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15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 15:25

Cher blog, 
aujourd'hui, je suis bien rentré chez moi. Il fait sombre et froid, je suis tout seul, il n'y a pas de cerf qui passe dans le jardin, ni de potée qui m'attend dans la cuisine, ni de chemin enneigé qui ne demande qu'à être dévalé sur les fesses en luge-pelle. Au moins, mon pantalon est sec et ça ne sent pas la naphtaline.

Mais je m'ennuie.

En plus, ma cousine qui m'avait dit qu'elle rentrait de Madagascar aujourd'hui s'est trompée de jour, en fait elle n'arrive que demain, du coup j'ai traîné pour rien sur le site des Aéroports de Paris pour voir si son avion était bien arrivé. 

Alors je m'ennuie encore plus. Et je ne trouve pas le dernier Jane the Virgin qui devait être sorti hier soir, ça me tue.

Bref, tout ça pour dire, j'ai du temps devant moi du coup, je vais vous narrer un épisode affreux de ma vie, qui m'est arrivé dimanche soir, et le pire, c'est que je dois ce moment de détresse à quelqu'un à qui je faisais entièrement confiance :  ma cousine. Une autre, pas celle de Madagascar, une de Lyon.

Parce que quand je suis rentré de la montagne, (oui parce que j'étais à la montagne le week-end dernier, c'était peut-être pas clair en fait) laissant derrière moi la potée, les cerfs qui passent dans le jardin, la neige et les pantalons mouillés, j'ai fait une escale à Lyon, et ma cousine, dans sa grande bonté, a bien voulu me prêter son appartement pour que j'y passe la nuit (pendant qu'elle dormait chez un homme) (non que j'y voie quelque chose de répréhensible, c'est juste pour situer la situation : j'étais chez elle, elle était pas là).

Et donc, armé de la clé de son appartement, je m'y rends, accompagné de mon petit frère et d'une amie enrhumée, à qui mon bon coeur me pousse à donner un mouchoir de mon paquet de mouchoirs déjà bien entamé.
Que n'avais-je fait là.

Car, une fois seul dans l'appartement, après avoir dit merci au revoir c'est bon allez-y maintenant je vous mets pas dehors mais j'ai besoin de mon intimité à mon frère et à la voleuse de mouchoirs, je me suis rendu aux cabinets pour y relâcher la bête qui grattait à la porte depuis un moment.

Et là, à l'instant où, le caleçon aux chevilles, je m'apprête à faire mon offrande à Jacob et Delafon, c'est le drame : pas de papier toilette dans les cabinets. 

Bon, ce n'est pas bien grave, elle doit le ranger dans la salle de bain. Je contracte mon sphincter, je remonte ma culotte, et je vais fouiller la salle de bains : des centaines de chaussures, quelques affaires de toilette, une machine à laver, mais de rouleau salvateur, nulle trace. Contrairement à dans mon slip, très bientôt. 
Qu'à cela ne tienne, j'ai la fesse sensible, mais je saurai me contenter d'un morceau de sopalin ou de serviette de table en papier. Je me rends donc, à petits pas rapides, dans la cuisine, j'ouvre d'un geste sec les placards : rien. Des assiettes, des verres, des couverts, rien qui ne puisse servir à mes besoins. Pas même de lingette désinfectantes sous l'évier. Rien.
Peut-être a-t-elle des mouchoirs dans sa chambre, au cas où elle s'enrhumerait la nuit ? Je fonce dans la chambre, je regarde sur la table de chevet, il n'y a rien non plus, j'arrache les tiroirs, pas mieux. 

Je ne tiens plus. 
L'illumination me frappe soudain, je fonce vers la salle du trône, j'empoigne au passage mon manteau qui gît sur une chaise, et dans un mouvement d'une grâce olympique (demi-tour-volte-dégrafé-de-pantalon-tirage-de-calbute-accroupissement) je me pose et ouvre les vannes. Plouf.

Et je fouille les poches de mon manteau, dans lesquelles il m'était subitement revenu que j'avais un paquet de deux mouchoirs (et je me suis maudit d'en avoir cédé un sur le chemin), ainsi que, miracle, une petite bande de PQ que j'avais fauché par précaution aux toilettes publiques de la station de ski deux jours avant, au départ d'une rando-luge qui n'aura finalement pas été scatogène mais on n'est jamais trop prudent.

Ce fut juste suffisant.

Et j'avais encore mal au bidon. Et il était minuit passé, donc pas question d'aller faire des courses.

Et là, deuxième miracle, ou était-ce de la prémonition de ma part ? Ou juste une conséquence salutaire de la procrastination qui m'avait fait oublier de vider mon sac à dos à mon retour du Sénégal il y a six mois ? Il me restait une plaquette d'Imodium. Qui m'a permis de tenir la nuit et la matinée suivante, jusqu'à ce que j'arrive chez moi et me précipite dans mes toilettes favorites pour m'y vautrer dans la félicité orgiaque que procure le papier toilette triple épaisseur. 

Aujourd'hui, je peux faire caca sans même y penser.
Mais je m'ennuie quand même.

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30 juillet 2014 3 30 /07 /juillet /2014 21:42

Voilà voilà. Le temps passe, les mois s'égrènent, les droits au chômage s'estompent doucement jusqu'à n'être plus que des souvenirs, doux-amers comme les fins aoûts de nos enfances, il m'a bien fallu retrouver un boulot. Ou, plus exactement, être retrouvé par le boulot, étant donné que mes piètres tentatives de démontrer ma motivation par des lettres copiées-collées de celle qui avait marché il y a deux ans n'ont pas, hélas, été couronnées du succès honteux que j'escomptais (un peu).

Non, une fois de plus dans ma vie de privilégié, c'est d'une discussion avec un homme désespéré du départ de son employée (partie éviter un mariage aux Comores, cette fois, après la tentative de suicide qui m'avait valu deux ans de séjour au Sénégal) qu'est venu le salut.

 

J'ai été honnête. Je lui ai bien dit « non mais tu sais que je connais rien à ce domaine, hein ?

 

- Non mais c'est pas grave, c'est des trucs que t'as vus en prépa, ça ira.

 

- Non mais je t'assure, quand je dis rien, c'est rien de rien hein !

 

- Je suis sûr que ça ira, y'aura pas de problème.

