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3 octobre 2016 1 03 /10 /octobre /2016 11:42

La Muse est une maîtresse capricieuse. Elle peut vous abandonner comme une vieille chaussette des mois durant, vous laissant moisir sous le lit, au milieu des moutons qui s'accumulent, puis revenir vous planter un gros bécot à 6h43 du matin, alors que vous êtes assis sur les cabinets en train d'essayer de vous souvenir de ce rêve où vous bousillez l'escalier de la cave qu'était pas vraiment une cave, en fait, mais c'était pas très clair et pourquoi il était en bois, d'abord, cet escalier, hein ?

Et là, le caleçon aux chevilles, que pouvez-vous faire d'autre que vous saisir de votre téléphone pour noter fébrilement les mots qu'elle vous sussurre à l'oreille, en maudissant la saisie automatique, avant de vous recoucher pour quelques heures de repos bien mérité ?

Et puis vous vous relevez en constatant qu'elle est repartie, la garce, et que vous n'êtes même plus capable de vous souvenir du titre du poème qu'elle vous avait chuchoté alors que vous sombriez dans les limbes tièdes qui règnent sous la couette, encore moins de pondre une note de blog décente qui fasse oublier les mois passés depuis la dernière mise à jour.

Tant pis. Voilà donc mon Poème de six heures quarante, qui permettra au moins de faire disparaître la publicité de ce blog pour quelques jours.

Il est six heures quarante

Embrumé, je me lève et réponds

À l'appel de la vessie

Flipilipilipili

Mon pipi chante

Contre la porcelaine

Prôôôôt

L'écho d'un prout

Fait trembler la cuvette

Ploup ploup

Deux petites crottes

Plongent dans les flots bleus

Elles coulent et puis, coquines,

Remontent à la surface

Pour me faire un clin d'œil.

Et moi,

L'âme emplie de regrets,

Je tire la chasse.

Glou

Glou

Glou.

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13 novembre 2014 4 13 /11 /novembre /2014 20:42

C'était l'été. Le ciel parisien était d'un beau bleu, que Gilles aurait sans honte qualifié de bleu ciel, les pigeons se mouvaient de leur démarche d'automates déréglés entre les chaises de la terrasse où il était assis, à la recherche de miettes de croissants qu'il se refusait résolument à leur accorder, le livre qu'il lisait en buvant son café était plutôt chouette, en bref, tout allait bien. Si un passant lui avait demandé « ça va la vie ? », il aurait répondu sans mentir « ouais, plutôt pas mal ».

 

Gilles avait préparé cette réponse avec soin, parce qu'il faisait partie de ces gens qui aiment bien être préparés à l'avance à toutes les éventualités de la vie, aussi anodines fussent-elles. Il en était plutôt fier, de cette réponse, qu'il s'imaginait délivrer alangui du fond de sa chaise, en remontant ses lunettes de soleil, histoire de bien faire passer la litote (ou l'euphémisme ? C'était quoi la différence, déjà ?).

 

Hélas, et bien évidemment, personne ne lui accordait le moindre coup d'oeil, sans parler de lui adresser la parole pour s'enquérir de l'adéquation de sa situation avec l'idéal qu'il s'était fixé depuis ses vingt ans. Les gens sont décevants. Mais cela, Gilles s'en était rendu compte depuis un moment, et il aurait été très surpris qu'un des scénarios qu'il se montait avachi à la terrasse d'un café se réalisât un jour.

 

C'est pourquoi, lorsqu'une jeune fille accorte en robe légère trébucha sur les pavés inégaux du trottoir et laissa échapper une liasse de feuilles de la chemise qu'elle tenait sous le bras, il fut très surpris.

 

Cependant, il se reprit vite. Pas question de laisser passer cette chance. Ôtant ses lunettes de soleil, il se précipita avec galanterie pour ramasser les feuilles avant qu'elles ne s'envolent dans le caniveau, et les lui tendit avec un sourire pratiqué tous les matins devant la glace, juste au cas où (un sourire qui lui faisait fondre le coeur). Elle lui sourit en retour. Fichtre (Gilles était du genre à utiliser des mots comme Fichtre ou Sapristi), elle était jolie. De belles dents, de jolis yeux en amande, un nez bien dessiné, un menton bien dessiné (Gilles n'était pas sûr de ce que « bien dessiné » voulait dire, mais ça semblait coller à son nez et à son menton. Mieux que « mutin » ou « décidé », en tout cas).

 

— Merci bien, monsieur, vous me sauvez la vie. Ces foutus talons, je m'y ferai jamais…

— Ha, heu… (elle s'éloigne du scénario ! Elle s'éloigne du scénario avant que j'ai pu dire un mot ! Vite, retourner sur les rails!) je vous offre un café pour vous remettre de ces émotions ? (ouf, de justesse. Que répondre à des problèmes de talons ? Note : faire des recherches pour un prochain cas où.)

— C'est gentil, mais vraiment, je dois y aller.

— Vous vous rendez compte que si on était dans un film, vous seriez sans doute en train de rater l'homme de votre vie ?

 

Ça y était, il avait lancé la ligne (préparée depuis des années dans l'espoir de pouvoir la placer un jour). L'hameçon était un peu gros, il n'y avait pas vraiment de ver au bout, mais il avait conclu depuis longtemps que la métaphore de la pêche pour parler de la drague n'avait pas vraiment lieu d'être et que si quelqu'un voulait mordre, elle mordrait.

 

— Ou alors, j'éviterais un serial-killer.

— Huhu. C'est pas faux. Enfin, si ! En l'occurence, c'est tout à fait faux !

— Vous pouvez le prouver ?

— Là, comme ça, debouts dans la rue ? Vous préfereriez pas en discuter devant un café ? (holala, Gilles n'en revenait pas de son adresse. Fin et spirituel. Smooth-mouth. Le séducteur dans toute sa splendeur)

— Haha. Bien joué, monsieur ..?

(elle a rigolé ! Elle a rigolé!) Heu, Hareng. Gilles Hareng.

— Vous vous foutez de moi ?

— Non, mes parents sont des salauds.

— Ça fait plus nom de héros de blague Carambar que de film romantique, quand même.

— M'en parlez pas… Mais au moins, ça fait pas nom de serial killer non plus. On s'assied ? Deux cafés, s'il vous plaît !… Et vous, vous vous appelez comment ?

— Emma.

