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FIGB recrute




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20 novembre 2011 7 20 /11 /novembre /2011 15:42

Non mais franchement, il y a des gens, je vous jure. Aujourd'hui même, je me suis fait traiter, par la même greluche et sur le même statut facebook, de pauvre mytho et de feignasse, rien de moins.

Tout ça pour avoir usé du droit imprescriptible et inaliénable de tout citoyen de romancer sa vie pour la rendre intéressante au commun des mortels, qui a déjà son mur facebook saturé de nouvelles passionnantes, du genre « le chat de ma tante est resté trois semaines sur un arbre et il est pas mort, lol » ou « mon voisin fait du bruit, grrrr ».

Ainsi, j'avais informé mon public (qui me suit avec autant d'assiduité et d'amour sur facebook que vous ici) qu'un type voulait acheter les fringues que je portais sur une vidéo yourube, ce qui avait provoqué des réactions qui, si elles ne débordaient pas d'enthousiasme, n'en étaient pas moins intéressées (et inquiètes pour moi). C'était plus intéressant que si j'avais dit toute la vérité, qui était que un type voulait acheter les fringues que je portais sur une vidéo youtube, à savoir ma belle cotte Guy Cotten, jaune et luisante (que j'ai mystérieusement paumée depuis), non ?

 

Mais malgré ça, malgré mon inextinguible soif de vous apporter chaque jour sur facebook un peu de déridement de bon aloi, je me fais rembarrer par cette gonzesse. Qui me sort, en plus « t'aurais dû en faire une note de blog plutôt, XD »

 

Chiche.

 

Vous voulez de la note non romancée de ma vie quotidienne ? En voilà :

 

Aujourd'hui, j'ai acheté une malle. Parce que celle avec laquelle je suis venu, les douaniers l'ont pétée pour voir ce qu'il y avait dedans quand je suis arrivé, du coup pour repartir j'en ai besoin d'un nouvelle, alors je suis parti en acheter avec mon zami Gauthier. Mais d'abord on est allés à la gendarmerie, parce qu'il devait aller chercher une attestation de quelque chose, parce qu'il s'est fait cambrioler y'a pas longtemps, et une dame est venue quand on était garés devant la gendarmerie et elle avait des nougats sur la tête, et elle connaissait Gauthier depuis qu'il était petit, et elle m'a dit « il est très gentil, Gauthier, je le connais depuis qu'il est tout petit, il est trèèès gentil » alors je lui ai acheté pour 2000 francs de nougat, parce que j'étais bien d'accord, c'est pas tous les jours qu'on a des amis qui vous emmènent acheter des malles. Ensuite, c'est un gendarme qui est venu, et Gauthier m'a dit qu'il le connaissait depuis longtemps aussi, et qu'il était gentil, et le gendarme a dit « mais moins gentil que Gauthier », et j'ai dit que j'étais pas sûr qu'il était plus gentil, mais qu'en tous cas gentil c'était sûr, mais je ne lui ai pas acheté de nougat parce qu'il n'en avait pas sur la tête, il avait une casquette.

 

Après on est allés chez les parents de Gauthier parce qu'ils gardent ses moutons, qui n'ont pas grossi depuis la Tabaski, c'est pas bien, et j'ai discuté avec son papa, qui est très gentil aussi, on a parlé de réunions familiales et tout, c'était chouette, et après on est allés dans une rue où ils vendaient des malles. On avait mis au point un scénario et tout, enfin Gauthier l'avait fait, parce qu'il connait le truc, hein, on la lui fait pas, quand tu débarques avec un toubab dans une boutique, ils te parlent en wolof pour te proposer de l'arnaquer à deux, et si tu veux pas ils t'engueulent, alors on allait faire comme si j'accompagnais Gauthier pour autre chose, et lui il allait regarder les malles pour son ami Modou, et il me demanderait ce que je penserais qu'en penserait son ami Modou, et moi quand il m'a expliqué, j'ai dit mais je sais pas ce qu'il voudrait je connais pas ton ami Modou, c'était rigolo parce que je faisais le mec qui comprenait pas alors qu'en fait j'avais compris, parce qu'il avait déjà fait le même truc avec mon tonton, sauf que c'était pour du tissu pour ma tata, alors il disait pas qu'il venait pour son copain Modou, mais pour sa sœur, parce que son copain Modou doit s'en ficher un peu des tissus pour gonzesses, j'imagine.

 

Du coup on est allés dans cette rue et on s'est garés, et on est allés dans une boutique on a fait Salamalikoum au patron libanais, il nous a fait Malikoumsalam, et Gauthier m'a dit d'aller voir ce qui m'intéressait dans la boutique pendant qu'il regardait les malles, du coup j'ai fait semblant de m'intéresser à des frigos américains, y'en avait c'étaient des frigos de ouf comme dans les films américains et tout, mais je faisais le mec qui a pas besoin d'aussi beaux frigos et qui regarde les écrans plats de 212cm alors qu'il a pas plus les moyens de les acheter que les frigos qui font des glaçons au kilomètre.

