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25 mars 2010 4 25 /03 /mars /2010 21:42

Mercredi soir.

 

Pute dieu. Ras le cul de peser des seaux de poissons secs par un vent de force 5 avec un roulis à décorner les cocus. On a bien mérité le pastis du soir. J'en fais profiter un exaucet qui suit avidement le sillage de mon pipi.

 

Sont cons ces poissons.

 

En plus, ils sont pas bons comme les barracudas ou ces autres poissons dont on connait pas le nom.

 

peche.jpg

 

peche2.jpg

 

 

J'arrête là, les blogs qui s'éternisent sur les atermoiements à la con à propos de trucs dont on a rien à battre, c'est pour les gonzesses. Si vous voulez tout savoir, je suis bien rentré.

 

 

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21 mars 2010 7 21 /03 /mars /2010 17:42

Lundi, 6h. Une angoisse sourde étreint mon coeur à l'approche de l'heure fatidique.

Voyez-vous, j'ai vécu une enfance paisible et calme. Couvé par les regards attentifs et attentionnés d'une mère, deux soeurs, sept tantes et deux grand-mères, j'ai toujours grandi conforté par la présence rassurante et tiède d'un giron féminin compatissant à mes côtés dans les moments durs. J'ai des souvenirs émus de chaudes après-midi d'été passés à jouer avec mes cubes sous la table de la cuisine, tandis que bruissaient autour de moi les jupes qui d'une soeur occupée à écosser des petits pois, qui d'une mère penchée sur son ouvrage de broderie, discutant à voix basse de la tenue de leur foyer.

Je ne suis pas préparé à la rupture brutale qui va s'opérer pour moi aujourd'hui.

Aujourd'hui, à sept heures, je pars pour une mission de pêche de quatre jours, avec 6 membres de l'IRD et 8 pêcheurs, tous aussi mâles qu'on puisse l'être.

 

J'ai peur. Je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit. J'entendais déjà leurs voix rocailleuses et vulgaires échangeant des insanités sur leurs expériences sexuelles, telles que « Mais tape au fond, criss', chuis pas ta mère ! Qu'elle faisait, la québécoise ! Ha ouais, c'est des chaudes, hein ! », tout en déglutissant des chopes de pastis premier prix et gobant des cacahuètes par pleines poignées, avant d'annoncer « ho putain, je dois aller faire pleurer le cyclope, m'attendez pas » et d'aller émettre un puissant jet d'urine par dessus la rambarde du bateau, face aux pirogues de touristes choqués.

 

Comment pourrais-je m'intégrer parmi eux ? Le veux-je vraiment ? Cette nuit, dans mon lit, étreignant mon oreiller, je me surpris à murmurer des phrases d'une voix qui se voulait virile. « Nom de d'là ! » répétai-je plusieurs fois, tournant et retournant dans ma bouche ces paroles au goût étrange.

Je cherche des blagues douteuses à raconter. C'est dur. Je ne connais qu'une blague : « c'est un type qui rentre dans un café, et plouf ». Je l'adapte. « C'est une p*** qui rentre dans un café, et plouf ». Je ne sais pas si cela suffira. Et ce mot en p m'écorche la langue.

On frappe à ma porte. Je vais devoir partir.

 

Lundi soir : Pas beaucoup de temps. Tout s'est passé selon mes prévisions. A mon soulagement, je tiens le coup. Nous nous couchons sous les moustiquaires. Une fois la lumière éteinte, je fais un bruit de pet avec mon aisselle pour marquer mon désir d'intégration. On me répond des quatre coins du bateau.

 

Un lourd ronflement de ténor monte dans la nuit, à ma gauche, en contrepoint du clapotis de l'eau contre la coque. Je ferme les yeux. Je pourrais presque me croire dans la chambre de ma grand-mère. Je m'endors doucement. Je n'ai presque pas envie de pleurer.

 

Mardi matin : Après un solide petit-déjeûner ponctués de rots au parfum de mauvais café, nous partons « visiter l'amas coquilier », subtile périphrase indiquant le délestage intestinal dans le code local (l'autre possibilité consiste à se harnacher solidement au bastingage, s'accroupir au dessus de l'eau, et plouf). Faire caca dans la mangrove n'est pas chose facile. Le regard avide des crabes violonistes me bloque le sphincter. Je remonte mon pantalon sans avoir réussi, et rentre pieds nus sur les débris de coquilles. La journée s'annonce longue.

 

Mardi soir : journée conforme à mes pires cauchemars. Nous nous sommes vautrés dans le sang, la tripe, le mucus et le sperme. Oui, même le sperme. Une âcre remontée de thieboudienne préparé avec le cadavre des poissons pris le matin même remonte à mes narines à la seule évocation de ce massacre.

J'ai pu éviter une partie des manipulations macabres qui constituent notre travail et enthousiasment mes collègues en me proposant pour immortaliser ces moments avec mon appareil photo. Puissé-je n'avoir jamais à revoir ces images.

Je sens la Nature environnante se fermer à mon esprit. Même mes amis dauphins me tournent le dos et me fuient.