— Emma… C'est joli. Pour le coup, c'est un vrai nom idéal d'héroïne de roman. Et vous faites quoi dans la vie ? Emma ?

— Journaliste.

— Journaliste… c'est chouette, ça ! Comme dans les séries télé !

— Vous m'épatez, je pensais que plus personne n'employait le mot «chouette». Si je suis dans une série télé, vous êtes où ? Dans un Boule et Bill ?

— Vous pouvez causer, personne ne dit plus « épater » non plus. Mais oui, ça fait assez BD des années 60.

— Mmmh. Et ce serait quoi, la suite, dans une BD des années soixante ? Vous allez m'inviter à monter chez vous admirer vos estampes japonaises ?

 

Gilles faillit en cracher son café. Il se reprit, tout rougissant :

 

— Heu… c'est du Boule et Bill, ça ?

— Pas un que j'ai lu, en tous cas. Mais je vous avoue que je préfère Gotlib. Alors ?

— Hé bien, figurez-vous que j'ai effectivement une assez belle collection de mangas, que je serais tout à fait disposé à vous montrer si ça vous intéresse.

— Ma foi…

 

***

 

Vingt minutes plus tard, Gilles ouvrait la porte de son appartement d'un geste ample et conquérant, destiné à faire oublier les trois fois où, dans sa nervosité, il avait fait tomber sa clé en tentant de l'insérer dans la serrure, tandis que la petite voix dans sa tête répétait « pourvu que ce ne soit pas un mauvais présage, pourvu que ce ne soit pas un mauvais présage... ».

 

— Bon, en fait, je vous ai menti. Ma collec de mangas est restée chez mes parents, j'ai pas la place de les avoir ici.

— Pour être honnête, je ne suis pas montée pour lire des mangas.

— C'est un clin d'oeil que vous venez de me lancer ? Il n'était pas très discret.

— Son but n'était pas la discrétion, en même temps, et je ne sais pas les faire en fermant la bouche.

— Hum, heu… Je vous… je t'offre à boire ?

— Pourquoi pas. Tu as du Chardonnay ? Et de ces verres à pied géants ? Histoire de revenir dans le trip sitcom à l'américaine. J'aimais bien.

— Houla, du Chardonnay ? J'ai du rouge. Je crois que c'est du Bordeaux. Du Côtes de truc. Et j'ai des verres à moutarde Astérix. C'est vintage.

— Mmmh, ça va pas le faire. Bon, ben si on peut pas être dans une série télé, je propose qu'on passe tout de suite à du roman à la Bukowski. On se bourre la gueule au whisky et on fait l'amour comme des bêtes, là, par terre, sur les cartons de pizzas et les chaussettes sales.

— Je… on peut zapper le whisky ? C'est que ça me donne mal à la tête, sauf si c'est vraiment du bon, bien sûr, mais ça coûte un bras le bon whisky et je...

— Tais-toi et embrasse-moi !

 

***

Étendu sur le lit, le souffle court, Gilles contemplait Emma d'un air pensif. Les yeux fixés sur le plafond, elle fumait une cigarette avec une grâce d'actrice américaine. Parvenue au filtre, elle tourna la tête et surprit son regard. Encore ruisselante de sueur, elle se hissa sur un coude, posa la tête sur son poing, et murmura d'une voix rauque :

 

— Dis… à quoi tu penses ?

 

Gilles rigola.

— On doit vraiment passer par l'étape film d'auteur français Nouvelle Vague ? Je préférais quand on faisait la série HBO…

— Allez, fais-moi plaisir. À quoi tu penses ?

— Je pense… je pense…

— Allez, quoi !

— Je me disais… nan, c'est trop con.

— Mais alleeeez ! Vas-yyyy, tu peux me le dire !

— Ben, je pensais au moment où on s'est rencontrés.

— Il y a trois heures, tu veux dire ?

— Ouais. Quand j'ai dit que tu risquais de louper l'amour de ta vie, et que tu m'as dit que si ça se trouvait, tu évitais un serial-killer…

— Tu essayes de me faire flipper ?

— Mais nan, je te disais que c'était con. Je me disais… tout ça s'est enchaîné très vite, on discute, on se plaît, on monte chez moi… ça fait pas très roman, c'est plutôt de la nouvelle mal branlée écrite dans un sursaut de frustration sexuelle, tout ça.

— Et c'est mal ?

— Non, mais je me disais, je suis un type frustré qui écrit un truc en une heure sur un super-séducteur qui se fait une nana superbe…

— Merci, c'est gentil.

— Mais de rien… je me disais donc, je suis ce mec, j'aurais un peu les boules que mon personnage réussisse mieux sa vie amoureuse que moi, non ? Alors, pour une nouvelle comme ça, la fin idéale, qui ferait un peu retournement de situation foireux à la Shyalalamalamalan, et qui me soulagerait bien les nerfs au passage, ce serait qu'on découvre que depuis le début, c'est toi, la serial-killeuse. C'est con, hein ?

 

Elle sourit.

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24 juin 2014 2 24 /06 /juin /2014 11:42

Agronome ! Noble coeur, et vaillant, et épris de justice,

Dans ton poing droit tu tiens ton épée Glyphosate

Et en pourfends, sévère, les vertes adventices

Qui de ton champ de blé se voudraient les pirates !

 

Nulle haine dans ton geste, pourtant

Tu es un paladin

Mais hélas, la foule, ce monceau d'ignorants

Te prend pour un bourrin

 

Et te hue :

Bouh ! Suppôt des lobbies ! Monsanto ! OGM !

Et ces sifflets te tuent

Car tout ce que tu veux, c'est juste quelqu'un qui t'aime (houhouuu, quelqu'un qui t'aime)

 

Hélas, aux yeux des demoiselles,

Qu'elles soient dames-pipi ou cheffes du personnel,

Tu n'es là que pour refuser la génisse au taureau

Et tuer dans la graine bleuets et coquelicots

 

C'est de ton fait odieux si le petit cochon

Si rose et si joli, 'vec son p'tit groin mignon

Ne connaîtra jamais la douceur du gazon

Et pleurera sa queue coupée sur le froid du béton

 

Las ! comment pourrais-tu donc faire comprendre à ces blondes

La poésie intense d'un plan de rotation ?

Ou qu'une vache doit vêler pour qu'il y ait lactation ?

Et puis merde, à la fin ! Faut bien nourrir le monde !

 

...

 

Calme-toi, mon doux prince, cette perle rare existe

Regarde auprès de toi : mais oui, c'est ta consoeur !

