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24 août 2010 2 24 /08 /août /2010 22:42

Las ! Me voilà seul, dans la maison vide, dans la chambre vide, assis sur une chaise de jardin devant mon ordi, regardant d'un oeil de mouton mort les boules de poussière parcourir la pièce, poussées par le zéphyr du ventilateur, dont la force oscille au gré des chutes de tension.

Mes logeurs, étant donné qu'il ne reste qu'un lit dans la maison, m'ont quitté pour aller dormir chez un ami, qui essaye de les pousser à faire couper internet le plus tôt possible alors qu'il me reste plusieurs jours à dormir ici. Cet homme n'a pas de coeur, ou alors il me hait.

 

Enfin, me voilà seul, pas tout à fait. Il reste, outre les boules de poussière, trois chats, une flopée de bactéries intestinales virulentes que j'envoie fleurir la porcelaine à grands jets drus (c'est moi, où depuis que je suis au Sénégal, ce blog a pris de nettes tendances scatologiques ?) et des moustiques. Ils ont l'air plus nombreux quand ils ne se cachent pas derrière le canapé. Hélas, le canapé est parti dans mon nouvel appartement. Avec lui, des tables, des chaises, un grand lit, un petit lit, deux grands matelas, un petit, un fauteuil, des étagères, deux ventilateurs, un meuble à télévision et deux placards, en attendant le frigo, la télé, l'imprimante, le vidéoprojecteur et la machine à laver. Pillage ! Je me sens un peu viking, aujourd'hui. Quoique que j'imagine mal un type en casque à cornes prendre un tournevis et grimper sur un tabouret pour démonter les tringles à rideaux après avoir dédié à Odin la mort de ses propriétaires.

Non, je n'ai pas dédié à Odin la mort de mes fournisseurs de rideaux. Je ne suis pas un vrai viking, d'ailleurs je doute de l'attrait des vikings pour les rideaux, alors que moi, j'aime bien.

 

Donc oui, pour en venir aux nouvelles, qui se font rares en ce moment, j'ai commencé à déménager parce que mes logeurs s'en vont et que leur maison est un peu chère pour un malheureux VI avec même pas un salaire d'expat'. Grâce à mon courtier personnel super efficace (et futur voisin), j'ai trouvé un appartement. Et là, j'ai commencé les démarches pour le rendre habitable. Je suis allé (avec mon courtier personnel) à la SDE pour me faire poser un compteur d'eau (et me relier au réseau d'eau, donc), après avoir fait légaliser les photocopies de mon passeport à la gendarmerie, grâce aux contacts de mon courtier personnel qui m'a permis de faire ça en dix minutes au lieu d'une journée. J'ai fait embaucher (par mon courtier personnel et à un salaire indécent)(très cher, je veux dire)(d'ailleurs, ça a fait râler mon logeur, celui qu'Odin ne récupérera pas grâce à moi) quelques gros bras et une mini camionnette, sur laquelle on a entassé des armoires, des tables, des chaises et des ventilateurs et tout le bouzin, et roule Simone, tout ça est parti s'éparpiller dans les trois chambres-salon-moustiques de mon appartement.

Demain inch'Allah, je pars faire brancher l'appartement à la Sénélec avec mon gardien, qui a des contacts là-bas (mon appart' est un ancien bureau de la Sénélec), et, le plus important de tout, je vais à la Sonatel me prendre un abonnement internet haut débit, parce que quand même, pouvoir faire son asocial est un privilège que je ne me vois pas abandonner.

 

Bon. Voilà pour ma maman qui râlait de pas avoir de nouvelles, mais aussi, elle appelle pas. Et je vais pas le faire, j'ai loupé le jour de promotion chez Orange et ses 50% de communications en plus.

 

Maintenant, je vais aller me coucher, dans ma chambre avec un petit lit riquiqui. Je vais aller empoigner le ventilateur, le mettre à un mètre de mon lit, râler parce qu'avec un lit une place, on peut pas se pousser pour éviter la moustiquaire poussée par le ventilateur et du coup, je vais me la retrouver dans la figure, et je déteste que la moustiquaire me touche, parce que du coup, les moustiques s'en foutent et peuvent me piquer le nez.

 

Je hais les moustiques.

 

Bon, allez. C'est assez pour aujourd'hui, je dois profiter de l'absence des propriétaires pour faucher quelques bons bouquins. Ils ne se rendront compte de rien.

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22 juillet 2010 4 22 /07 /juillet /2010 19:42

Il doit bien arriver à des gens de se retourner sur leur passé et de se dire que quand même, c'est vraiment trop injuste, et que la vie est vraiment une pute qui te fait payer chacune de ses faveurs au prix fort. Et malgré ça, c'est toi qui te retrouve baisé.

Ce n'est pas mon cas. Pour moi, la vie est une nymphomane avide de s'attirer mon attention et prête à satisfaire tous mes besoins presque avant que je me rende compte que j'en avais.

Par exemple, j'ai envie d'un frère et d'une soeur, comme ça, j'en fais la remarque au bord d'une fontaine à souhaits, et hop, ma mère pond une paire de jumeaux. Je veux une école en particulier à mes concours, celle près de chez mes tantes ? Paf, la voilà. Je commence à m'ennuyer en cours de chinois, pas compliqué, elle m'envoie au Sénégal gagner des sous (immoralement trop de sous, si j'en crois ce qu'on m'a dit des tarifs des missions).

 

Vous direz sans doute que ce n'est que du bol. Du hasard. Peut-être, n'empêche qu'au bout d'un moment, ça devient troublant, qu'on me veuille autant de bien quelque part.