 

- T’es sûr sûr ? Parce que c’est vraiment pas mon domaine du tout du tout. Je serai tout nul, je te servirai à peau d’zob.

 

- Mais non, tu seras très bien ! »

 

Etc. (j'abrège parce que j'ai passé un bon moment à tenter de le convaincre que je serais un indécrottable inutile, un poids mort, et que mon embauche serait une erreur qu'il se traînerait sur la conscience jusqu'à la fin de ses jours bien que ça me flatte que tu me proposes, vraiment).

 

Puis un certain temps avait passé sans que ce soit remis sur le tapis, je m'étais persuadé que j'étais oublié, ce qui, quelque part, était un certain soulagement, jusqu'à ce que je reçoive un coup de fil alors que j'étais en vacances dans notre pied-à-terre familial de Bréhat, m'annonçant que ça y était c'était bon je pouvais commencer quand ? (Bréhat est un porte-bonheur de la pire espèce : les deux derniers coups de fil m'annonçant que j'étais embauché s'y sont déroulés).

 

Ainsi donc, me voilà, trois mois plus tard. J'ai, durant ces trois mois, habité la charmante bourgade de R., sise en lointaine banlieue parisienne, qui vit Clovis se faire baptiser, un dauphin se faire sacrer par Jeanne la Pucelle, et Arnaud Robinet se faire élire maire (vous aurez appris quelque chose aujourd'hui), et ai travaillé à la sueur de mon front dans les sombres tréfonds d’une usine perdue au milieu des champs de la riante campagne champenoise, dans les vapeurs de resvératrol et le fracas des broyeuses à céréales.

 

Houuu mais que c'est joliiiii ! (merci à Tian)

 

Et qu'y ai-je fait ? J'aimerais pouvoir vous répondre. Hélas, ma mission est top-secrète. Sachez seulement que c'est très dangereux (je dois porter une blouse de protection ! Des lunettes ! Des chaussures de sécurité !) et bien trop compliqué pour vous expliquer : je dois manipuler des boutons, en tourner certains, appuyer sur d'autres, regarder des aiguilles bouger sur des mesuromètres à aiguilles, vérifier que ça dit la même chose que les mesuromètres digitaux sur le petit écran là sur la boîte, brancher des tuyaux qui se clipsent, d’autres qui ne se clipsent pas, regarder des bubulles glouglouter, me poser la question de l'excès de serrage des boulons, tout ça. Un peu comme un réparateur de cabinets, quoi. Mais en plus dangereux, d'où la blouse et les chaussures. Et en plus classe, d'où le cahier de laboratoire sur lequel j'ai dû jurer allégeance à la confrérie des regardeurs d'aiguilles de l'ECP.

 

Par ailleurs, je suis devenu très fort en mots fléchés niveau 2/3 : ne devant prendre des mesures que toutes les deux minutes, ça laisse du temps pour remplir des cahiers de mots fléchés (deux cahiers pour être exact). Sans compter les mots fléchés post-pause déjeuner, en mangeant les gâteaux du pâtissier de la boîte (oui, on avait un pâtissier-modélisateur à demeure. Il faut ce qu'il faut pour survivre en Champagne-Ardenne au milieu des vapeurs de resveratrol et du fracas des broyeuses à céréales précités).

 

Hélas, ces trois mois touchent à leur fin. Je vais rendre mon petit studio dans la résidence où je suis considéré comme le pinacle de l'humanité parce que j'essuie mes chaussures quand je rentre dans le hall. Je vais mettre ma petite blouse au sale (vu ce que j'ai transpiré dedans, elle en a bien besoin). Je vais tenter de voler mes chaussures de sécurité (j'ai mis mes mycoses dedans, elles sont miennes !). Je vais écrire mon petit rapport. Je vais dire au revoir à mon patron / cuisinier du soir (il fait très bien le risotto et les nouilles aux anchois et à l'ail). Puis je vais prendre le train, et rentrer chez moi, et, languissamment allongé sur mon lit, sous les combles, attendre qu'un nouveau job me tombe sur le nez.

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5 juin 2014 4 05 /06 /juin /2014 23:42

Un mien ami, parmi les plus proches qu'il me soit, m'avait un jour, à je ne sais plus quelle occasion, dit (amicalement, du moins je crois, puisque, vous l'ai-je dit ? c'était un ami) : « Nan mais toi, tu balances de la merde en l'air, et t'attends de voir ce qui retombe ».

Force m'est de constater que globalement, c'est pas complètement faux et que cet ami m'avait plutôt bien cerné (1). À mon grand dam. J'eusse préféré qu'il se trompât : j'aime bien être un mystère sur pattes, errant de ville en ville, ne restant dans les mémoires que comme « le ténébreux barbu à l'aura impénétrable qui use de conjugaisons cheloues qu'il est pas loin de maîtriser presque », une image qui, j'en suis sûr, est à l'origine de mon succès auprès de la gent féminine (j'en veux pour preuve que ma vie amoureuse ne s'est jamais aussi bien portée, sauf exceptions).

Afin de parvenir à cet effet, j'ai une technique : je mens. J'aime bien mentir. C'est une espèce d'instinct que j'ai développé je ne saurais dire quand, et perfectionné durant mes années étudiantes, dans un milieu que je pensais cultivé et où les cibles posaient (m'imaginais-je) un plus grand challenge.

Et au risque d'écorner ma modestie, je dois avouer avoir eu quelques petits succès.

Un de mes préférés est d'avoir (je crois l'avoir déjà raconté) persuadé une camarade que j'avais appris à jouer du tin whistle durant les longues heures que j'avais passé en stage à Kuala Lumpur au Tibet, à garder des troupeaux de yaks (parce qu'on a beau m'avoir fait miroiter un stage dans une fabrique de beurre, j'étais le plus souvent de corvée de pâtre, ce qui me forçait bien évidemment à jouer du pipeau pour meubler les longues heures d'ennui). J'ai gardé une certaine sympathie pour cette brave fille.

Avec l'aide d'un autre camarade, nous avions élaboré une autre jolie histoire que nous racontions aux nouveaux élèves (de préférence mignonnes) pendant la journée de présentation des clubs de l'école : le ciné-club (dont je faisais partie) avait créé une sous-section porno, qui réalisait des films avec les étudiants. C'était convivial, on découvrait les gens sous un nouveau jour, 'voyez ? Puis bien sûr, les projections n'avaient lieu qu'entre nous parce que quand même, ce serait un peu gênant d'inviter des personnes non impliquées, on voulait pas de pervers, quand même.