Les bottes boueuses, les ongles noirs, et jolie comme un coeur

Et fichue d'écouter tes délires eugénistes ! (1)

 

La compagne qu'il te faut dans cette vie de sauvage,

C'est bien elle, crois-en les statistiques

Allez ! Vivez ensemble l'amour agronomique

Endogame et heureux, Lannister du bocage (3).

 

 

(1) Dans la mesure où tu parles d’élevage animal, hein, pas d’humains. L’agronome n’est pas une cinglée finie (2).

(2) Statistiquement. Mais comme dans toute distribution, il y a des outliers.

(3) Pour les lecteurs de la postérité : les Lannister étaient une famille régnante de Levallois-Perret réputée pour la débauche de leur vie sexuelle et familiale.


PS : Ce poème a été rédigé en état d'angine avancée par un type qui n'avait qu'un titre qui sonnait bien, qui lui était venu à l'occasion d'un retour à son école d'agronomie après dix ans, où il avait constaté que crévindiou, ses collègues agronomes étaient quand même toujours vachement accouplés ensemble, même dix ans après.

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12 septembre 2013 4 12 /09 /septembre /2013 18:10

J'ai eu l'occasion, sur ce site et ailleurs, d'évoquer sur un ton jugé parfois condescendant, des peuplades étranges qui hantent les rives de la Meuse, des êtres connus sous le nom de Belges (et de Belges, ne soyons pas sexistes). Ce fut également le cas pour les Chinois, les Suédois, les Autruchiens et les Cochons. Mais, comme il me l'a été fait remarquer, je ne connais personnellement qu'un ou deux exemplaires, voire aucun, de toutes ces nationalités. Il était donc temps de parler de ce que je connais le mieux pour en être perpétuellement entouré, les Français, que j'écrirai par la suite avec une minuscule, car j'ai une crampe au petit doigt gauche.

 

Le français, donc, est une sous-espèce de la sous-espèce européenne de l'espèce humaine.

Il vit (pour faire simple) dans le plus beau pays du monde entier, cerné de toutes parts par des étrangers jaloux, dont les miasmes vénéneux suintant aux frontières y ont fait apparaître des accents comiques mais néanmoins bien plus sexy que ceux des autres côtés des frontières. La réponse immunitaire à cet état de fait a été de développer une certaine conscience patriotique, qui se manifeste essentiellement lors de matchs de foot victorieux. Contrairement aux patriotes étrangers, les patriotes français le sont pour de bonnes raisons : ils vivent dans le plus beau des pays.

 

Le français est difficile à caractériser physiquement, car il peut se cacher sous des aspects aussi divers que peuvent l'être les apparences auvergnates, musulmanes, moustachues, cul-de-jatte, voire même féminine, auquel cas on l'appellera française et s'émerveillera de sa capacité à rester élégante tout en slalomant en talons hauts entre les crottes de chien dans les rues de Paris (car la française est généralement parisienne).

 

En plus de cette diversité visuelle, le français est un être pétri de contradictions. Il refuse qu'on lui serve de la viande hallal, mais se battra jusqu'à la mort pour sauvegarder son foie gras. Il est anticlérical, mais sa personnalité préférée est l'abbé Pierre. Il ira voir trois fois Bienvenue chez les Ch'tis et les Visiteurs, mais exigera que son président ait lu la Princesse de Clèves. Il est fier de sa gastronomie qui surpasse celle du monde entier, mais son plat préféré est le couscous marocain ou les moules-frites belges, une fois.

 

Cette incohérence a tendance à un peu désorienter le français, qui en arrive à se demander ce qui fait son identité de français. Les questions fusent : puis-je être français alors que je n'aime pas les escargots ? Si je suis grosse, puis-je me prétendre française ? La réponse est pourtant simple : si vous vous posez la question de savoir si vous êtes français, vous l'êtes probablement (*), les autres nationalités ne se posant généralement pas cette question.

 

Cette question n'est d'ailleurs pas aussi importante que celle de la qualité du français, car de la même manière qu'il y a de bons et de mauvais chasseurs, il y a de bons et de mauvais français.

Selon le gouvernement au pouvoir, le bon français peut se définir de différentes façons : au pourcentage de bon sang qui ne saurait mentir, à son volume versé dans tout un tas de sillons, généralement proportionnel à la longueur du patronyme, lui-même souvent inversement corrélé à la longueur des cheveux, ou encore au taux d'imposition reversé au fisc français, à la position vis-à-vis de la question du pain au chocolat (©Copéright UMP) ou plus simplement à l'appartenance au parti majoritaire.

 

En gros, c'est un peu n'importe quoi, pourvu que ça fasse descendre dans les rues de temps en temps, parce que le français aime bien descendre dans les rues avec ses congénères pour inciter les mauvais français au pouvoir à serrer les fesses parce qu'ils arrivent à toute vitesse, à préciser son ascendance jusqu'à la troisième génération (à choisir entre plusieurs options, de l'immigré à l'hétérosexuel) ou à évoquer des lieux de stockage potentiels et intimes pour les dernières réformes en date.

 

Cependant, si vous voulez reconnaître un bon français, un moyen plus simple est de lui demander son opinion sur le débat beurre doux /beurre salé, pain au chocolat/chocolatine, poche/sac plastique, rose/rôze. S'il a une opinion, c'est un bon français, et vous pourrez vous fier à son avis sur la cuisine anglaise.

 

(*) cette définition non contractuelle n'engage que son auteur

 

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20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 00:42

La rue est vide. Dix-neuf heures, un mardi soir, ça faisait pas un pli. Je prends une grande inspiration, je tire le bas nylon sur mon visage, et j'empoigne le fusil planqué sous le siège passager. L'espace d'un instant, je me dis que je peux encore reculer, que je suis en train de faire la connerie de ma vie. Puis mon regard tombe sur la carte plastifiée posée sur le tableau de bord. Cette carte qui a été déclarée périmée par ces enfoirés de la BM. Trois semaines déjà. Trois putains de semaines. Le manque me monte à la tête. Je serre les dents, mes doigts se crispent sur la crosse du fusil. C'est parti.

 

Je me glisse hors de la bagnole, ferme la portière sans un bruit, traverse la rue déserte dont les lampadaires s'allument tout juste, et je pousse la porte de la boutique. Un tintement retentit. Le type est au fond de la boutique, de dos, en train de trimballer des cartons.