 

Prenez hier. Je bosse sur un base de données de 80 tables, qui se trouve sur un serveur. On me demande de faire un modèle physique de données de ce machin. Si vous êtes comme moi, vous faites : « uh ? » et vous allez voir sur internet ce que ça veut dire, et qu'est-ce qui peut le faire à votre place gratuitement parce qu'il faut pas déconner quand même, on est dans un institut d'état, et que le budget est parti dans un nouveau robinet et un siphon tout neuf aussi dans les cabinets.

Bon, je trouve des logiciels. Oui mais voilà, ma base, c'est pas un machin simple en MySQL ou Access, ce serait trop facile, on est chez des chercheurs là, il faut qu'ils se la pètent avec du matériel que personne ne comprend, sinon ils auraient l'air de guignols, quoi. Donc, on a une base PostgreSQL. Et bien sûr, rien ne marche simplement avec PostgreSQL. Il faut donc, découvré-je au hasard du net, me connecter à la base via ODBC. Ne me demandez pas ce que c'est, j'en ai pas la moindre idée. Une couche d'abstraction, m'a-t-on soufflé à l'oreille quand j'ai posé la question à un coupaing. Ce qui m'a bien avancé, comme vous pouvez vous en douter.

Bon. Tout ça ne serait pas bien grave si les logiciels se chargeaient tout seuls de se connecter par ODBC à la base. Ce qui serait trop simple. Il faut les configurer. Et comment ça se fait, je n'en ai pas la moindre idée.

Je tâtonne donc, me gratte la tête, installe un pilote ODBC-PostrgreSQL, constate que ça ne fait rien, me détend sur une ou deux notes de blogs, cherche un peu sur le net en tapant « installer pilote odbc postgresql », et bon, comme me l'indique le premier machin que je trouve, vais fouiller dans les outils de gestion d'administration windows, et configure au pifomètre ma source de données. Et là, paf, ça marche : windows trouve ma base de données. Ou au moins, quelque chose. Déjà, c'est miraculeux.

 

Mais là où c'est encore plus beau, c'est qu'en allant farfouiller de manière complètement bordélique et déprimée dans les logiciels en essayant de rentrer des machins là où on me demande d'entrer des machins, au troisième coup, paf, ça marche. J'en croyais pas mes yeux. Un ordi qui fait ce que je lui demande sans que je comprenne moi-même ce que je lui demandais, c'était la première fois.

 

Alors qu'en plus, quand je fouillais le net à la recherche d'aide, tout ce que je trouvais sur ces logiciels et leur compatibilité avec Postgre, c'était des messages sur des forums appelant au secours et datant de mai 2005. Les messages suivants étaient du même auteur, pour dire « s'il vous plait, allez, quoi, aidez-moi, mon patron va me virer, je pleure sur mon ordi là, soyez pas chiens ». J'étais un peu triste pour lui, et j'avais un peu peur pour moi.

 

Pas de raison. Le logiciel s'est connecté à la base sans rien dire, et quand je lui demande de faire de la rétro-ingénierie, il me dit « OK, boss ». Comme ça (enfin, presque). Et paf, apparaît sur mon écran, par magie, un tas de tables et de lignes juste comme j'espérais que ça ferait. Jamais dans mes rêves les plus fous je n'aurais pu espérer ça. L'informatique comprend mieux que moi ce que je lui demande.

 

Ça a continué aujourd'hui. J'ai deux ordis en ce moment, si vous avez suivi, un sous windows et un sous ubuntu, et j'appelle l'informaticien pour me les connecter à l'imprimante, et en quinze secondes, j'ai réussi à le faire (sans instruction de sa part) sous linux, alors qu'il lui a fallu une heure sur le PC windows.

 

Décidément, je suis béni des dieux.

 

Maintenant, j'attends que la vie me trouve une coloc (si possible, avec une jolie gonzesse qui fasse la cuisine et le ménage). Je lui fais confiance, elle ne m'a pas encore fait défaut.

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20 juillet 2010 2 20 /07 /juillet /2010 20:42

 

Je suis né pour être un chancre. Je suis né pour vivre aux crochets de gens dont la seule joie est que je sois à leurs côtés. Ils n'ont pas tort : non seulement j'ajoute une touche fresh and fluffy d'une élégance rare aux canapés, mais je suis en plus d'une facilité à vivre déconcertante, dès lors que je suis nourri, blanchi, et qu'on ne me demande pas de faire la vaisselle ou la cuisine. Je peux même mettre mon linge sale dans un panier.

Ne croyez pas que je ne sois pas capable de servir à quelque chose, ce serait faux, archifaux. Je suis un très éminent fournisseur de bonnes séries télé, et je nourris les chats quand leurs maîtres sont en vacances (sauf ce matin, mais j'étais en retard, puis bon, je suis allé leur acheter à bouffer hier, alors hein).

Mais bon, mon naturel m'incline vers la glande les doigts de pied en éventail.

Je suis fait pour ça. C'est un don, on l'a ou on l'a pas, ne vous frappez pas.

 

Tenez, quand mes parents indignes quittèrent le pays pour aller se la couler douce au Maghreb, j'aurais pu faire comme des amis à moi et trouver un appart crasseux dans les bas-fonds rennais, où j'aurais payé un loyer, fait mon ménage et mes lessives, et même ma cuisine.

J'aurais pu. Mais j'ai su faire face à l'adversité, et profiter d'une paire de bonnes poires (qui ont également la casquette de merveilleuses tantes) pour s'occuper de ma lessive quand je quittais le confort douillet de ma cité universitaire le temps d'un week-end durant lequel la cantine n'était plus assurée.