Puis Gauthier m'a rappelé en me demandant si j'avais trouvé ce que je cherchais, et pour pas griller ma couverture j'ai fait non en haussant un peu les épaules, et puis on est sortis et les malles qu'il y avait étaient trop petites, alors on est allés dans une autre boutique et c'était pareil sauf que les frigos étaient moins gros, du coup on est allés dans une troisième et là y'avait pas de frigos mais des meubles en bois-plastique et j'ai traîné un peu en les regardant en faisant la moue un peu, et puis au bout d'un moment, je me suis rapproché de Gauthier et des malles et du type qui expliquait les malles à Gauthier et là il y en avait une pas trop mal, et là j'ai été un peu perdu parce que Gauthier avait dû oublier Modou et il m'a demandé si je pensais que ça irait à Luis la malle qu'il regardait qui était la plus grande qu'il y avait, alors moi j'ai pris mon meilleur air du gars qui s'en fout et qui veut juste se tirer, et j'ai fait « Pfouuu, mouais, sans doute. Elle est pas mal. » et puis il a négocié un peu pendant que je regardais des tricycles derrière et finalement le vendeur a dit qu'il pouvait pas aller en dessous de 40.000 et moi j'avais donné 30.000 à Gauthier alors il m'a demandé si j'avais des sous à lui prêter et j'ai fait ouais, pourquoi pas, et je lui ai prêté 10.000 de plus et là Gauthier il m'a impressionné et tout, il a demandé une facture au cas où Luis trouverait une malle plus grande et que je sais plus trop quoi, ça a trop bien brouillé les pistes, et il a expliqué que je venais d'arriver et que sans doute je devrais revenir pour me meubler et tout et tout, et il a dit qu'il faudrait pas que j'oublie que je lui avais prêté 10.000, et là j'ai fait « pas de risque que j'oublie, haha » alors qu'en fait Gauthier, normalement je lui dis « t'inquiètes, je te fais confiance, y'a pas de problème » et puis on a pris la malle avec le vendeur de malle qui était marocain en fait, et on l'a ramenée à la maison.

 

Et là, j'ai essayé de mettre dedans le tabouret en bois que j'ai acheté au mec qui vend des trucs en bois au porte à porte, et les tas de calebasses que mes parents ont acheté avec mes sous quand ils sont venus sauf une parce qu'il y avait des bananes dedans et que je savais pas où les mettre sinon, et du coup je me suis dit qu'avec les deux valises que j'ai et ce que je pourrai convaincre mon tonton et ma tata de prendre ça devrait à peu près le faire sauf peut-être pour les bibelots.

 

malle 

 

Là, c'est ma malle avec dedans le tabouret en bois et les calebasses que mes parents ont achetées avec mes sous. À côté, c'est la malle que les douaniers ont pété comme des salauds, et dessus y'a le ciré qui va avec la cotte Guy Cotten qui a tout provoqué.

 

Voilà. J'aurais pu parler de comment après on est allés acheter des bières pour quand mon tonton et ma tata viendront, et puis comment on est repassés chez les parents de Gauthier chercher la housse de sa voiture et puis comment après on est allés chez Joe, qui est le premier restaurant sénégalais à avoir fait des chawarmas ou peut-être le deuxième et comment j'ai pris un hamburger double mais c'était un peu trop et comment j'ai regardé dans le miroir et je me suis dit « tiens, je devrais me faire couper les cheveux », mais je crois que j'ai prouvé mon point : la vie non romancée, c'est quand même un peu chiant.

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21 octobre 2011 5 21 /10 /octobre /2011 21:42

J'ai eu la joie, il y a quelque temps, de pouvoir vous décrire avec lyrisme les joies du pipi fluvial nocturne, à l'occasion d'une des missions de pêche scientifique dans la mangrove sénégalaise auxquelles je prends part trois fois par an depuis deux ans. Bien loin de moi l'idée que j'allais un jour connaître les affres de la courante en comité restreint.

 

Jusqu'ici, ces quatre dernières missions, j'avais tenu. Après une première tentative qui m'avait convaincu que le caca mangrovier n'était pas pour moi, je m'étais blindé les tripes à l'Imodium, et, hormis quelques épisodes gazeux à suspense – foireux ? Pas foireux? - ça avait tenu. Cette fois-ci, ça n'a pas pu.

 

J'aurais dû me douter que cette mission allait être pénible. Outre les trois tornades qui ont bousculé le bateau la première nuit, j'avais été personnellement victime d'une attaque culinaire en la personne d'une saloperie de sauterelle dans mon assiette. Bien cuite. Et comme on mangeait dans le noir, j'ai pas été loin de ne pas la louper avec ma fourchette. Et le lendemain matin, rebelote : je prends ma baguette, m'ouvre une tartine et crac, une bestiole chitineuse noyée dans la mie. Deux plaies d'Egypte en une nuit, ça commençait fort.

 

Et donc, c'est gastriquement que ça allait continuer. Et psychologiquement, bien sûr. J'avais emporté de l'Imodium, bien sûr, mais cette fois, il ne pourrait rien contre l'implacable fermentation intestinale qui devait être la mienne, fermentation décuplée sans doute par l'effet de la chaleur absorbée au niveau de mon bob, transmise par conduction jusqu'à mes tripes innocentes, qui ont bouilli comme un chaudron de sorcière et produit une mixture jaune et molle excessivement encline à quitter cet environnement infernal.

 

J'ai tenu cependant, envers et contre tout, et réussi, en trois jours loin de toute gogue civilisée, à ne descendre à terre que trois fois. Trois épisodes d'intense embarras. La première fois, au moment de débarquer, je ne vis que trop tard la bouillasse infâme qui formait la grève, au lieu de l'habituel tapis de coquillages. J'ai failli perdre mes tongs, en ai pété une, me suis précautionneusement éloigné de mes compagnons (des hommes deux fois plus âgés que moi et qui ont manifestement su, au fil des ans, dompter leurs boyaux et leur imposer leur loi. J'espère un jour être comme eux), et, me camouflant derrière un buisson, me suis accroupi pour faire ma petite affaire. C'est là que je me suis rendu compte que non seulement mon bermuda ne tenait pas à mes genoux, mais que j'avais oublié qu'en extrayant mes tongs de leur gangue vaseuse, je m'étais salopé les bras jusqu'aux coudes, ce qui est inconvenant quand on tente d'utiliser du papier toilette. J'ai passé ma colère sur de malheureux crabes, qui se virent interdire la sortie de leurs tanières par des bouchons de papier sales, avant de revenir vers la pirogue, le bas de mon bermuda crasseux, en bafouillant « non mais c'est pas ce que vous croyez, hein ».

 

Ce fut le plus facile de mes étronnages de la semaine.