« Désolé monsieur, il est sept heures, on ferme ! » Sa voix est amicale, mais ferme. Moi aussi, je peux être amical et ferme, connard.

« Je m'excuse de vous déranger, mais c'est pour un hold-up. »

Haha. Calme, poli, et avec de l'humour. Trop la classe. Gentleman cambrioleur.

« Pardon ?

-JE TE DIS QUE C'EST UN HOLD-UP, CONNARD, ALORS FAIS-MOI LE PLAISIR DE ME REGARDER QUAND JE TE CAUSE ET DE RAMENER TES MICHES SI TU VEUX PAS QUE JE T'EXPLOSE TA GUEULE DE CONNARD J'AI UN PUTAIN DE FLINGUE, CONNARD ! »

Bon. Je devais être plus stressé que ce que je pensais, malgré le Gelsemium que m'a filé maman pour les entretiens d'embauche. On va faire avec.

Le type se retourne, l'air plus surpris qu'effrayé. Puis il aperçoit le canon du fusil. Sa mâchoire tombe. Il fait moins le malin. Il a l'air jeune.

« Je... vous... vous voulez la caisse ? Je vous la donne, y'a pas de problème, mais un mardi, vous savez, dans une librairie, les affaires sont pas terribles, y'a pas grand-chose, mais y'a pas de problème, je vous la donne hein !

-Je m'en bats les steacks de ton pognon. File-moi tout ce que t'as en Jorn Riel.

-Je... Hein ?

-Jorn Riel. Les Racontars Arctiques. En poche ou en intégrale, je m'en fous, balance-les dans le sac. »

Je lui envoie le sac de sport à la tronche, il l'attrape par réflexe.

« Je... je suis désolé, j'ai pas de Jorn Riel.

-Putain ! Elle dit bien « librairie », la pancarte au-dessus de ta boutique, connard, je me trompe ?

-Non, mais...

-T'es un putain de libraire, mais t'as pas de Jorn Riel ?

-En littérature nordique, j'ai Paasilina, c'est très bien aussi, c'est finlandais, de l'humour un peu absurde... » Sa voix tremble un peu. Y'a de quoi, avec des propositions pareilles.

« Putain, mais tu crois que je choisis mes auteurs par nationalité ? T'es con ou t'es con ? En plus, Riel, il est danois, ducon ! Bon, Pratchett, t'as quoi de Pratchett après les douze premiers ? Et grouille, j'ai pas la nuit !

-Pratchett, vous avez de la chance, je viens juste d'avoir du réassort, j'ai tous les derniers, je... je vous les mets dans le sac ?

-Fais ça, ouais. MAIS NAN DUCON UN SEUL EXEMPLAIRE DE CHAQUE TU CROIS QUE JE CHANGE DE BOUQUIN QUAND JE VEUX LE RELIRE ? » Ma voix est partie dans les aigus.

« Pardon, pardon, désolé, je voulais pas, je... c'est pas pour revendre donc ?

-Nan, c'est pas pour revendre, c'est des livres, c'est pour lire, crétin. Maintenant, file-moi... Rah, putain de merde, j'ai oublié la liste !

-Je... je peux vous aider ? Vous avez une idée de l'auteur, du thème ?

-MAIS TA GUEULE, J'ARRIVE PAS À RÉFLÉCHIR ! Alors attends, ma tante m'en avait parlé aux dernières vacances...

-Plutôt classique, vous savez pas ? Ou SF, fantasy ? C'est quelle genre de lectrice, votre tante ?

-PUTAIN LA FERME ! Une histoire épistolaire, pendant la seconde guerre mondiale ?

-Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates ?

-Ouais, c'est ça ! Merci !

-Alors attendez... Ha.

-Quoi ?

-Ben, en fait, j'en ai bien un exemplaire, mais c'est une cliente qui me l'a commandé, elle doit passer le prendre demain.

-PUTAIN, fait chier !

-Mais si la période vous intéresse, j'ai plein de trucs dessus.

-C'est pas tant la période que le lieu. Les Anglo-Normandes, je sais pas pourquoi, ça m'a toujours fait rêver.

-Haaa, alors là, je peux vous conseiller Sarnia, de je sais plus qui., et c'est un beau bouquin, c'est les mémoires d'un habitant de l'île, il me semble que c'était traduit par Queneau...

-Queneau ? Il était traducteur ?

-Ha bé oui, il en a fait quelques-unes. Par exemple, vous avez l'Ivrogne dans la brousse, d'Amos Tutuola, un écrivain nigérian, un des tout premiers grands auteurs africains, ça parle d'un mec... Attendez, je vous lis les premières lignes... « Je me soûlais au vin de palme depuis l'âge de dix ans. Je n'avais rien eu d'autre à faire dans la vie que de boire du vin de palme. »

-OK, envoie !

-Et après, son malafoutier meurt. Son malafoutier, c'est le type qui lui prépare son vin de palme...

-M'en dis pas plus, balance !

-Les deux ? Sarnia et L'Ivrogne ?

-Bien sûr les deux ! Et putain, t'as intérêt à ce que ça vaille le coup !

-On a une politique d'échange en cas de... quoiqu'en fait, je sais pas si elle s'applique, là.

-LA FERME ! Primo Levi, Si c'est un homme !

-Quoi, vous l'avez pas lu au collège ?

-Non, OK, j'ai des trous dans mes classiques, content ? Je suis pas le seul, que je sache !

-Ha ouais, mais quand même...

-HEY, j'essaye de régler ça, justement ! Grouille !

-OK, OK, je vous le mets.

-Bon, maintenant, le dernier Musso.

-Sans déconner ? Merde, vous me décevez.

-J'ai une tête à lire du Musso ? C'est pas pour moi, ma copine est fan...

-Ouais, c'est ce qu'on dit. Enfin, j'ai rien contre Musso, hein, il me fait vivre, ce mec.

-C'est bon, t'as fini ? Grouille, ou je t'allume !

-C'est bon, c'est bon ! Mais...

-Mais quoi ?

-Ben, si vous me permettez un accès de conscience professionnelle, ça me fait mal de vous voir partir avec ce bouquin. Pour votre copine, je mets le premier tome des chroniques de San Francisco, ça se passe un peu dans les mêmes coins que les Musso, mais en pas pareil. En bien. Moins sirupeux, aussi. Puis correctement écrit. Puis si elle aime pas, quittez-la, sans rire.

-Je...