 

Cela étant dit, mes instincts sont contrariés, en ce moment.

 

Je vous rassure, je suis encore logé, nourri et blanchi. Pour le moment. Parce que figurez-vous que je vais devoir quitter le logement que j'occupe, ses gardiens, son cuisinier et sa connexion internet. Et ses chats, parce qu'il faut bien qu'il y ait quelque chose à quoi le malheur soit bon.

 

Hélas, ça ne va pas durer. Je vais me faire expulser, dans un tout petit mois, par mes propriétaires qui m'abandonnent lâchement pour partir en Bretagne. Alors qu'on a même pas fini les séries qu'on regardait ensemble. Ces gens sont d'une grossièreté rare, mais que peut-on attendre de gens dont la seule réplique, quand on leur raconte que leur saleté de chat a compissé vos vêtements du dimanche, est « Comme elle est mignonne ! » ?

Grossiers, certes, mais ils avaient leurs bons côtés (la maison et ses gardiens, son cuisinier et sa connexion internet).

 

Enfin, je ne suis pas là pour récriminer. Ils sont partis en vacances, cela leur a suffi pour oublier tout ce que je leur ai apporté en termes d'enrichissement intellectuel et de joie dans leur foyer.

 

Je dois m'en aller. Je dois trouver un appartement ou une maison à moi. Je ne veux pas. Ca ne me tente pas le moins du monde. J'ai jeté un oeil, par acquit de conscience, sur les sites d'expatriés. J'aimerais bien, puisque j'y suis forcé, trouver au moins une colocation avec des gens doués en cuisine, en ménage et en repassage. (par contre, je n'envisage pas de me marier, si ça résout ce genre de problème, ça en pose bien trop d'autres).

 

Je ne veux pas chercher. Ça me déprime profondément. Je ne suis pas fait pour chercher. Je suis fait pour que tout me tombe tout cuit dans le bec (sauf les raviolis, je peux les faire réchauffer, si il n'y a pas de coupure de courant).

 

Du coup, que fais-je ? Je me retrouve seul devant mon PC à procrastiner en faisant une note de blog plutôt que de chercher.

C'est mal et j'ai honte. Mais seulement un peu.

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2 juillet 2010 5 02 /07 /juillet /2010 20:42

Chers petits camarades, je suis sûr qu'une fois de plus, vous vous demandiez, le front plissé par une inquiétude difficile à refouler « mais bon sang, que fait-il ? Pourquoi ne nous fournit-il pas notre dose quotidienne de [insérez ici ce que vous recherchez sur ce blog, personnellement j'ai du mal à comprendre ce que vous pouvez bien fiche ici] ? Est-il retenu en otage par des FARC sénégalais ? »

 

La réponse est simple : j'étais en vacances. Je suis parti découvrir pendant une petite semaine les charmes discrets du Portugal. Car le Portugal, contrairement à ses femmes, n'est pas dénué de charme(1). Enfin, Lisbonne ne l'est pas, du moins, avec ses rues pleines d'arbres, de pastelaria, de jogos, de torre de Belem imposante, de fort de machin avec des bouts de vaisselle dans la cave, d'Assemblée nationale, de bustes en bronze et de plaques.

Car il faut bien dire que si je suis parti à Lisbonne, ce n'était pas que pour faire du tourisme, rire de la défaite d'une autre équipe que la France devant un écran géant, manger de la bacalhau a Bras et des pachteiches de Beleignme et extorquer de l'argent à mes parents.

 

Non non non.

 

J'y étais venu pour renouveler ma garde-robe et aller chez le barbier.

 

Certes, me direz-vous, j'aurais pu faire tout ça à Dakar, mais je trouve beaucoup plus classe d'aller à Lichboua me faire rafraîchir la barbe et les cheveux par un vieillard bossu (en priant pour que mon interprète ne lui fasse pas une traduction fantaisiste de « plus court que maintenant, mais pas trop »), quitte à passer ensuite une demi-heure dans la salle de bain de mon hôte à me faire raboter les tifs qui dépassent par une tante compatissante. De même, je ne saurais acheter mes caleçons sur la route du front de terre, entre le pont de Hann et Capa. Je les achète au Corte Ingles.

Par contre, je me fournis en cravates au musée de la Marine portugais, après avoir admiré les doris de pêche à la morue et les galères imposantes de souverains décadents.

 

Car oui, j'ai mis, pour la première fois de ma vie, une cravate. Achetée au musée de la Marine. Par dessus une chemise classieuse soigneusement rentrée dedans mon pantalon et bloquée par ma ceinture en cuir. (pour la ceinture, mettons que c'était la deuxième fois que j'en mettais. J'ai un ventre qui la remplace avantageusement (2)

Ca fait bizarre, de porter une cravate. Ca pèse comme l'Anneau de Frodon. Mais c'était pour la bonne cause : il me fallait bien ça pour siroter un porto en lisant le Monde économique dans la bibliothèque de l'Assemblée de la République, après la troisième cérémonie d'hommage au grand-père de mes cousines (après le lancement de sa biographie et la pose d'une plaque sur la maison où je me suis fait couper les cheveux, mais avant l'inauguration du buste à côté du siège du Parti Socialiste).

