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FIGB recrute




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14 janvier 2008 1 14 /01 /janvier /2008 22:42

Résumé des épisodes précédents : Bon, ben là, on était partis chercher de quoi exterminer nos clones, et on était arrivés en sous-marin dans une cité sous marine.

***********************


Je suis une merde. Je ne suis pas un homme. Je suis moins qu’une huître du banc des Hermelles. Je suis à peine digne du nom d’être vivant. Je ne suis rien. Pierre… comment ai-je pu te laisser entre les griffes de ces démons ? La vue de ton corps démembré, déchiqueté, mis en charpie, écrabouillé, mâchouillé par des gueules immondes, déshonoré par des membres siffrediens et verruqueux (dans cet ordre, dieu merci) hantera mes cauchemars jusqu’à la fin de mes jours…

 

Pierre ! Ton héroïsme sera célébré des millénaires durant, je te le jure ! Ta vaillance jusqu’à la fin, ta persistance, même sous la torture, à ne pas proférer autre chose que Aaaargh, sera chantée jusqu’à la fin des temps ! J’irais chercher des trouvères et des troubadours, j’en formerai s’il n’en existe plus, je débaucherai Johnny Hallyday, je ressusciterai Serge Gainsbourg s’il le faut, mais je te le promets, ton sacrifice n’aura pas été vain. Mon premier fils, je l’appellerai Pierre, mon second aussi, puis mes filles aussi, et mon chien et mes lapins et mes poissons rouges pour que jamais ton souvenir ne périsse !

 

Je ferai tourner un film sur ta vie par Steven Spielberg, ton rôle sera joué par Tom Selleck (je sais que tu étais fan de Magnum, Pierre), je ne vois pour le mien, si même on peut l’intégrer au scénario (mais comment ne le pourrait-on ? Je suis la cause de ta perte…) que Danny de Vito, tes femmes (elles se reconnaîtront, je n’en doute pas) seront jouées par Catherine Zeta-Jones, Monica Bellucci, Cameron Diaz, Josiane Balasko (je te laisse deviner laquelle, traîtresse !), Cécile de France, Zhang Ziyi, Whoopy Goldberg, Scarlett Johansson et Charlotte Gainsbourg (pour celles d’Agrocampus), tes amis seront interprétés par Sean Connery, Harrison Ford, Arnold Schwarzenegger, Sean Penn, Johnny Depp, Romain Duris…

Je ferai réaliser ta biographie en BD, les dialogues seront de Larcenet, les dessins de Bourgeon, les couleurs de Masbou !

 

Je changerai mon nom, je fonderai une compagnie de beignets de poulpes qui s’appellera Blavy Gump, j’inventerai pour toi un vaccin contre le cancer, et il s’appellera Blavocyne, je créerai une boîte de dentifrice nommée Pierrogencyl, je lancerai une boîte de shampoing et il s’appellera Peter’s Friend !

 

Si tu savais comme je regrette, Pierre…

 

*Flash Back*

 

Notre sous-marin, lentement mais sûrement, s’approchait du centre de la ville. Les rues dans lesquelles nous circulions étaient de plus en plus étroites, et la lumière rougeâtre qui y régnait se faisait plus intense et pulsait sur un rythme qui me rappelait celui du Tango de la Muerte, composé par don Diego della Centauri (en gros, ça faisait pam pampampam pam, papapapapam pampampam pam, mais au lieu d’accords de bandonéon déchirants, on entendait les pulsations lumineuses. Je crois que l’ivresse des profondeurs se manifestait méchamment puissamment sur nous, de manière encore plus efficace qu’un mojito sur une halieute hippopotamophile).

 

Autour de notre appareil, les créatures se pressaient pour mieux nous voir, nous empêchant d’apercevoir quoi que ce soit précisément. Pierre semblait comme en transe, il dirigeait sans hésitations le sous-marin au milieu de la foule, faisant quelques appels de phares de temps en temps pour dégager le chemin.

 

Soudain, il n’y eut plus rien devant nous, qu’une falaise immense percée d’une faille circulaire d’où semblait provenir une lumière sourde. Une petite voix, souvenir fugace de prépa me souffla que c’était sans doute un passage vers une ancienne chambre magmatique, puis une autre lui intima de fermer sa gueule. Le spectacle se passait très bien de commentaires, de la même manière qu’on se passe très bien de savoir ce qu’un cuisinier met VRAIMENT dans la bouillabaisse ou un éleveur dans la nourriture de ses poules.

Je me perdis dans la contemplation de cet orifice béant, semblable à la gueule d’un Léviathan fossilisé, un paysage resté probablement dans cet état depuis des siècles… Un spectacle que nous devions être les premiers humains à contempler, une vision d’un monde inconnu jusqu’alors… Au bout de quelques instants, un profond ennui me saisit. C’est pas que j’ai pas la fibre poétique, mais bon, du caillou ça reste du caillou, et ça a une vie assez peu passionnante.

(*jingle* Pause publicitaire : sauf bien sûr celle de Caillou, un des héros de la BD Lapin, les aventures passionnantes d’un lapin moche en tissu pourri, de Phiip, que vous trouverez sur www.lapin.org

Avec en prime Lapin, Lapin, Ourse Verte, leur enfant Sooper, Y. (yaourt passé maître dans l’art du sabre laser), et bien d’autre…fin de la pause publicitaire *jingle*)

Je me retournai vers Pierre pour lui demander quand est-ce qu’on s’en allait (je sais que ma tournure est incorrecte, mais mettez-vous à ma place, l’émotion m’étreignait la poitrine, je n’avais pas le temps de réfléchir à la grammaire), mais il n’était plus aux commandes : il avait jeté l’ancre (ou ce qui en tient lieu sur un sous-marin, je n’y connais rien, je suis plus doué en conduite de carriole à bras), avait ouvert un compartiment dont je n’aurais jamais soupçonné l’existence, en avait extrait une combinaison rouge qu’il enfilait.

Pierre ! m’exclamai-je d’un ton suraigu (ce n’était pas de la panique, c’était juste à cause de la profondeur, hein !), tu ne songes pas à sortir avec ce truc, quand même ?

Il leva vers moi un regard vide. Je voulus lui saisir le bras pour l’empêcher de sortir, mais à son contact, une chose étrange se produisit : je me mis à voir par les yeux de Pierre.

Je distinguai nettement les petites veines éclatées dans mon regard fou, mes pores béants suintant d’une sueur âcre et froide entre les poils de ma barbe, le reste de peau de saucisson entre mes deux incisives inférieures…

Je le relâchai et trébuchai en arrière, m’assommant contre la porcelaine du bidet (les Suisses qui avaient conçu ce sous-marin avaient bizarrement suivi les normes européennes sur l’hygiène et la parité dans la Marine).

Lorsque je repris conscience, quelques instants plus tard, Pierre était sorti et ma vision s’était un peu améliorée : je ne voyais plus par ses yeux, mais par des yeux qui le suivaient à courte distance (aparté technique: pas mal la pirouette hein ? comme ça pas besoin de dire comment Pierre est sorti sans remplir le sous-marin d’eau, et en plus je vais pouvoir décrire ce qui va lui arriver, enfin ce qui lui est arrivé, je vous rappelle que c’est un flash-back si vous suiviez pas).

 

Pierre, marchant au ralenti dans ses bottes à semelle de plomb, s’introduisit péniblement dans la fente géologique.

Il marcha. Marcha. Marcha encore.

Et au bout du tunnel se trouvait une excavation immense, aux parois lissées par le frottement d’un corps titanesque. Et Pierre vit la Bête. Et son esprit se remplit d’une terreur révérentielle, car à cet instant, il sut que devant lui se dressait Cthulu l’indicible, Cthulu, l’être suprême, venu par delà les mondes connus, venu sur Terre en traversant l’éther, et plongé dans un sommeil plus profond que les océans de Glapum’t. Cthulu, qui, instillant ses rêves dans les esprits les plus sensibles et réceptifs, a engendré des êtres dont la folie fait frissonner d’une terreur ancestrale, une terreur qui nous a fait émerger de la boue pour y échapper, qui nous a façonnés, qui a créé l’espèce humaine. Cthulu, dont la seule vue aurait dû plonger Pierre dans une démence hurlante, le poussant à s’arracher les yeux des orbites, suite à la perte de 50 points de santé mentale.

 

Par chance, il n’en avait plus aucun.

 

Pierre se dirigea donc vers la tête de la bête, et dégagea sa glande à noir (ou quel que soit son nom, les cours de bio sont flous dans ma tête) d’un amas de tentacules, puis brancha dessus un objet qui ressemblait furieusement au vaporisateur qu’on utilisait pour arroser notre bégonia (on ne vous l’avait pas dit, mais on avait un joli bégonia rouge dans notre tente. Dans un pot en terre. On le sortait dans la journée pour lui faire prendre l’air, et Pierre l’arrosait tous les soirs. Avec un vaporisateur).

 

Une fois l’appareil rempli, Pierre se dirigea vers la sortie. Et c’est là que se produisit le drame.
Une horde de créatures démoniaques, en embuscade à l’extérieur de la grotte, se ruèrent sur Pierre.

Vaillamment, il tenta de résister, balança un ou deux coups de poings, mais, entravé par l’eau et la combinaison, il n’avait aucune chance de les blesser. Il tenta tout de même, il se débattit, mais peine perdue. Comme indiqué plus haut, il fut alternativement démembré, déchiqueté, mis en charpie, écrabouillé, mâchouillé par des gueules immondes, déshonoré par des membres siffrediens et verruqueux, le tout devant mes yeux écarquillés d’horreur. Je voulus intervenir, mais (entre le démembrement et le déchiquetage) Pierre me lança un regard suppliant, qui voulait dire : « Non, n’interviens pas. Ils ne t’ont pas vu, ils ne te feront pas de mal. Fuis, fuis pendant qu’il en est encore temps, fuis, pauvre fou ! »

Alors, je fuis.

 

*Retour au présent*

Mes yeux mouillés de larmes m’empêchent de bien voir. J’ai bientôt franchi les limites de la ville, mais j’ai du mal à manœuvrer. Je crois que je ne m’en sortirai pas sans Pierre…

 

Clong clong clong.

On frappe sur le sous marin ? Je regarde dans le hublot arrière.

C’est Pierre ! Je stoppe le sous-marin et lui ouvre le sas extérieur. Après avoir vidangé et repressurisé, j’ouvre le sas intérieur et me rue dans ses bras. Il me repousse avec rudesse.

-Et ben, t’es gonflé, dis donc ! T’aurais pu m’attendre ! Tu crois que c’est facile de courir avec ces grolles ?

-Mais… Ce regard que tu m’as lancé pendant que tu te faisais démembrer…Il signifiait clairement que tu me poussais à partir, à sauver ma peau !