-Bon, ben, au revoir.

-C'EST MOI QUI DIS QUAND JE DIS AU REVOIR ! C'EST MOI QU'AI LE FLINGUE ! OK ? AU REVOIR ! ET J'AI PAS BESOIN DE CONSEILS MATRIMONIAUX D'UN PUTAIN DE LIBRAIRE, MERCI BEAUCOUP ! »

 

Je recule en le braquant, le sac dans la main gauche. Je pousse la porte de l'épaule, l'épaule, je traverse la rue encore vide à toute blinde, je saute dans la bagnole, j'arrive à démarrer en trois essais, et je fous le camp. Pas de sirènes, pas de flics sur la route, rien, pourtant, mon cœur bat à deux cent à l'heure.

 

Mais putain, ça fait du bien de savoir que j'ai ma dose pour la semaine. Si ces connards de la Bibliothèque Municipale m'avaient pas sucré ma carte jusqu'à la fin de l'année pour une malheureuse douzaine de bouquins non-rendus, j'en serais pas là. Putain.

 

Je réussis un créneau parfait devant le HLM.

Et merde. Je savais bien qu'il me manquait quelque chose. Une Histoire de tout ou presque, de Bill Bryson, je dois le lire depuis des plombes. Je fais quoi ?

 

J'y retourne ?

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8 janvier 2013 2 08 /01 /janvier /2013 19:42

Camarades, camarades,

cela faisait trop longtemps que je n'avais pas écrit d'article putassier visant à faire remonter mes statistiques. De la part d'un traducteur publié de webcomics porno (achetez Oglaf, joli, pas cher, y'a du sexe), c'était parfaitement scandaleux.

 

Voici donc de quoi, je l'espère, me faire pardonner. (maman, papa, merci de ne pas lire, ce ne vous est pas destiné). Même si c'est juste un truc vite fait pour un site qui me prend du temps que je devrais consacrer à ce blog.

 

******

 

L'humanité, il faut bien le reconnaître, a une certaine tendance à foutre le boxon chez Mère Nature. C'est un peu déprimant, je trouve. On ne sait répondre à nos besoins qu'en déforestant, polluant, exterminant, j'en passe et des pires. Même le plus innocent de nos loisirs, à savoir le sexe, est à l'origine d'une part des pires industries qui soient : celle de la contraception.

 

Attention : je ne suis pas contre la contraception, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. La contraception nous évite une surpopulation encore pire que celle que l'on connaît, et qui aurait elle-même un impact plutôt négatif.

 

Cependant, dans sa forme actuelle, la contraception est dégueulasse : l'industrie du latex nécessaire à la fabrication de capotes détruit des forêts primaires absolument irremplaçables, qui abritent une biodiversité inimaginable et dont nous n'aurons jamais la moindre idée. C'est suffisant pour me faire pleurer. Mais il y a plus glauque encore : la pilule contraceptive, qui a eu l'effet infiniment louable de libérer la femme, ce qui est une bonne chose dans l'ensemble, a un effet pervers : ces hormones de synthèse introduites dans le système féminin n'y sont pas détruites, et se voient relâchées quotidiennement dans les millions de litres d'urine produits par les femmes libérées, puis, après un éventuel passage dans une usine de traitement des eaux usées qui n'y peuvent rien, se retrouvent dans les eaux de surface. Les rivières et les lacs. Là où vivent des poissons. Qui n'ont pas particulièrement envie d'être libérés, pour autant qu'on sache, mais qui subissent quand même l'effet des hormones sexuelles : on se retrouve avec des poissons mâles féminisés, aux testicules atrophiées, et aux capacités reproductrices sabotées.

 

C'est triste, et c'est grave.

 

Face à ces drames de la contraception, on ne saurait rester les bras croisés, mais que faire ? La supprimer totalement serait un pas en arrière dont personne ne voudrait. La conserver sous la forme actuelle serait criminel.

 

La réponse s'impose donc d'elle-même : à défaut de supprimer la contraception, il faut en changer la forme.

Certains extrémistes prôneront l'abstinence. Nous pouvons, la conscience tranquille, les pointer du doigt en huant. Ça n'a jamais marché.

 

Non, il me semble que s'il est une forme de contraception susceptible de n'avoir aucun impact écologique majeur, ni de créer une société de frustrés, c'est bien le sexe oral et la sodomie.

Il est maintenant temps de prendre le taureau par les cornes et de l'enseigner dans tous les collèges et centres de planning familial. On ne sauvera peut-être pas les forêts, mais il reste un espoir pour les poissons.

 

Je voudrais conclure avec cet ancien limerick nantais :

 

There was a girl from Connecticut

Whose new year resolution was to always do it in the butt

She did so well that by the end of August

She had saved a dwindling population of halibut

 

Merci de votre attention.

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5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 20:42

Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, bonjour.

 

S'il est une chose dont je puisse me vanter ici-bas, c'est bien la manière dont le monde s'arrache mes talents rédactionnaires. Ha si, je vous jure. Tenez, pas plus tard que tout à l'heure, un collègue m'a dit « j'ai lu ton mail aux collègues du ministère, ça va », c'est tout dire.

 

Mieux encore, depuis 2006, ce ne sont pas moins de QUATRE discours qui m'ont été commandés, et un que j'ai fait tout seul de mon plein gré. Et pour des occasions à chaque fois différentes, même, que du coup j'ai dû tout refaire du début à chaque fois (mais ça va, parce que mon début est toujours le même et pompé sur des stars, alors). Un discours pour l'occasion solennelle du plantage d'un arbre de promotion, une fois pour un consul qui devait introduire des musiciens, une fois pour un mariage, une fois pour un baptême (mais là, je l'avais fait tout seul) et une fois, comme le titre l'indique, pour des quatre-vingt-dix ans de mon papy. Et sur ces cinq discours, pas moins de deux ont été prononcés ! Ouaip.

 

Et j'aime autant vous dire que c'est pas de la gnognotte, ces discours, ça fait voler les petites culottes ! Tenez, une copine m'a avoué que lors de mon discours au pied d'un arbre (on avait dû planter un chêne, j'avais dû faire une remarque du style « puissent ses glands rappeler aux générations futures le souvenir glorieux de la glorieuse promotion 154 »), sa mère lui avait dit « mais enfin, pourquoi tu sors pas avec lui, godiche ? », question qu'elle se pose encore, six ans plus tard (ne t'en fais pas, ma blonde enfant. Ma philosophie de l'amour est "puisque je ne puis être à toutes, je ne saurai être à aucune". Tu n'as rien perdu que d'autres auraient pu gagner). Et là, juste samedi dernier encore, une amie de mon papy m'a fait part de son enthousiasme pour ma prestation. C'est ce qu'on appelle le talent, mes petits cocos.