(oui, c'était un grand monsieur, que je vous laisserai découvrir tout seuls, parce que hé, hein, c'est mon blog ici, et même si acheter une cravate est moins passionnant qu'échapper à la police fasciste décidée à vous éliminer, c'est mes aventures à moi que je raconte. Puis je ne prétendrai surtout pas être capable de le présenter comme il le mérite, d'autant que je n'ai rien compris aux cérémonies, vu que je n'entrave pas un mot de portugais. Tout ce que j'ai pigé, c'est que selon le sculpteur, c'était le dernier socialiste qu'il ait connu, ce qui n'a pas dû plaire aux pontes du PS présents).

 

Enfin bon, me revoilà, frais et fringant, et tout seul dans une grande maison à Dakar. Enfin, presque tout seul. Il y a les chats. Ils doivent être contents de me voir, ils ont déjà généreusement compissé mon bac à linge sale. Comme ils sont mignons.


(1) c'est bien sûr faux. Les portugaises sont roulées comme un bon kloug, ont des cuisses longues comme ça et bronzées comme ça, qu'elles n'hésitent pas à exposer à tous les vents. Pour tout dire, je suis revenu avec un torticolis.


(2) Par bonheur, le destin n'a pas voulu qu'il reste des preuves de cette abomination, et a mystérieusement effacé toutes les photos de votre serviteur encravaté, au grand désespoir de mon papa.

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23 juin 2010 3 23 /06 /juin /2010 20:42

Mercredi 23 juin.

 

Retour de mission de pêche expérimentale dans le Sine-Saloum. Mauvaise idée de pêcher en vives-eaux : les poissons se sont planqués. Enfin, après annulation de la mission, désannulation, réannulation et redésannulation, on pouvait difficilement espérer mieux.

 

Temps oscillant entre agréable, très agréable, et ce qu'on connaît dans le monde scientifique comme « une putain de grosse saucée ». Se battre sous la pluie pour fermer la bâche du bateau, se battre avec pour la remonter afin que le pilote puisse voir où il va, on finit aussi mouillé que sans bâche.

 

Pêche anecdotique, donc, mais vu des flamants roses en vol, et des aigles pêcheurs, des sternes et des martins-pêcheurs en pêche, ces derniers chassant le poisson juvénile en crise d'adolescence, qui sautille en rond à la surface de l'eau, criant de tout son être « vazy vazy, attrape-moi si tu peux », et « haha tu m'as pas eu », jusqu'à ce qu'après deux ou trois tentatives, juste le temps de penser « gloups », il disparaisse dans un éclair argenté (c'est très joli).

 

Ai un peu pêché à la ligne, aussi. Carnage de Brachydeuteurus auritus, plus mon premier thiof, le roi des poissons sénégalais, relâché (parfaitement vif et fringant, il m'a esquinté un doigt) dans un élan de générosité teinté de restes de conscience écologiste auxquels n'ont pas eu droit ces couillons de Brachydeuterus fichus de se piquer à un hameçon sans appât.

 

Ai aussi pu constater que le plaisir de pisser dans l'eau la nuit restait intact. La tête dans les étoiles, le zgueg à la main, la musique glougloutante d'un pissou puissant pour seul son audible dans un paysage fantômatique dominé par les ombres projetées par la lune, on se sent le roi du monde (si on arrive à faire abstraction des ronflements des collègues). Je pourrais rester des heures immobile à contempler la mousse de mon urine dériver vers le lointain, si une obscure pudibonderie ne me poussait pas à ranger à l'abri mon petit matériel, brisant dans ce geste la magie du moment.

 

Ai également pu goûter aux charmes de la sieste après le labeur. Une fois le pont lavé et à peu près sec, me glisser par de savants mouvements de reptation du fessier sous la table, jusqu'à ce que mes pieds soient à l'abri du soleil. Laisser une brise volage s'insinuer amoureusement sous mon t-shirt et me caresser le torse de ses doigts frais.

Quel pied.

Même la réalisation que la réalité photographique (ie : un gros tas qui pionce sous une table en plastique, un Courrier International en guise d'oreiller) est moins romantique n'ôte rien au plaisir.

 

(je profite de cette occasion pour faire la promotion du planning familial : certes, quand vous avez un enfant, c'est tout beau et tout mignon comme ça :

 

 

mais ça finit par se transformer en ça :

 

http://img694.imageshack.us/img694/1179/p1070344i.jpg

 

Signalons au passage que d'abord, j'ai rien bu d'autre que de l'eau à bord, parce que je suis arrivé avec les boyaux un peu retournés, et que décidément, les collègues ont beau être proches de la retraite, ils sont restés très jeunes dans leurs têtes.)

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14 juin 2010 1 14 /06 /juin /2010 19:42

J'ai un instant pensé faire un article insistant une fois encore sur la douleur et les sacrifices qu'entraîne la carrière imposée (parce que non, patron, on peut pas dire que j'ai vraiment eu le choix) de Disciple. Disciple, vous savez bien, celui de Léonard, celui qui « Sert la Science et c'est sa joie ». Celui qui en prend tout le temps plein la gueule.

 

J'ai pensé vous dire le déchirement de devoir quitter son disque dur et ses séries pour partir en réunion de trois jours, sous un soleil de plomb, en attendant des pluies tout aussi lourdes. Le stress provoqué par l'ordre de présenter un power point fait par un stagiaire, pour exposer son travail, quand on comprend à peine de quoi il s'agit, devant un parterre d'éminents et entes scientifiques quand on est soit même qu'un tâcheron bon à faire des pages web avec une légende qui bouge pas en bas à gauche de l'écran. L'angoisse de devoir revoir des anciens maîtres de stage qui vous en veulent encore d'avoir dû, par votre faute, écumer Google Scholar et les divers sites scientifiques, sans compter déranger une bibliothécaire acariâtre (elles le sont toutes), avant de découvrir qu'une des références de votre rapport de fin d'études était une BD (dont vous n'avez aucun souvenir). La réalisation que vous êtes un sacré barbeur à parler de séries télé à un malheureux économiste breton pendant tout un repas.