Ha, mes amis, c'était le bon temps des camarades étudiants. Ils étaient jeunes et c...rédules.

Ils ne sont plus jeunes (le temps passe, les fronts se plissent, les cheveux grisonnent, les seins tombent, les enfants pleuvent, les photos de profil facebook se parent de robes blanches et de costumes sombres), mais finalement, ils ne changent pas tant que ça.

Je l'ai découvert en envoyant un mail innocent à une copine qui s'enquérait de la participation de la promo au méchoui de l'école. Ne souhaitant pas plus que ça faire part de mon chômage ou de ma vie chez papamaman à tout un tas de gens avec des enfants qui vivent dans des maisons qu'ils se sont achetées avec les sous de leur CDI, j'ai répondu une connerie.

Pour être précis, j'ai envoyé :

"Désolé, mais pour Frank et moi, c'est un peu compromis : il a été promu en mars (colonel Frank !) et muté à la Réunion, du coup je vous écris depuis la base de Sainte-Marie. Ha, et pour ceux qu'on n'a pas vus depuis le mariage : il a eu la garde des jumelles (on s'y attendait un peu, sa cinglée d'ex est sûrement pas capable de s'occuper d'elles) ! C'est pas évident de gérer deux ados de 14 ans, mais on fait face en hommes.

A une prochaine fois, inch'allah."

Je pensais être tout à fait transparent (après tout, il était notoire à l'école que j'avais été réprimandé par le directeur pour avoir mis enceintes douze de mes camarades et professeurs (malgré l'usage de trois préservatifs à chaque fois, mais je souffre d'hyperfécondité, mes petits nageurs ont cinq flagelles chacun) au cours du premier trimestre, ce qui n'est pas un trait typiquement gay), mais apparemment pas pour tout le monde : un copain m'a envoyé un SMS pour me dire qu'un autre type de la promo l'avait appelé pour lui annoncer la nouvelle avec enthousiasme.

Quelque part, ça flatte, quand même. Parce que c'est pas tout de balancer de la merde, voir qu'elle atterrit, ne serait-ce que sur une personne, c'est ça qui compte. Même si ça n'a aucune espèce d'intérêt par ailleurs.

(1) ça m'est revenu là d'un coup, parce que j'ai vu mes doigts répondre à un libraire qui se plaignait de son livreur qu'il « devrait essayer Amazon, c'est chouette Amazon, j'ai jamais eu de problème avec mes livraisons avec Amazon », sans que mon cerveau n'intervienne en quoi que ce soit dans cette démarche.

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16 juin 2013 7 16 /06 /juin /2013 22:42

Il est des moments dans la vie d'un homme où il regarde derrière lui et se dit que franchement, pfff, quoi. Puis il regarde autour de lui et là, c'est pas mieux. Assis devant son clavier, il pousse un soupir chargé de vapeurs de coca et de kebab et se dit ralala, non mais franchement, pfff, quoi.

 

Peut-être a-t-il une bonne raison de se dire cela et de pousser un gros soupir. Peut-être voit-il arriver au galop la fin de son contrat, peut-être s'y est-il pris vachement tard pour essayer de vendre son mobilier avant de rentrer vivre, à vingt-neuf ans passés, chez papa-maman et se sent-il piégé par sa commode Ikéa trois tiroirs, sa bibliothèque Billy dont il a fixé le fond à l'envers (ce qu'il a cherché à planquer derrière un tas de bouquins et de bande-dessinés de bon aloi) et sa table en bois. Peut-être a-t-il négligé de répondre à des offres d'emploi en se disant que de toute façon, pffff, à quoi bon de toute façon il est nul et il saura pas faire ces trucs et en plus ç'a même pas l'air intéressant. Peut-être se doute-t-il qu'il ne trompe personne en écrivant à la troisième personne du singulier.

 

Mais toutes les bonnes raisons du monde ne sauraient suffire à ébranler cette tour d'acier à toute épreuve qu'est son optimisme béat en sa bonne étoile. Et l'homme relève la tête, et va sur facebook, et se dit qu'il va crier à la face du monde qu'il n'est pas battu, qu'il est encore là, malgré les épreuves, malgré sa commode et sa table en bois, et que rien ne saurait l'empêcher d'être encore là demain, et après-demain, et les jours suivants !

 

Mais rien ne vient ; et la tour d'acier commence à branler sous les coups de boutoir du manque d'inspiration.

 

L'homme baisse la tête, vaincu.

 

Et contemple ses pompes.

 

Elles sont marrons, comme toutes ses pompes depuis qu'il a l'âge de choisir autre chose que des tennis blanches. Elles sont usées, parce qu'il les porte depuis pfiou. Au moins. Il les avait déjà au Sénégal, c'est dire. Avant son contrat qui s'achève. Qu'il a trouvé neuf longs mois après son retour du Sénégal. Et c'est déjà fini. Et il va devoir trouver quelqu'un à qui fourguer sa commode et sa bibliothèque et sa table et ses chaises.

 

Un sanglot monte dans sa gorge.

Et se brise.

 

Car il a remarqué un détail qui lui était sorti de la tête. Son regard, brouillé par les larmes, a perçu une raison d'espérer. La preuve de sa valeur. Le témoignage inaltérable de ses capacités.

 

Ses lacets.

 

Car oui, depuis ce qui lui semble la nuit des temps, l'homme avait des lacets trop longs à ses chaussures, il marchait tout le temps dessus, il râlait, il faisait pffff mais bon sang c'est pas vrai ces lacets franchement quoi, et il se penchait, et il se disait oups, on va voir ma raie des fesses, et il allait trouver un banc pour poser son pied et avoir à moins se baisser, et il refaisait ses lacets, avec des grandes boucles pour pas que ça traine trop.

 

Mais l'avant-veille, il avait pris un grand couteau, et tranché ces saletés de lacets qui avait encore fait un nœud super serré, mais encore plus que d'habitude. Puis il avait mis des chaussures de randonnée encore plus vieilles que celles sans lacets, et il était allé manger avec son petit papa et sa petite maman au resto libanais, et il était allé ensuite au bazar acheter de l'anti-fourmi et des lacets neufs.