-Hein ? Je te faisais juste signe d’attendre un instant que j’aie fini de serrer la main à tout le monde. Où tu es allé chercher cette histoire de démembrement ?

-lls te serraient la main ? J’ai dû mal voir… Aussi, l’éclairage était pas top. J’imagine que je me suis fait un film. Désolé de t’avoir laissé, vraiment. Mais je suis content que tu sois là, l’aventure va pouvoir reprendre finalement !

 

Francis

 

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19 décembre 2007 3 19 /12 /décembre /2007 19:42

Hop, retour des aventures. Les épisodes précédents sont classés dans les aventures à quatre mains. Le début de la destruction de nos clones va commencer. Episode entièrement de Pierre.

Lundi 20 mars. Laboratoire de recherche Top secret de l'armée des tueurs de clones

 

 

 

Une paire de lunettes de protection cachant des verres à triples foyers émerge d’un nuage mal odorant de fumée bleuâtre.

 

- Ca y est j’ai trouvé, les clones ont tous de l’encre de poulpe à l’intérieur de leur sang, j’en avais mis dans la cuve afin de les reconnaître. Or le virus de Reynolds©, aussi appelé syndrome de la page blanche se développe dans l’encre de poulpe. Jadis il était utilisé pour faire de l’encre sympathique. Il se trouve que ce virus est mortel, il éliminera tous les clones sans jamais faire de mal à un humain.

 

- Effectivement, y'a beaucoup d'innocents qui ont perdu la tête à cause de nous, faut dire que les décapiter pour voir s'ils sont le sang bleu, c'est peut être pas la meilleure des méthodes.

 

- Faire perdre la tête a l’ennemi, c’est la guerre psychologique, mais rien ne vaut l’arme bactériologique.

 
 

- Et gros malin le virus de la page blanche, tu vas le trouver où ?

 

 

 

En tant que bon scientifique je lui aurais bien répondu dans ton cul, afin de perpétuer une tradition remontant au doux temps ou je vivais encore dans l’oisiveté sereine de l’étudiant. Mais Francis ne me semblait que très peu disposé à subir une coloscopie. Il existe des profondeurs de l’être humain qu’il ne vaut mieux pas explorer. Je préférais donc plonger à la recherche d’une solution dans les profondeurs abyssales de l’océan.

 

 

 

Au fond d’un vieil hangar désaffecté, entre de vieilles conserves de sardines et des combinaisons d’homme grenouille. Le temps était passé sur ces lieux et la grue, hier encore si droite, s’était affaissée le poids (au moins 10 tonnes) de son aimant, tallé de moisissure.

 

 

 

Heureusement le sous-marin de poche ou de cornet comme on dit dans l’est était toujours là.

 

Quelques lichens avaient élu domicile sur la coque, entre une colonie de moules desséchées et quelques traces de rouille, mais seule la couche superficielle avait subi les outrages du temps et de la corrosion. Je chassai l’araignée qui avait élu domicile dans un renfoncement du cockpit, et grâce à une raclette, j’entrepris de décoller la poussière noire qui masquait le nom du bâtiment. « Le Coucou » était peint en bleu sur la coque jaune délavé, au dessus d’un pavillon suisse. Alors que je faisais les dernières vérifications d’usage, j’espérais intérieurement que l’engin n’allait pas coucouler pour l’éternité.

 

Francis ouvrit l’écoutille, avec la clef mangée par la rouille trouvée dans un coin poussiéreux du hangar, alors que j’allais Mont-d’or mir sur le fauteuil du capitaine.

 

 

 

-G..e..n..è..v..e p..a..s v..e..n..i..r a..v..e..c t..o..i, disait Francis en traînant des pieds. Mais un rapide coup d’œil par la fenêtre le fit soudainement changer d’avis. En effet pas loin de là des clones en furie décidés à nous éliminer venaient de mettre le feu au lac, ou plutôt à la marre, d’un lancer malencontreux de cocktail Molotov. Une vache rincée à l’eau et à l’essence courait pour échapper aux flammes qui la poursuivaient Entremont et vallées, tandis qu’un camion blanc rempli de clones en furie nous fonçait dessus. J’ai comté au moins 25 adversaires sanguinaires, ça en était trop pour nos muscles de fromage mou, entraînés à remplir les formulaires.

 

 

 

Francis affolé bondit sur le vieux zodiac à vapeur, amarré au port et dans un vrombissement de moteur me tracta avec le sous-marin en plein milieu de l’océan. Lorsqu’il y eut de l’eau à gauche, de l’eau à droite de l’eau devant, de l’eau derrière et de l’eau dessus, parce qu’il pleuvait, nous nous décidâmes à plonger.

 

 

 

Le clong sinistre de l’écoutille scella l’atmosphère moite de notre frêle bâtiment de verre et d’acier. Le ciel disparaissait au fur et à mesure que les ballasts se remplissaient d’eau, et le clapotis de l’eau sur la lourde coque s’atténuait de plus en plus. Le dernier rayon de lumière solaire pénétra le hublot central. Plongée.

 

Bleu, gris noir, noir noir… Seule la lumière verte et intermittente du sonar éclairait vaguement la cabine. Au détour d’un angle de visage, elle illuminait un reste blafard d’humanité perdu dans ce monde aquatique. La cabine, jadis tiède et accueillante, était maintenant glacée. Un frisson brisa temporairement le silence, avant d’aller se perdre dans les abîmes océanique.

 

Aussi calmement que possible je comptais les mètres qui nous séparaient de notre destination sur le sonar. Quand à Francis , il maintenait l’immobilité du sous marin en contrôlant la gîte grâce aux propulseurs auxiliaires. Dans cette immensité oppressante, l’envie d’allumer une lampe était grande, mais lorsque nous serions au fond nous aurons besoin de toute la puissance électrique. Il ne nous restait plus qu’à attendre.

 

L’immense pression faisait couiner les jointures et grincer le métal. Une odeur de sueur ou de transpiration mentale flottait dans l’atmosphère huileuse et viciée du système d’air. Instinctivement je contrôlais les concentrations en CO2 et en oxygène. Elles étaient satisfaisantes mais un sentiment d’asphyxie écrasait péniblement mes poumons. Les machines résistaient beaucoup mieux que moi à la claustrophobie. 5 minutes avant arrivée.

 

 

 

Mon corps transpirait à grosses gouttes, alors que je grelottai dans une couverture de survie. Avec mon accord Francis m’avait attaché sur mon siège et éloigné des commandes. Il hurlait calmement des mots inaudibles qui me détruisaient la tête et les oreilles, qui résonnaient à l’infini dans cet espace clos. Le temps estimé par le sonar était comme figé, et même les secondes semblaient enfermées dans l’oppressante carlingue de verre et d’acier. Une seule chose comptait : remonter, le plus vite possible, vers le haut, si il y avait encore un haut dans cette immensité noire, vers la lumière, respirer, respirer de l’air, de l’air de dehors, de l’air frais, et non cette immonde atmosphère moite, dense, putride, usée, sursaturée en huile et en vapeur d’eau. Respirer, quitte à exploser sous la décompression, il me fallait sortir, tout remonter, à la nage, à la main. Sortir, sortir de cette boite de conserve infernale qui n’arrêtait pas de rétrécir. Echapper aux murs de métal hurlant, qui se tordaient, qui m’enfermaient. Tout pesait, j’allais mourir écrasé, sous la pression, sous les murs, sous toutes ces tôles qui me retenaient, sous tous ces flots en furie, immobiles. Ils me comprimaient, ils me compressaient. Il faisait chaud, il faisait froid, il fait vide, il fallait que je sorte

 

 

 

J’inspirais avec difficulté ma dernière bouffée d’air, lumière, un rayon flou parcourut mes yeux parsemés de larmes, et l’émerveillement pris le pas sur la terreur, parmi les millions de particules en suspension dans le faisceau trouble du projecteur, des crevettes rosées dansaient au côté de petits poissons translucides. Un véritable ballet aquatique se déroulait devant nos yeux ébahis : une méduse faisait danser sa longue chevelure filamenteuse, qui capturait les moindres particules de lumière du sous marin, ses extrémités mortelles donnaient un dernier baiser venimeux à un poisson translucide à l’intérieur duquel palpitait encore une guirlande de ganglions. Figé sous le venin, je vis son squelette disparaître dans les profondeurs alors que de nouveaux animaux, avides de lumière, se projetaient contre la vitre du cockpit.

 

 

 

Sur la vieille carte marine qui tenait au plafond par un vieux morceau de ruban adhésif jauni, je regardais la route. Plus que quelques milles à longer les récifs avant destination…

 

 

 

Francis me regardait incrédule, en train de faire de savants calculs de trajectoire. Il savait que j'avais une destination, mais n'en comprenait pas plus. Je ne pouvais pas lui avouer que lors de ma seizième année d'existence, alors que je passais de mornes vacances en compagnie de mes parents, sur les plages radioactives de la Hague, j'avais fait une rencontre surprenante. En effet, je ne voyais poindre a l'horizon ni jolie bretonne, ni belle touriste, et la plage était totalement dépourvue de cette faune farouche que l'homme aime tant admirer, alors j'ai décidé de faire une bataille de varech dans un coin sombre d'un rocher que les grandes marées estivales avaient découvert. Inutile de dire qui de moi ou du rocher gagna, mais dans une sombre anfractuosité, je découvris un humanoïde blessé. Il tenait plus de la carpe que de l'homo sapiens, et ses grands yeux globuleux, que le soleil asséchait semblaient m'appeler à l'aide. La puanteur fétide qui se dégageait de ce corps agonisant failli me faire défaillir mais je réussit tout de même à remettre l'étrange créature à l'eau. Je ne sais si elle coula ou si elle nagea jusqu'à sa maison, peut être avais-je simplement jeté un cadavre échoué, je n'en savais rien, et j'ai passé le reste de ma journée à me baigner pour faire partir la puanteur et le mucus gluant qui entourait mes mains. Cette sordide histoire était restée enfouie dans ma mémoire pendant de longues années, mais à mesure que je m'immergeais dans l'océan, elle refaisait surface. Cette créature, répugnante semblait m'appeler, elle n'avait certainement pas le charme d'une sirène, mais elle en avait l'attrait, je savais qu'il me fallait aller rejoindre sa maison, au plus profond de l'océan Pacifique.

 

 

 

La carte ne m'était plus d'aucune utilité, seul l'instinct me guidait, et je ne la regardais que pour gagner la confiance de Francis , qui visiblement se posait de plus en plus de questions sur ma manière de la lire, et je dus reconnaitre qu'une carte de la Méditerranée n'était pas ce qu'on pouvait trouver de plus utile, mais n'ayant que ça il fallait bien faire avec.