 

dauphins.JPG

 

 

Je vais me coucher. Je ne veux pas devenir comme eux. Je ne veux pas...

 

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30 janvier 2010 6 30 /01 /janvier /2010 20:42

Bon.

Ca fait pas loin de deux mois que je suis ici, et mon wolof est toujours plutôt basique. Je sais quoi répondre quand on me dit nanga def (maa ngi fi), et quand un môme au nez morveux frappe à ma vitre en me montrant sa gamelle d'un air implorant et que j'ai commis l'erreur de jeter un oeil dans sa direction au lieu de faire semblant de régler l'autoradio (déedéet ou amul xaliss).

 

Passé ça, je suis un peu perdu.

J'essaye de donner le change. De faire comprendre aux gens qui m'interpellent en wolof que ce sont eux qui devraient avoir honte de ne pas me parler français, parce que ça ne se fait pas de parler en étranger aux gens quand on parle français soi-même (eux, donc, parce qu'ils parlent français, la plupart des sénégalais). Du coup, quand on me dit un truc que je ne comprends pas, je réponds « 对不起,可是你就说的话我都听不见, et je m'en tiens là. Bon, quand le gars parlait français mais que j'ai juste pas pigé son accent, j'ai l'air un peu con, mais c'est une habitude à prendre, je m'y suis fait, depuis le temps.

 

Mais j'ai honte.

 

Parce que je sais bien que je devrais apprendre le wolof. J'ai même envie de savoir le parler, pour pouvoir me la péter auprès des chauffeurs de taxi qui me feront des grands clins d'oeil en me disant « haha, toi tu es un sénégaulois, toi, wink, wink ». Bon, ils le font déjà, mais je sens que c'est pour s'insinuer dans mes bonnes grâces et me faire laisser un pourliche à l'arrivée de ma course (ne jamais donner de pourliche à l'arrivée de la course, c'est déjà bien trop cher).

 

Mais c'est trop dur, d'apprendre le wolof. Je travaille jusqu'à tellement tard que j'ai toujours pas réussi à m'occuper de mes papiers auprès de la police des étrangers (je risque l'expulsion vers la France d'ici quelques semaines, si on me contrôle, ce qui n'a pas encore été le cas, je vous rassure), ni de ceux pour faire venir ma malle. Enfin, ceux de ma malle, si, en partie, mais c'est le service compétent de mon employeur qui refuse de me répondre, aussi.

 

Bref, je travaille trop, et quand je rentre, si c'est à d'heure, c'est parce qu'il y avait mes cousines et j'allais pas travailler sur du wolof alors que je pouvais passer du temps avec mes cousines que ça faisait super longtemps qu'on avait pas passé du temps ensemble, et si c'est à pas d'heure, je n'ai absolument pas le temps de faire du wolof vu que ma tante me harcèle pour que je regarde des tas d'épisodes de Malcolm avec elle.

Bon, du coup, je fais de l'anglais, c'est bien, mais moins utile que le wolof ou le français, au Sénégal.

 

Mais c'est trop duuuuuur le wolof. Par rapport au wolof, apprendre le chinois, c'est comme trouver une comparaison entre manger une saucisse et pratiquer un exercice sexuel proscrit dans plusieurs états des Etats-Unis et en trouver une pour décrire l'apprentissage du chinois par rapport au wolof.

 

J'ai essayé, pourtant. Mon patron m'a donné tout un tas de bouquins pour apprendre ce langage. Mais si j'en crois ces livres, c'est vraiment une langue d'une concision abominable, doublée d'un manque de voyelles absolument ingérable.

Pour vous donner un exemple tiré d'un de ces bouquins, une chose aussi simple que « c'est comment chez toi ? » se dit :

 

~$ ls -F

Je ne vois même pas comment ça peut se prononcer.

Faudra que je vois avec lui s'il a pas de logiciel d'apprentissage, mais c'est un linuxien farouche, qui tente par tous les moyens de me convertir depuis que je suis arrivé, et il risque de ne pas vouloir me donner de logiciel compatible avec mon malheureux Windows.

 

 

 

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18 janvier 2010 1 18 /01 /janvier /2010 20:42

Kikoo les girls !

 

Je me suis rendu compte d'une chose, en relisant mes derniers articles : ce blog commençait à tourner grave macho, et c'est pas bien. Ca laissait de côté la plus grande partie de mon lectorat, celui qui est plus intéressé par les blogs de cuisine et les sites d'achats de chaussures en ligne que par des trucs de mecs compliqués comme skype et excel.

Alors je me suis dit, Francis ma grande, tu vas mal aller si tu continues ! Pense un peu à ton blog rank, et retourne vers tes fidèles lectrices mères de famille, et au trot !

 

Du coup, j'ai décidé de vous consacrer un article qui vous passionnera, vous les filles : un article sur les fringues. Désolé les mecs, vous pouvez retourner sur lequipe.fr et bonjourmadame.com, c'est pas pour vous lol.