 

Et ces lacets neufs, il les a maintenant sous les yeux, dans les œillets de ses chaussures marrons qui lui ont causé tant de peines et de tracas.

Ils sont parfaits. Pile-poil à la bonne taille pour pas marcher dessus quand il marche. Tellement parfaits qu'il n'y avait même pas fait attention de toute la journée, tellement il n'a pas marché dessus.

 

Voilà une raison d'espérer. Voilà un haut fait à clamer à la face du monde. Voilà un statut facebook pas geignard à poster.

 

Mais maintenant qu'il a posté son statut facebook, que des gens y ont répondu, il se sent coupable. Coupable, parce qu'il n'a fait qu'un statut facebook de ce qui pouvait largement faire une note de blog, blog qu'il délaisse depuis de longues semaines.

 

Alors, il lance son logiciel de traitement de texte et se lance. Avec confiance. Il sait qu'il arrivera à faire une note de blog.

 

La vie n'est pas si grise, finalement.

 

 

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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 22:42

Je sais pas comment c'est chez vous, mais en ce moment, chez moi, c'est l'hiver et ses frimas. Du coup, j'ai ressorti gros pulls et slips fourrés du cagibi de chez maman et papa où ils prenaient une bonne odeur de sous-bois, et je me fais pousser la barbe et les poils des oreilles, dont les qualités adiabatiques ne sont plus à démontrer. Mais surtout, je me suis mis au régime hivernal. Car quoi de mieux qu'une bonne couche de bon gras pour se prémunir des glaglas ? (vous avez noté l'allitération ? C'est pour faire poétique. La poésie, ça vous réchauffe l'âme, qui en a bien besoin aussi).

 

Donc, je mange de la soupe.

 

Parfaitement. De la bonne soupe en sachet, achetée chez Intermarché. Je la fais réchauffer le soir, dans ma casserole, sur mes plaques à induction, je remue de temps en temps comme ils recommandent dans les instructions de montage consultables au dos du paquet, pour pas que les vermicelles accrochent au fond. Parce qu'il y a des vermicelles, comme ça c'est un peu si j'avais fait des spaghetti en plus de la soupe. En plus petits, parce que quand même, j'ai déjà de la soupe. Il y a des pois chiches, aussi. Parce que la soupe comme ça, ça a une double action de chauffage, une instantanée et une différée. Tu te réchauffes quand tu la bois, toute chaude et gluante de bonne gélatine, et là, c'est la première action instantanée. Puis, par la grâce des pois chiches, tu te réchauffes toute la nuit, sous la couette.

 

...

 

Oui, en pétant, oui. Il faut toujours vous expliquer, c'est pas possible. Ça déglingue toute la subtilité du truc. On essaye de relever un peu le niveau d'internet, on case des allitérations, des frimas, et vlan, vous fichez tout par terre avec vos basses histoires de pets. Et voilà, vous m'avez cassé le moral, merci bien. J'étais content, je parlais de ma soupe, de son effet garanti sur la couche de survie hypodermique, surtout quand on en prend deux bols parce que c'est des rations de deux bols, et que je peux pas garder parce que j'ai pas de frigo, parce que j'ai la flemme d'en acheter et que de toute façon il fait froid dans la cuisine, avec tous ces frimas, sans parler des bises glaciales qui sifflent sur nos têtes et vous ratatinent un scrotum en moins de temps qu'il n'en faut, et là, paf, vous me forcez à retomber dans du pipi-caca-prout de cour de récré.

 

Oui, du pipi aussi. Vous êtes contents, maintenant ? Parce que oui, la soupe, c'est plein d'eau, surtout quand on en prend deux bols, et du coup, ça fait faire pipi. Au moins, ça donne une raison de se lever matin.

 

Voilà. Cette note est finie. J'espère que vous l'avez autant appréciée que les vieilles notes de 2008, qui étaient bien, elles.

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31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 08:42

Bon. J'avais eu super la flemme de retranscrire ça quand je l'ai fait, en août dernier, mais je m'y suis finalement résolu. Parce que c'est quand même un beau moment passé avec mon popa, hein popa ?

 

8h40 : Hourra ! Nous sommes partis, Père et moi, pour la verte Bretagne, terre de mystères et de  consanguinité, dans notre fière Toyota Yaris rouge, vestige de la crise de la cinquantaine tardive (et quelque peu décevante) de mon papa. Et tenez-vous bien, on va prendre les petites routes ! Comme des vrais baroudeurs ! Pour l'occasion, j'ai laissé pousser ma barbe et décidé de tenir un journal. À vrai dire, il y a deux raisons à cela : éviter de penser à la musique que mon papa m'inflige (en ce moment, Ana Moura pleurniche sur la N20, je n'ose penser à ce qui m'attend à Moulins la Marche). La deuxième, c'est de ressusciter un instant ce blog moribond. En fait, à l'origine, j'ai accepté de faire ce voyage pour pouvoir faire un statut facebook super liké, mais après avoir hésité sur différentes approches (ado blasé, renoueur de lien filial étiré par le fuseau du temps qui passe, explorateur des contrées occidentales), j'ai laissé tomber, trop compliqué, puis si ça se trouve, mes contacts facebook seront en vacances.

8h51 : nous sommes sur le périph, et je continue mon récit. Ça agace mon papa que je ne lui lise pas ce que j'écris, alors je continue. J'en profite pour vous signaler à quel point ma tâche est ardue : non seulement le fado me casse les oreilles, mais je dois écrire sur des feuilles volantes, étant donné que je n'ai retrouvé aucun des douze carnets que j'ai entamés et qui se sont manifestement égarés dans les travaux de la maison, et que je dois écrire avec un gros stylo-clé USB-pointeur laser, en tenant l'iphone de mon papa qui nous sert de deuxième GPS.

8h56 : oh, des immeubles !  La Seine ! On arrive au travail de ma grande sœur, je vais faire coucou. Hop, c'est fait. Aucune des voitures devant n'a de plaque d'immatriculation intéressante.

8h58 : Je vomis un peu dans ma bouche. En plus, j'ai pas petit-déjeûné. On est cernés par des arbres dont je peine à reconnaître l'essence.

9h00 : Ha, une plaque rigolote ! BJ-xxx-HD. Sans doute un producteur de films pornos en route vers ses studios. Je me demande s'il trompe sa femme. Probablement.

9h01 : Je me surprends à apprécier le fado. Peut-on parler de syndrôme de Stockholm après seulement 21 minutes ?

