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1 octobre 2011 6 01 /10 /octobre /2011 19:42

La suite du commencement

 

La naissance des bébés, qui allaient rester « les bébés » jusqu'à leurs dix ans (j'ai longtemps craint de ne pas pouvoir me défaire de la vilaine habitude de les nommer ainsi, mais finalement, j'ai réussi à y arriver avant que leurs premiers poils n'apparaissent) marque une difficile période pour moi : je dus aller à l'école Saint-Joseph, à Mende, à côté de chez ma mamie, pendant que ma mère était occupée à accoucher et tout ça, et que mon père... En fait, je n'ai aucune idée de ce qu'il faisait à ce moment.

Je n'ai, je l'ai déjà dit, aucune notion du temps dans mes souvenirs. Je serais donc bien infoutu de vous dire combien de temps j'ai passé à Saint-Joseph, à accrocher mon petit manteau au porte-manteau, à tracer indéfiniment des boucles sur un cahier, pendant qu'il pleuvait, pleuvait, pleuvait, et que mes récréations se bornaient à traîner debout dans un coin. Si ça se trouve, ça n'a duré qu'une semaine avant que ma mère ne revienne. Mais à mon avis, elle a bien pris douze ans avant de rentrer nous chercher. Douze ans de pluie, de grisaille, douze ans de désespoir, douze ans de mutisme, douze ans à contempler le bout de mes Kickers. Jusqu'à l'heure du goûter.

 

Si je me souviens bien, c'est aussi de cette époque que datent mes premières tentatives d'écriture. En effet, pour essayer de nous faire croire qu'il allait continuer à s'occuper de nous malgré l'apparition des bébés, mon père avait proposé à ma soeur et moi d'écrire un journal, que nous lui dicterions et dont nous réaliserions les dessins. Celui de ma soeur, intitulé « Squelette de Mort », était plein d'informations sur le voyage du roi du Maroc en Australie, la météo, et sur une fille de dix-huit ans qui est allé faire les courses toute seule pour la première fois. Si je me souviens bien, elle avait ramené un poulet et l'avait cuit avec des oignons pour l'amener à sa mère qui souffrait de la gorge. En fait, j'ai triché, j'ai vérifié, et c'était bien ça.

Mon journal était bien plus passionnant. Mon « Tambour de Gaspard » regorgeait d'aventures de l'anniversaire de Musclor, de gens qui tiraient sur la maison mais c'était des polices, d'hélicoptères qui battaient les avions, malgré les dragons qui leur crachaient du feu dessus mais ils étaient plus solides que les ours polaires, de bélier et de son papa qui cassaient la gueule aux loups et de hibou et de poussin qui mangent de la graine ensemble. Ha, et il y avait des oiseaux qui faisaient des p'tits trucs, aussi. Du sang, du sexe, et des beaux sentiments. Hollywood m'aurait embauché à l'époque que je serais milliardaire aujourd'hui.

 

Hélas, depuis, j'ai perdu la flamme, et je ne sais plus inventer une histoire. L'autobiographie est le genre littéraire de ceux qui ont perdu en eux le petit garçon ébahi de la solidité des ours polaires.

 

 

*****

Suite de la Suite

 

*****

 

Nous sommes assez rapidement rentrés au Maroc après la naissance des bébés. Juste à temps, en fait, pour profiter du saut spatio-temporel qui fit passer deux ans en trois jours. Enfin, j'espère, sinon, je me demande ce que j'ai fait de ces deux ans.

 

Je me souviens parfaitement de notre déguisement en moulin à café à l'occasion du carnaval en maternelle (le mien était rouge, et si je m'accroupissais en rentrant les bras dans mon carton, l'illusion était parfaite), de la décoration de boîtes à camembert avec des coquillages pour la fête des mères, et de ma première humiliation scolaire, quand j'ai fait caca dans ma culotte. La maîtresse n'en a rien su, mais un de mes enfoirés de petits camarades ne s'est pas gêné pour venir me renifler le derrière et s'exclamer « Gaspard, il a fait cacaaaaa ! ». Enfin, je crois. Heureusement, c'était le moment du nouveau saut temporel qui m'amenait à la plage des Nations, sur la côte Atlantique, ce qui m'a évité d'avoir à subir une réaction de la maîtresse et de la classe. Ou alors, j'ai refoulé tout ça très loin. Très très loin.