 

Le second fut sur l'ilot habituel. Mes compagnons ayant décidé avant moi de partir l'un à gauche, l'autre à droite, je dus prendre le chemin du milieu. Et plus j'avançais, plus je réalisai que c'était un chemin touristique, et qu'il n'y avait aucune issue à droite ou à gauche, et que j'allais soit faire le tour de l'île et tomber sur un de mes vénérables collègues, soit devoir me résoudre à m'exécuter dans un coin peu abrité. Ce que je fis, avec les coups d'oeil furtifs et inquiets d'un petit animal traqué. Personne n'est venu. J'ai quitté le baobab de mon forfait comme un voleur, et trouvai des graines épineuses accrochées dans mes poils jusque deux jours plus tard.

 

Le dernier de mes étrons terrestres fut déposé au bord de l'eau, après une course épique contre la marée incluant un passage rampé sous un arbre et un à moitié dans la flotte. J'arrivai enfin dans un espace hors de vue de tous, entre deux Rhizophora, constatai une fois de plus qu'on fait toujours caca plus loin qu'on ne le croit, me fit racler le popotin puis le dos en me relevant par une branche malicieuse, paniquai à l'idée que je puisse m'être étalé ma propre substance sur mon beau t-shirt, l'enlevai pour vérifier (il était tout propre) fuis, puis le lancement de mes boyaux me fit faire demi-tour pour remettre une couche sur les coquillages, avant de rentrer pour de bon.

 

Ce dernier doublé sur la plage ne devait être que le prélude d'une longue, longue soirée. Parce que je n'osais pas demander à retourner à terre, j'ai dû, des heures durant, serrer les fesses contre les flèches qui me déchiraient le bas-dos, debout, serrant les dents, répondant à peine aux conversations auxquelles on tentait de me convier, parce que là-bas, au fond du bateau, là où se trouvent les toilettes (rappel : on parle de ça), il y avait en permanence trois personnes, le cuistot, avec une vue imprenable sur les lieux, le pilote (presque aussi bien placé) et un autre collègue assis sur la glacière derrière laquelle se trouve le paravent derrière lequel se trouve le harnais. Bon sang, que ces heures furent pénibles.

Puis, enfin, quand tout le monde se mit à table (cinq mètres plus loin), je pus enfiler ma lampe frontale (il faisait nuit), m'armer de mon rouleau de pécu, et me caler la corde derrière le dos. Imaginez-vous le pauvre Francis, fléchi sur ses petits genoux fragiles, suant pour ne pas perdre l'équilibre et passer à la baille, sa lourde panse inconfortablement pressée contre les cuisses, le t-shirt coincé derrière le harnais pour éviter tout accident, la tête au niveau des genoux, les fesses blanches au-dessus des eaux noires, lâchant de sonores, misérables et interminables crépitages avant de se vider de quelques grammes de matière organique, à peine de quoi fournir le dîner d'une petite famille de tilapias.

Je me relevai stoïquement sur des jambes flageolantes, me dirigeai vers la table en attendant des commentaires entendus qui ne vinrent heureusement jamais, et, après avoir avalé une demi-douzaine de raviolis, repartis dare-dare à l'arrière pour expulser le placenta. (haha, non. C'était encore du caca.)

 

Je passerai sous silence la nuit et le voyage de retour sur des routes cabossées. Qu'il me suffise de dire que les deux furent longs et douloureux.

 

A l'heure qu'il est, je suis chez moi, j'ai mal aux fesses, et je suis allé me vider plus de fois que je ne saurais compter. Et je n'ai que du sopalin.

 

Je suis un putain de martyre.

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6 octobre 2011 4 06 /10 /octobre /2011 20:42

Je me suis toujours considéré comme quelqu'un d'un naturel gai et enjoué. D'ailleurs, c'est bien simple, demandez à n'importe lequel de mes amis, il vous répondra : « Francis ? Ce mec-là est un des plus gais que je connaisse ! Franchement, ouais, on peut dire que c'est un putain de gros gai (1), carrément. Et enjoué, avec ça ! Vous savez, comme un petit chat qui joue avec une pelote de laine ? Ben pareil. Quand je vois Francis jouer avec une pelote de laine en se roulant sur la moquette, je me dis que j'ai de la chance d'avoir un ami aussi enjoué. »

 

Cependant, aujourd'hui, ce naturel gai et enjoué est mis à rude épreuve. Mon front se plisse de funestes rides précoces, mes sourcils, d'ordinaire guillerettement perchés sur mon front d'albâtre, tombent avec morosité vers la racine de mon nez, jetant une ombre de tempête sur l'océan de mes iris azurés, et pour tout vous dire, un début de constipation saisit mes entrailles dans une poigne d'airain.

 

Oui, aujourd'hui, j'ai quelque chose qui me chagrine. Deux choses, en fait. La première, c'est que je viens de réaliser qu'il était trop tard pour me faire appeler Riton la Goberge. Que jamais, dans la rue, on ne viendrait m'interpeller « Hé, mais c'est ce vieux Riton la Goberge ! Comment ça va, yau de poêle ? ». Que jamais je n'entendrai, à l'Eurovision « and finally, Witon la Gobeuwge, France, twelve points ! ». Ça me fend le cœur.

 

Mais ce n'est que peccadille par rapport à l'autre de ces deux choses : je me suis rendu compte que, dans quelques semaines, j'aurai quitté le Sénégal. Je serai de retour en France, loin de mon petit appartement pépère avec la boulangerie à côté où je pouvais aller en babouches m'acheter un mauvais hambuger-piment, loin de ma douche pout-pout, loin des varans et des pélicans, loin de mon salaire, loin du tieboudienne, loin des moustiques facétieux et des couilles de mouton, loin des dix personnes auxquelles j'ai appris à tenir ici.

 

Et surtout, loin des gens que je n'ai pas encore rencontré, et c'est là ce qui, à mon cœur d'humaniste, est le plus douloureux.