 

J'ai pensé vous narrer les pénibilités de la route, le harcèlement constant des vendeurs de machins auxquels vous vous sentez obligé d'acheter une bricole pour trois ronds, alors que vous vous enorgueillissiez de votre résistance à la pression des baratineurs, les aisselles moites, le port obligatoire de la honteuse casquette Heineken (1) (parce qu'il fait trop chaud et que vous n'avez que ça pour éviter l'insolation), la recherche infructueuse de distributeurs de billets qui en aient encore, sur douze banques et trois ville, l'obligation de retenir ses pets dans un minibus bondé des éminences précitées.

 

J'ai pensé vous dire tout ça, puis je me suis dit : « Pfff, mais je me fous de la gueule de qui, là ? (2). » Parce que la vérité, c'est ça : je suis parti pour trois jours dans un hôtel où j'ai ma case climatisée perso, avec douche et chiottes, plus grande que ma piaule d'étudiant, je suis cerné par ce que mon sexisme me force à décrire comme une tripotée de belles gonzesses, même si je peux tenter de faire croire que ce ne sont que d'éminentes scientifiques, j'ai trouvé quelqu'un à qui tenir la jambe sur des séries télé pendant le repas, qui est trop poli pour me faire remarquer que je suis un sacré barbeur, il y a des singes et des piafs et des crabes violonistes tout autour de l'hôtel, sans compter les chauves-souris grosses comme ça qui se suspendent aux poutres de la salle à manger, je peux me moquer de mon ancien maître de stage qui paye son taxi vachement trop cher, je peux me faire mousser en racontant aux néo-dépucelés de l'Afrique Noire que mais nan, j'ai trop pas peur du palu, que la malarone c'est bon pour les touristes qui passent que trois jours ici en sous-entendant que je suis trop un aventurier ouf dans sa tête par rapport à eux, je peux plonger dans une piscine trop chaude, j'ai des balades en pirogue qui m'attendent, y'a pas de moustique dans ma case, dire du mal de certains de mes anciens profs (mais pas d'autres) avec des gens sympas (« Lui, il brasse de l'air ? Ha oui, en effet, c'est le moins qu'on puisse dire »), écouter des économistes accoudés au bar dire des présentations pleines de statistiques des halieutes « t'as compris quelque chose, toi ? Ptain j'ai rien suivi », puis passer à un groupe d'halieutes en train de pester « raah, les présentations de ce matin des économistes, j'ai compris deux mots : « Etat » et « géographie », retrouver des gens sympas de votre ancienne école...

 

Tout ça en échange de quoi ?

Ben, à part la présentation du travail de quelqu'un d'autre, pas grand-chose. Assister à des présentations d'autres personnes. Bon, ça peut toujours être intéressant, au moins, j'en sortirai pas plus con.

 

Ouais, en fait, c'est plutôt pas trop dur.

 

(1) Offerte par mon patron, qui l'a gagnée à une soirée sponsorisée par Heineken. Un lot en fonction du nombre de bières achetées. Il a eu deux casquettes, un bob, trois t-shirts, une housse de couette, un assortiment de linge de maison, une tireuse de bar et un dirigeable.

(2) Oui, lecteur, c'est bien de toi qu'il s'agit. Pardon.

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9 juin 2010 3 09 /06 /juin /2010 13:42

 

Lol, trop drôle comme des fois on se prend la tête pour des machins tout simples !

Là, par exemple, après avoir démonté mon PC pour changer le lecteur CD pour y bouziner Ubuntu (parce que le lecteur CD marchait pas, si vous avez un peu suivi), bé internet y marchait plus. Du coup je suis rentré tôt du boulot, quoi, forcé.

Pis je reviens ce matin, et paf ! Ça marche. Du coup je fais les mises à jour des paquets, tout ça, pis je redémarre, et ça veut pas marcher internet encore, comme avant.

 

Bon, je fais comme n'importe quel habitué de Windows fait pour régler un problème : je reredémarre. Marche toujours pô. Sale truc.

 

Du coup, je décide de tenter la technique du linuxien : je consulte le Manuel (Manuel, c'est le deuxième prénom de mon patron, geek portugais). On commence par se dire que bordel, c'est un problème matériel, on débranche et on rebranche le câble ethernet, puis comme ça marche pas, on va cliquer sur des machins, on rentre sur le terminal, on fait des grep avec des dmesg et tout le tintouin, et paf, de quoi qu'on se rend compte ?

 

Que quand on fait

 

PonderStibbons@Hex_UU:~$ dmesg |grep rhine 

 

on se voit répondre :

[ 1.238119] via-rhine.c:v1.10-LK1.4.3 2007-03-06 Written by Donald Becker
[ 1.238131] via-rhine: Broken BIOS detected, avoid_D3 enabled.
[ 1.242378] via-rhine 0000:00:12.0: PCI INT A -> Link[ALKD] -> GSI 23 (level, low) -> IRQ 23 

[ 1.242439] via-rhine: probe of 0000:00:12.0 failed with error -5

 Bon, du coup, on se dit que ce Donald, on devrait en faire du confit, pis que le BIOS cassé, c'est pas bon, alors on va voir dans le BIOS, et on change rien, parce qu'on trouve rien à changer.

 

Alors on va chercher sur internet, y'a un gonze qui nous propose un patch de gueudin, et un autre qui nous donne des indications qu'on se dit qu'on va suivre.