 

Mais bon, trêve de salamalecs, maintenant que vous êtes convaincus que mon CV, c'est du béton, passons au discours, puisque, si vous êtes venus par la grâce de Google, c'est bien que vous cherchez un discours-type pour célébrer comme il se doit les quatre-vingt-ans de votre papy/papa. Ça marche pour les deux, je l'avais écrit à la base parce que mon papa l'avait réclamé, puis il l'a lu, puis il n'a pas voulu le lire devant son papa, il m'a dit lis-le toi, j'ai dit pas question, il a dit je le lirai pas lis-le toi, j'ai dit mais nan j'ai pas envie c'est toi son fils et tout, puis finalement ma grande sœur et mes cousines m'ont dit vas-y, fais pas ta mijaurée, on sait bien que tu vas le lire, et puis finalement j'ai bu deux planteurs un kir et trois verres de champagne et je l'ai lu, avec une foule derrière moi qui applaudissait quand je lui demandais.

 

Voici donc mon discours-type pour célébrer l'anniversaire 90 ans de mon papy. Vous trouverez en note de bas de page (astucieusement numérotées dans un ordre croissant, à partir de 1) les adaptations à faire au cas où votre grand-père ne serait pas le mien. Vous n'êtes pas obligé de lire ce qui est entre parenthèses.

 

 

 

Cher papy, mesdames, messieurs, famille chérie, amis de mon papy,

 

inaccoutumé que je suis à prendre la parole en public (je m'excuse, j'ai piqué cette introduction à Snoopy), je voudrais, si vous le voulez bien, commencer en invoquant les mânes de Caton l'Ancien : Carthago delenda est (je m'excuse encore, mais si Astérix m'a appris une chose, c'est qu'on ne pouvait pas faire un discours sans en appeler à Caton). Carthago delenda est, en effet, car si nous sommes réunis aujourd'hui en ce lieu, c'est pour célébrer aussi dignement que faire se peut les quatre-vingt dix ans de Jacques (1). Car oui, du haut de cette tête aux tempes légèrement grisonnantes, quatre-vingt dix ans, répartis glorieusement sur deux millénaires, deux siècles, dix décennies dont pas moins de huit aux côtés d'Annie (2), et un nombre de cuites très réduit, quoiqu'en ait dit sa belle-mère (selon une rumeur familiale), nous contemplent. On ne dirait pas.

 

En ce qui me concerne, je suis très heureux de vous voir aussi nombreux et joyeux en cette heureuse occasion (3), mais je le suis encore plus que papy soit parmi nous ce soir.

 

Parce qu'il faut le reconnaître, statistiquement, c'est une performance : sur ces quatre-vingt dix années, le nombre qu'il a passées sagement en un lieu sans bouger me paraît bien restreint. De l'Espagne à l'Italie, de camps de prisonniers en ports bretons, d'école navale en fumerie d'opium, de Mimosa en élevage d'asperges tunisiennes, je suis toujours surpris de le trouver quand je vais le voir, tant je m'attends à ce qu'il soit, je sais pas, en train de piloter une péniche dans les tréfonds de l'outre-Loire ou de faire de la montgolfière au-dessus des Carpates, tout en trouvant le temps de réaliser ses missions d'espion au service de sa Majesté la République (si j'en crois les rumeurs familiales, sans doute plus fondées, pour le coup). (4)

 

(mon script indique que là, je dois attendre la fin de l'hilarité générale. Je dois donc vous demander de rire, puis de vous arrêter)

 

Mais à quoi rimeraient de célébrer nonantes années, si elles s'étaient limitées à d'aimables distractions de retraité ? Non, le plus impressionnant, dans tout ça, c'est tout ce que mon papy a réalisé au cours de ces quatre-vingt-dix ans (je vous ai dit qu'il avait quatre-vingt-dix ans ?) car non content d'avoir capitainé des vaisseaux, construit d'innombrables (trois au dernier recensement) chalets suisses en Bretagne, sans doute renversé des dictatures et je vais m'arrêter là pour ne pas gâcher leur plaisir aux futurs lecteurs de tes mémoires présents ici (5), tu as, cher papy, accompli l'exploit, avec le concours de mamie, de permettre à une palanquée de gens bien de voir le jour (ne croyez pas que je me jette des fleurs, je lis juste le script). J'ai toujours du mal à tenir le compte, mais il suffit de regarder autour de toi, ils sont tous là, et ça veut bien dire quelque chose. (6)

 

C'est pourquoi je suis bien content de le voir ici partager un verre de Champomy, et une tranche de gruyère.

 

Bon, comme ma conclusion originale tenait compte du fait qu'on faisait les discours avant de manger, on va l'oublier, et se contenter d'un Joyeux anniversaire !

 

[insérer un tonnerre d'applaudissements polis]

 

  1. si votre grand-père ne s'appelle pas Jacques, adaptez. Par exemple, s'il s'appelle Anatole, remplacez Jacques par Anatole. Ce sera apprécié par tous.

  2. Annie, c'est ma mamie. Si Anatole est marié ou l'a été, et que le mariage ne s'est pas soldé par un drame quelconque, adaptez, là encore. Pareil pour les années.

  3. Si vous n'êtes pas nombreux, vous pouvez toujours trouver une pirouette, en parlant des liens serrés qui vous unissent, ça fait bien aussi. Et si les gens ne sont pas heureux, faites semblant de croire qu'ils le sont. Buvez avant votre discours, par exemple.

  4. Là, si votre grand-père était un peu casanier, ça va être coton à adapter. Vous aviez qu'à mieux choisir votre famille, d'abord.

  5. Bon, ben pareil. Je connais pas votre papy, moi.

  6. Nous, on était tous là. Tous les enfants et les petits-enfants, et ça faisait une tripotée. Alors si vous n'arrivez pas à ça, votre famille est moins bien que la mienne.

 

Bon, désolé pour ceux qui s'imaginaient tomber sur une note de blog intéressante, je voulais juste tenter de voir si j'arrivais à faire remonter mes stats avec un article passant pour pratique. (moi, j'ai essayé de trouver un discours sur le net pour les 90 ans de mon papy, et j'ai rien trouvé de bien).