 

Enfin voilà, j'y pensais comme ça, parce que comme je vous ai dit, je suis quand même le rejeton d'une famille matrimoniale, et que là même où que je suis, je suis entouré de filles. Dans mon bureau, deux filles, à la maison, cinq filles, partout des filles des filles des filles, alors forcément, comme l'oestrogène contagie plus que la grippe A, je me suis retrouvé comme chaperon volontaire à Castor et au marché de Sandaga, où on allait chercher quoi, je vous le donne en mille : du tissu pour des robes. Et des pantalons, parce que malgré mon enthousiasme à tâter les wax et les bazins multicolores chez les marchands de tissus, je serais mal vu si je me trimballais en robe dans le coin.

 

Bon, enfin, voilà, je me suis acheté pleeeein de super tissus pour me faire des beaux pantalons qui soient pas tristounes comme tout ce que j'ai sinon, parce que faut reconnaître qu'on se sape plus coloré au Sénégal qu'à Paris.

 

Puis on est allés chez la couturière, qui comme on est des amis du petit copain de sa nièce (qui est un garçon adorable, même s'il est fan de lutte, hihi), nous a fait des prix pas chers pour nous tailler des robes et des pantalons.

 

Bon, y'en a un qui est un peu court pour moi, mais dans l'ensemble, c'est pas mal du tout, assez large pour laisser ballotter mon petit soldat (ha c'est pas pour rien que ça s'appelle des bande-à-l'aise, hein), j'en suis très content. Tellement content que j'ai décidé de me faire une nappe et des serviettes assortis à un de mes pantalons, ce sera super classe quand on s'organisera une bouffe avant une pyjama-party à mon retour, hein les girls ?

 

Mais comme je sais que vous attendez toutes ça, voici les photos de mes nouveaux futaux, prises sur le vif pendant mes activités journalières :

 

 

style2

 

style3

 

(bon, là, j'ai flouté à cause de ma coiffure effet saut-de-la-sieste-en-taxi)

 

style1

 

style4

 

 

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16 janvier 2010 6 16 /01 /janvier /2010 09:42

Avoir une grande famille, c'est bien.

Mais communiquer quand on est une grande famille dispersée un peu partout, c'est pas super facile non plus.

C'est pour ça que Skype c'est magique (et s'il vous plaît arrêtez de lire par dessus mon épaule, c'est la dernière fois que je tape une note de blog quand l'écran est projeté sur un vidéo projecteur pour voir Malcolm qu'on ne peut pas regarder pour cause de skypage), parce que ça permet de se parler quand on est loin les uns des autres pour pas un rond.

 

Hier (finalement, c'était hier, j'ai fini la note après coup et plus sur écrant géant)(en fait, même avant-hier, je peaufine avant publication là), par exemple, mon papa et ma maman ont enfin reçu internet  dans leur maison en Algérie (après deux ans, il était temps). Du coup, je reçois un coup de fil de mon papa sur mon portable :

-Allô ?

-Oui, on est sur Skype avec schkrrrr krrrr krrrrr

-OK, c'est quoi ton pseudo, je vous rejoins !

-Quoi ? J'entends rien !

-Je dis : c'est quoi ton pseudo Skype !

-Ha, mon pseudo Skype ! C'est schkrrr krrr !

-J'ai rien entendu !

-Hein ?

-Attends, je vous rappelle !

 

Rappel de portable à portable. J'obtiens le pseudo Skype de mon papa, et j'arrive à le joindre.

-Allô, on est en ligne avec ta soeur à Paris, on fait une conférence !

-OK, je vous rejoins, c'est quoi son numéro ?

-C'est schkrrr krrrr krrrr.

-Hein ?

-Qu'est-ce que tu dis ? Tu m'entends ?

-Je t'entends, tu m'entends ?

-Quoi ? Je suis avec ta soeur, rejoins-nous !

-Mais c'est quoi son pseudo ?

-Je lui donne le tien, attends !

 

-Tuuuut tuuut !

-Allô ?

-Oui, grande soeur ?

-Oui, c'est moi, on a perdu les parents je crois !

-Attends, je tente de les rappeler !

-OK, j'appelle petit frère sur son portable ! Tu as son numéro ?

-Attends, je te l'envoie par message ! Ha non, je l'ai pas, attends

-Non, c'est bon, je l'ai, je l'appelle, je lui donne ton pseudo Skype.

 

-Allô, les parents ?

-Oui, on a été coupés, je sais pas ce qui s'est passé ! Tu m'entends ?

-Je t'entends, et toi tu m'entends ?

-Oui, on a perdu ta soeur, je crois !

-Elle est au téléphone avec tifrère, elle lui dit de venir sur Skype !

-Allô ?

-Grande soeur ?

-Ma fille, c'est toi ?

-Oui, j'ai eu tifrère, il va dans sa chambre avec un câble !

-OK ! On a votre petite soeur en ligne !

-Depuis le Vénézuela ? C'est génial !

-Quoi ? Tu m'entends ? Vous m'entendez ?

-Arrête de crier, je t'entends !

-Qu'est-ce qu'il dit ?

-Il va brancher petite soeur du Vénézuela !

-Allô ?

-Hooo, ptit frère, ça va ?

-Je vous entends pas, tu as bien branché ton micro ?

-Mais y'a qui, là ?

-Moi je suis là, mais je suis dans le couloir de l'hôtel, je peux pas parler fort !