 

Il m'avait déjà grillé pour la carte, je me demandais ce qu'il allait penser lorsqu'il verrait la bête censée nous fournir de l'encre de poulpe… mais je préférais sagement attendre le moment venu avant de lui en parler, "les innocents sont bénis" et je ne voulais pas qu'il me mette des bâtons dans les hélices.

 

 

 

Je longeais la déchirure rougeoyante d'une dorsale d'où s'écoulaient lentement des coussins de basalte, qui me rappelaient les cours de prépa passés à dormir sur des coussins de coton diablement plus confortables que de la pierre vitrifiée. L'eau turbide nous empêchait de voir à plus de 3 mètres, les particules métalliques en suspension détraquaient les radars, et seul mon instinct guidait la machine dans ce labyrinthe basaltique. D'un rapide mouvement de la barre de plongée je dirigeais le sous marin dans une anfractuosité rocheuse qui se poursuivait par un tunnel. Lorsque Francis se rendit compte que je slalomais à l'aveugle dans une ancienne cheminée magmatique, entre les jets de lave et les colonnes d'obsidienne, il faillit m'assassiner pour prendre les commandes, mais se contenta d'un immonde flot d'insultes qui faillit nous noyer sous sa grossièreté.

 

 

 

Les moteurs tournaient à plein régime, les écueils rocheux défilaient autour du frêle sous-marin à une vitesse astronomique alors qu'il fendait l'eau sur un rythme effréné. Je pilotais dans un flot dynamique de blocs de pierres qui tombaient du plafond, de jets de lave qui surgissaient des parois, et de puissants dégazages qui montaient du sol. Tout s'accélérait, mon cœur battait à 100 à l'heure, celui de Francis encore plus vite, le plafond s'écroulait, j'évitais un bloc, un autre. Les bulles de vapeur roulaient sur le cockpit, on ne voyait plus que quelques ombres passer dangereusement près des hublots, puis, le calme plat.

 

Ca y est nous étions arrivés, dans cette cité sous marine, sorte d'alliage improbable entre des pierres millénaires, couvertes d'algues luminescentes, et des bulles d'air prisonnières de filets de lumière. Une construction cyclopéenne, sorte de havre intemporel coincé entre l'eau glacée de l'océan et la fournaise du manteau. Irréelle, dangereuse attrayante.

 

Je restais en retrait, près de l'ouverture infernale qui nous avait conduits ici, comme si la présence d'un ridicule petit sous marin de poche allait briser le fragile équilibre qui maintenait cette cité titanesque en place. J'écoutai longuement le parfait silence de mort qui régnait en ces lieux, puis Francis , dont la patience avait atteint ses limites me dit

 

- C'est pas bientôt finit ce merdier, tu joue au pilote de baignoire en faisant la course avec la mort et t'oses même pas t'approcher d'un tas de cailloux… C'est pas que mais je te rappelle que j'ai laissé un fluide glacial sous le feu des clones dans le bunker, alors j'aimerais bien le lire avant que ce con de poulet m'le picore.

 

Ne voulait pas briser l'élan de courage de mon ami, qui se serait uriné dessus de frayeur il y a quelques secondes si l'accélération n'avait pas plaqué ses fluides puants contre le fond de sa vessie, j'entrepris de m'approcher.

 

 

 

De près la cité ressemblait à une énorme fourmilière, grouillante de répugnantes créatures, aux mains palmées, aux yeux globuleux, et aux corps parsemé d'exobranchies. En tant que bon halieut, Francis trouvait ces horribles choses très charmantes, et je crus même le voir sourire lorsqu'une sorte de poisson femelle, à la peau laiteuse comme un mort délavé, traversa le faisceau du projecteur en faisant onduler sa chevelure bleuâtre parsemée de filaments de varech.

 

 

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27 novembre 2007 2 27 /11 /novembre /2007 11:42

Préambule : si vous vous en souvenez bien, Pierre et moi avions quitté l'île de Pâques à la fin de notre stage, et avions laissé quelques clones là-bas afin de ne pas lâcher complètement l'affaire.
Mais ils étaient nombreux, les saloupiots. Nous dûmes donc décider d'une nouvelle saison d'aventures pour s'en débarasser, qui commencera ici. J'aime bien ce premier épisode.

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*musique dramatique. Une voix s’élève dans le noir*

-Dis moi, Pierre. Est-ce que tu penses à ce que je pense ?

- Je pense que oui, Francis. Mais est-ce qu’il ne fait pas un peu froid pour aller faire du sexe sur la plage sous les étoiles, pendant que batifolent les cormorans sur les falaises et que le Mont-Aigoual, à des milliers de kilomètres, prend une teinte rose quand on le regarde d’ouest en est à cause de la composition de la troposphère ?

- Pierre, tu es stupide ! je ne pensais pas du tout à ça. Pas le moins du monde ! Jamais ! Ca n’a rien à voir ! et ce n’est pas parce qu’une fois, profitant lâchement de mon état d’ébriété, tu as… mais tu détournes déjà la conversation ! Non, ce que je pense, c’est qu’il est temps pour nous de voguer vers d’autres horizons. Mais il va d’abord falloir nous débarrasser de tous ces clones qui ont envahi l’île de Pâques.

Je te propose donc que nous lancions

 

LA GUERRE DES CLONES !

 

-Euh, Francis…

-Quoi encore ?

-Euh, c’est juste qu’en fait…ça a déjà été fait.

- Que me chantes tu là, Pierre ?

- Ben oui, c’est le titre d’un flime de George Lucas…

- Et alors ? ce type a plagié Valérian sans rien dire, alors on peut bien lui piquer ses idées aussi, non ?

 

Maintenant, ça va chier…

 

 

 

-…Euh… Francis…On peut rallumer la lumière maintenant ?

-Hein ? euh, oui, bien sûr…Excuse moi, je m’étais endormi…tu sais ce que c’est, le surmenage, boulot boulot, tout ça…

-Oui… Puis il y a les femmes aux seins lourds aussi…

-…Je vais allumer.

 

*clic*

 

Une lumière froide emplit notre QG, un ancien bunker abandonné que nous avons investi et réaménagé avec goût, style et ce qui nous tombait sous la main.

Une grande table recouverte d’une carte de l’île occupe la majeure partie de la pièce.

-Bon, maintenant, il nous faut définir une stratégie d’élimination de ces clones. Comme c’est toi le major du stage de guérilla de  West Point, tu prends le commandement.

Pierre n’attendait visiblement que ces mots (je ne sais pas pourquoi il faut toujours que je lui dise quoi faire pour qu’il se bouge un peu), il empoigne une cravache et allume un rétroprojecteur. Des diapositives de nos clones apparaissent sur le mur blanc.

-Bon, comme vous le savez (il s’adresse en fait à moi et au poulet, mais il lui faut toujours mettre du style dans ce qu’il fait, sinon il le fait mal), l’ennemi est coriace. Ils sont nombreux, possèdent la ruse du renard, l’agilité du tigre, la souplesse du mamba noir, le sex appeal de Sean Connery, l’endurance du zèbre, la discrétion de la palourde, la libido du capybara, bref, ce sont nous.

Mais ils ont un point faible ! en effet, ils ne sont sur terre que depuis quelques semaines au plus, et leur sens de la survie en milieu hostile n’est pas le nôtre. Nous avons pu affûter nos réflexes au cours de nos aventures, et avons acquis la férocité du loup de Tasmanie. Ils n’ont pas l’œil acéré pour les pièges qui est la rétribution de la seule expérience. Ils n’ont pas la capacité de comprendre le sadisme d’un esprit humain comme le nôtre. Ils n’ont pas la flore intestinale ultra-résistante que provoque la consommation d’huîtres du banc des Hermelles.

-Oui, et en plus, tu oublies de dire qu’ils sont allergiques à l’encre de poulpe et qu’une goutte de ce liquide suffit à provoquer des ulcères de la peau et des muqueuses, qui attirent les mouches qui pondent dans les plaies et dont les asticots les dévoreront vivants si les écoulements de pus dans leurs poumons ne les achèvent pas avants.

- Il y a ça aussi, je te l’accorde. Mais bon, ces raclures sont quand même nos clones, alors je me disais qu’on pourrait tenter de les abattre avec un peu plus de classe.

- Mouais… Pourquoi pas, effectivement… Mais bon, je persiste à penser que l’encre de poulpe serait la meilleure solution…

- Bon, voilà ce que je propose : ici, ici et là, on va installer les pièges basiques : le trou avec des gros pieux mal taillés au fond, avec des branchages par-dessus, pour qu’ils s’empalent dessus quand ils feront leur jogging…

- Pierre, ce sont nos clones… ils ne font pas de jogging, ils préfèrent rester assis devant leur ordinateur à écrire des conneries, aller à la Fnac ou à la plage…  

- Bon ben t’as qu’à trouver des idées tout seul puisque t’es si malin !

-OK… Alors, voilà ce qu’on va faire… on va aller piéger les routes qui passent au bord des falaises en mettant des clous à trois pointes sur la chaussée, comme dans l’Affaire Tournesol, comme ça ils rouleront dessus, les pneus exploseront et ils seront précipités sur les rochers et en plus on risque de ne retrouver leurs corps déchiquetés que bien plus tard, puis on pourra…

-Francis, ils sont comme nous, ils ont pas le permis… Au pire ils se planteront les clous dans les pieds et ils se choperont une septicémie avec un peu de chance, mais je compterais pas trop dessus…

- Oui bon d’accord, c’était pas une bonne idée… Mais c’est pas facile, merde ! alors on pourrait sinon, euh, je sais pas moi, annuler leur abonnement à Fluide Glacial et espérer qu’ils se suicident ?

 - Mais bien sûr… On annule l’abonnement à Fluide, et c’est moi qui me suicide… Et puis où on ira chercher l’inspiration pour la suite de nos aventures ?

- Bon ben alors on fait simple et on lance une opération de guerilla tous seuls ! On achète des kalachnikovs à l’ambassade russe, de la dynamite, on se camoufle dans la jungle et voilà !

-Oui, c’est pas une mauvaise idée… Tu oublies juste qu’il n’y a pas de jungle sur l’île de Pâques.

- Et merde, on a qu’à en planter une, je sais pas, j’en ai marre ! A toi de trouver des idées !

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18 novembre 2007 7 18 /11 /novembre /2007 20:42

Hop, voici la suite des aventures concoctées par Pierre, le reste est dans les aventures à quatre mains, là c'st encore que du 100 % Pierre.

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Avec le décalage horaire et tout et tout, Halloween ça tombe aujourd’hui… et comme y’a personne pour faire une bataille de bonbons, pour manifester contre les vilaines fêtes païennes et mercantiles dans le doux et bordélique havre de tranquillité qu’est chez moi, voila une petite histoire dans la catégorie n'importe quoi et testostérone.