9h03 : Purée, c'est la forêt vierge.

9h04 : Ha non, de la ville.

9h06 : Cette musique me rend tout mélancolique. Et dire que j'ai oublié mon Smecta. HA HA. Heureusement, l'humour scato me permet de garder le moral, même si mon visage reste un masque de sérieux pour tromper la vigilance de Père qui râle parce que je ne surveille pas assez son iphone à son goût, et qui râlerait encore plus s'il soupçonnait que je prenais du plaisir, lui qui tient à ce que je sois misérable. Bon, ce n'est pas dû au voyage, mais même.

9h12 : la forêt domaniale de Sainte-Appoline est bien laide. Je n'irai pas y chercher des champignons, même le couteau sous la gorge.

9h15 : Nationale 12, morne plaine. Je pense à la mort, mais ne pleure pas, même pas pour attendrir mon papa. D'ailleurs, mon petit cousin a essayé il y a deux jours, et mon papa a rigolé alors que ça fendait le cœur, ce petit rouquin en larmes.

9h17 : ce qui est chouette, c'est que le paysage change. La plaine est démornifiée par des arbres. C'est chouette, les arbres.

9h19 : je repense à la mort, mais c'est à cause d'un hérisson écrasé, pas du paysage, qui reste plutôt arborifère.

9h21 : et maintenant, un piaf. Ce voyage démarre sous de mauvais auspices. Avec en plus du fado en fond sonore. L'univers m'envoie un message, c'est sûr. Je devrais mettre ces feuilles en bouteille et les jeter par la fenêtre, qu'elles ne brûlent pas dans notre inévitable accident.

9h24 : papa ne veut pas acheter de poules, alors qu'on arrive à Houdan. Il essaye d'être scabreux en parlant de poules de luxe, mais ça ne lui va pas, en plus il a des dents toutes neuves.

9h32 : avons passé des pancartes Bû et Bu. Sont-ce deux villages différents ? À googler dès que possible.

9h33 : premier stop, à l'aire Nord de la Mésengère, caractérisée par une flaque. Et un banc.

9h37 : ho purée. Ho purée. Il veut nous faire passer par les petites routes jaunes. Le GPS indique 1h16 pour faire 67 kilomètres. Dans quoi me suis-je fourré ?

9h38 : on change de disque. Comme j'ai la main, je mets du blues (Precious Bryant). Ça sautille. Je chantonne.

9h40 : deuxième hérisson.

9h42 : je claque des doigts sur Black Rat Swing. Ça balance, baby !

9h43 : troisième hérisson.

9h44 : deuxième piaf.

9h47 : quatrième hérisson (petit). Je claque de la langue sur Fool me good.

9h53 : les 2,5kg de blanquette de veau sont apparemment à 20€ à la boucherie Avraise

9h54 : premier rat écrasé. J'essaye de méditer sur la paysannerie française en  contemplant les champs moissonnés, mais mon papa m'interrompt pour me montrer un restaurant chinois.

9h57 : décidément, je kiffe le jeu de guitare de Precious Bryant.

9h59 : Argh. En fait, Père prend la route qu'il prenait petit. Pourquoi ? Ça sent le traquenard. Mais lequel ? On croirait un film français genre Ceux qui m'aiment prendront le train, « un père mourant parcourt les routes de son enfance, en compagnie de son fils, avec qui il essaie de renouer, mais, ne sachant communiquer, il s'exprime par le fado qu'il lui inflige en fond sonore. Leur chemin est jalonné d'animaux morts ». J'espère que je me trompe. Il prétend que c'est juste pour éviter l'autoroute.

10h07 : premier lapin écrasé ; cinquième hérisson. Sur You give me fever, c'est moins triste.

10h08 : troisième piaf.

10h09 : sixième hérisson.

10h16 : Verneuil, c'est joli tout plein. On va prendre un café.


10h56 : Après que nous bûmes des cafés dont un crème et un pas, nous visitâmes en rapide succession Notre Dame de Verneuil, [hein ?] Saint Gorgon et Saint Ortaire, une boulangerie où nous acquîmes un croissant pour mézigues et un pain au choc’ pour Daddy, puis une maison de la presse où un élan nationaliste me fit acheter l’Equipe, ainsi qu’un Canard et un carnet et un stylo pour remplacer mon stylo-clé USB-pointeur laser qui roula sous le siège conducteur lors de notre parcage en ville. Puis nous quittâmes Verneuil et ses colombages sous le patronage de Precious Bryant.


11h02 :  je fais cliquer mon nouveau stylo au rythme de Broke and ain’t got a dime


11h04 : créature écrasée non identifiable

 

11h08 : septième hérisson


11h12 : deuxième lapin


11h13 je fais un jeu de mots hilarant sur Saint Martin d’Ecublais (des culs blets ! haha !) et Père ne réagit pas. Il est de mauvais poil.


11h22 : deuxième créature non identifiée


11h23 : troisième et quatrième créature non identifée


11h28 : la forêt domaniale de Moulins-Bonmoulins a plus la classe que celle de Sainte-Appoline. Je suis sûr qu'il y a des ours, là-dedans.


11h29 : Ah ! Un ours écrasé ! Qu'est-ce que je disais.


11h30 : non, c'était une blague en fait.


11h30 : si j'ai une fille, je l'appellerai Gauburge.


11h35 : le paysage à la sortie de Moulins-la-Marche est décidément agreste et virgilien. Mais pas rupestre, faute de mammouths.


11h38 : remplaçons, après deux écoutes, le disque de Precious Bryant par Madeleine Peyroux et un chien. Je n'ai pas vu la Féline de Jacques Tourneur, je ne sais pas pourquoi Daddy me le demande.


11h40 : quatrième piaf écrasé.


11h45: deux gamins assis sur une meule de paille au milieu des champs. C'est meugnon. Ils doivent discuter cartes Pokemon.


12h02 : on est dans les Choux (Cne de Sées) lol

 

12h06 : Madeleine Peyroux nous fait chier, on passe à Anita O'Day.


12h09 : le paysage est toujours aussi agreste et virgilien, mais il fait moche. Je me demande si le producteur porno de tout à l'heure connait des stars.


12h13 : cinquième créature non identifiée.


12h30 : je m'endors un peu. Ça va nuire à mon comptage d'animaux morts.