 

Tous ces gens vont continuer leur morne petite existence, sans même avoir conscience qu'ils n'ont pas pu me connaître. Sans avoir l'idée de ces conversations passionnantes sur les mérites comparés de Docteur Who et de Community, ou Treme et the Wire. Sans connaître mon opinion des gens qui ont décidé l'arrêt de Firefly et Arrested Development, ou celui de la tactique des Bleus aux championnats d'Europe. Mon cœur saigne pour ces malheureux. Il saigne car le leur, dans leur ignorance de ce qui se trame, ne peut pas le faire. Peut-être est-ce mieux pour eux, je ne sais pas. Sans doute, à l'heure où décollera mon avion, ressentiront-ils un pincement, une sensation de vide dont ils ne sauront déceler l'origine. Puis ils se remettront au travail, le moral un peu plus bas, le dos un peu plus voûté.

 

Je m'en veux, pour tous ces gens. Je suis rongé d'une culpabilité pernicieuse, comme d'une syphilis qui s'attaquerait à mon amour-propre. Mais je ne puis faire autrement. Mon contrat arrive à son terme, et ne peut être reconduit. Je vais devoir me contenter d'apporter du bonheur à tous ceux qui, égoïstes, ont pleuré lors de mon départ, inconscients du privilège qu'ils avaient de me connaître déjà.

 

Je ferai avec.

 

 

(1) Haha. Non, papa, maman, désolé, je sais bien que vous avez toujours rêvé d'un fils homosexuel pour frimer devant vos amis, mais franchement, vous avez vu comment je m'habille ? Définitivement hétéro.

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8 septembre 2011 4 08 /09 /septembre /2011 18:42

Ces derniers temps, j'ai pris des vacances, et pas que de blog. J'en avais besoin. Je suis rentré en France. J'ai pris un avion jusqu'à Casablanca, un autre jusqu'à Paris, un train jusqu'à Guingamp, un autre jusqu'à Paimpol, puis pas de bus puisqu'on était dimanche donc mes papattes, au bout de trois kilomètres j'ai été pris en stop par un gentil podologue, puis on a pris la vedette de Bréhat, et sur le quai, ma petite sœur m'attendait avec une carriole pour que je puisse tirer ses courses jusqu'à la maison quatre bornes au nord, où j'ai été d'entrée été réquisitionné sans pitié pour abattre les hortensias géants qui bouchaient la fenêtre avec des sécateurs géants.

 

Pfiou.

 

C'était fatigant, mais bien, puisque c'était Bréhat, et qu'il n'y a rien de mieux. Juste un truc : Bréhat, ça donne une propension au radotage. Je sais pas à quoi c'est dû, mais c'est comme ça. On fait toujours la même chose. On sort faire les mêmes balades au phare. On se dit « tu vois les roches Douvres, là-bas ? Non. Par contre, on voit vachement bien la côte en face. Oui hein, plus que d'habitude. Oui ». On prend des photos. On ronchonne sur les touristes. (leur dernier truc, c'est de remonter des cailloux de la plage sur la berge. Des gros galets. Plein de gros galets. J'ai pas compris pourquoi. On en a rejeté des centaines de kilos de galets sur la plage, du coup). Le soir, on se pose devant la porte de la cuisine, et on change des propos traditionnels, dans des termes à peu près inchangés depuis aussi loin que je me rappelle : « waaaaw. C'te lumière. On s'en lasse pas, hein ? Clair », et c'est vrai.

 

Cependant, il y a eu des surprises, cette année, et c'était chouette. Par exemple, j'ai vu le petit derrière blanc d'un lapinou qui a bondi devant moi dans les fougères, quand je suis parti, selon une tradition personnelle bien établie, me perdre dans les chemins que je prends depuis vingt-cinq ans à 500m de la maison . C'est pas tous les jours, les lapinous.

 

Ce qui l'est encore moins, cependant, c'est de voir des dauphins depuis la cuisine. Enfin, les gerbes de dauphins qui sautent dans l'eau. Du moins à l'oeil nu, à la jumelle, on voit bien les dauphins. C'est la première année, les dauphins, et c'est bien.

 

Plus surprenant encore, on est parti, à un canoé et trois kayaks, faire un pique-nique sur une île, et on a vu un tapir. Je ne pensais pas qu'ils quittaient l'Amérique du Sud, mais il faut se rendre à l'évidence. Il traînait là, sa trompinette en l'air, en soufflant comme un phoque.

 

phoque.jpg

 

En bref, c'était rien chouette. Mais j'ai oublié comment on fait une note de blog, par contre. Du coup, je vais m'arrêter là.

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8 août 2011 1 08 /08 /août /2011 10:42

Bien chers pioupious, amateurs de belle langue française et en particulier du passé simple à la deuxième personne du pluriel, sans doute vous étonnâtes-vous, voire même, qui sait,  vous indignâtes-vous, de mon récent silence bloguesque. N’y voyez point malice de ma part, mais je me consacrais totalement à la salade de tomâtes, et je sais que vous ne m’en tiendrez point rigueur. Vous vous étonnerez peut-être de ce qu’une aussi simple recette puisse m’empêcher des semaines durant de pondre la moindre note de blog, mais il vous faut savoir que je pèle mes tomates, pour ne pas avoir à mâcher leur vilaine membrane, et ça prend du temps quand on n’a pas de quoi chauffer de l’eau : il faut longuement et langoureusement masser vos tomates avec un couteau, avant qu’elles ne consentent à se dépoiler sans s’accrocher trop à leur peau.

 

Mais ce n’est pas tout, hein.

 

J’ai aussi été exploité par un couple d’exploiteurs, à savoir mes voisins, qui ont réquisitionné mes talents pour leur filer un coup de patte à la remise en état de l’épave qu’ils acquirent l’an passé.

 

Oui, j’ai travaillé de mes mains, jusqu’à les antifouler complètement (ou presque). J’ai été commis d’office, en raison de mon passé de tourneur d’aligot semi-professionnel (dont je narrai au passage les arcanes à un des manœuvres du chantier, qui m’écoutait avec émerveillement), au mélangeage de peinture et de machin qui pue pendant que les propriétaires de la peinture allaient s’acheter des clopes. Ces gens-là n’ont aucune morale. La preuve la plus flagrante de leur sadisme est le t-shirt qu’ils m’ont prêté pour que j’évite de saloper mes beaux habits : un machin en taille L soulignant de manière indécente les lacunes que possèdent mes poignées d’amour en matière de discrétion.