 

 

Francis et moi on s’est dit que plutôt que de se foutre des autres, on allait se foutre les boules, loin de moi les idées qui traversent en ce moment votre esprit baladeur, on pensait bien sûr à se faire peur.

 

On est donc parti en direction de la maison hantée de l’île. La légende raconte qu’un fantôme y est mort dans d’affreuses souffrances. Préférant les fantômes morts aux vivants, j’ai trouvé cet endroit plus sécuritaire que le laboratoire, toujours pleins de dangers potentiels et d’enzymes gloutons mangeurs de phalanges qui se transforment inévitablement en heures supplémentaires.

 

Revenons sur la légende du fantôme mort, elle est inutile pour comprendre la suite, et je suis persuadé que c’est des bêtises mais j’aime bien raconter les histoires, surtout celles des autres parce que les miennes personne ne les croit. D’après notre maître de stage (c’est pas moi) et la traduction du marabout du village voisin, jadis vivait un homme une femme et leurs deux filles. Un jour le chien de l’homme déterra un os d’indien du cimetière sous le manoir.(Oui les manoirs sont toujours construits sur des cimetières indiens, fait peur aux rats et ça fournir des fondation solides, car les indiens ne s’enterrent pas sur des terrains glissants).

Grand chef Vison Buté appela ses copains du cimetière indien et maudirent le chien : Plus jamais il ne pourrait enlever ses puces. Le chien n’était pas qu’un bon chasseur d’os de mort, il était aussi un chien sorcier, il passa sa vie à lire les grimoires de la bibliothèque pour chercher une solution à sa malédiction, mais il échoua. Sa dernière action avant de mourir d’une crise de démangeaisons a été de maudire le maître. C’est vrai quoi, il avait qu’à lui donner du Canigou comme ça il n’aurait pas eu à chercher dans les catacombes de quoi survivre.

Le maître devrait noyer sa femme et ses filles dans ses larmes. Il les jeta donc dans le puits (sec) et le remplit de toute sa tristesse parce que tuer sa famille pour des indiens et du Canigou, c’est vachement pas drôle. (Comme ça ne se remplissait pas très vite, il tricha avec de l’urine et termina à la lance à incendie). Puis comme il était tous tristes et que le destin punit toujours les tricheurs, sauf au strip-poker, il se jeta dans le puits. Son corps fut un lugubre plouf qui se distingue du plouf standard d’une pierre lancée dans une marre par 75 kg de cellulite, de tripes et d’autres machins biologiques. Ainsi naquit la famille fantôme.

Ils se pardonnèrent mutuellement, décidèrent d’adopter un chat noir car c’est moins dangereux qu’un chien sorcier, et vécurent des journées heureuses dans le manoir, bien que les rapports charnels étaient un plus éthérés qu’avant.

Puis un petit garçon est venu, les filles jouaient avec lui à cache-cache, et au fantôme et à la souris, puis un jour ses parent vinrent le chercher, et découvrirent un pot de rose et le secret de la famille de spectres, qui était justement leur nature spectrale.

Affolée que son gamin « voit des gens qui sont morts » elle fit venir l’exorciste qui fit passer les fantômes vivants au stade de fantômes morts à grands renforts d’eau bénite et de torticolis car les fantômes se logent souvent dans les coins.

 

Fabuleuse histoire, dis je à Francis sur le chemin de la maison… alors que le ciel commentait a se couvrir, phénomène météorologique connu sous le nom d’effet hanteciel, qui terrorise bien plus d’un météorologue lorsque des inconnus s’approchant d’un manoirs déclenchent une tempête, détruisant ainsi toutes ses prévisions.

La température ambiante était de 4.3 °C en dessous de la moyenne saisonnière et il faisait jour comme en pleine nuit, bien qu’il n’était que 16h30. Lentement nous sinuâmes sur le chemin en lacets. La maison était noire et grinçait doucement au rythme du souffle du vent.

La pente du chemin caillouteux était rude et nous dûmes faire plusieurs haltes contre la paroi rocheuse pour reprendre notre souffle.

De près, le manoir paraissait gigantesque bien qu’il ne mesurait que deux étages et les lignes de son architecture avaient plié sous le poids du temps. Etrangement, alors que nous pensions trouver des ronces, de la mousses et de la vie dans chaque recoin creux laissé entre deux pierres, nous fûmes très surpris de trouver l’endroit vierge et desséché, même les cafards et les rats ne s’aventuraient pas dans ces lieux si étranges. Seul poussait un rosier, à la coupe parfaite, aux extrémités du quel pointaient de soyeux boutons de roses noires, à peines ouverts. Afin de détendre l’atmosphère j’envisageait de plaisanter sur un quelconque symbolisme érotique de la plante, mais ma gorge resta serrée. Je ne sais si c’est la honte d’avouer notre propre frayeur ou une quelconque impulsion magique qui nous força à ouvrir la porte, mais nous nous retrouvâmes à l’intérieur. Nous fûmes très surpris de ne pas entendre le traditionnel grincement rassurant tout aventurier d’être le premier à entrer. Au contraire la porte avait comme volé sur ses gonds malgré ses 150kg de chêne brut.

Devant nous un hall de marbre gris, grand, froid, glacé, où le moindre chuchotement résonnait comme un fracas assourdissant (j’en aurais bien lâché une, juste pour voir, mais mon rectum était aussi tendu que l’atmosphère, puis l’auteur m’en aurait fouetté, et moi, j’aime bien que quand c’est ma présidente). Un large escalier gothique, formé de larges dalles de pierre brute montait vers le premier étage de ma masure, mais nous décidâmes de laisser les mystères des hauteurs de la maison pour nous contenter du rez-de-chaussée. Nous bifurquâmes dans un corridor sur notre gauche.

Il donnait sur une série de portes, toutes identiques. Un vent glacial soufflait dans le couloir, il persista même après avoir refermé consciencieusement la porte d’entrée. Notre première mission était de trouver un âtre et d’y allumer un bon feu.

Nous ouvrîmes donc méthodiquement toutes les portes pour trouver une salle d’eau envahie par la poussière, deux chambres de bonne, une cuisinière et un poêle crasseux. Nous étions visiblement dans l’aile des domestiques. Au moins nous avions de quoi passer la nuit au chaud.

Dans un tiroir de la cuisine nous mîmes la main sur une boite de bougies.

Francis partit chercher un tas de bois et moi je commençais à enlever la poussière sur un coin de chambre afin que nous puissions nous y étendre sans risquer la pneumonie. La maison ne me rassurait pas, mais j’étais sur que s’il m’arrivait un problème Francis viendrait me sauver.

L’attente fut interminable et je n’osai quitter les quelques m² de propreté, sorte de havre de paix au milieu d’un bâtiment hostile jusqu’au retour de Francis. Sa force de marin pêcheur lui avait permis de ramener bien plus de bois que nécessaire. Dans la chaude lumière du poêle nous entamâmes notre soirée dans la bonne humeur, mais au bout d’un trop court moment bien qu’il paraissait affreusement long le démon de l’ennui acheva nos maigres restes de patience et nous entreprîmes d’explorer la maison.

 

Francis monta au premier et moi aussi, et nous décidâmes de ne pas nous quitter d’une semelle jusqu’à ce que je me retrouve tout seul, en sortant la tête d’une malle, après l’avoir fouillée (3 robes en soie pliés et un pendentif terne). Bon ce gros malin allait sûrement me faire une vilaine farce, et il était parti dans la chambre pour chercher un drap et jouer au fantôme. J’hésitais à m’enfermer dans la malle pour le surprendre à son retour mais je n’étais pas sur de pouvoir en ressortir. C’est alors qu’une idée (saugrenue) me traversa l’esprit : enfiler une robe de soie, pour faire peur à Francis. Je m’escrimait un moment à entrer ma jambe dans une manche avant de comprendre le fonctionnement du vêtement puis une ombre passa.

« Hé Fran… »

Plus qu’une ombre c’était une silhouette, grande, fine, élancée, découpée à contre-jour sur le seuil d’une porte par la lumière floue de son aura brumeuse.

C’est Francis, tentais-je de me dire, un geste trop délicat pour être lui. Il a gobé une ampoule et il fait le malin. Une odeur, douce florale. C’est F… et ce regard vert, luisant dans la pénombre, un souffle, frais, froid, féminin, un frisson, attirance attraction, on me porte, je me porte, on m’emporte.

Un pli de sa longue robe de soie noire effleure ma peau, immatériel tel un frottement d’ailes de papillon sur une toile de vide. Un chuchotement glisse à mon oreille, sa peau fine, quasi transparente me touche, courte caresse à la sensualité glacée. Ses bras frêles passent autour de mes épaules, Charmante, il n’y a plus rien autour, charmé il n’y a plus d’autour. Une caresse sur mon cou, rien, je m’abandonne, détendu. Un dernier regard impassible aux éclats cristallins, dans lequel mon reflet se noie avec plaisir.

Un souffle glisse en un long frisson le long de mon dos à partir de ma nuque avant d’aller mourir dans le creux du dos. Ma main glisse sur sa douce chevelure dont la noirceur absorbe toute la lumière environnante.

Ses dents pointues se posent sur mon cou, depuis quand ai-je réalisé ce qui allait se passer, enfin, je n’attends plus que ça. La douleur irradie sur toutes les fibres de mon corps les faisant vibrer au son de mes hurlements silencieux. Moment unique de plaisir destructeur, le sang coule au rythme effréné de mes palpitations cardiaques, drainé irrésistiblement en un flot délectable. Tout est si calme si irréel, je m’abandonne, à ce rêve gelé, calme intemporel.

Puis son étreinte se relâche. Une dernière goutte pourpre tombe sur sa robe de soie noire, un cheveux d’ébène s’emmêle dans mes phalanges, ce n’est plus qu’une silhouette qui s’éloigne, une odeur de roses, flottant dans mes rêveries hallucinées.

 

A mon réveil, je découvris que ce que j’avais pris la veille pour une robe était en fait une cape à manches (ouf) totalement virile (re ouf) et masculine (re re ouf). Visiblement beaucoup plus tôt que ce qu’avait prévu Francis qui était fort occupé, attaché sur un chevalet de l’atelier, à contempler un fantôme qui faisait voler des objets au formes étrangement étranges à ses cotés. Je préférais le laisser découvrir tout seul les joies de la télékinésie pour aller devant la porte histoire de voir qui taille les rosiers.

 

Pierre

 


 

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18 octobre 2007 4 18 /10 /octobre /2007 00:58

Yop, on reprend un peu le feuilleton. Tout ce qui suit est copyright Pierrot, sauf les corrections orthographiques, même s'il en reste à faire.

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Il était une fois un clone, n°12 bis, douze car c’était le douzième et bis parce que son prédécesseur n’avait pas survécu à la gestation à cause d’une coupure de courant, qui n’avait pas le même but que ses compatriotes.

