspirateur et traîner sur facebook. Tenez, pour vous dire, je suis allé jusqu'à planter un chèvrefeuille aujourd'hui. C'est dire.

Bon, du coup, j'ai réussi à faire une note. Ça fera disparaître les pubs pour 45 jours, youpi !

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