Alors je rentre sur mon petit ordinateur, je fais un joli copié-collé (en fait même pas, parce que magie de Linux, suffit de surligner et de cliquer avec la molette, c'est trobien), et j'édite mon grub :

 

PonderStibbons@Hex_UU:~$ gksu gedit /etc/default/grub  

 

Et là, à la ligne

GRUB_CMDLINE_LINUX= ''''

 

j'y colle ''acpi=off''

 

C'est tellement évident que je ne comprends pas comment je n'y avais pas songé du premier coup.

 

Je redémarre, et là, devinez quoi ?

 

Ca marche pas.

 

Evidemment, puisque j'avais oublié de faire update-grub. Couillon que je suis.

 

Et là, voilà que paf, ça remarche. Pis comme mon stagiaire rennais m'a toujours pas envoyé ses données, j'ai même le temps de faire une note de blog, dites ! (et ça m'a pris un total editing time de 00:05, patron, si vous passez, c'est dans les properties de mon file) Mais maintenant je vais chercher le dépôt de CRAN, parce que quand même, faut que je puisse refaire sur Ubuntu les trucs que je faisais sous Mandriva.

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5 juin 2010 6 05 /06 /juin /2010 13:41

Cher papa, cher maman,

 

Est-ce que vous allez bien j'espère que oui. Ici je vais très bien même si je grossis et que mes cheveux poussent trop et qu'il fait des fois un peu trop chaud et que ma patronne quand elle a trop bu de rosé arrête pas de me dire et de me répéter comment j'étais super super chiant quand j'étais petit mais que bon maintenant ça va et que mon patron essaye de m'entraîner dans la spirale infernale de la débauche et de la décadence.

Je ne lui en veux pas, parce qu'il ne se rend pas compte que lui-même vit une vie de spirale de débauche et de décadence et comme c'est lui qui paye la spirale bon bé du coup je tourne avec à petits pas qui déjà m'ont fait presque perdre mon ordinateur enfin ce qu'il y a dedans et je ne parle pas du tas de poussière qui s'incruste dedans vu qu'il est tourné vers une fenêtre et que quand l'harmattan souffle je dois gratter l'écran avec une truelle pour voir ce qu'il y a derrière la couche de sable rouge. Mais c'est pas la poussière qui m'a fait presque tout perdre, c'est Linux qu'il m'a dit si tu l'installes pas sur ton ordinateur j'arrête de t'inviter manger des crevettes pimentées et boire de la sangria et manger du confit de canard et des sandwiches au pâté en regardant le rugby au bistrot et comme c'est la partie de la débauche et de la décadence que je préfère j'ai dit d'accord on met Linux et on est partis pendant que ça s'installait prendre l'apéro au bord de la mer en espérant qu'il n'y ait pas de coupure de courant parce que sinon mon ordi allait être tout bousillé mais finalement ça s'est bien passé et j'écris cette carte depuis Ubuntu, comme les hippies et tout ça.

J'ai un peu de remords d'avoir rendu mon ordinateur schizophrène mais comme c'est qu'un peu, ça va, puis c'est plus rigolo que Windows pour le moment aussi (par exemple, l'horloge est en haut à droite au lieu d'en bas à droite, ça fait bizaaaaaaarre) et surtout ça démarre vachement super plus vite, et le fond d'écran est violet au lieu d'être une colline à hobbits sous un ciel bleu.

Je pensais en faire tout un article pour dire que j'étais bien content d'être enfin à la mode, mais finalement comme la débauche et la décadence ça rend fainéant, je le fais pas puisque spirale et tout ça.

 

Dans la spirale toujours, la patronne elle dit qu'il faut pas que je le dise à papa, mais on est allés se friter avec des chauffeurs de taxis pour se garer à côté du casino et rentrer dans le casino où le patron et la patronne ont été accueillis comme la famille mais celle qu'on aime bien, et on est restés des heures à mettre des pièces dans des trous et à appuyer sur des boutons, même que j'ai fait une quinte flush et que j'ai gagné 160 pièces d'un coup alors que j'en avais misé 4, du coup je les ai toutes remises dans le même trou et la patronne a fauché plein de mes pièces mais je les lui ai laissées parce que j'avais pas de fourchette à lui planter dans la main, que de base c'était pas mes sous puis pour qu'elle dise pas qu'avant j'étais un petit merdeux mais que maintenant c'est tout pareil quand elle aura bu trop de gin tonic au casino (parce que le rosé c'est après les matchs de l'équipe de France, au casino c'est le gin tonic offert par le patron parce qu'elle est un peu comme la famille, mais celle qu'on aime bien).

J'espère que je ne suis pas devenu addict au casino, parce qu'en fait on s'amuse un moment mais au bout de quelques heures c'est un peu chiant, alors comme j'avais pas réussi à dépenser le tiers des sous qu'étaient pas à moi dans les machines à faux poker, je suis allé regarder les machines à sous mais c'était un peu nul y'a pas de bandit manchot mécaniques où tu peux voir tourner les rouleaux comme dans Lucky Luke, c'est juste des ordinateurs avec moins de boutons et des monstres et des filles un peu à poil sur le boîtier et puis finalement on est partis avec moins de sous qu'au début et on a empêché le patron de se battre avec les taxis et on est allés se coucher.

 

Et aujourd'hui, c'était la juste punition de la spirale de décadence et de débauche, je me suis réveillé à 10 heures moins le quart et j'ai raté les dessins animés sur Disney Channel.

 

Je vous fais plein de bisous,

 

Cordialement,

Francis.