 

Alors que tous ses mois qui n’étaient pas lui voulaient devenir riches célèbres et sexuellement comblés par le comble de la beauté, lui rêvait le monde, seul. En effet ses camarades ne pouvaient pas faire de business avec un rêve, et sa seule réussite était l’adoption déformée d’une de ses idées par un service de marketing, qui se transforma rapidement en échec.

 

Etant fleur bleu, il avait écrit un stupide texte proposant des bombes a fleurs.

Ainsi un célèbre fabriquant d’aérosol, trouva son idée bien plus novatrice que celle de son ancien collaborateur, consistant à renommer « senteur huître » en « fraîcheur marine ».

Bientôt dans les supermarchés des bombes vaporisant des pétales complets envahirent les rayons au grand désespoir de la couche d’ozone. Pour ne pas fatiguer les ménagères, on créa même des pétales en neige carbonique qui se vaporisaient avec le temps.

Mais malheureusement l’idée fit aussi fureur dans l’armée, car il avaient un problème, en effet après l’invention des mines anti-personnelles tout allait bien, les mutilés faisaient fleurir le marché de la prothèse et les associations de colons avaient un prétexte humanitaire pour coloniser les pays voisins. Mais les hordes de clopinants avaient découvert un animal fantastique : le rat, capable de repérer une mine à 100 m à la ronde et incapable de la déclencher.

C’est alors que les pauvres fabricants fauchés et mortellement tristes de devoir marcher au lieu de rouler en 4x4 détournèrent l’invention en parfumant les mines aux fleurs locales, ainsi plus moyen de les détecter, et puis l’odeur de romarin se marie très bien avec celle de la chair calcinée.

 

Si cette nouvelle était parvenue à n°12 il se serait suicidé à la bombe atomique, mais heureusement il est isolé sur une île et la plus grosse bombe qu’il possède sert à tuer les moustiques.

 

Mais il ne désespérait pas, puisque les hommes étaient incapables de le comprendre il tourna son regard et ses idées vers les lapins, puis vers le ciel. En fait les lapins sont capables de comprendre les hommes, et comme l’acte sexuel ne dure pas plus de 3 secondes, il reste du temps libre à ces animaux pour philosopher, mais comme ils ne peuvent pas parler, personne ne le sait.

 

Etant capable de percevoir des choses que le commun et le non commun des mortel ne voyait pas, il entendit un jour une statue flatuler, et pris conscience de la conscience de la pierre, car il est bien connu que les émanations gazeuses sont dues à la décompression des fluides cérébraux sous l’action calorique de la réflexion, incapables de s’échapper par les oreilles, hypothèse expliquant le rôle sacré des fayots en Loufomanie.

 

Surpris il commença à inspecter méthodiquement les géants de pierre, et il constata que leur tête était aussi trouée qu’une combinaison anti-radiation, et que par conséquent, ils n’avaient pas d’oreilles (et donc pas d’auriculaires non plus).

Bien qu’incapables d’entendre les statues comprenaient le langage des sourds, savaient lire le braille et aimaient danser la polka, mais à la vitesse d’un escargot fossile trempé dans la glue car elles sont feignantes. Ainsi il leur raconta tous ses rêves qui resteront pendant des millénaires gravés dans le granite.

 

Une nuit une fée émue par tant d’inspiration onirique lui rendit visite. Elle était petite, jolie désirable gentille et pleine de poudre de fée qui fait rêver sans dépendance, mais une de ses ailes était trouée ce qui la faisait siffler en volant. Lorsqu’elle arriva le jet âcre de la bombe anti-moustique la renvoya rapidement vers des contrées plus parfumées. Pas de bol.

 

Mais la mauvaise fortune finit par tourner, en rond, et s’en retourner vers les casinos, car là bas au moins elle sert à quelque chose ; et un beau jour de sale temps, une statue proposa à n°12 de rejoindre ses maîtres extra terrestres.

Cette proposition est assez étrange car les petits hommes de l’espace se nourrissent de statues, et personnellement je n’ai jamais vu ni mon sandwich ni mes huîtres me proposer une connaissance pour parler philo onirique. Mais ces êtres de l’univers sont suffisamment évolués pour tolérer et considérer les discussions avec des aliments, alors que les terriens en sont encore à s’entretuer pour des croyances.

 

N°12 fut accueilli sur une navette de transport, une sorte d’enveloppe ovoïde reliée à un casque.

Une forme visqueuse en sortit et commença à grimer sous ses vêtements. Le surréalisme de la scène l’empêcha de paniquer. Une douce chaleur se fit sentir à la surface de sa peau.

La chose montait vers le visage et commença à entrer par tous ses orifices. Il avait beau serrer les dents, rien à faire, la flaque glissait dans son plus intime intérieur et une muqueuse étrangère tapissa rapidement jusqu'à la plus petite de ses alvéoles pulmonaires. Il venait d’enfiler une combinaison biologique.

 

Lorsqu’il entra dans la navette il fut surpris par l’absence de boutons et de machins clignotants lui rappelant son acné juvénile. L’intérieur n’était qu’un espace courbe doux et agréable. Il s’y lova, et sentis la douce accélération correspondant à une traction effectuée sur le câble.

 

Le décor qui s’offrit à ses yeux lors de l’ouverture de la porte de la navette était digne d’un trip de psychopathe débridé nourri à la cocaïne depuis sa plus tendre enfance, enfin c’est ce qu’il croyait car il n’avait jamais essayé les paradis artificiels.

Le vaisseau monde était un véritable zoo, sans cage ni gravité. Ainsi tout un écosystème flottait dans le vide. Des guirlandes de noël, qui s’avérèrent être de terribles plantes carnivores éclairaient les coursives tubulaires de leur lumière vacillante. Des créatures ailées, solidement accrochées par une trompe chatoyante brassaient le mélange gazeux, que la combinaison biologique de N°12 s’efforçait de rendre respirable. L’ensemble de la structure du vaisseau était une vaste poche vivante, photosynthétique, irriguée par de multiples veinules dans lesquelles coulaient des rivières de fluides, formant un réseau multidirectionnel impossible. Tout ici était une parfaite symbiose entre formes de vie et machines. Posés près d’un plan, un ensemble de créatures mangeait un mets ressemblant à de la moussaka, puis une charmante créature soufflait sur de petits bâtonnets au bout luisant sous le regard brillant de ses compatriotes.

 

 

N°12 se demanda alors qui était venu pour le voir, et il mis plusieurs minutes pour comprendre que c’était l’ensemble du vaisseau monde qu’il allait rencontrer. La chose avait réussi à acquérir, suite à une coopération poussée de tous les organismes qu’elle abritait une conscience de groupe, commune à toutes les formes de vie ici présentes.

 

- .. .. …. .. . . . . . . . . … . . . . . . … . ..  demanda-t-il en pressant la paroi.

- …. … … … .. … ……. .. . répondit en braille le vaisseau monde grâce à une long pseudopode.

 

Et ce fut la révélation tout en lui se mis soudainement à comprendre, il lui fallait apprendre à voir ce qui devait être et non ce qui est ou n’est pas. Il quitta le paradis céleste pour reprendre l’œuf-navette sans oublier de souhaiter … .. … … … au souffleur de bâtonnets.

 

Suite à l’éclosion de la navette il avait gagné la cécité, la surdité et tout le reste en perdant ses sens. Lors de ses premiers déplacements il était évident que les obstacles ne devaient pas être là, et il apprit leur inexistence à grand renfort de bosses.

Puis il vécu avec les statues un long rêve noir fourmillant de bonnes idées qu’on entendit sans écouter.

 

 

Moralité : On apprend à voir ce qui devrait être en se faisant des bosses, alors pour rêver, mettez un casque.

 

Pierre

 

 

 

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13 septembre 2007 4 13 /09 /septembre /2007 22:05

Hop, pour une fois, un texte qui est intégralement pas de moi, mais du co-auteur des aventures de l'île de Pâques, Pierre.
Ecrit après notre retour de stage, il décrit la vie d'un de nos clones (enfin, un de ses clones restés sur l'île de Pâques)

**********************



Alors voila pour fêter le retour du correcteur d’orthographe je vous ai fait un petit texte écrit à l’arrache (pardon au fil de la plume, ou du clavier parce que les claviers y’en a pas sur les oiseaux) parce que plus besoin de me relire… quel soulagement.

 

Salut à vous je me présente Pierre 001, je suis né comme tous les autres Pierres, d’une cuve à clones. Comme j’ai une conscience, au sens freudien, je rêve de tuer le mécanicien pour faire l’amour à la cuve, et rejoindre sa cavité interne si apaisante. Mais tout ça ce n’est pas conscient. Y’a un neurone pelle qui l’a enterré au plus profond de ma tête et c’est vachement bien caché, du moins assez pour que je n’y regarde pas… c’est vrai quoi les yeux ça tourne pas vers l’intérieur. Naturellement je fantasme sur les boulons et les vérins.

 

Un jour alors que je traînais dans un laboratoire, je suis tombé sur un dossier marqué d’un grand X, très alléché par le contenu, probablement empli de mécanique huileuses et caverneuses, se déboulonnant aux rythmes mécaniques d’ondulations électriques, afin de répandre sur des culasses creuses leurs fluides visqueux ; je l’ouvris. Et la quelle ne fut pas ma surprise !

 

*** Fondu au noir ***

 

PUBLICITE (des moments de suspende) :

Vos cheveux sentent mauvais, épilez les à la soude, marche aussi sur les poils et les varices.

 

*** Fondu au noir ***

 

Un dossier confidentiel écrit en crypté que, seule une agente féminine du FBI (Faut Bien Ivoir) au regard perçant comme une aiguille d’acier trempé dans le titane pouvait décrypter, se trouvait sous mes yeux aussi aveugles que l’amour d’un myope. Je devais donc me faire passer pour une agente du FBI afin de pouvoir comprendre la chose.

 

Pendant plus de trois jours sans manger sans dormir et sans aller faire les besoins naturels que tout le gens chastes ou pas assouvissent, je restais cloîtré dans ma chambre afin de recueillir les poils roux de la moquette. Puis à l’aide de colle forte je les collais entre eux pour me réaliser une perruque.

La transformation fut douloureuse mais efficace, je pu enfin décrypter le dossier, dans les toilettes car j’avais trois jours à rattraper.

 

*** Fondu au noir ***

 

PUBLICITE : (des moments où on se fait chier, mais où ça peut être pire)

Un bouchon dans les WC, versez de la soude, un bouchon ailleurs, mangez en.

C’était le conseil de buffle futé.

 

*** Fondu au noir ***

 

Le fracas brisé de la faïence me ramena a la dure réalité, vous faire découvrir ce que j’avais lu : les statues de l’îles de paques auraient été plantés par des extra terrestres caillouphages, ou granitophiles, il y a longtemps, longtemps, longtemps… probablement à l’époque où les poules avaient des dents et couraient après des  reptiles géants pour en faire leur quatre-heures.