 

En plus, après mon courageux touillage au bâton, j’ai dû peinturlurer des bouts de bois et de métal, ce que je fis avec tout l’art dont je suis capable, et dieu sait que la peinture au rouleau est un domaine où je peux me vanter de faire des œuvres dignes de Malevich. J’étais fier de moi, fier de savoir que mon œuvre pourrait être vue aux quatre coins du monde par tout un tas de poissons qui  quitteraient le port avec dans leur petit crâne de poisson un enthousiasme dont ils ne sauraient trouver la source, mais néanmoins là. Mais non. Une heure à peine après que j’eus fini, ils passaient sur mon œuvre une couche rougeasse d’antifouling qui privera le monde aquatique des plus ravissants coups de rouleau qu’il aurait pu voir.

 

 

 

Vexé, je partis faire des photos pour hurler au monde l’injustice dont je suis victime :

 

baiedehann.jpg

 

Les enfants qui s’ébattent joyeusement dans la flotte symbolisent la fragilité et la précarité de mon art soumis à un monde qui s’en fout, symbolisé par leur environnement : la baie de Hann, une des plus polluées au monde. (essayez de ne pas penser aux sales maladies qui attendent ces gosses, c'est se faire du mal. On a tenté de leur dire de ne pas se baigner, pour garder bonne conscience et ne pas se dire qu’on faisait de la non-assistance à personne en danger, mais il fait chaud, hein. )

 

poisson.jpg

 

Ce poisson mort symbolise mon espoir d’être un jour reconnu à ma juste valeur.

 

pioupiou.jpg

 

Ce gros poussin sans doute estropié symbolise mon talent,  dont l’envol est sévèrement compromis par la cruauté des philistins, symbolisés par les deux gros chats roux qu’on ne voit pas sur la photo mais qui se léchaient les babines.

 

moussa.jpg

 

Cette photo symbolise l’effet de mes explications sur les arcanes du tournage d’aligot sur un malheureux manœuvre du club nautique.

 

minou.jpg

 

Et cette photo symbolise un chaton trop choupi qui joue avec des clés, lol.

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28 juillet 2011 4 28 /07 /juillet /2011 22:42

Il m’est arrivé plus souvent qu’à mon tour de maudire la vie et ses mauvais tours. Non, attendez, je reprends, je n’ai pas fait exprès de faire cette mauvaise rime. Il m’arrive plusieurs fois par jour de maudire la vie et ses mauvais tours.

Car oui, la vie n’a pas hésité à se montrer chienne avec moi. Elle m’a affublé d’un corps qui présente, j’ai l’impression, plus que sa part de défauts, hélas pas complètement compensés par mon esprit acéré comme la plume d’un aigle. Elle a fait de moi un être gras et mou, malgré mon amour du sport en général (hier encore, je regardais la pétanque à la télé, c’est vous dire). Elle m’a donné une chevelure que les incultes, qui peuplent cette triste planète, n’hésitent pas à qualifier de rousse (je ne suis pas roux, bon sang ! Je suis blond vénitien ! Ca n’a rien à voir !). Elle a décidé que non seulement je serais simili-roux, mais qu’en plus j’aurais des pellicules, ce qui est particulièrement dégradant, n’ayons pas peur des mots. Elle m’a donné une démarche de canard ridicule. Elle m’a doté d’une incapacité notoire à sourire avec les dents. Elle m’a recouvert d’une peau qui ne bronze pas mais reste rougeaude, à me faire passer pour un touriste belge.  Elle m’a d’ailleurs donné des origines belges.

Et encore, je vous épargne les détails les plus sordides. (non, être belge n'est pas sordide, tout juste légèrement avilissant.)

Mais, malgré cela, je dois vous dire qu’en fin de compte, je ne lui en veux pas. Et ce n’est pas qu’un simple syndrôme de Stockholm, en plus. (fichtre, la vie qui me prend en otage, si ce n’est pas une métaphore digne de Marc Levy, je veux bien qu’on me mange une burne.)

Car, malgré ses petites mesquineries, la vie a une manière de rattraper le coup qui fait qu’on a envie de la prendre dans les bras en lui faisant un petit bisou. Et pourtant, je ne suis pas du tout du genre tactile. Tiens, ça fait encore un truc sur l’ardoise de la vie : j’ai tendance à mettre des coups de latte quand on me touche sans avoir prévenu  (et rempli un formulaire d’autorisation en trois exemplaires. Qui sera refusée). Ce doit être une composante de mon célibat persistant. Et tout cela malgré une totale absence d’attouchements zosés par un curé pervers dans mon enfance, qui aurait donné à mon passé une petite touche larmoyante du meilleur effet. C’est désespérant , je vous dis.

Mais je reviens au sujet, je vous sens trépigner d’impatience devant vos écrans. Je m’en excuse. Ce n’est pas ma faute, j’ai une tendance à dévier du sujet, mais c’est encore un coup de la vie. Elle est partout, cette garce, hein ?

Alors voilà, le truc qui me réconcilie chaque jour avec la vie, le truc qui me remplit d’émerveillement et de reconnaissance béate à chaque fois que je le réalise : j’ai beau transpirer comme un cochon (à la limite, suinter de la transpiration collante par tous les pores serait plus proches de la réalité) (hé, j’habite les tropiques, hein), cela, miraculeusement, ne m’empêche pas d’avoir une odeur axillaire tout à fait supportable.

Vous avez bien lu : je ne pue pas des aisselles, même après une journée à suer comme une bête sous le poids insupportable d’un t-shirt en coton.

