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FIGB recrute




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22 mars 2007 4 22 /03 /mars /2007 00:12

Les talons de nos bottes claquent sur le sol dallé. Devant nous, les deux corps gisent, par terre, un peu de sang à la commissure de la bouche.

Willy et Gérard nous attribuent le nôtre.

 
On enfile nos lunettes de protection, « pour éviter les projections. En même temps, après une semaine, y’a peu de chances », et on se penche sur le corps.


Individu de sexe féminin, taille 1m26, prépubère, âge indéterminé. Morte depuis une bonne semaine, donc. Accident.

La peau lisse se fripe comme un vieux sac plastique dès qu’on tente de déplacer le corps.

 Nous commençons par extraire les dents. Je suis le premier. Je fais glisser le couteau le long des dents, l’insère dans la gencive, un petit mouvement de va-et-vient pour briser l’os et désolidariser les racines sans les abîmer. Je travaille la lame vers l’extérieur. Puis je refais la même chose du côté intérieur de la mâchoire. Bizarrement, j’ai des scrupules à appuyer la lame sur la mâchoire supérieure au risque d’abîmer la joue. Willy me le rappelle : elle s’en fiche, elle est morte.

Je sectionne ensuite entre deux dents, à l’avant et à l’arrière de la mâchoire. Je fais levier avec la pointe de la lame, puis je saisis le bout de mâchoire, et en tirant un peu, les dents viennent, attachés à un bout d’os rosé. Mes deux collègues refont la manip.

Willy nous fait une démonstration d’une technique plus rapide : il ôte au couteau la partie inférieure de la joue, et dénude l’os en incisant la peau de la gencive. Puis il y va au sécateur. Il faut faire attention aux éclats d’os, qui peuvent trancher dans le gant en latex. Pas besoin de s’exposer aux risques d’infection.

Une fois nos petites dents rangées soigneusement dans un sachet soigneusement annoté, nous abandonnons la tête, un peu ravagée. 

Le protocole exige ensuite un prélèvement de tissu adipeux.

J’insère le couteau dans le côté du dos. La pointe rencontre une petite résistance, la peau est élastique. Puis la lame s’enfonce comme dans du beurre mou sur deux bons centimètres. Je trace un carré, je soulève, et j’incise sous la couche de graisse, jusqu’à ce que le carré se détache. Ca vient facilement.
Je répète l’opération en dessous pour extraire un morceau de muscle, rouge sombre et juteux.
Mes deux collègues font la même opération de l’autre côté du dos.

Nous procédons de l’extérieur vers l’intérieur. Maintenant, il faut ouvrir.

C’est Willy qui pratique l’incision, faisant le tour de l’omoplate et le long du dos jusqu’à l’anus. En perçant la peau, on peut tirer dessus pour accéder au tissu conjonctif, que l’on sectionne, créant un rabat de chair. Les côtes apparaissent, on les tranche au sécateur. En les rabattant vers le bas, on fait saillir les articulations, et il suffit de faire glisser la lame affûtée pour faire céder le cartilage.

On ôte le côté de la cage thoracique. Les poumons, et le diaphragme, presque violets, s’offrent à nous.

La section de la bronche dérange quelque chose : je crois voir des espèces de tentacules se rétracter dans le poumon. Je regarde de plus près : un amas de vers blanc-rosés. Des parasites. Par dizaines, qui ont éclos dans les alvéoles. Saloperies.

On pose le poumon sur le sol. Il sera analysé plus tard. 

Ma collègue se charge du prélèvement de l’estomac. Elle ligature l’œsophage, déchiquette le diaphragme à la main pour isoler l’estomac. Le temps commence à presser.

On ligature aussi le duodénum (la partie antérieure de l’intestin), à deux endroits, et on sectionne entre les deux nœuds. Le contenu de l’intestin nous dérangera pas.

En libérant l’estomac, on découvre un ganglion mésentérique. Une masse blanche et hypertrophiée. Au lieu d’un centimètre cube environ sur un individu normale, il fait près d’une dizaine de centimètres de long et trois de large. La pauvre était dans un sale état, méchamment infectée, comme les vers qui grouillaient dans les poumons le laissaient supposer.

Reste plus que les reins et les ovaires. On les expédie vite fait. On doit partir. 

On laisse les cadavres par terre. Les nettoyeurs s’en chargeront.
Un coup de jet, on se déshabille, jetons nos gants. Mes mains sentent le latex et la sueur.


C’est cool, la dissection de marsouin.


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commentaires

Mélina LOUPIA 22/03/2007 11:59

Disséquer les grenouilles, les yeux de boeuf, ahhhhhh, les vieux cours de Biol',  trop de bons souvenirs, la voisine qui dégobille sur son classeur et les deux autres derrières qui font de la catapulte avec l'oeil ouvert. l'humeur vitrée qu'éclabousse le chignon de la prof et tout ça.
Je veux revenir en 4ème!
Bizettes

Francis 22/03/2007 11:31

J'ai une âme de boucher, je crois.Et si j'ai mon permis un jour, au lieu de le faire dans un ptit labo de La Rochelle, ce sera sur un bateau qui bouge, avec des pêcheurs qui au mieux me balanceront des vannes, au pire me balanceront à la flotte.Ou au moins balanceront les dauphins avant que j'ai pu leur prendre le moindre bout de lard.Ils aiment pas les chientifiques, y paraît.

Frenchmat 22/03/2007 10:31

Excellent, on s'y croirait !Je relirai avant de manger...

cubik 22/03/2007 09:23

Faut qu'ils arretent avec les series derivees maintenant, les experts Calypso, ça devient n'importe quoi