 

Mais malheureusement il était quasi sur que ce dossier avait été lu avant moi et perdu malencontreusement par un agent de la CIA (Camarade Immonde à Anéantir). En effet on pouvait voir sur les marges d’immondes traces de vodka communiste de l’oust typique de ces gens là qui faute d’avoir découvert le manteau en fourrure de tigre à la préhistoire se sont adaptés en développant les antigels éthyliques.

Je suivais donc les pas de celui qui me poursuivait, une logique d’espion qui faillit nous emprisonner tout deux d’en boucle temporelle. A l’extérieur, the renard assassinated gisait sur le sol, mon équipier était tombé sur le champ de bataille (et occasionnellement de la falaise) ce qui bien que spectaculaire n’en ai pas moins mortel. En haut dans l’ombre noire de la falaise blanche de granit rose se tenait une silhouette noire comme un ramoneur africain.

 

Tel le crissement d’une craie sur un tableau noir passant le mur du son, elle ricana. Un orage d’effets spéciaux se leva dans le ciel, ou plutôt tomba sur la terre, enfin c’était bruyant et l’eau levée d’en haut atterrit en bas tandis que la poussière noire d’en bas montait en haut pour colorer les nuages, le tout éclairé par des éclairs qui éclairent, mais moins longtemps que les ampoules, va falloir penser à changer le système.

 

J’étais mouillé comme les dessous d’une Individu Naine Se Faisant Arroser, un jeudi soir. Mais ce n’était une trombe d’eau qui allait m’arrêter, c’était le canon scié vissé contre mon dos, bien qu’il soit fort stupide de découper un canon pour le revisser ensuite. J’étais à la merci du noir

 

*** Fondu au noir ***

 

Publicité : La soude, rien de mieux pour dissoudre.

-Tiens c’est vrai ça passe moi la bouteille, dis-je avant de la renverser sur mon sombre assaillant.

 

***Noir fondu***

 

Mon adversaire, jadis si puissant, n’était plus qu’une flaque sombre et dégoulinante qui se glissa dans les profondeurs de la terre, ses fluides nourrirons les pierres de  cette île et plus jamais la Cellule Inutile d’Abrutis ne viendra mettre son nez par ici. Moi je m’en vais me payer une bonne cuve, ou au pire une bassine.

 

*** FIN ***

PUBLICITE :

Apres une bonne cuite, la soude, rien de mieux pour dessouder.

 

Pierre

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3 septembre 2007 1 03 /09 /septembre /2007 13:33
Chers et fidèles lecteurs, voici le début de la fin de la première saison des aventures de l'île de Pâques. Comme Pierre et moi devions rentrer à Rennes pour finir brillamment nos études, mais qu'on voulait pas s'arrêter là, on a cherché un moyen de rester en même temps là-bas. On a donc décidé que l'on devait se cloner pour laisser nos clones sur l'île.  Le poème suivant, rédigé par Pierre, explique notre clonage, même si c'est pas toujours très clair.

Allez, pour ceux qui arrivent en route, et parce que ça commence à dater :
épisode 1 : les préparatifs du départ
épisode 2 : le départ en cargo et l'évasion
épisode 3 : les terrifiantes aventures sur une île déserte
épisode 4 : les sexuelles aventures sur une île pas si déserte
épisode 5 : l'évasion aérienne de l'île déserte
épisode 6 : massacre marxiste
épisode 7 : mauvais jeux de mots dans une galaxie inconnue
épisode 8 : retour verbeux vers la Terre
épisode 9 : arrivée sur l'île de Pâques
épisode 10 : poésie scatophile



Coincé sur cette île ou je me fait de la bile
Je ne peux rentrer en ville pour voir mon cher Emile.
Bien que je sois crevé je me dois d'achever
Ce stage épuisant, et ce vieux ver-luisant
Salement amoché car je l'ai accroché
Avec un gros rocher, en jouant au hochet.
Et d'un air méprisant, il dit en se brisant
"En voila une idée, t'es vraiment débridé
Mes ocelles bridées, et mon corps tout ridé
Mon ganglion rouillé,ma peau toute mouillée
Et mon labre douillet, se sont écrabouillés,"
 
Tous ces propos brisants de ver agonisant,
Qui hurlait médisant, n'étaient guère grisant.
Je sentis un frisson puis de la compassion,
Je l'ai donc découpé, sans jamais me louper.
 
 
Afin que mon retour, se passe sans détour
Je dois trouver un tour, pour le monde autour
Qui sans pitié me guette, lorgnant d'un oeil bien bête,
Mon travail qui m'embête, pour que jamais j'arrête
De faire des dilutions, et puis des émulsions.
Mais j'ai la solution, écolo sans pollution
Cloner Francis et moi ça m'a mis en émoi.
 
Sut l'épave abîmée, je me mis à limer
Sans jamais déboquer ni avoir le hoquet,
Un énorme loquet, qui servait à bloquer
La porte verminée, bloquant les cabinets
Où j avait camouflé, la cuve et un mouflet.
Qui aimait emmitoufler, lorsque le vent soufflait
 
Une bécasse cocasse, une rascasse tenace
Et un poulet coriace, furent très efficace
Pour tester sans flancher, la cuve et son plancher
Car avant d'enclencher, et de tout déclencher
Mieux vaux être paré, et puis bien se marrer
Au lieu de réparer, les machines carrés.
 
La machine rugit, et puis Francis mugit
Et puis moi je rougis, un peu comme une bougie
Puis sur le sol glissant, sous les bruits crissants
Un clone me jeta, sans bouger d'un iota
Un regard en passant, puis un autre en pissant.
Maintenant que je suis deux, sur cette île de mes deux,
Je vais rentrer à Rennes, ça en vaut bien la peine.
 

 

Pierre

 

 

24/09/05

Coucou, boys and girls ! Ici Francis-001, sur son caillou pascuan, où il fait pas trop froid mais plutôt chaud, aujourd’hui.
Ma mission : il s’agit d’un boulot qu’un grand savant vous aimant tous (pourquoi ? j’ai pas compris, mais bon…), Francis-000 confia à mon bon soin : j’ai à vous abasourdir par mon fascinant blabla sur tout l’abasourdissant (normal) bazar qu’il y a ici. Pas si dur. Ici, donc, j’ai vu (il n’y a pas tout à fait cinq jours) d’imposants animaux, cousins du canari, mais blancs, mais plus grands aussi,  fouaillant l’azur spatial jusqu’à l’horizon lointain fondu dans l’imposant parc à dauphins qui clôt ma vision, (parc qui avala Tabarly, pour l’obtus là-bas au fond qui n’a pas compris), ou fondant sur un gros poisson, puis l’avalant d’un coup.
Hallucinant !
Sinon, j’ai pu courir dans un bois moussu, où un imposant (joli mot) opoponax, côtoyant un ru ravissant qui  offrait un abri à un animal poilu, aussi riquiqui qu’un P’tit Malin, mais plus laid, qui gardait son trou d’intrus malfaisants (nous : moi, puis PiR-004) par un biais vachard : il pissa d’un tir puissant dans nos minois trop inconnus à son goût. Pas cool. On lui fit sortir son boyau gras par l’anus. Puni ! Fallait pas nous salir nos jolis pulls pur coton faits par nos papys (grands tricotins), abruti d’animal à la con. Tant pis pour toi.
Au fait, pourquoi Pi-R-004 ? J’avais omis l’information (sorry). Pi-R-001 mourut d’abord (normal): il avait compromis la nana d’un boss du coin (un bon coup, m’a-t-il dit). On lapida d’abord la nana, puis on attacha Pi-R-001 à un mât, lui brûla un talon, lui arracha Popaul à la main, puis on baffra son corps dont on avait fait un ragoût J’y goûtai, sinon moi aussi j’y passais. Pas mauvais, ma foi.
Pi-R-002 participa au forum social, à Davos. Là-bas, un militant d’ATTAC lui dit : OGM, pas bon. Du coup Pi-R-002, trop naïf,  culpabilisa, puis commit un hara-kiri.
Quant à Pi-R-003, il mourut au combat : il insulta un badaud, qui sortit son kriss, poignarda Pi-R-003 (dans son dos !! salaud…) puis partit, nonchalant. Plutôt impulsif, l’habitant du coin…
voila, j’ai tout dit pour aujourd’hui. A plus, amigos !
That’s all for today, folks !

 

Francis

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11 juillet 2007 3 11 /07 /juillet /2007 11:12

Résumé des épisodes précédents : après de nombreuses, scabreuses, terrifiantes et palpitantes aventures, nos deux héros (moi et Pierre), sommes arrivés sur le lieu de notre stage, l'île de Pâques, et avons découvert son sujet : il s'agit d'étudier la croissance des moais.
Par ailleurs, je me perds un peu dans mes archives, y'aura peut-être des flash-backs, mais on verra plus tard.

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Salut tout le monde !

J’étais en train de gratter mon moai, lorsque soudain une muse (je ne sais plus laquelle) s’est penchée sur mon épaule. Voici le résultat.  Pardon.

 

Ô toi blanche matière que l’on nomme guano,

Qui seule justifies l’existence des oiseaux,

Etres fades et bruyants, et des plus méprisables ;

Toi par qui peuvent croître toutes les plantes du monde,

Toi qui (chez l’Oréal) rend nos femmes plus blondes,

Et qui même en Bretagne rend les terres plus arables,

Je te salue !

 

Tes apports phosphorés nous font la vie facile

A nous pauvres mortels, créatures des plus viles,

Dont la vie, brève et dure, dépend de tes services,

Pour pouvoir, dans nos champs, cultiver le maïs.

Ta blancheur éclatante sur les rochers pascuans

M’étourdit et m’aveugle, tu es plus blanc que blanc !

Mais il y a plus !

 

Tes fragrances acides, ravissement des sens,

Font de toute autre odeur une odieuse pestilence,

Ta consistance tendre, au sortir d’un anus

Est plus jouissive encore qu’un bon Château Pétrus,

Et tes reflets lilas, posés sur mon épaule

Me mettent plus en joie qu’un Papon mis en taule.

Ca devient ardu !

 

N’ayant plus rien à dire, je vais me la fermer,

Et laisser à Pierrot le soin de continuer.

Espérant vous avoir distrait de vos labeurs,

Je vous dis au revoir, ô fidèles lecteurs

 

Francis de Lamartine 

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2 juillet 2007 1 02 /07 /juillet /2007 19:24

Après de fantastiques aventures science-fictionnesques, nous finissons finalement par arriver sur l'île de Pâques. Mais siiii vous savez bien, c'est là qu'on devait aller au départ, faut suivre, hein.