12h40 : Papa va pisser dans les bois, sous un ciel bas. Il prend longtemps, ce doit être un gros pipi.


12h50 : j'ai cru voir un petit lapin blanc, mais en fait c'était un mouchoir. Je suis déception.


12h53 : huitième hérisson


12h56 : il pleut sur Domfront


14h35 : avons mangé à Domfront, sous la pluie, du lapin et du bar. Avons échangé des vues sur la littérature, le radotage de Père et l'inexpugnabilité. Domfront est jolie, plutôt colombagière.


14h41 : la vivacité des souvenirs domfrontais de Père fait peur. On se croirait dans un Chabrol.


14h44 : troisième lapin


15h04 : quatrième lapin, neuvième hérisson.


15h12: mon papa a décidé d'être joueur : il pousse de grands braiements, soi-disant pour se réveiller. Pour l'aider dans cette optique, je le frappe sur la cuisse. Pas encore d'accident.


15h15 : cinquième piaf. Je décide d'arrêter de compter les animaux morts. C'est trop déprimant.


15h23 : sixième piaf.


15h24 : ça par exemple, le Mont Saint-Michel à l'horizon !


15h25 : oups, on le voit plus.


15h26 : ha si, le revoilà ! Il pleut.


15h27 : il pleut plus.


15h31 : croisons des courges en pleine croissance.


15h38 : septième piaf.


15h39 : tiens, le Mont Saint-Michel ressemble à un étron dessiné par Toriyama (le meilleur dessinateur de cacas du monde)


15h43 : il repleut, mais fort.


16h36 : ha, j'ai dormi. Bon, du coup, on s'arrête.


16h52 : bon, j'ai redormi.


??h ??On est arrivés.

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18 avril 2012 3 18 /04 /avril /2012 11:42

Ha bé les aminches, ça faisait une paie, pas vrai ? Mais allez pas croire que j'étais mort, ou que j'abandonnais ce blog sans rien dire (c'est sans doute ce que je ferai un jour, mais pas encore tout de suite), nan, en fait, j'avais juste tellement plein de trucs à faire que je savais pas par où commencer. Alors pour faire simple, je vais commencer par le dernier truc qui m'est arrivé, c'est que je me suis rendu compte que cette semaine, j'ai fait ma fête de la saucisse. Sans sous-entendu scabreux, c'est pas mon genre. Juste samedi, avec mon petit frère et sa copine, on était à Montmartre, et on a vu un magasin de hot-dogs, et on s'est dit ouah j'ai trop envie d'un hot-dog là, mais quand on a demandé au type derrière son comptoir, il nous a dit on fait plus de hot-dog, alors on a dit zut et comme on en avait trop envie on est allés dans le Marais parce que je me souvenais d'un hot-doggueur par là bas, et on s'est baffré de hot-dogs et j'étais trop content parce que j'ai retrouvé le coin sans problème et vu mon sens de l'orientation c'était pas gagné. Et puis après, lundi, j'ai mangé une saucisse d'Auvergne avec de l'aligot, et mardi une saucisse de Francfort avec des frites dans un bistrot qui faisait tout vieux avec des chiottes à la turque et une chaîne pour tirer la chasse, je vous jure. Et quand j'ai raconté ça ce soir je me suis fait dire par tout le monde que mon histoire était chiante, alors que c'est moins chiant que mon père avec son nouvel iphone, parce qu'il a un nouvel iphone, et qu'il est tout frétillant comme un petit garçon des années 80 avec sa première gameboy, et il aime pas qu'on lui fasse remarquer, il nous dit pfff tu dis ça parce que t'es jaloux parce que t'as pas d'iphone, alors qu'en fait non, moi je suis content avec mon téléphone flipflap qu'il m'a donné quand il a pris son iphone parce que j'avais dû laisser mon vieux Nokia à Dakar parce qu'il était à l'équipe et le chef de l'équipe voulait pas que je le vole. Lui, il est content, parce qu'avec son iphone il peut faire de la musique en le bougeant et tout, et il est tout épaté quand il voit que je sais traduire quand son iphone dit « les nouilles sont trop chaudes » en chinois grammaticalement incorrect, et que le lendemain je sais encore le traduire, parce que je sais pas pourquoi, il aime bien faire dire à son iphone « les nouilles sont trop chaudes » en chinois au moins une fois par jour ces derniers temps, mais c'est mignon.

 

Un autre truc qu'est mignon, c'est les tritons, et la semaine dernière on est allés chez ma mamie en Lozère et du coup avec mon petit frère, qui commence à devenir balèze en bestioles, on est allés chercher des mares pour trouver des tritons mais on a trouvé qu'une mare et elle était tout à fait dépourvue de tritons, c'était un peu la louze, mais pour compenser on a soulevé des cailloux, et dessous un on a trouvé un lézard et plein de fourmis les plus grosses d'Europe, et dessous un autre une reine fourmi qui venait de commencer une colonie, du coup elle avait juste une ouvrière et une demi-douzaine d'oeufs, et je les ai mis dans une pochette de CD AOL que j'avais trouvé chez ma mamie quand on cherchait des pistolets chez elle, parce qu'elle avait peur de se tirer dessus depuis qu'en Lozère un môme s'est pris une balle dans la tête à cause d'un pistolet qu'un copain avait trouvé chez son père, et du coup on a fouillé les tiroirs de ma mamie et on a trouvé une chaussette de ski qu'était pleine presque à ras-bord de flingues, bon en fait y'en avait que deux, et du coup on les tenait du bout des doigts pour pas se prendre une balle perdue, mais finalement, avec tout plein de précautions on a fini par tourner le canon vers nos nez (en fait juste le mien) et c'était des pistolets à pétard, des trucs qui pouvaient juste tirer à blanc, mais bon on est pas spécialistes en flingues chez nous, du coup on les a remis dans la chaussette et c'était ce qu'il s'est passé de plus intéressant chez ma mamie, même si le mieux c'était de chercher des tritons avec mon petit frère même si je me demande s'il se la joue pas un peu et qu'il profite pas du fait que je suis incapable de dire s'il bluffe ou pas quand il me donne des noms de plante en latin, le sagouin.