C’est merveilleux, je vous assure. Il me suffit, lorsque je me sens le moral dans les chaussettes, de me mettre le nez sous le bras et d’inspirer un grand coup, et la bonne humeur me revient, un large sourire (sans les dents) se dessine sur mon visage rougeaud, et je retourne joyeusement troller sur le net, le cœur content.

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6 juillet 2011 3 06 /07 /juillet /2011 22:42

 

Longtemps, j'en ai voulu à mes parents de m'avoir affublé de l'hideux prénom qu'est Francis (1)(2). Quand de base, vous êtes un blondinet à lunettes avec un an de moins que tout le monde, une coupe au bol et plein de bons points, c'est normalement amplement suffisant pour vous faire frapper dans la cour de récréation. Si vous y ajoutez un prénom qui ne ressemble pas à Laurent, Florent, Sébastien ou Alexandre (3), ça peut être considéré comme de la provocation au troisième degré (ça ne l'était pas ! Je vous jure !) et ce, jusqu'à la fin du lycée, au moins.

 

Comme j'ai haï mon prénom. Je n'en ai jamais rien dit à mes parents, qui ne pensaient certainement pas à mal. Quoique. On m'a appris par la suite que quand ils avaient annoncé vouloir appeler leur enfant Francis, leurs amis avaient signé une pétition contre. Et ma soeur était née, heureusement pour elle, mais moi, j'y ai eu droit. Comme quoi, ils n'ont pas retenu la leçon (5).

 

Cependant, à l'orée de la pré-puberté, un événement survint dans ma vie, qui me fit accepter ce que je n'aurais de toute façon jamais pu changer. Un événement qui a, quelque part, changé ma vie, et m'a aidé à accepter ce que je suis, et même à le revendiquer. Un Francis.

 

A l'époque, les vacances étaient synonymes de longs trajets en voiture, qui étaient synonymes de baffrage de sandwichs à midi, et de petits gâteaux plus tard, parce que c'était une époque où on se foutait d'avoir des miettes dans les sièges.

 

Il faut que vous sachiez, nous étions plutôt une famille BN, par tradition ancestrale. Mais ce jour-là, miraculeusement, nous avions acheté une boite de Pépitos à la station service, que j'entamai sans ménagement. Puis, en mastiquant, j'étudiai la boîte (j'avais dû finir mes deux club des 5 et il ne me restait rien à lire). Et là, sur la boite, dans un encart rouge, était annoncé le GRAND JEU DES PRÉNOMS Pépito !!! (avec les points d'exclamation). Sans me faire d'illusion, je sortis le carton ondulé de la boîte, et là, le choc.

 

Sur le carton blanc étaient imprimés les mots qui jamais ne me quitteront : « Bravo FRANCIS, tu as gagné un porte-clé ! »

Quelles étaient les chances ? Je n'en sais rien. Mon coeur se mit à battre la chamade, je tendis la carton à ma maman sans un mot, elle fit « ho, bravo » ou quelque chose du genre, pendant que j'étais encore sous le coup de l'émotion. Mon prénom n'était pas qu'une tare ! Mon prénom pouvait me faire gagner des trucs ! Un porte-clés Pépito, dont j'étais sûr que personne à l'école n'avait d'autre exemplaire !

 

Ce fut à partir de ce jour que je me réconciliai avec la vie, et avec mon prénom. Aujourd'hui, pour célébrer ce moment, je voudrais rendre un dernier hommage à Pépito, qui a permis ce tournant dans ma vie (6).

 

 

 

 


 

 

  1. (1) prénom non contractuel

  2. (2) Et encore, si vous connaissiez mon troisième prénom.

  3. (3) En fait, vu qu'en primaire j'habitais au Maroc, ce serait plutôt Youssef, Karim, Taoufik ou Nabil (4), mais je ne voudrais pas avoir l'air raciste sur internet, et les petits français sont tout aussi salauds que les petits arabes.

  4. (4) Quoique, Taoufik était un de mes meilleurs copains, il ne s'est jamais moqué de moi. Karim, il me battait en maths, le salaud, mais sinon il était sympa. Et Nabil, on l'appelait Nabil le débile, ça devait pas être plus facile à porter que mon prénom. Pauvre Nabil le débile.

  5. (5) Ce doit être un truc de parents. Quand mon cousin (qui s'appelle Thomas, il ne peut pas savoir) et son épouse ont eu leur dernier enfant, ils ont pensé l'appeler également Francis. Nous avons su les en dissuader, mais ils lui ont collé le prénom Ambroise. Je compatis d'avance avec ce pauvre bambin.

  6. (6) Pour l'anecdote, au bout de trois semaines, mon porte-clés Pépito était pété, mais ce n'est pas ça l'important.

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28 mai 2011 6 28 /05 /mai /2011 09:42

Il y a de cela moins d'un mois encore, je me glorifiais de mon total manque de possessions terrestres, et encore plus du fait que je n'avais besoin de rien. J'étais jeune et idéaliste, et je n'avais aucune velléité d'aller dans le moindre magasin ou d'adresser la parole au moindre type que je suspectais de vouloir me vendre quelque chose.

 

En gros, mis à part mes bouquins et les quelques meubles que j'avais hérité d'un oncle du Portugal, je n'avais qu'un tabouret en bois, un oiseau en balai et un déroule-papier-toilette en boite de conserves (très élégant au demeurant).

 

Hélas, cette vie-là est maintenant derrière moi, car mes parents sont passés par là, un peu comme des démons tentateurs, ceux qui font passer des filles en bikini sous le nez de braves curés qui n'avaient d'intérêt que pour leurs plants de tomates ou leurs cuves à bières (et moi, je n'avais même pas de cuves à bière).

 

Et ils ont commencé à remplir ma maison de trucs et de machins. Ca a commencé par une calebasse, parce que « ben t'avais rien pour mettre tes légumes ». En effet, mais jusqu'à leur arrivée, je n'avais pas de légumes non plus. Et maintenant, je dois en acheter suffisamment pour remplir ma demi-douzaine de calebasses, fort jolies au demeurant, mais bon, voilà quoi. Des calebasses. Ma vie est remplie de calebasses. J'en ai sur les étagères, sur les tables, sur le sol. Elles bouffent mon espace, et je ne peux rien y faire.