Je m'apprêtais à sortir du vaisseau, et c'est ce que nous faisons, dans les premières lignes.

Le lendemain, vers 7h00 (heure locale), nous sortîmes. L’on aurait cru assister à l’un des premiers matins du monde, lorsque l’aurore, de ses petits doigts roses et boudinés, tirait de dessus d’elle la barboteuse soyeuse de la nuit. La rosée de la nuit perlait sur les feuilles des acacias de la brousse pascuane, attirant les chauves souris et les hippopotames qui venaient s’y abreuver, après une longue et dure nuit de chasse (nous étions dans la partie orientale de l’île, peu explorée jusqu’ici).

Pendant que Pierre allait nous chercher un logement et se dirigeait vers un groupe de gens qui discutaient, je décidai de me balader.

Je partis donc, confiant mon destin aux mains farceuses du hasard qui, je l’espérais, allait me faire faire de fabuleuses rencontres.

Ben en fait, non.

L’île de Pâques, dans la partie que j’ai  visitée, est incommensurablement sans intérêt. Une chatte y retrouverait ses petits sans la moindre difficulté. A croire que Dieu, après avoir fait plein de coins intéressants comme la jungle de Palombie avec ses marsupilamis, s’est dit « Ah ben tiens, jusqu’ici, j’ai fait que des trucs bien, les hommes vont me prendre pour un type qui pense qu’à leur bien, y vont me soûler à longueur de journée, faut pas que ça arrive, montrons leur que je suis comme tout le monde, et que quand je manque d’inspiration, j’essaye pas de faire mon intéressant comme d’autres qui cherchent malgré tout à écrire un truc alors qu’ils sèchent complètement et qu’ils brodent là-dessus pour faire passer leur indigence pour en fait juste un passage pour faire retomber un peu le rythme haletant maintenu jusqu’ici, mais je fais juste un lieu qui ressemble à juste de l’herbe avec quelques collines en dessous, et pis quelques statues à la con pour faire quand même croire que j’ai de l’imagination même en manque d’inspiration ».

Quand on y pense bien, Dieu a une manière de penser assez bordélique. Ou alors, c’est moi qui retranscrit mal ses pensées étant donné que je suis schizotypal (en version anglaise, je sais toujours pas ce que ça veut dire) de niveau High.

Par ailleurs, si quelqu’un peut m’expliquer, les résultats complets de mes tests psychologiques (que nous avons réalisés pour être autorisés à faire ce stage) sont les suivants :

 

Paranoid: Low
Schizoid: Low
Schizotypal: High
Antisocial: Low
Borderline: Low
Histrionic: Low
Narcissistic: Moderate
Avoidant: High
Dependent: Moderate
Obsessive-Compulsive: Moderate

 

Même si je suis pas trop mauvais dans la langue de Saki, j’ai pas tout  capté.

 

Bref, je vais faire comme mon prédécesseur, Balzac, et vous pomper l’air avec une description sans intérêt. Je me trouvais donc au milieu de végétaux non ligneux atteignant par endroits la hauteur de 13,5 cm. Ayant suivi assidûment les cours de reconnaissance des plantes cultivées de M. Poulain, je m’attelais à la tâche d’identifier ces végétaux. C’était bien de l’herbe.

Elle poussait bien dru, pour de l’herbe, et je comptais par endroits jusqu’à 91 pousses par pied carré. Je cessai de compter quand une musaraigne me mordit cruellement l’appendice nasal, qui se mit à exsuder une substance rouge (R : 238, G : 28, B : 36 sous photoshop), me faisant pousser un cri de douleur (1438 KHz, 87 dB).

Je décidai donc d’ajourner mon étude plus poussée de la flore de l’île pour me consacrer à l’écrabouillage consciencieux de sa faune la plus riquiqui. Malheureusement, cette sale bestiole m’a échappé. Mais elle ne perd rien pour attendre, je lui ai tendu un piège, réalisé avec deux cailloux, un bâton, une ficelle et une cellule photoéléctrique.

Je décidai de descendre sur la plage. Elle présentait une laisse de mer constituée de Fucus (vesiculosus, spiralis et serratus), des cailloux sur lesquels étaient fixés des entéromorphes, et un tapis d’ulves (Ulva sp.), qui exhalait au soleil la même douce odeur que celle que vous pouvez renifler au niveau de Saint-Michel-en-Grève. Maintenant que tout le monde a constaté que je déchirais sa race au niveau connaissances en algues, passons à la suite.

Je repris le chemin de l’intérieur, traversais deux ou trois champs de carottes,  puis décidai de rentrer. Au bout de 12 heures, exténué, après avoir tourné en rond sans pouvoir retrouver Pierre et m’être perdu au milieu d’un banc de poulpes, je réussis à convaincre une charmante cavalière (voir photo) de me prendre en croupe et de me ramener au campement.

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Une fois rentré, j’appris avec joie qu’il nous avait trouvé un logement.

 

Le lendemain (ouais, j'ai perdu les dates)

Salut tout le monde, ce message arrive avec un peu de retard car nous avons commencé notre stage, qui est épuisant. Il y a quelques jours, nous avons rencontré l’homme qui semblait devoir nous superviser, un colosse samoan à l’air revêche, qui était d’après ce que nous avions compris une sommité dans le domaine du cassoulet de poisson clown,  mais il est possible que nos lacunes en étranger expliquent cette spécialité. Pourquoi tout le monde ne parle-t-il pas français ? Ça simplifierait les choses, merde !

Mais bon, il nous mit au travail, en nous indiquant par gestes de grimper sur un moai (une de ces grosses statues, vous voyez sans doute à quoi ça ressemble), pour en gratter les fientes qui la recouvrent. Je suis monté tant bien que mal, et Pierre restait en dessous avec une toile pour ramasser tout ce que je grattais (à l’aide d’une petite cuillère en étain), afin d’estimer la masse de guano.

D’après les résultats des archives que j’ai consultées, il semblerait que la taille de ces statues soit due à l’engrais naturel qui leur est fournie par les mouettes. Il est en effet ridicule de penser que de telles masses aient pu être soulevées par des barbares sauvages même s’ils avaient tous la carrure de notre maître de stage. En fait, selon ces études récentes, les pascuans ont semé des statues de quelques cm. Au fil des années, avec les apports phosphorés du guano, ainsi que beaucoup d’attention de la part des cultivateurs, on obtient des belles grosses statues qui tapent.

Ceci dit, pour confirmer ces premiers résultats et étudier les besoins en apports des statues, on doit bien récolter ce qui tombe.

On fait aussi des tests en laboratoire pour voir les éléments nécessaires à une bonne croissance. Apparemment, un arrosage quotidien au vin de Bourgogne, additionné de clous de girofle n’a aucun effet, ceci dit, Pierre et moi n’avons pour le moment que des notions assez floues en culture de caillasse, donc on essaye un peu tout, avec la bénédiction de nos maîtres de stage.

Les meilleurs résultats ont été obtenus avec du déodorant Rexona peau sèche, dont une pulvérisation quotidienne dans les narine d’un moai permet une croissance nasale de 2mm /semaine.

 

Mais bon, j’imagine que le suivi de notre stage ne vous passionne pas, vous voulez seulement un compte-rendu  de nos journées à la Paris-Match, hein, bande de voyeurs…

Pour ça, il faudra attendre le prochain message, là on a pas beaucoup de temps, d’ailleurs je dois aller vider la fosse septique du camping, pour aller mettre quelques brouettes au pied des moais, je vous laisse.

Francis

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26 juin 2007 2 26 /06 /juin /2007 00:07

Résumé des épisodes précédents : Deux héros, Pierre et Francis, en route vers l’île de Pâques, se retrouvent accidentellement dans une galaxie lointaine. Quelques péripéties leur permettent de trouver un vaisseau spatial qui devrait les ramener vers leur belle planète bleute. Avec en prime une des plus longues phrases de l'histoire des blogs, si c'est pas beau.

 

 

 

Quelques heures après le décollage, je m’étais mis dans le siège du copilote, et nous nous apprêtions à passer en vitesse lumière, ayant atteint les spatioroutes sans limitations de vitesse. Pierre tendit donc la main vers la manette de changement de vitesse, l’enclencha, et tout s’éteignit dans le cockpit, excepté les lumières de sécurité alimentées par la roue des hamsters. Plus un bruit, le doux ronronnement du moteur s’était tu lui aussi.

 

 

 

-Putain, qu’est-ce qui se passe ? hurla Pierre, les yeux ronds. Ce n’est pas possible, on a fait le plein d’ultralum avant de partir !

 

 

 

-Est-ce que tu as vérifié que le déflecteur positronique était enclenché avant de décoller ? S’il ne l’était pas, le flux entrant dans le champ magnéto-cinétique de l’anti-grav arrière a pu déconnecter la turbosoupape des tuyères, et faire un court circuit…

 

 

 

-Non, je suis sûr de l’avoir  enclenché pendant que je vérifiais les courroies bimotrices du générateur à pulsions inversées, ce ne peut pas être ça… Par contre, si les coordonnées que nous avons entrées dans l’ordinateur du système de navigation spatiotemporel sont erronées, il est tout à fait possible que ça ait enrayé la transmission du comburant au niveau des vannes à iris, et que par un simple phénomène de résonance sheckleyenne, les composants multipolaires des chambres à stase se soient bloqués en position ouverte.

 

 

 

- Tu dis vraiment n’importe quoi… Les coordonnées étaient justes, les Shingouz ne se trompent jamais… Mais j’y pense ! Et si c’était tout simplement que la réaction de Mikkelton dans le mélange isoprotonique de refroidissement n’avait pas eu lieu à cause d’une fissure dans le revêtement de kevlo-mithril du combustateur imparipenné ? Ca aurait pu arriver, tous ces relargages pirates de résidus de flogums par les nefs harko-impériales… Leurs molécules tensio-décapantes peuvent bousiller la plus solide des siliciocéramiques !

 

 

 

-Oui, peut-être…

 

 

 

Notre conversation technique fut interrompue par un craquement caractéristique de métal hurlant sa douleur minérale.

 

 

 

- Et merde, des fauves mange-matière ! Ils étaient censés avoir disparu des spatioroutes ! Il faut qu’on se grouille de se tirer !

 

 

 

- Et comment on va faire si on ne sait pas ce qui cloche ? Si au moins le détecteur de pannes fonctionnait…

 

 

 

- Mais bien sûr ! Comment n’y avais-je pas pensé ! s’écria Pierre. On peut le remettre en marche, il suffit de mettre ce chewing-gum ici (il joignit l’acte à la parole), ensuite, avec cette éponge Spontex, un peu de Coca-Cola, et une goutte de liquide séminal… Tu peux actionner ce briquet et l’approcher de la mèche, s’il te plaît ?