-Ptite soeur ?

-Oui, grande soeur m'a donné ton pseudo !

-Attends, je crois que je les ai perdus, tu les entends ?

-Non, j'ai que toi !

-Attends, j'essaye de les rappeler !

-OK, parce que j'ai pas leur pseudo. Et il faut se dépêcher, parce que y'a des coupures d'électricité.

-Nous ça va de ce côté, y'a la coupe d'Afrique des Nations, ils vont pas couper sinon c'est l'émeute. Tu m'entends ?

-Allô ? Y'a quelqu'un ?

-Les parents ? C'est vous ?

-Ca avait coupé, il s'est passé quoi ?

-Hein ? J'entends rien !

-Moi, je vous entends ! Il faut que tu rappelles, c'est toi le chef de la conversation !

-Et tout le monde sait que je suis le chef ?

-Moi, je le sais.

-Hey, je vous entends, vous m'entendez ?

-Tifrère, ça y est, tu es là ?

-Je suis là, y'a qui ?

-Ben on est là !

-Moi aussi.

-Moi aussi.

-Mais faut faire attention, y'a machin qui est connecté depuis le début de la conversation, il peut écouter ce qu'on dit ?

-Ouais, et alors ?

-Ho mais arrête t'es con !

-Vous vous êtes vraiment mignons parce que chaque fois vous y croyez.

-T'as une voix de canard, didonc.

-Vous savez que votre père a eu un masse-pieds pour son anniversaire ?

-J'vais le brancher vous entendrez le bruit de mes plantes de pied !

-Ho, je vais vous envoyer une photo de mon caméléon, mais j'ai pas réussi à la réduire.

-OK.

-Hein ? J'entends rien !

-Houla, ça rame !

-Parle bien dans le micro, j'entends rien !

-Bon, sinon, ça va vous ?

-Ici, ça va, il fait froid !

-Ici, il fait froid !
-Ici ça va, il fait chaud !
-J'entends rien, c'est qui qui parle ?

-Je dois y aller, à plus ! [...] Merde, comment on fait pour se déconnecter ?

-Débranche le fil !

-Bon, au revoir !

-Allô, y'a quelqu'un ?

-Je t'envoie une photo de mon caméléon ! Il s'appelle Caméléroum ! T'as vu c'est mon avatar !

-Hé, y'a plus personne ?

-Si, je suis là, mais je vois plus les autres, ils ont dû se déconecter quand il est parti.

-OK, bouge pas, je les rappelle.

-Allô ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

-Je sais pas, ça a déconnecté, on a perdu Titesoeur !

-Non, je suis là mais j'ai rien à dire.

-Bon, je peux parler à grande soeur ? J'ai un truc à lui demander pour ptite cousine !

-OK. Ca va, tite fille ?

-Attendez, j'entends plus rien !

-Moi je dois y aller, j'ai plus de batterie.

-OK, salut. Bon, il reste qui ?

-Je suis là.

-Je suis là.

-Bon, je reste encore un peu, l'horloge est sur 0000, c'est flippant, je me couche pas tout de suite.

-Bon, ben je vous fais un bisou à tous !

-Nous aussi !

-Nous aussi !

-Bon, t'es encore là ?

-Oui, mais je vais y aller !

-OK, ben à plus !

 

-Ah, attends, j'avais quelque chose à te dire !

-A qui, à moi ?

-Non, merde, elle s'est déco, tant pis, je rappellerai demain.

Bon, OK, embrasse tout le monde !

-Toi aussi !

-OK, à plus !

-A plus !

-T'es parti ?

-Je pars, là !

-OK, on se rappelle !

-OK, bisous !

-Oui, bisous aussi !

-Ouais, salut !

 

-Ptain, ils se sont déco ! Ha ben merci !

 

...

 

Bref. C'est quand même beau de pouvoir se parler en famille, tous les six, sur trois continents et quatre pays, la France, l'Algérie, le Vénézuela et le Sénégal. Par contre, si on a quelque chose à se dire, c'est dommage.

 

 

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13 janvier 2010 3 13 /01 /janvier /2010 20:42

Un bon écriveur de notes de blog se doit d'écrire sur ce qu'il connaît le mieux : c'est pourquoi le sujet dont nous discuterons aujourd'hui est la poésie du tableau excel.

 

Le tableau excel, fût-il utilisé sous open office comme il se doit, et donc inapte à l'appellation de tableau excel, n'en reste pas moins en effet à la base de données ce que l'alexandrin est au sonnet.

Et c'est bien là tout ce que je pourrais vous dire sur le sujet, ce qui est bien dommage parce que je trouvais le titre plutôt accrocheur et potentiellement intéressant si j'avais été le moins du monde capable d'en tirer quelque chose.

 

Malheureusement, je suis assez hermétique à la poésie que peut dégager quoi que ce soit qui ait à voir avec le travail d'une part, et le contenu des entrailles d'un tas de poiscailles d'autre part. Mélangez-les, et paf ! Ça fait une bouillasse indigeste (quoique digérée) qui ne peut que rebuter l'amateur de belles choses que je suis, car amateur de belles choses je suis, quoiqu'en disent ceux qui me reprochent de préférer les brochettes-frites au riz au mafé (qui change quand même un peu du riz au poisson ou à la viande, même si essentiellement, c'est du riz à la viande).