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28 juin 2012 4 28 /06 /juin /2012 09:42

Une gonzesse anonyme me disait justement l'autre jour dans les commentaires de mon précédent article intitulé Les Gonzesses « mais dis-donc, vas-y, les mecs, t'en parles pas là, t'as peur qu'on croive que t'es gay ou quoi ? », ou du moins c'est en substance ce que j'ai compris.

 

Alors d'une, même pas peur, d'ailleurs je sais qu'il y a des gens qui m'ont cru gay pendant un bon moment, tout ça parce qu'en école d'ingénieur j'étais allé dire à une gonzesse de la catégorie bonnasse, avec en tête seulement toute la bonne volonté du monde et un espèce de brouillard de bière que si j'étais une gonzesse, je sortirais avec ce type, là-bas, qui trouvait qu'elle avait de belles jambes (et il faut reconnaître que c'était vrai qu'elle était bien roulée), parce que c'était un pote le type là-bas et tout (ça je l'ai pas dit c'est pour vous expliquer pourquoi j'allais lui dire ça, hein) et tout ce que cette cruche a retenu c'est que je sortirais avec si je pouvais et pas qu'il trouvait qu'elle était grave bonne, ce qui prouve bien que d'un les gonzesses quand c'est blond et bonnasse ça entend ce que ça veut bien entendre d'autant plus quand le mec qu'on leur pointe du doigt est un petit geek à lunettes à moitié barbu et qu'elle savent pas encore qu'il a couché avec Astrid parce qu'elles sont en première année parce que ça ça aurait changé les données de départ si elle l'avait su parce qu'Astrid c'était pas les deux tiers d'un thon et par là je veux dire qu'elle faisait partie de la catégorie bonnasse, même si c'est pas tout à fait vrai qu'elle avait couché avec mon pote l'essentiel c'est que le monde entier le croyait sauf Astrid, et de deux que loin de moi l'idée de refuser qu'on croive que je suis gay, même si je ne le suis pas, à cause que la nature ne l'a pas voulu ainsi, mais en même temps elle fait un peu ce qu'elle veut et des fois c'est pas super logique, comme la reproduction de la douve du foie, mais je m'égare un peu, je crois.

 

Et de deux, je peux carrément en parler, des mecs. Tu crois quoi, gonzesse anonyme, que j'ai peur des mecs ? Moi, peur ? Attends, j'ai eu des cours de krav-maga avec le garde du corps de Rocco Siffredi, le mec qui m'attaque avec un couteau, je lui fais la prise du serpent, avec le poignet comme ça, tout en souplesse, à la meka kitka TCHAC ! Alors non, j'ai pas peur. Et je vais en parler, des mecs, puisque c'est comme ça. Tu vois ? Tu vois ? Tu faisais ta maligne, là, à prétendre que j'étais un pédé sans couille et à croire que c'était une insulte qui me toucherait alors que trop pas, mais MÊME PAS, tu vois que tu dises ça m'en touche une sans faire bouger l'autre ce qui prouve bien que si que j'étais un pédé j'en serai un avec couilles, et je vais le faire ton article.

 

Alors donc, les mecs. Vaste sujet. Le mec est en effet un être par nature mystérieux, aux multiples facettes. Selon des scientifiques américains, cela serait dû à la variété de ses chromosomes sexuels.

En effet, un être humain est une équation dont les inconnues sont liées aux chromosomes sexuels.

 

Une gonzesse est donc une équation avec X pour seule inconnue : ça se résout en deux temps trois mouvements, une règle de trois et hop, bonnasse, boudin, même tarif !

 

Un mec, au contraire, c'est une équation à deux inconnues, X et Y. Et pour résoudre ça, c'est juste pas possible. On ne peut pas résoudre une équation à deux inconnues. C'est SCIEN-TI-FIQUE.

Voilà pourquoi on ne peut pas parler des mecs aussi facilement qu'on parle des gonzesses.

 

En revanche, on peut facilement résoudre des systèmes d'équations de deux mecs à deux inconnues.

Mais ce blog, étant lu par des enfants et des mères de famille catholiques, ne saurait verser dans les dégoûtances que ce sujet impliquerait. On n'est pas sur youporn, ici, non mais !

 

On va donc faire autrement, et suivre un peu la construction du précédent article, parce qu'il n'y a pas de raison.

 

Il y a donc trois grandes catégories de mecs : ceux qui se tapent les bonnasses, ceux qui se tapent les boudins, et ceux qui se tapent les hommes qui ne sont attirés ni par les bonnasses, ni par les boudins.

 

Les hommes qui se tapent les bonnasses sont, dans la majorité des cas, des espèces de véliplanchistes bronzés et superficiels. Ils ne valent pas la peine d'être connus.

Les hommes qui se tapent les boudins sont, dans la majorité des cas, des types qui voulaient se taper des bonnasses, n'ont pas réussi, et ont dû diminuer leurs exigences. Ce sont des types sans amour-propre, qui ne valent pas la peine d'être connus.

Les hommes qui se tapent des hommes sont en général homosexuels ou, aux États-Unis, sénateurs républicains. Certains doivent valoir la peine d'être connus, mais si vous traînez trop avec eux, les bonnasses autant que les boudins vont finir par se dire que vous ne leur courez pas après (après elles, les bonnasses et les boudins. Celles après qui vous courez. Et elles se tromperont, donc). En fin de compte, ils ne valent donc pas la peine d'être connus.

 

Voilà. J'espère avoir fait le tour de la question, et qu'on cessera de me harceler avec des demandes sexistes.

 

 

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25 juin 2012 1 25 /06 /juin /2012 20:42

« Francis », qu'on me disait l'autre jour, « dis Francis, toi qui sais tant de choses, pourquoi tu nous parlerais pas des gonzesses ? »

 

Bonne question. Bon, alors d'une, pour être tout à fait honnête, on ne me l''a jamais posée, cette question. En général, on me pose peu de questions, et elles sont du genre « putain, mais t'es resté à la maison toute la journée, et t'as pas trouvé le temps de faire la vaisselle ? » ou alors c'est un SMS de mon papa pour me demander « tu te souviens du nom des villages, dans la Guerre des Boutons ? » (Velrans et Longevernes)(À cul les Velrans !)

Mais même, je me disais que ça valait bien la peine de répondre à cette question, fut-elle jamais posée.

