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21 octobre 2011 5 21 /10 /octobre /2011 21:42

J'ai eu la joie, il y a quelque temps, de pouvoir vous décrire avec lyrisme les joies du pipi fluvial nocturne, à l'occasion d'une des missions de pêche scientifique dans la mangrove sénégalaise auxquelles je prends part trois fois par an depuis deux ans. Bien loin de moi l'idée que j'allais un jour connaître les affres de la courante en comité restreint.

 

Jusqu'ici, ces quatre dernières missions, j'avais tenu. Après une première tentative qui m'avait convaincu que le caca mangrovier n'était pas pour moi, je m'étais blindé les tripes à l'Imodium, et, hormis quelques épisodes gazeux à suspense – foireux ? Pas foireux? - ça avait tenu. Cette fois-ci, ça n'a pas pu.

 

J'aurais dû me douter que cette mission allait être pénible. Outre les trois tornades qui ont bousculé le bateau la première nuit, j'avais été personnellement victime d'une attaque culinaire en la personne d'une saloperie de sauterelle dans mon assiette. Bien cuite. Et comme on mangeait dans le noir, j'ai pas été loin de ne pas la louper avec ma fourchette. Et le lendemain matin, rebelote : je prends ma baguette, m'ouvre une tartine et crac, une bestiole chitineuse noyée dans la mie. Deux plaies d'Egypte en une nuit, ça commençait fort.

 

Et donc, c'est gastriquement que ça allait continuer. Et psychologiquement, bien sûr. J'avais emporté de l'Imodium, bien sûr, mais cette fois, il ne pourrait rien contre l'implacable fermentation intestinale qui devait être la mienne, fermentation décuplée sans doute par l'effet de la chaleur absorbée au niveau de mon bob, transmise par conduction jusqu'à mes tripes innocentes, qui ont bouilli comme un chaudron de sorcière et produit une mixture jaune et molle excessivement encline à quitter cet environnement infernal.

 

J'ai tenu cependant, envers et contre tout, et réussi, en trois jours loin de toute gogue civilisée, à ne descendre à terre que trois fois. Trois épisodes d'intense embarras. La première fois, au moment de débarquer, je ne vis que trop tard la bouillasse infâme qui formait la grève, au lieu de l'habituel tapis de coquillages. J'ai failli perdre mes tongs, en ai pété une, me suis précautionneusement éloigné de mes compagnons (des hommes deux fois plus âgés que moi et qui ont manifestement su, au fil des ans, dompter leurs boyaux et leur imposer leur loi. J'espère un jour être comme eux), et, me camouflant derrière un buisson, me suis accroupi pour faire ma petite affaire. C'est là que je me suis rendu compte que non seulement mon bermuda ne tenait pas à mes genoux, mais que j'avais oublié qu'en extrayant mes tongs de leur gangue vaseuse, je m'étais salopé les bras jusqu'aux coudes, ce qui est inconvenant quand on tente d'utiliser du papier toilette. J'ai passé ma colère sur de malheureux crabes, qui se virent interdire la sortie de leurs tanières par des bouchons de papier sales, avant de revenir vers la pirogue, le bas de mon bermuda crasseux, en bafouillant « non mais c'est pas ce que vous croyez, hein ».

 

Ce fut le plus facile de mes étronnages de la semaine.

 

Le second fut sur l'ilot habituel. Mes compagnons ayant décidé avant moi de partir l'un à gauche, l'autre à droite, je dus prendre le chemin du milieu. Et plus j'avançais, plus je réalisai que c'était un chemin touristique, et qu'il n'y avait aucune issue à droite ou à gauche, et que j'allais soit faire le tour de l'île et tomber sur un de mes vénérables collègues, soit devoir me résoudre à m'exécuter dans un coin peu abrité. Ce que je fis, avec les coups d'oeil furtifs et inquiets d'un petit animal traqué. Personne n'est venu. J'ai quitté le baobab de mon forfait comme un voleur, et trouvai des graines épineuses accrochées dans mes poils jusque deux jours plus tard.

 

Le dernier de mes étrons terrestres fut déposé au bord de l'eau, après une course épique contre la marée incluant un passage rampé sous un arbre et un à moitié dans la flotte. J'arrivai enfin dans un espace hors de vue de tous, entre deux Rhizophora, constatai une fois de plus qu'on fait toujours caca plus loin qu'on ne le croit, me fit racler le popotin puis le dos en me relevant par une branche malicieuse, paniquai à l'idée que je puisse m'être étalé ma propre substance sur mon beau t-shirt, l'enlevai pour vérifier (il était tout propre) fuis, puis le lancement de mes boyaux me fit faire demi-tour pour remettre une couche sur les coquillages, avant de rentrer pour de bon.

 

Ce dernier doublé sur la plage ne devait être que le prélude d'une longue, longue soirée. Parce que je n'osais pas demander à retourner à terre, j'ai dû, des heures durant, serrer les fesses contre les flèches qui me déchiraient le bas-dos, debout, serrant les dents, répondant à peine aux conversations auxquelles on tentait de me convier, parce que là-bas, au fond du bateau, là où se trouvent les toilettes (rappel : on parle de ça), il y avait en permanence trois personnes, le cuistot, avec une vue imprenable sur les lieux, le pilote (presque aussi bien placé) et un autre collègue assis sur la glacière derrière laquelle se trouve le paravent derrière lequel se trouve le harnais. Bon sang, que ces heures furent pénibles.

Puis, enfin, quand tout le monde se mit à table (cinq mètres plus loin), je pus enfiler ma lampe frontale (il faisait nuit), m'armer de mon rouleau de pécu, et me caler la corde derrière le dos. Imaginez-vous le pauvre Francis, fléchi sur ses petits genoux fragiles, suant pour ne pas perdre l'équilibre et passer à la baille, sa lourde panse inconfortablement pressée contre les cuisses, le t-shirt coincé derrière le harnais pour éviter tout accident, la tête au niveau des genoux, les fesses blanches au-dessus des eaux noires, lâchant de sonores, misérables et interminables crépitages avant de se vider de quelques grammes de matière organique, à peine de quoi fournir le dîner d'une petite famille de tilapias.

Je me relevai stoïquement sur des jambes flageolantes, me dirigeai vers la table en attendant des commentaires entendus qui ne vinrent heureusement jamais, et, après avoir avalé une demi-douzaine de raviolis, repartis dare-dare à l'arrière pour expulser le placenta. (haha, non. C'était encore du caca.)

 

Je passerai sous silence la nuit et le voyage de retour sur des routes cabossées. Qu'il me suffise de dire que les deux furent longs et douloureux.

 

A l'heure qu'il est, je suis chez moi, j'ai mal aux fesses, et je suis allé me vider plus de fois que je ne saurais compter. Et je n'ai que du sopalin.

 

Je suis un putain de martyre.

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commentaires

Pat 24/10/2011 10:18



Ah, ça c'est de l'aventure!



cubik 24/10/2011 09:39



Te plains pas, t'as fait fuir les crocodiles >)