 

Ceci dit, travailler sur un bon gros tableau excel, si ça n'exalte pas de tendances lyriques chez votre dévoué (c'est moi le dévoué, il faut l'être pour écrire sur les tableaux excel), ça a un autre aspect plus agréable : c'est hypnotique.

 

On commence en essayant de réfléchir, on passe une heure ou deux à se gratter les pellicules en essayant de comprendre comment trier sur plus de trois colonnes avec open office (pour ceux que ça intéresse, on concatène des colonnes sur lesquelles on trie, puis on trie dessus), puis on essaye de comprendre un peu ce qu'il faut faire, puis on regarde comment est fichu le tableau, on fait rhoooo purée mais qu'est-ce qu'ils m'ont fait ces cochons, on va faire pipi pour oublier, puis au bout de deux heures on se retrouve sans trop savoir comment les yeux dans le vide de l'écran, on fait ronronner la molette de la souris comme un vibromasseur pour copier une formule, puis dans l'autre sens pour vérifier, on grave son empreinte auriculaire gauche sur la touche Ctrl et celles de l'index sur c et v, on bave un peu par et on met du rouge partout sur le tableau pour bien montrer qu'on a travaillé dur pour dire que la saisie des données était parfois un peu pourrie, puis on crie fort haaaaaaaaaaaaaaaaa et on jette l'ordinateur par la fenêtre, puis on se rend compte qu'on n'a fait que penser les deux dernières étapes, et que pendant ce temps on est descendus de 2000 lignes, du coup on se dit youpi, c'est l'heure de rentrer à la maison !

 

Et de bonheur on ferme les yeux, et des cellules apparaissent sous les paupières, et commencent à défiler en ne voulant rien dire, et on rouvre les yeux en jurant dans sa barbe, et on rentre à la maison en parlant de Linux au chauffeur, et on va finir le tableau qu'on s'était envoyé avant de partir sur une vague gougueulienne, et jouir de l'exaltation d'avoir un ordinateur qui va vite, et ne demande pas cinq minutes pour sauvegarder un tableau comme celui du bureau, ce qui a malgré tout l'avantage de permettre de traîner cinq minutes sur internet pour se vider la tête et avoir l'impression d'être plus efficace en s'y remettant alors que c'est totalement illusoire, car la vie est illusoire et le sentiment de n'avoir rien laissé passer lors de la revue d'un tableau excel est encore pire que la vie du point de vue de l'illusoirité, et on s'en rend bien compte en reprenant ses 15000 lignes pour vérifier et constater qu'on s'est planté là, et là, et encore là et là, et qu'en fait tout ça, là, c'était pas faux, c'est juste qu'on avait oublié d'afficher les décimales, du coup il faut recommencer avec le coeur lourd comme les longues années d'études qu'on a endurées pour être capable de vérifier des tableaux excel, et non cher patron si vous passez ce n'est pas de l'aigritude, j'aime bien le vide de l'esprit que ça permet d'atteindre, en fin de journée, le nirvana n'est pas loin.

 

En fait, il n'est qu'à 1000mg de paracétamol et un bon lit.

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7 janvier 2010 4 07 /01 /janvier /2010 19:42

S'il y a bien quelque chose qui m'agace, ici, c'est les moustiques. Les putains de saloperies de chierie de merde pouffiassières de leur mère de moustiques.

Pas tant qu'ils me piquent, hein. En trois semaines, presque un mois, j'en ai vu un sur moi, et j'ai eu entre quatre et cinq boutons qui m'ont gratté une bonne journée, c'est pas si terrible. J'ai bien plus morflé en faisant une bombe dans une mer de quarante centimètres de profondeur (je radote si je veux, j'ai encore mal aux genoux, moi).

Mais c'est stressant, quand même. C'est insupportable. Ils font bzzzzzzz. Et ils le font partout. Dans les chiottes, dans le salon-cybercafé, dans les chambres, dehors, partout. Et on les voit. C'est affreux, de voir un moustique. Alors en voir cent cinquante dans la pièce où tu es, ça te dissout toutes tes pensées écolos, tu empoignes ton pschitt Baygon, et pschhhhhhhhhhht dans toute la chambre, dans les coins tout partout. (je fais la pub parce qu'il y a plus que le Baygon qui marche, Super Timor, Raid, que dalle). Et tu empoignes ton pschitt anti-moustiques pour la peau d'adulte, et tu t'en fous partout, et après quand tu te ronges les ongles ou que tu te mâchonnes les poils des bras au resto, c'est dégueulasse et amer et ça te gâche le goût de tes gambas de réveillon. C'est pas terrible. Et ça n'a pas forcément une action visible, ce qui est déprimant.