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6 mai 2010 4 06 /05 /mai /2010 20:42

Certains le savent déjà parmi vous, je suis actuellement en train de mener ce qu'on pourrait appeler communément « une vie de jean-foutre ».


Plus précisément, je bosse avec des chercheurs, dans un pays infesté de pélicans et de baobabs. Encore plus précisément, je bosse avec des chercheurs qui s'intéressent aux poissons (oui, alors qu'il y a autour plein de pélicans et de baobabs). Il faut de tout pour faire un monde. Plus précisément encore, là, on est sur les poissons des estuaires. Des estuaires d'Afrique de l'Ouest.
Ça nous fait bien une demi-douzaine d'estuaires, tous infestés de poissons plus ou moins goûtus (généralement moins, mais la carpe rouge et le barracuda valent le coup).

Mais là n'est pas la question. Je bosse avec des chercheurs, donc je fais ce qu'ils me demandent de faire, avec entrain, riant à la face des difficultés qui se soulèvent devant moi comme [ha non, quand même, on va pas faire de jeu de mots pourri avec une érection, c'est sale]. Plus précisément, en ce moment, je suis en train de faire de la sous-traitance pour aider un stagiaire. Si. Moi qui ai fait de longues années d'études, qui régente l'accès à la culture de milliards de personnes sur un site privé, je bosse pour un stagiaire. De ma propre école. La honte. Bon, je suis mieux payé que lui, toujours. On se raccroche à ce qu'on a. (et puis je me suis bien moqué de lui quand il s'est fait avoir comme un vrai toubab en allant au marché, ça compense aussi.)

Et donc, cinq jours sur sept, je fais des trucs. Je bosse sur un programme qui devrait servir à dire « hahaha mais non, tu vas quand même pas croire que Pseudotolithus brachygnathus peut bouffer de l'Ephippion guttifer » à un programme qui dit que « allez, on va pas se faire chier, Pseudotolithus brachygnathus bouffe de tout, même de l'Ephippion guttifer, et tant pis pour la rigueur scientifique », lequel programme, ayant été conçu par un type qui est à la pêche ce que Bali-Balo est au du patrimoine paillard français, n'est pas considéré comme du pipi de chat. Ou de poisson-chat, pour rester dans le thème. Arius latiscutatus, A. parkii ou A. heudelotii, je vous laisse choisir votre préféré, ils ont tous un goût de vieille vase molle.

J'œuvre donc sur un programme. Un programme un peu mal fichu, mais je vais pas dire du mal des gens qui l'ont fait, puisqu'ils ont eu leur diplôme (plôme) grâce à ça, même si ce que sortait le programme n'avait aucune signification exploitable et qu'on aurait pu faire un script du genre note_prey=random(), ça aurait économisé quelques centaines de lignes de code et ç'aurait été tout aussi utile. Mais bon, au moins, il tournait, ce programme, me direz-vous. Je suis d'accord, c'est déjà très bien.

Puis il m'a permis de travailler, aussi.

Mais l'ai-je vraiment fait ? Je ne sais plus. Je suis déboussolé, je perds mes repères, je ne sais plus quoi faire, et j'erre dans mon repaire tel un hère plein de misère.
Car voilà. J'ai dû, pour tenter d'améliorer ce programme mal ficelé, me lancer dans l'apprentissage du python (ainsi nommé, ai-je appris, en l'honneur d'une troupe d'anglais majoritairement prénommés Terry), lequel python est un langage de programmation pas trop compliqué.

Mais voilà. Me lançant dans la correction frénétique de bouts de code, je tapais :


>>>a=5/7
>>>print a


Et le résultat que je reçus dans ma face fut sans appel :

>>>0

5/7 = 0. Vous rendez-vous compte des implications ? J'ai eu un moment de doute. Je me suis dit que peut-être que 5 était égal à 0, dans ce cas. Après vérification, il s'est avéré que non, 5=5, sans doute possible.
La face des mathématiques en est changée. Hélas, n'étant qu'un misérable ingénieur, je n'ai aucune connaissance en mathématiques. Je me contente d'appliquer les mathématiques au monde réel.

Et là, que dois-je déduire du fait que 5/7 = 0 ?
Hein ? Moi qui travaille cinq jours sur sept sur python ?
Ça y est ? Vous voyez ?

Je dois me rendre à l'évidence. Je bosse cinq jours sur sept, ce qui correspond exactement à zéro jour. Et je suis payé (grassement) pour ça.

Les mathématiques m'ont démasqué. Je ne peux plus fuir la réalité en me cachant derrière des faux-semblants, on ne peut pas se cacher des mathématiques.

Je m'en vais démissionner. C'est la seule voie possible pour conserver un peu d'estime de moi.
A bientôt.

 

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3 avril 2010 6 03 /04 /avril /2010 13:42

Consacrer sa vie à la science, ou même juste quelques temps, c'est faire des sacrifices. Je ne parlerai pas ici des conférences à Hawaï ou Sydney, mais de la science de terrain, la science sale qui en fout partout, celle qu'est pas pour les faibles. J'en reviens juste, et j'ai morflé.

Parce qu'aller en mission pêcher dans la mangrove sénégalaise, ça implique d'abord de se rendre dans la mangrove sénégalaise, qui ne traîne pas ses palétuviers dans la banlieue de Dakar. Alors après le chargement de tout un tas de bordel, il faut faire des heures de route en 4x4 sur des routes parfois tellement défoncées qu'on va plus vite en roulant à côté (bon, ça vaut aussi pour la banlieue de Dakar, mais ça n'excuse rien).