 

Je m’exécutai, et bien sûr, le résultat fut immédiat : une voix métallique se fit entendre : « présence-d’élement-étranger-dans-le-mécanisme-d’activation-des-réacteurs-ultraluminiques…présence-d’élement-étranger… »

 

 

 

Pierre et moi nous précipitâmes sur la manette d’accélération, et en trifouillant quelques secondes avec une fourchette à fondue, nous extrayâmes (extrûmes ? extractâmes ?) une bande de matière blanchâtre et visqueuse. Pierre me regarda avec un air à la fois excédé et navré.

 

 

 

- Francis… Tu ne pourrais pas faire un peu attention, quand tu manges un sandwich au jambon, et regarder où tu jettes ton gras ?

 

 

 

- Oups…Désolé, dis-je en regardant par terre.

 

 

 

- Bon, ça ira pour cette fois, mais tâches de faire plus attention dorénavant.

 

 

 

- Euh… Oui, m’sieur…

 

 

 

Nous pûmes donc relancer les moteurs, nous éloigner de ces vils fauves mange-matière et nous diriger à plus de 400 000 km.s-1 vers notre bien-aimée Terre-Mère du XXIème siècle et vers de nouvelles aventures.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ca fait plusieurs jours que Pierre ne donne pas de nouvelles… Je vais finir par m’inquiéter, moi ! Il était parti dans la coquerie pour préparer le dîner de jeudi (des sardines de l’espace de Capt’n Manu et des lembas alflololiens), et depuis, je ne l’ai pas revu… Je commence à avoir faim… C’est décidé, je pars le chercher. Je passe d’abord dans la cambuse, il y a peut-être été terrassé par les poulpes qui ont pris le contrôle du bac à légumes du frigo depuis le départ, nous empêchant de prendre la moindre petite tomate ou litchee qui composaient nos seuls apports de vitamines, ce qui explique d’ailleurs les premiers symptômes de scorbut que nous ressentons depuis un moment (déchaussement des dents, disparition de la pilosité sous-brassière et dépigmentation de l’iris, chute des orteils mais de toute façon on en a pas besoin).

 

 

 

Il n’est pas là… Par contre, il semble que les sardines aient été victimes de moisissures : une épaisse couverture de mousse verdâtre recouvre maintenant les murs de toute la pièce, et essaye visiblement de m’attraper, des pseudopodes barbapapesques m’entourent les chevilles. Je me dégage d’un coup de machette laser (je ne m’en sépare plus depuis que je l’ai ramassée dans le spatioport à côté d’un corps proprement tranché en deux dans le sens de la longueur) et je quitte la pièce par la porte du fond, vers les salles des machines. La vision obscurcie par la fumée des chaudières qui saturait l’air ambiant, je vérifie si le corps de Pierre n’encombre pas le chemin des droïdes chargés d’apporter les bûches de matière noire.

 

 

 

Apparemment non. Bon… Peut-être est-il resté aux toilettes ? On ne sait jamais, il  pu choper une tourista, avec les trucs bizarres que les gens nous ont filé à manger là-bas… Et pis en plus, il y a toute une collection des Fluides Glacials d’avant la parution sur Terre à côté des cabinets… De quoi lire pendant un bon moment, peut-être qu’il n’a pas vu le temps passer.

 

Ou alors il a tiré la chasse sans s’être levé d’abord et il a été aspiré dans les profondeurs insondables de l’espace intersidéral, ses yeux se sont exorbités avant d’être éjectés de leurs orbites, suivis peu après de ses  autres organes, et ses restes sont maintenant en orbite autour d’un astéroïde quelconque de la ceinture d’Oort de la galaxie d’Andromède, attendant une possible récupération par des extra-terrestres malfaisants qui le cloneraient et l’élèveraient dans la haine de la race humaine, pour le renvoyer complètement embrigadé sur Terre, où il gravirait  rapidement les échelons du pouvoir grâce à son charisme incroyable boosté par des années d’entraînement sur sa planète d’adoption dont les habitants ont capté et visionné des films hollywoodiens qui ont permis aux aliens de connaître toutes nos faiblesses, puis une fois président du monde il céderait la planète à ses maîtres secrets qui réduiraient rapidement le peuple humain en esclavage et nous forceraient à manger des choses dégoûtantes pour nous humilier nous poussant à fomenter une révolution qu’ils réprimeraient dans le sang en parfait accord avec la constitution spatiale rédigée par des gens qui fument des gros cigares dans leurs salons high-techs avec des décors futuristes en fond qui ne pensent qu’au profit et puis des siècles plus tard quand l’humanité aura perdu sa fierté un homme, un homme seul brandirait le poing face aux tyrans et mènerait une résistance souterraine, formant un réseau qui réunirait les esprits les plus forts et ils mettraient en œuvre une stratégie consistant à déguiser notre héros en femelle désirable de l’espèce de nos envahisseurs, puis à séduire le dirigeant de ces derniers qui au moment de passer à l’acte verrait sa dulcinée rejeter fièrement son déguisement, secouer sa crinière blonde et crépue en arrière, lui jeter une dernière phrase de défi au nom des humains qui sont pas si faibles et couillons que tu le croyais, hein, ordure de fumier d’estrateress de ses couilles (et c’est pas peu dire parce qu’il faut en avoir pour accepter et réussir une telle mission quand même) et puis il exploserait dans un gargouillis et comme c’est une race pareille que dans la trilogie d’Ender d’Orson Scott Card (lecture que je recommande à tous petits et grands jeunes et vieux garçons et filles parce que c’est bien) et ben tous les autres ET mourraient parce qu’ils sont connectés parapsychiquement à leur maître qui est un peu comme une reine des fourmis et ainsi la race humaine serait libérée de ses chaînes et reprendrait sa place dans la galaxie et les hommes changeraient et mèneraient une vie plus respectueuse de la nature et des autres sans chercher leur intérêt à tout prix et tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes et ils seraient infiniment respectés pour leur sagesse dans les conseils de l’Organisation de Nations Galactiques Unies même si certains se moqueraient d’eux dans leur dos mais seulement parce qu’ils seraient pas tant évolués que nous  et que de toute façon ils seront un jour convertis à notre vision de la vie qui serait tellement mieux sans vouloir se la péter mais vraiment objectivement.

 

 

 

Et bien non, les chiottes ne sont pas occupées, tant pis pour l’humanité. (Bon, j’avoue, j’ai dû remonter voir où j’en étais parce que j’avais un trou (de mémoire)).

 

 

 

Peut-être a-t-il décidé d’observer les dégâts faits par les fauves mange-matière ? Je descends dans les vestiaires, et tente d’enfiler une combinaison spatiale. Manque de bol, elle n’est pas à ma taille. Je perds un temps fou à faire des ourlets aux manches et aux manches des jambes. Une fois équipé, je sors par le sas, et examine l’état de la navette. Pas brillant, mais les droïdes d’entretien ont bien réparé les dégâts. Mais toujours pas de Pierre… Je rentre.

 

 

 

Comme j’ai un peu sué dans ma combinaison, je décide de la laver avec Ariel, la lessive qui lave plus blanc que blanc et élimine 99 taches (99 !), même des taches super incrustées que les dames elles font « oh ! » quand une autre dame ou parfois un monsieur frotte la chemise sur une poêle où ils ont fait cuire du chocolat au ketchup avant de mettre un peu d’Ariel dessus et les dames elles se murmurent les unes aux autres « une tache pareille, mais c’est irrattrapable », il faut bien dire que souvent les dames de pub Ariel elles sont un peu connes.

 

 

 

Et devinez qui je vois dans la laverie ? Et ben ouais ! Dans le mille ! Un Ewok ! Ou plutôt une Ewoke, étant donné qu’à côté je vois un Pierrot tout nu qui essaye de protéger son intimité avec une serpillière.

 

 

 

- Euh… je peux tout t’expliquer…

 

 

 

- Eh bien, n’hésite pas !

 

 

 

- Alors euh, en fait, tu vois, j’étais en train de préparer à manger dans la cambuse, quand j’ai été attaqué par les poulpes du frigo. Ils m’ont attiré dans leur antre et m’y ont laissé pendant plusieurs heures, je devenais tout bleu, quand soudain, alors que je pensais être perdu, j’entends la porte du frigo qui s’ouvre, et là, j’ai une vision de rêve : cette adorable créature, qui s’appelle Berthartchaly (je hoche la tête pour la saluer, elle y répond d’un charmant rougissement pudique), qui me sort de cet enfer glacé… Mais j’étais encore frigorifié, alors elle s’est serrée contre moi pour me réchauffer, et une chose en entraînant une autre…

 

 

 

- Mmmhm, je vois… Tu permets que je te parle en privé ?

 

 

 

Pierre adresse un petit sourire  d’excuse à sa compagne et me suit hors de la laverie que je referme soigneusement avant d’exploser.

 

 

 

- Mais enfin Pierre, à quoi tu penses ? Cette femelle n’est même pas de ton espèce ! Tu n’as donc aucune moralité ?

 

 

 

- Mais je l’aime, et elle m’aime ! N’est-ce pas le plus important ?

 

 

 

- Mais Pierre, si tu l’aimes, pense donc un peu à elle ! Tu l’as gâchée pour le mariage dans son peuple !

 

 

 

- Mais c’est moi qu’elle veut épouser ! Elle m’a dit que je suis bien plus intéressant que les mâles de son peuple de toute façon, et c’est pour ça qu’elle m’a suivie dans le vaisseau et qu’elle s’est cachée en se faisant passer pour une peluche de la chambre d’enfant.

 

 

 

- Pierre, réfléchis un peu. Tu n’avais pour elle que l’attrait de la nouveauté, elle risque de te laisser tomber pour le premier koala qu’elle croisera !

 

 

 

- Sûrement pas ! De toute façon, ça ne te regarde pas, c’est ma vie, je fais ce que je veux, et elle m’épousera et m’accompagnera sur Terre !

 

 

 

- Là, je ne serais pas aussi sûr de moi si j’étais toi. Tu sais bien que les services de douane et d’hygiène de l’île de Pâques sont super tatillons, et ils ne la laisseront sûrement pas pénétrer sur leur territoire, on sait pas quels parasites elle peut trimballer… Et tu as signé ta convention de stage, tu ne peux plus te défiler !

 

 

 

Après des heures d’argumentation, Pierre finit par écouter la voix de la raison (la mienne), et je le laisse aller expliquer la situation à Berthartchaly (quel nom stupide). Des pleurs se font entendre, mais apparemment Pierre ne se laisse pas fléchir. On l’abandonne sur un astéroïde avec un saucisson. Pierre pleure en regardant s’éloigner son amour impossible. Ca me fend le cœur, mais c’était la seule solution. J’espère que Pierre ne m’en voudra pas trop…

 


Francis

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