 

Alors, les gonzesses. Pourquoi ne vous en parlerais-je pas ? Certains pourront arguer du fait que mon expérience en matière de gonzesses est trop limitée. Génitalement parlant, je n'en connais pas tant que ça, certes. Mais il n'y a pas que la génitalité dans la vie, et j'ai grandi cerné par des gonzesses de toutes parts (vous êtes déjà rentré dans la cuisine vous faire une tartine de beurre pour vous voir dévisagé avec mépris par neuf ou dix gonzesses de quatre générations, vous ?), alors hein, je peux vous dire que j'en connais un rayon.

 

Les gonzesses, donc. Il y a deux grands types de gonzesses, d'abord, il y a les bonnes. Celles-là ne sont pas majoritaires dans la population, il ne faut donc pas vous attendre à ce que pour vous, une bonne soit la bonne (vous savez, quand vous dites à voix basse à votre maman à qui vous dites tout « celle-là, je crois que c'est la bonne » et qu'elle dit en général quelque chose comme « j'espère bien que non ! »). C'est un peu difficile à saisir, mais c'est comme ça. La bonne, c'est la fille que vous visualisez quand vous fermez les yeux et que vous pensez à « une fille ». Vous voyez, avec des courbes là, des renflements là et ici, et par là, c'est tout doux (et là, aussi. Puis là).

 

A côté de ça, l'autre grand type de gonzesse n'est pas, comme on pourrait le penser, la mauvaise, mais c'est le boudin. Le boudin, ça peut être bon quand on parle charcuterie (et qu'on l'accompagne d'une bonne purée maison, avec de la muscade), mais en matière de gonzesse, le boudin n'est pas bonne. Ce qui n'empêche qu'elle soit souvent la bonne de nombreux garçons, vu que le boudin effraie moins la maman des garçons que la bonne -vous savez quoi, on va dire bonnasse, parce que sinon on va se perdre avec la bonne à tout faire, qui peut être bonne, mais qui peut aussi être moustachue et vilaine comme un pou, avec toutes les possibilités intermédiaires - et qu'en plus, le boudin doit faire plus d'efforts pour plaire que la bonnasse, ce qui signifie qu'elle sera plus encline à faire la vaisselle et à ramener une bière à son homme pendant qu'il se concentre sur l'actualité importante, comme une rencontre internationale susceptible de renverser l'équilibre mondial.

 

Bonnasses et boudins, donc, forment la population féminine. On ne peut hélas pas se cantonner à ces catégories : en effet, comment classer les gonzesses de la famille ? On ne peut décemment pas mettre sa grand-mère dans la catégorie bonnasse, quoi qu'en dise son voisin de la maison de retraite (celui dont vous avez planqué le dentier, vieux cochon). On a également du mal à mettre sa soeur dans l'une ou l'autre catégorie, sous peine de se voir taxé de dégoûtant ou de pas gentil. La meilleure solution est d'éviter d'y penser.

 

Bon, tout ça, c'est très bien, me direz-vous, mais que faire des gonzesses, une fois qu'on les a reconnues et classées ?

C'est une question tout à fait différente. Je vous avoue ne pas en être venu à bout. Vous pouvez euh.

 

Les suivre dans la rue, noter leurs adresses et leurs horaires de déplacement, et voler leurs sous-vêtements quand elles ne font pas attention au pressing ?

Je ne me suis pas vraiment penché sur la question, en fait.

Je ne sais même plus pourquoi j'avais écrit cet article.

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14 février 2012 2 14 /02 /février /2012 12:42

Bon, je m'étais promis de ne pas rediffuser de vieux articles, mais je ne me suis jamais promis de tenir mes promesses. Et pour aujourd'hui, ça s'impose.Puis ça doit dater de 2007, ce machin.

 

 

 

 

Je le sens mal.
Il est avec une d’Elles. Je l’entends, de ma tanière, j’entends son timbre, plus aigu que le Sien. Elle rit. Généralement, c’est mauvais signe. Ca veut dire que ça va recommencer. Comme régulièrement. Je ne sais pas pourquoi Il m’en veut, je ne sais pas ce que je Lui ai fait. Mais je sais que je n’y échapperai pas. Une fois de plus.

Il a quitté son siège. Il marche. Elle est à côté. Je le sais, je le sens. Ca va recommencer.

On est arrivés à destination. Ca continue à discuter, puis les sons se font plus étouffés. Des bruits de succion. Ho non…

J’attends le bruit de fermeture à glissière. Zzzzip. Je me crispe. Réflexe conditionné. Combien de fois ai-je entendu ce son honni ? Une lumière m’aveugle soudain. A quoi vais-je avoir droit cette fois-ci ?

Mon Dieu, elle veut me dévorer ! Une bouche avide, aux dents blanches et luisantes de salive s’approche de moi ! Je me contracte de terreur, mon corps est tendu comme un arc, je tremble de tout mon être.
Elle s’approche, je sens son haleine chaude de prédateur, chargée de vapeurs d’alcool, elle se referme sur moi !
Je crois ma dernière heure arrivée.

Mais non. De sa lourde langue, Elle s’est contentée de m’enduire longuement d’une salive visqueuse. Je suis parcouru de hoquets de dégoût. Evidemment. On commence par une humiliation. Ils savent y faire…

Elle arrête. Serait-ce fini ? Déjà ? Je n'ose y croire...

Ho non ! Je Le vois venir !

Pas la cagoule ! Pas la cagoule de plastique !

Sourd à mes injonctions désespérées, d’un geste sec, Il m’enferme dans cette camisole odieuse, qui me compresse, m’empêche de respirer, et me fait subir le supplice de la caverne infernale : Il me plonge dans cette sombre fosse, chaude, moite, sanguine, m’en extrait, m’y replonge, violemment, recommence, encore et encore, jusqu’à la nausée, une nausée implacable et glacée qui me saisit au bout d’une minute de ce traitement inhumain.


La torture est tellement intense que, secoué de convulsions irrépressibles, je vomis d’un jet une substance visqueuse qui me brûle de l’intérieur. Je me recroqueville, comme un enfant, espérant que ça cesse, je suis vidé, je n’en peux plus, faites que ça stoppe, faites qu’il en ait assez…

Je crois qu’il a entendu mes suppliques…

Il bafouille quelques excuses. Comme d’habitude. Je ne Le comprendrai décidément jamais. S’Il regrette, pourquoi me fait-Il subir cela ?

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