 

Ha et puis aussi j'allais oublier, mais je me suis lancé dans la mode ces derniers temps, j'ai été embauché comme main d'oeuvre gratuite par ma cousine parce que la famille c'est sacré, et du coup elle m'a fait repasser des foulards en soie comme si j'étais une gonzesse mais j'ai rien dit et j'ai repassé, parce que la famille c'est sacré, puis j'ai mis des tas de bijoux dans des petits sacs tout jolis pour les envoyer à des clients dans toute la France et puis j'ai mis des tas de foulards dans des plastiques aussi et j'ai mis les plastiques pleins de foulards dans des cartons pour le Japon puis j'ai aidé ma cousine à faire ses inventaires de tas de bijoux et à aller chez son fournisseur chercher d'autres tas de bijoux pour les envoyer encore au Japon et puis partout et puis on est partis aux galeries Lafayette dimanche dernier pour préparer son stand où elle est en train de cartonner et c'est chouette parce que tout le monde lui dit qu'il est beau son stand et c'est un peu grâce à moi et à l'alcool à 90 parce qu'il a fallu gratter pour enlever un paquet de scotch sur les présentoirs mais là je me dis que si ça se trouve, je suis en train de vous emmerder alors à la place voilà un lien.

 

Ha, puis j'ai vieilli, aussi.

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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 19:42

Ha bé les aminches, me v'là propre. Et je ne dis pas ça uniquement parce que je viens de prendre ma douche (je vous avais dit qu'on avait une super grande nouvelle douche, chez moi ? On pourrait y faire des jetés-pas de bourrées à tire-larigot, à supposer qu'on y entre en tutu).

D'ailleurs, je viens de prendre ma douche, mais c'était pas tellement la peine, parce qu'étant donné que vu que j'ai mis un tablier pour faire la cuisine hier, je me suis même pas sali du tout, sauf les mains pleines de gras de beurre, de blanc d'oeuf et de courgette molle, mais comme j'avais un tablier, je pouvais essuyer mes mains dessus, hé. Pas con le mec.

 

Non, quand je disais que ha bé me v'là propre, je le disais au figuré. Enfin, je le disais à vous, mais c'était pas à prendre littéralement, que je voulais dire. Allez pas vous imaginer que j'écris des notes de blog à l'intention d'un type qui se ferait appeler le Figuré (peut-être un mec qui aurait eu une opération de chirurgie esthétique sur le visage, parce qu'il avait eu une grosse cicatrice qui lui courait de l'oreille droite au coin gauche de la mâchoire, en se battant au couteau contre un lynx ? Enfin, j'hypothèse, là, parce qu'en fait, ce type n'existe pas, et c'est tant mieux pour le lynx, qui est une espèce protégée et en voie de disparition). Non, j'écris pour vous, et pour vous seulement, les aminches du début de ma note (là, en haut).

 

J'aurais pu dire Me v'là beau, notez. Mais je suis toujours parti du principe que c'est pas parce que je parle à des gens que je ne connais pas que je dois être malhonnête (et pis de toute façon le plus important c'est la beauté intérieure, et ça j'en ai des paquets, j'aime autant vous le dire).

 

Tout ça fait pas avancer le schmilblick, et donc, toujours est-il que me v'là propre (et n'en parlons plus). Parce que là, j'ai bien comme l'impression que je suis en train de me faire couillonner un peu, 'tendez que je vous explique : là, depuis dimanche, y'a qu'un gonze dans la baraque qui se cogne de préparer la pâtée au troupeau, et c'est bibi.

 

Ç'aurait été de la préparation de Minut'soup, encore, j'aurais rien dit, j'aurais mis la bouilloire à bouiller, pis j'aurais ouvert des sachets avec les dents pis j'aurais versé dans des bols et rajouté la flotte sans rien dire, mais là non. Non seulement on m'a fait éplucher et couper des oignons et des courgettes et des poulets et des poivrons et tout et tout, on m'a forcé à faire CUIRE des trucs.

Enfin, on. Ma frangine, je veux dire. Elle m'a forcé à faire de la BÉCHAMEL, sur la tête de ma mère. Deux jours de suite. Et pis en plus, elle est pédagogue, hein. « ho bé tu mets de la farine, pis quand ça fait de la pâte avec le beurre fondu, tu rajoutes du lait. Puis tu touilles et tu rerajoutes du lait ». Et allez pas essayer de lui demander des proportions : « ho, jusqu'à ce que ça ait la bonne consistance ».

 

Puis c'est pas elle qui va se déplacer pour voir si les oignons sont fondus comme il faut, hein ! Non, il faut que je l'appelle, depuis le fin fond de devant ma poêle qui commence à sentir chelou « Frangine ! -Oui ? - tu peux me dire si ça va, là ? » et là elle répond plus. « Frangiiiiiine ? -Oui ? Les oignons, là, ça va ou ils devraient pas être noirs ? » pis là, encore pas de réponse, du coup faut que je lui amène la poêle pleine d'oignons pour qu'elle puisse vérifier depuis le canapé qu'en effet ils sont bien cramés et qu'il faut que je recommence mais d'abord je dois aller racheter des oignons au Casino pour finir le gratin de courgettes et que du coup prends des citrons, tu feras de la tarte au citron, tiens !

 

Non mais franchement, quoi, ça commence à bien faire, là. Normalement, c'est ELLE qui fait la cuisine, moi je me goinfre la vaisselle, c'était une affaire qui marchait. Mais maintenant, il faut qu'elle me cendrillonne.

 

La famille, je vous jure, des fois, hein, c'est égoïste comme pas permis. Du coup des fois, on a bien envie de raconter au monde entier comment y'a des grandes sœurs qui prennent prétexte du plus petit tranchage de doigt dans le mixer (parce que ça doit pas être évident à tout le monde que la lame qui tourne vite vite, là, elle tranche aussi bien la viande que les poireaux qu'on pousse dedans sans faire attention) pour exploiter leurs petits frères trop bonnes poires.

 

 

 

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24 février 2012 5 24 /02 /février /2012 16:51

S'il y a une chose importante dans la vie, c'est la famille. Ha si. Et comme c'est dans le Nord que l'on sait, paraît-il, le mieux aimer sa famille (souvent une famille de chômeurs)(à vrai dire, je tiens mes connaissances sociologiques sur le Nord d'un camarade supporter du PSG), je suis allé dans le Nord, traîné par ma petite sœur et son copain, pour prouver mon amour fraternel à mon néo-lillois de petit frère en le virant de sa chambre pour le faire dormir dans son salon regorgeant de blattes (de belles grosses blattes. Au passage, j'adresse toutes mon admiration à sa dulcinée, parce que c'est pas toutes les gonzesses que je connais qui accepteraient un élevage de blattes siffleuses dans leur appartement, fût-ce dans un tupperware bien fermé, ni même de céder leur chambre à la belle-famille).