 

Plus efficace, le claquage de mains. Enfin, plus efficace, façon de parler, on en chope un une fois sur dix, mais au moins, on le voit, là, écrasé sur la peau, avec un peu de poussière de fée de moustique étalée partout. On peut aussi utiliser la technique shaolin, essayer de le saisir dans son poing en plein vol, d'un geste vif de petit scarabée. C'est gratifiant quand ça marche (surtout quand on le fait devant son miroir, dos au moustique, chop ! Par contre, c'est particulièrement insupportable quand on ouvre son poing pour regarder les miettes, et qu'il s'envole parce qu'on avait pas assez serré.

 

Heureusement, il y a une arme plus jouissive à tous les coups : la raquette électrique. Parce que les moustiques sont lents, elle est radicale. D'abord, il fait bzzzz, puis tu le touches, il fait gzzzzzz, il y a une étincelle, une odeur de brûlé, et une décharge d'adrénaline te parcourt les reins pendant que tu te dis « putain, un de moins, ça fait du bien ». Et l'idée qu'il en reste plein ne peut donc que vous réjouir. Mais une fois que vous en avez grillé une douzaine sur les rideaux et autant en plein vol, et que vous les avez semés un peu sur tout les meubles, et que vous êtes allé aux chiottes avec votre raquette, ça lasse. On n'est pas des bêtes, on ne peut tenir qu'un temps.

 

Et donc, on se réfugie sous la moustiquaire. Quelle magnifique invention que la moustiquaire.

Surtout quand elle est imprégnée d'insecticide.

Tenez, ma charmante hôtesse, étant dans l'enseignement, a eu le temps de compter les cadavres jonchant le sol au pied du lit : elle a compté 87 moustiques, projetés pendant la nuit sur la moustiquaire par un ventilateur bien orienté. 87. On n'imagine même pas ceux qui ont survécu (la résistance aux pesticides est un souci par ici comme ailleurs).

Impressionnant, quand même.

 

Ceci dit, la moustiquaire a un inconvénient : elle n'est pas insonorisée.

Et quand on entend un de ces fichus bourdonnements suraigus, on ne peut pas s'enlever de la tête l'idée qu'une sale petite bête a réussi à violer l'inviolable et à pénétrer votre cocon, votre petit bunker. Et du coup, vous rallumez la lumière, vous soulevez la moustiquaire pour récupérer vos lunettes, et inspectez sous toutes les coutures votre abri. Il n'y a rien. Vous rééteignez. Re-bourdonnement. Vous vous dites que vous avez vérifié, et que c'est bon, et qu'il est à l'extérieur de la moustiquaire, et vous fermez les yeux. Le bruit continue. Puis il s'approche de votre oreille, et s'arrête. C'estsûrc'estsûrilestrentréquandvousavezprisvoslunettesilestlàilestdedansmerdemerdemerdeducoupvousrallumezsinonc'estsûrilvavouspiquercettesaloperiedesamèredemoustique.

 

Non.

Il n'y a toujours rien.

 

Ca recommence une fois, deux fois, trois fois, quatre fois, et toujours rien. Que dalle. Pas la queue d'un moustique sous la moustiquaire. Ce qui ne serait pas terrible, c'est les femelles qui piquent. Mais bon. Vous retentez une cinquième fois d'allumer la lumière, des fois qu'une saloperie de moustique se soit glissé quand vous avez pris vos lunettes à la quatrième reprise. Toujours rien.

Vous finissez par lâcher l'affaire, vaguement rassuré.

Puis vous vous réveillez, et vous voyez un moustique collé au dessus de vos pieds.

Bordel.

 

C'est insupportable. L'idée d'avoir pu passer la nuit avec un moustique, ça me met dans un état absolument sans commune mesure avec le risque d'avoir été piqué. Je n'ai rien à faire du risque de palu, ça ne me vient même pas à l'idée, mais je me sens violé. Du coup, je prends ma raquette, et gzzzzzzz pendant dix bonnes secondes. Et dix secondes à voir son violeur griller, ça soulage.

Enfin, quand c'est un moustique, en tous cas.

 

Bon, je vous laisse, y'en a un qui me tourne autour depuis le début de la rédaction de cet article, il va en chier.

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23 décembre 2009 3 23 /12 /décembre /2009 13:42

Bon.

Suite aux sollicitations incessantes d'un nombre incalculable de fans en détresse (si, si, MlleGima m'a demandé une fois), je me vois dans l'obligation afin de ne pas tous vous perdre de vous fournir des photos de ma vie au Sénégal. Bande de petits veinards.

 

Tout débute au petit matin, à des heures auxquelles je n'avais plus l'habitude de me lever depuis...hmmmmm... Approximativement mes six ans, quand je me couchais à neuf heures du soir parce que j'aimais lire au lit le matin pendant une heure en buvant un chocolat chaud que ma maman me laissait dans une bouilloire violette. Vers 6h30, donc, je me réveille. A 6h35, je me reréveille. A 6h40, je me rereréveille. A 6h45, je me rerereréveille. A 6h50, je me rererereréveille. A 6h55, je me rerererereréveille. Puis comme mon réveil ne rererereresonne pas, je me lève.

 

Voilà ma chambre vue de mon lit, donc.