Une fois arrivé au superbe hôtel où est mouillé le bateau de l'institut de recherches, on apprend que même si on ne pêche pas avant le lendemain, on embarque le jour même, pour dormir sur le bateau. Sur des lits de camps qu'on doit monter sur le pont, vu qu'il n'y a pas de cabine. Sous une moustiquaire chiante à mettre en place.
Déjà, donc, le lieu de vie est spartiate. Je ne parlerai pas des chiottes, puisqu'il n'y en a pas. Soit on prend la barque pour aller sur l'île en face faire popo dans la mangrove sous l'oeil salace des crabes violonistes, des singes et des aigles pêcheurs (et en évitant les groupes de touristes), soit on se rend à l'arrière du bateau, on se passe un harnais derrière les reins, on s'accroupit au dessus de l'eau et plouf. Et pour faire pipi, il faut pas oublier de gérer avec le vent, ce qui n'est pas évident après l'apéro du soir.



À gauche, les toilettes des petits joueurs, à droite, celle des warriors (ce n'est pas moi)

Ensuite, il y a le boulot. Qui implique de se lever avant le soleil, d'attendre les pêcheurs pour partir sur les sites de pêche, où il faut recueillir les données environnementales (température, salinité, transparence, oxygène, tout ça, en surface et au fond de l'eau, avec différentes méthodes), les noter soigneusement sur les fiches en évitant de les laisser s'envoler, ce qui prend généralement le temps du coup de senne des pêcheurs qui reviennent avec leurs baquets pleins de poiscaille.
Là, de deux choses l'une : soit y'a pas grand-chose, et on est déçu, parce que ça augure mal du repas de midi, soit y'a plein de trucs, et ça donne du boulot pour des heures. Parce qu'il faut mesurer, peser, disséquer chaque poisson pour déterminer son sexe, les compter s'il y en a trop pour tous les mesurer...
Dit comme ça, ça a l'air simple, mais quand on prend les notes, qu'il faut suivre d'un côté les tailles et poids annoncés par l'un des collègues et en même temps ne pas se planter avec les annonces de celui qui donne le sexe et le stade de maturité, qui a généralement plusieurs poissons de retard sur le premier, parce qu'ouvrir la bête et trouver les gonades n'est pas aussi rapide que mesurer et peser des poissons, sauf quand il y a du vent parce que le vent perturbe la balance (et que cinq grammes de différence, c'est pas grave pour un barracuda de six kilos mais ça l'est plus pour une sardine de 8 grammes), ben c'est pas facile-facile. Surtout si le vent vous emmerde parce que tenir un cahier ouvert avec force 5 c'est pas évident. Et compter des centaines de poissons quand quelqu'un à côté annonce 90 ! 12 grammes ! 78 ! 7 grammes !, même ça représente un challenge.
Et je ne parle même pas du tri des poissons. Parce que quand on n'y connait rien, différencier une sardinelle d'une ethmalose, c'est coton (mais on s'y fait vite).

Puis il faut prendre les photos pour que le labo puisse faire sa promotion. Ce qui implique le port de blouses blanches sur le bateau (ha ha !). Et la mise en scène des différentes étapes. Pfiou. On s'en sort pas. Et si en plus des dauphins viennent vous perturber pendant que vous vous démenez, ça vous retarde encore.


À gauche, mauvaise photo (pas de blouse), à droite bonne photo sérieuse qui peut être diffusée sur france2.fr


À côté de ça, il faut supporter la vie à bord. Le thieboudienne de midi préparé par les pêcheurs avec le poisson juste pêché, limite qui bouge encore dans la gamelle. Le manque de douche qui force à se rabattre sur un bain tiède et antihygiénique dans la rivière salée. Les arrivées massives de mout-mout qui passent vous piquer à travers les moustiquaires un soir, les centaines d'abeilles qui investissent le bateau pour se soûler d'eau douce le lendemain.

 

Puis surtout les souvenirs des anciens. Les histoires de naufrage en pleine jungle guyanaise et d'appels au secours par radio captés par des types qui vous prennent pour le maréchal Pétain. Les histoires de décapitation à la machette de serpent-corail, sur les genoux d'une chercheuse, aux cris enthousiastes de "salope ! salope !" des piroguiers, les histoires de chercheur crapahutant dans la boue nu sous son ciré à cause d'irritations testiculaires, les récits de maladies plus ou moins bizarres entre  celle attrapée en respirant de la moisissure de fiente de chauve-souris et celle de vers pondus sous la peau qu'il faut faire sortir en bouchant leur orifice de respiration avec du lard, les embrouilles en brousse, la chercheuse obligée de lâcher la pirogue qu'elle avait sur le dos et de se désaper en quatrième vitesse sous les regards intéressés du reste de l'équipe pour se jeter dans la rivière parce qu'une fourmilière lui était tombée sur la tête, les canulars montés au patron (lui faire croire qu'on tourne au rosé dès 6h30 du mat quand ce n'est que de la grenadine) et jamais avoués, tout ça autour d'un pastis ou d'un whisky-coca (la mission n'était pas assez longue pour qu'on soit obligés de couper le rhum avec l'alcool utilisé pour conserver les échantillons afin de ne pas être en manque)**...

Non, franchement, il vaut mieux être physicien, au moins, tout ce qu'on risque, c'est de créer un trou noir en Suisse, ce qui serait plutôt une bonne chose. 

 

 

  * Ha oui, le titre, c'était pour attirer les googleurs, encore. Désolé, petit pervers !

 

** tout est authentique, sinon, ce ne serait pas drôle.

 

 

 

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