 

Hélas, trois fois zélas, nous ne pûmes passer autant de temps que nous l'eûmes souhaité en la compagnie dudit petit frère, car ce petit coyon avait des partiels à réviser, du coup on l'a souvent laissé tout seul pour aller admirer le cap Gris-Nez (c'est venteux et plein de touffes d'herbe semées de ci de là de crânes blanchis par les embruns, riant des morsures de la bise de leurs petites dents pointues)(bon, en fait, on n'a trouvé qu'un seul crâne), les oiseaux morts de Calais (Calais est truffée d'au moins deux oiseaux morts, que nous avons dûment pris en photo), ou les friteries de Lille ou de Bruxelles (frites tous les midis, et tartiflette deux soirs sur trois, le Nord m'aura pesé sur l'estomac).

 

C'était rien chouette.

 

J'ai également pu, lors de mon court séjour, constater que la tendance à discuter de caca n'était pas mon seul apanage dans la famille (hourra !). Je m'estime d'ailleurs, dans ce domaine, beaucoup plus délicat que d'autres, étant donné que j'ai, en ce qui me concerne, le bon goût de généralement réserver mes anecdotes à mon blog, que je ne vous force pas à lire pendant le repas. En tout cas, ces discussions autour d'une tartiflette (très bonne quoi que tu en dises, Céline) sur la forme idéale des cabinets ou la meilleure technique pour chier dans un pot de laboratoire m'auront édifié (on en apprend tous les jours sur les gens qu'on connaît depuis leur naissance) et rassuré. Par ailleurs, je commence à songer à scénariser une série télé autour de nos aventures intestinales familiales. Ce serait une grande époopée (ou épopet ?), pleine de diarrhées aiguës survenant sur un lit durant des révisions du bac, d'engueulades avec les laboratoires d'analyses médicales (« on vous avait demandé un échantillon de selles, pas d'urines ! » « mais ce sont des selles ! J'ai dû boire l'eau du fleuve parce que la pirogue ne pouvait pas supporter le poids de bouteilles !»), et, de temps en temps, des épisodes hémorroïdes. Je suis sûr que ça ferait un carton.

 

D'ailleurs, je ferais bien de m'y mettre de suite, sinon je vais me faire piquer l'idée. Cette note touche donc à sa fin. Over.

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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 10:42

Je suis rentré du Sénégal il y a un peu plus d'un mois. Ça passe très vite. Et si on me forçait (je ne sais pas pourquoi on le ferait, mais on a parfois des idées bizarres, c'est connu) à tirer une remarque de tout ce que j'ai pu remarquer sur la France depuis que je suis rentré, c'est que bon sang, les gens, vous êtes quand même d'une tristesse assez effarante.
Vestimentairement parlant, j'entends. Les gens peuvent être tristes au Sénégal aussi, hein, il y a sans doute même plus de raisons de l'être là-bas, mais extérieurement, au moins, ils savent s'habiller un peu joyeux, alors que vous...

Je viens de faire un voyage en train, là. J'ai passé un moment sur le quai, à attendre avec la patience et la bonne humeur qui me caractérisent la venue de mon TGV, en regardant les gens. Hé bien, sur le bon gros paquet de gens que j'ai croisés à 21h à Lyon Part-Dieu, 90% portaient un manteau noir, marron, ou gris, 5% arboraient un blanc crème crasseux, et le reste était vêtu en tons variés de verts fadasses et de bleus passés. Il y avait peut-être une fille avec un manteau rouge, qui faisait un peu cochonne, mais à part ça, que du triste, du sombre, du morbide. Tu m'étonnes qu'on soit le plus gros consommateurs d'antidépresseurs, tu sors dehors, t'as l'impression d'être dans un cortège funèbre permanent.

Bon, quelque part, ça m'a un peu rassuré, ce spectacle lyonnais, parce que je craignais un peu que ce ne soit particulier à chez moi, vu que j'avais fait la même constatation quelques jours plus tôt en allant à la mairie refaire ma carte d'identité (parce qu'elle était toute périmée depuis un an, et ça me faisait un peu paniquer). Au bout de dix minutes à ne croiser que des gens en noir ou gris, j'ai failli embrasser un ouvrier qui retournait à son chantier et qui portait un gilet jaune fluo. Je ne l'ai pas fait, parce que le tartiner de la morve liquide qui collait les poils de ma moustache ne me paraissait pas une récompense très adéquate au remontage de moral qu'il m'avait offert à cet instant.

Je ne comprends pas ce qui peut bien pousser tout un peuple à une telle morosité vestimentaire collective. Parce que ça va chercher très loin, quand même, cette histoire : en septembre dernier, je me suis fait engueuler parce que j'avais commis l'impudence de mettre une belle chemise, cousue sur mesure et tout, mais qui avait le tort d'être verte, tenez, la voici :



(la cravate orange qui s'accorde si bien a été gracieusement fournie par un camarade que je remercie au passage. Et je ne suis pas gros, je suis juste un peu enveloppé. Et je préfère me flouter parce que là-dessus, on dirait que je suis chauve, alors que je ne souffre que d'une légère décadence capillaire frontale côté droit)



Et pour quelle occasion je me fais enguirlander comme ça, pour avoir refusé de souscrire au diktat de la tenue de deuil apparemment réglementaire ? Je vous le donne en mille : à un mariage. Je me suis fait engueuler par la mariée alors que j'avais fait mon possible pour égayer un peu son mariage tristoune (si tu lis ça, Laetitia : et pan ! Faut pas critiquer ma belle chemise au tissu choisi par mon ami Gauthier)

Le plus triste dans l'histoire, c'est quand même que c'est contagieux, tout ça : il y a quelques jours encore, je me parais d'un beau pull informe entre le rose et le violet (couleur de foie sain, si vous préférez), mais depuis, je me suis aperçu que je porte un manteau marron, un pull marron par dessus un t-shirt gris, des chaussures marrons, des chaussettes noires et grises, et un caleçon noir.

Allez, je me prends un Prozac.

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