 

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Je vais ensuite au petit coin, je m'habille, et je tue des moustiques avec ma raquette électrique (la plus belle invention de l'homme depuis la roue), et quand j'entends que mes gracieux hôtes se sont levés, je descends prendre mon petit déjeûner en me cognant aux chats.

 

Puis on prend la voiture, et on va travailler dans la joie et la bonne humeur provoqués par la traversée de paysages paradisiaques.

 

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Puis on arrive au travail. Je m'installe dans mon charmant bureau, et je travaille comme un chien pendant des heures, me crevant les yeux sur un écran antique et me faisant des ampoules aux doigts sur un clavier qui me force à enfoncer les touches de tout mon poids, tel un pandore tapant un procès-verbal.

(bon, en fait, on m'a mis un joli écran plat et un clavier tout neuf, depuis).

 

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Puis je vais manger du riz à la cantine.

 

Puis je retourne travailler pendant des heures comme un chien dans mon riant bureau en jetant de temps en temps des coups d'oeil à la culotte d'Anouk Grinberg qui me fait de l'oeil sur le mur en face.

 

Puis on rentre, passant par les avenues éclairées de mille feux, ce qui est bien agréable même si on préfererait qu'ils allument ces lampadaires de nuit plutôt qu'à 17-18h quand il fait plein jour, mais il faut bien profiter des périodes où il y a du courant, hein.

 

Puis on se dit que vu les embouteillages, on aurait ptet mieux fait de faire comme le monsieur et de marcher plutôt que de prendre la voiture.

 

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Ceci dit, il n'est pas impossible que l'embouteillage soit dû au monsieur qui a laissé sa voiture en panne au milieu de la route, hein. (ce sont des choses qui arrivent)(à peu près tous les jours, d'ailleurs)

 

Puis on arrive à la maison, et on peut enfin se reposer de cette journée passée à bosser comme un chien devant un écran en partageant des moments privilégiés dans une ambiance familiale détendue et conviviale.

 

cybercafe censure

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17 décembre 2009 4 17 /12 /décembre /2009 22:42

Au Sénégal, en fait, c'est comme en France. Des fois, on a des journées de merde. Par exemple, on passe trois quarts d'heure pour aller au boulot dans un taxi pourri avec un chauffeur qui fait la tronche, on passe une journée collée le nez sur des sites foireux qui mettent des liens qui n'existent pas, et on comprend même pas ce qu'ils font de toute façon, et on se crève les yeux sur des tableaux de données de contenus stomacaux de poissons mal fichues (putain, « ver », c'est les annélides et les vers parasites ? Juste les annélides ? Qu'est-ce que des vers parasites fichent dans des contenus stomacaux alors qu'ils sont pas là pour nourrir le poisson, d'abord ? Et pourquoi il y a pas de case « isopode » sur ce tableau ? Je la rajoute ou pas ? Et oeufs de copépode, ça va dans « copépode » ou « autres »  ? D'ailleurs, comment il a fait pour reconnaître des oeufs de copépode ?). Puis au milieu, on va manger un plat qui sent bizarre et qui goûte pas très bon, assis seul à un coin de table dans une cantine totalement wolophone, et puis à pas d'heure on rentre dans un taxi pourri qui vous bousille le dos au milieu des embouteillages, fait des marches arrières sur l'autoroute, passe par des coins glauques, et au final, on se dit que le seul point positif de la journée, c'est qu'on a pas eu de problème de tourista, puis on se rend compte qu'on n'arrive toujours pas à faire popo après 48h, et qu'on est rempli de caca stagnant dans ses boyaux, et on prend un coca pour oublier, et il fait roter et des relents nauséabonds du repas de midi remontent dans le nez. Puis on va se coucher et on lit jusqu'à trop tard et on est réveillé à 5h30 par l'appel à la prière et on arrive pas à se rendormir jusqu'à l'heure de se lever qui est de toute façon trop tôt.

 

Puis il y a des journées qui commencent certes tôt, mais débutent dans l'amphi tout neuf tout beau de l'école doctorale de science de la vie et de la santé et de l'environnement, où vous avez accès à internet, bouclez en un quart d'heure votre tableau de contenus stomacaux sur lequel vous vous étiez arraché les yeux la veille, passez quelques heures paisibles à écouter une conférence sur la future plate-forme multiservices de l'école avec la carte à puce qui vous fera prévenir par SMS des absences de profs, suivie de présentations de leurs travaux par des thésards, sur des thèmes assez variés pour ne pas ennuyer (depuis « les nématodes phytoparasites dans la brousse » jusqu'à « la contamination par le VIH et l'herpes des sécrétions génitales chez les travailleuses du sexe avec des photos dégoûtantes », avec des appels rigolos à « nos frères esclaves peuls » qui se sont enfin sortis les doigts du cul et mis aux cultures de plantes, puis vous allez manger des brochettes pas dégueus au resto de la fac (celui trop cher pour les étudiants), puis vous rentrez bosser à la maison sur votre ordinateur qui pète moins les yeux que celui du bureau, vous prenez plaisir à harceler votre patron de questions cons mais qui nécessitent ab-so-lu-ment son approbation parce que vous voulez pas foutre la merde dans ses bases de données, le tout en musique parce que ça adoucit les moeurs, puis finalement vous sortez prendre un pot.