 

Mon appartement, qui était un modèle de dénuement que n'aurait pas renié Gandhi, est maintenant un havre à calebasses.

 

Si encore ça s'était arrêté là !

 

Mais non. Ils ont aussi estimé que mon appartement était tristoune. Moi, je le trouvais conceptuel, avec ses beaux murs blancs, constellés de ci de là de quelques taches vermillons, témoignages poignants de la fin tragique de quelques moustiques égarés.

 

Mais non. Il a fallu que j'achète des tableaux pour couvrir les murs. Ils m'ont offert un masque et un vieux bonhomme en bois. Je n'ai échappé au punaisage d'un grand tissu mauritanien sur le mur que parce qu'ils avaient oublié de prendre un cadeau pour ma grande soeur.

 

Ils ont même brisé l'harmonie jaune-marron-orangeasse de mon salon en me forçant à acheter un tissu bleu pour couvrir mon canapé orange. Je vous jure.

 

J'ai l'impression que mon appartement est habité, maintenant. C'est perturbant. J'avais construit mon chez-moi comme un chez-personne-d'autre-et-d'ailleurs-chez-personne, et maintenant me voilà planté là, au milieu de mes calebasses et de mon art africain. J'ai même des assiettes en bois. Et des couverts à salade en bois qui trônent sur mon étagère aux côtés de mon déroule-PQ et de mes masques en authentiques imitations d'antiquité.

 

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http://img847.imageshack.us/img847/7863/kungful.jpg

 

 

Et je vais devoir ramener tout ça en France, parce que je me suis mis à y tenir.

 

Je n'avais qu'un déroule-PQ dans ma vie, bon sang. J'étais si heureux.

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15 mai 2011 7 15 /05 /mai /2011 23:42

Camarade lecteur,

c'est avec un peu de honte que je transcris aujourd'hui cette note de blog, rédigée il y a quelques jours alors que j'étais vautré dans le plus abominable confort petit-bourgeois.

En effet, suite au lobbying intense de mon papa et de ma tante, que je ne soupçonnais pourtant pas de nourrir ainsi des envies décadentes, je me vis forcé de rédiger cette missive au quatrième ou cinquième pont d'un bateau de croisière, à l'une des tables du bar. J'espérais ainsi ressembler un peu à Hemingway, un peu plus du moins que les deux autres occupants du bar, à qui je lançais des regards courroucés, d'autant plus que ces salauds avaient les moyens de se payer des caïpirinhas, eux. En plus, l'un d'eux était canadien, pour l'amour du ciel. Enfin, supporter la promiscuité des wannabe Ernest, c'est le prix à payer quand on a décidé de décader, j'imagine. Et là, on a décadé bien bien.

 

Tout avait pourtant commencé de manière quasiment prolétaire, par une réduction de 30% sur le tarif de pleine saison, et un trajet sportif en minibus sur la route défoncée qui mène à Podor (quelque part sur le fleuve Sénégal, à quatre heures de Saint-Louis), coincés entre nos compagnons de voyage.

 

J'ouvre ici une parenthèse pédagogique, afin de tordre le cou à un préjugé sans doute tenace, que j'ai moi-même nourri de mon temps : non, les passagers des croisières ne sont pas forcément tous de vieux croulants, il y en avait un de moins de trente ans, au port altier, aux pieds sales, et à la barbe dissipée.

 

Donc, disais-je, ça a commencé populo, puis, à notre arrivée, nous attendait ça :

 

africanqueen.jpg

 

Ha non, pardon, c'était ça :

 

bouelmogdad2.jpg

 

Ha quand même, je veux dire, hein. Quand je vous disais qu'on décadait.

Afin de se mettre dans l'ambiance dictée par l'environnement, ma tante décidait sur le champ (enfin, à la fin du repas, pendant le speech du commissaire de bord) d'avoir ses vapeurs, malgré son manque d'équipement en corset (autrement dit : elle a tourné de l'oeil raide sur sa chaise). Ce charmant et aristocratique intermède (ponctuée de deux ou trois dégueulis sur le pont briqué de frais) nous permit de nous faire offrir une cabine climatisée supplémentaire, sans frais, ainsi que les attentions de la charmante masseuse du bord, et de la non moins charmante stagiaire (?).

 

Puis le lendemain, nous décollâmes pour trois jours de glande intégrale.

 

Une croisière sur le fleuve Sénégal se déroule, selon notre expérience, ainsi : on a la Mauritanie à tribord, le Sénégal à bâbord, à l'arrière, un moteur fait teuf-teuf et crache un filet de fumée par une grosse cheminée rouge. Avachi sur le pont supérieur avant (ou au bar, ou dans la piscine, quand il commence à faire trop chaud), on passe devant des villages, sur une berge ou l'autre.

Des mômes nous font coucou en hurlant, on leur renvoie leur coucous avec calme et dignité, en secouant la main comme la reine d'Angleterre. On a un peu l'impression d'être dans un zoo, sans trop savoir de quel côté des barreaux on se trouve. Ce qui est sûr, c'est qu'on se dépense plus que les bergistes : eux ne font coucou que quand on passe, mais nous, on passe tout le temps. On passe notre temps à passer. Et voir des gens me faire coucou en tapant sur des casseroles me donne l'impression d'être obligé de les prendre tous en photos, eux et leurs zébus. Et leurs bosquets d'arbres, pour le côté mauritanien, par compassion. La végétation a l'air d'avoir bien assimilé que la Mauritanie, c'est le DÉSERT, et que dans le désert, il ne FAUT PAS pousser, même si à 200 mètres en face, ça foisonne comme des cochons et ça a des mangues qui dégoulinent de partout.