 

Et c'est là qu'arrive le plus beau moment de la journée : celui où vous passez un coup de fil à votre petite soeur.

 

-Allô petite soeur ? Oui, je t'appelais juste pour te dire que je buvais un jus de baobab en T-shirt au bord de la mer, en regardant un pélican se lisser les plumes et en mangeant des tapas sans un seul moustique autour, ça va toi ?

-Je t'emberde, boi je suis balade, il fait -10 dehors et je squatte chez une cobine barce que Tifrère m'a virée pour laisser la blace à za cobine !

 

C'est si bon que vous en remettez une couche en appelant votre grande soeur :

 

-Allô grande soeur ? Oui, je t'appelais juste pour te dire que je buvais un jus de baobab en T-shirt au bord de la mer, en regardant un pélican se lisser les plumes et en mangeant des tapas sans un seul moustique autour, ça va toi ?

-Ben ça va mieux, on est en train de sortir d'un embouteillage entre Paris et Clermont-Ferrand à cause de la neige et on est pas morts quand j'ai perdu le contrôle sur l'autoroute parce que ça glissait trop et dans quelques heures on est de retour à la maison où le chauffage marche toujours pas.

-OK, ben bisous à vous et oubliez pas de prendre soin de ma malle qui encombre votre entrée depuis deux semaines, hein !

Ca rattrape toutes les journées pourries, une journée comme ça. Et ça fait envisager le lendemain avec optimisme.

 

Youpi !

 

(1) : Mais si : "The yes needs the no to win, against the no !" ça s'applique tout à fait à cette note, je trouve.

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14 décembre 2009 1 14 /12 /décembre /2009 21:42

 

Une sensation qui vous prend aux tripes. Là, profond, dans les boyaux. Là où ça gargouille. Ca gargouille parce que ça veut sortir. Inutile de faire durer le suspense, vous avez la saucisse au bord des lèvres, et elle est animée d'une volonté farouche de découvrir la beauté du monde. Il est onze heures.

 

Vous êtes coincé dans une pièce avec une jolie fille, et la sueur vous monte au front. Vous voulez sortir, vous sortez, mais on vous bloque le chemin. Les chiottes sont en cours de nettoyage. Merde. Merdemerdemerde.

 

Bon, pas grave, l'alerte est passée. Il suffisait de se lever. La gravité fait remonter la bête dans son antre. Elle a dû prendre peur. Un vague pet gras émis discrètement dans le couloir est le seul indice du drame qui a failli se dérouler. Tout va bien.

 

Vous allez à la cantine. Trente personnes qui parlent wolof, et vous, et votre petit invité qui profite bien de votre assiette de riz à 350 francs. Ca finit par passer. Mais la pression monte, et l'invité veut descendre.

 

Mais vous serrez les fesses. Vous pouvez attendre. Vous voulez attendre. Vous ne voulez pas faire caca dans des toilettes mal insonorisées qui permettront à tous de profiter de votre retentissante symphonie rectale. Et surtout,vous ne voulez pas faire caca dans des toilettes où la chasse marche une fois sur trois. La perspective de laisser la porcelaine barbouillée au sus et vu de tous, qui auraient en plus déjà pu apprécier votre acoustique sphincterale vous rend malade.

 

Un peu plus malade.

Mais non. Vous y arriverez. Vous saurez retenir les flots de votre diarrhée, votre petit barrage musculeux tiendra. Malgré l'épreuve imposée par votre voisine de bureau qui vous demande de l'aider à coller une image sur son mémoire de DEA récalcitrant. Psychologiquement, c'est dur. Mais vous y parvenez.

 

Mais ça devient difficile. De plus en plus. Vous sentez que vous allez céder.

Vous vous levez d'un saut. Vous contractez tout ce qui est contractable dans votre petit corps. Vous prenez l'air de rien, mais la panique envahit votre être. Vous montez les escaliers, vous tournez dans les couloirs, vous voyez la porte ouverte, vous rentrez, vous fermez la porte, vous la verrouillez, vous descendez votre pantalon et tant pis s'il traîne sur le sol boueux, vous vous asseyez, et vous ouvrez les vannes.

 

Vous vous videz. Paisiblement. Sans trop de bruit, sans éclaboussures. Mais de fond en comble. La grande démarque, tout doit disparaître !

Vous devenez léger. Immatériel. Votre esprit monte aux cieux, sans se soucier du plafond, sans craindre les vautours. Si vous n'aviez pas sur votre corps la maîtrise conférée par des années d'entraînement chez les moines Shaolin (je rappelle que vous avez votre ceinture jaune de judo), vous laisseriez bien s'échapper un soupir aux connotations licencieuses. Mais vous vous retenez. C'est bien tout ce que vous retenez.

 

Ouf.

 

Tout s'est plutôt bien passé, dans l'ensemble. Il y avait même du papier. Et par miracle, la chasse marchait.

 

Maintenant, vous savez que vous y êtes. Au bout d'une semaine, enfin, votre corps vous fait comprendre que vous êtes en Afrique.

Heureusement que vous avez votre stock de Smecta®.

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