 

Donc, côté mauritanien, ça donne ça :

 

croisiere1.jpg

 

Et côté sénégalais, ça :

 

croisiere2.jpg

 

A part regarder et faire coucou, quand le bateau bouge, on a plusieurs options : prendre le soleil, se tremper dans la piscine, boire des Blue Lagoons servis par un barman avec moustache et afro (à qui on ramènera nous-mêmes nos verres vides, dans ce qui restera la seule concession aux idéaux crypto-communistes de notre jeunesse), se faire masser, jouer au Scrabble.

 

Mais le bateau ne fait pas que bouger, et heureusement : le trajet n'est pas super long, et il faut bien mettre la semaine à le faire, du coup, des fois, on s'arrête pour faire des pauses culturelles. Plusieurs thématiques sont proposées, dans notre croisière. Je recopie texto la brochure :

 

-Visitez des hôtels et faites-vous dévaliser par les vendeuses de colliers et de machins en bois !

(et faites des photos ironiques de vos compagnons flamands)

 

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-Mangez un méchoui à la lueur des lampes-tempêtes !

-Mangez un tieboudienne sous les manguiers et faites-vous dévaliser par les vendeuses de colliers et de machins en bois !

-Visitez des villages peuls et jouez à « Brad et Angelina font leurs emplettes » ! Puis faites-vous dévaliser par les vendeuses de colliers et de machins en bois !

 

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gamine1.jpg

 

gamine2.jpg

 

I'll take the little black one.

 

 

Un trait d'esprit de mauvais goût s'est glissé dans cet article, sauras-tu le repérer avant que ma maman ne me force à l'enlever ?

 

Au passage, on peut en profiter pour faire des études sociologiques : en particulier, j'ai pu constater que l'appareil photo suit la loi du 4x4, et avoir la fierté d'être moqué pour le ridicule de mon petit appareil numérique.

 

appareil.jpg

 

Mais non, cette photo ne sous-entend rien, voyons.

 

Au final, la décadence, c'est chouette. Le problème, c'est que quand on est un pauvre toubab, on en profite pas assez longtemps.

 

Seule petite déception : pas de soirée bingo, pas d'André Rieu, pas de meurtre commis dans la touffeur de la nuit tropicale.

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18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 21:27

 

Bon, une nouvelle mission de finie, nomdedjeu. Hé bien, je suis claqué, mais ça fera du bien au porte-monnaie.

Puis pas que, parce que quand même, les missions sur le terrain, quand le terrain est la mangrove sénégalaise, c'est rien chouette, comme dirait plus personne.

Pourquoi c'est chouette ? Ben comme d'hab : déjà, on est au milieu des palétuviers, sans voir plus de trois péquins par jour, à part l'équipage, quand on bosse pas, on peut écouter Zazie dans le métro les pieds dans l'eau, ou prendre des photos pour se la péter, ou se la péter en chopant des Pseudotolithus elongatus à la ligne, et pas qu'un, en plus, mais pas loin d'une bonne demi-douzaine.

 

Puis y'a l'équipage, les histoires qu'on entend pour la quatrième fois en quatre missions, mais qui sont toujours marrantes (le coup du collègue qui rentre en France avec une valise de mangues, qui se rend compte arrivé chez lui qu'il s'est trompé de valise à l'aéroport, qui appelle et qui entend une dame soulagée dire « haaaa bé vous nous rassurez, on a un monsieur malien qui réclame qu'on lui paye un billet de retour, il dit qu'il a été marabouté et qu'on lui a transformé tous ses habits en mangues et qu'il doit rentrer se faire démarabouter », ou son récit de comment il s'est fait cracher dans l'oeil par un cobra qu'il essayait d'assommer (enfin, à côté de l'oeil), ou encore plein d'autres histoires entre la Côte d'Ivoire et le bois de Boulogne), les petits compliments du matin « nomdedjeu t'es un vrai breton, toi ! Comment tu fais pour être en ticheurte ? -Ben on est au Sénégal, quoi, il fait chaud... », les expressions dont on se dit qu'elles font classe et qu'il faudrait penser à les placer dans les prochaines conversations pour faire vrai mec (genre « toui de toui », que j'aime beaucoup), les constatations « ha, le soleil s'est couché, c'est l'heure de l'apéro », les exclamations de respect « ho putain, un pet de sept secondes, ça doit être un record, je comprends pas comment tu fais pour pas faire dans ton froc »...

 

Puis y'a la bouffe, parce que le barracuda fraîchement pêché version thiboudien c'est pas dégueulasse, faut dire.

 

Puis y'a le boulot : trier des bassines pleines de poissons gluants, voir apparaître sous un tas d'ethmaloses le rostre d'un Tylosurus crocodilus, ou les écailles colotées d'un tilapia, c'est chouette, un peu comme une chasse au trésor dans une bassine de poissons gluants. Expliquer au nouveau que c'est à LUI de compter les poissons quand y'en a des centaines, ou de prendre des notes quand vous êtes fatigué ou que c'est juste un gros tas de sardinelles et de Gerres, c'est bien aussi.

Puis regarder dans la bouche d'un Hemiramphus brasiliensis (je crois), par hasard, parce que j'aime bien regarder la bouche des poissons (c'est rigolo, quand on tire sur la mâchoire inférieure, on sait jamais à quoi ça va ressembler une bouche de poisson), et trouver que la langue a une drôle de tête, parce qu'elle a une tête, et disséquer la tête du poisson pour en extraire le parasite le plus classe du monde, c'est la classe.

 

Alors oui, c'est un parasite qui bouffe la langue du poisson et prend sa place dans la bouche du poisson. C'est tout bonnement génial la nature, on penserait jamais à inventer un truc aussi crade, pour tout dire, ça a illuminé ma journée et le reste de la mission.

 

 

parasite1.jpg

 

On voit pas bien ?

 

parasite2.jpg

C'est pas tellement mieux, ok.

http://img825.imageshack.us/img825/2050/parasite3.jpg

La classe, quand même.

 

 

Allez, on remet ça en mai.

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