 

En tous cas, sur cette plage des Nations, j'ai frôlé la mort de près. C'était le jour où mon père avait annoncé qu'il allait se rendre à Montpellier et où, dans un accès de cromeugnonitude qui me fait honte aujourd'hui, je lui ai demandé, en battant des cils et en ouvrant des yeux de Bambi, où était son Peulier. Si je pouvais remonter le temps, je me collerais une baffe. La naïveté sucrée m'écoeure.1

La nature n'allait pas laisser passer ça. Farouche ennemie des mignons blondinets, elle a profité que mes parents ne s'occupent pas de moi pour envoyer une vague haute comme un immeuble me faire expérimenter le destin du linge sale dans la machine à laver : pendant un siècle à peu près, j'ai roulé dans le noir, sans savoir où était le haut ou le bas, ou me rappeler ce que ça faisait de respirer. J'ai eu le temps de me dire « ha, je vais mourir », très clairement, puis je me suis retrouvé à la surface, en train de respirer.

 

Je n'ai jamais su pourquoi la mer n'avait pas voulu de moi. J'aime à imaginer qu'elle ne faisait ça que dans un but éducatif, pour me dissuader d'attirer l'attention à moi avec des réflexions idiotes. C'était la deuxième fois qu'elle me punissait. La première, j'avais sottement crié « maman, maman, regarde, je fais du sous-l'eau ! », et j'avais plongé la tête la première et les yeux fermés, fait quelques brasses, puis étais ressorti avec le nez comme une patate : j'étais allé faire le bisou esquimau à une anémone de mer. Bien fait pour moi.

Depuis, j'ai arrêté de tenter de jouer au gamin mignon, et la mer me caresse de ses algues quand je nage, n'est jamais avare de crevettes ni d'étrilles, et je peux rester avec elle des heures, même en Bretagne. Elle m'a pardonné, il faut croire.

 

 

 

Je reviens, et je relis. C'est lyrique, dites-donc les amis. C'est ce que ça fait d'écrire à des trois heures du matin, ça. Là, il est pas une heure, et du coup, revient à mon esprit que je n'ai pas été mignon longtemps. En CE2, vous m'auriez connu, vous m'auriez jeté aux chiens.

 

Ce n'est pas tout seul que je suis devenu une ordure, bien sûr. J'y ai été aidé par un maître d'école que mon papa décrivait à ses amis comme un « néo-pétainiste branché ». Il trouve toujours les mots justes, mon papa. M. D. était jeune, chauve et méchant, l'un étant sans doute la raison de l'autre (on trouve peu de chauves gentils, regardez le Pingouin dans Batman). Et surtout, il m'a poussé sur la route mal fréquentée des petits premiers de la classe. C'était facile, il nous amadouait avec des bons points, de jolies images dont je n'ai plus aucune idée de ce qu'elles pouvaient bien représenter mais qui étaient un Graal en mieux, puisqu'on pouvait en avoir plein, et qu'elles signifiaient qu'on était meilleur que les autres.

J'en gagnais. J'en gagnais des tripotées, même, sans vouloir me vanter. J'étais le dieu de la dictée (j'ai fait une faute dans l'année, je m'en souviens encore : j'avais écrit encors, à cause de la Fontaine qui devait l'écrire comme ça quelque part). Et du coup, je l'aimais bien, M. D. Et ça ne me choquait pas de lire Samba le petit noir, ou qu'il demande de la picole à ses élèves pour son anniversaire (il a eu une belle collection de bouteilles sur son bureau, ce jour-là). Du moment qu'il distribuait ses bons points et que j'en avais plus que les autres, il faisait ce qu'il voulait.

Et donc, quand il m'a demandé de surveiller la classe, je l'ai fait, et quand il est revenu demander si quelqu'un n'avait pas été sage, j'ai dénoncé ce con de Yann.

 

Oui.

 

J'ai été une petite balance. Le péché ultime des mômes, je l'ai commis.

 

Et j'en ai éprouvé du plaisir. Parce que ce petit con de Yann, je ne l'aimais pas, il était bien coiffé et il écrivait des cochonneries aux filles. Je me souviens d'une fois où M. D. lui avait demandé de lire à voix haute un petit billet qu'il avait rédigé. « Machine (je ne me souviens pas du nom de la gamine), tu es jolie, je voudrais bien te faire l'amour ». Là, il s'est fait tirer l'oreille, Yann. « Lis ce que tu as écrit !

...Je voudrais bien te baiser »

Vous savez quoi ? Le pire, c'est qu'aujourd'hui encore, je regrette pas. Parce que décidément, il était con, ce petit con de Yann, et Machine, elle était jolie.

 

 

1Ca vaudrait aussi pour la fois où je lui ai demandé si les portes de notre 4L étaient « ouvertes à clé ». Heureusement que les blogs n'existaient pas à ce moment, sinon j'étais bon pour me retrouver dans le recueil des citations trop choupi des pitits enfants de l'école André Chénier. J'en tremble encore.

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27 septembre 2011 2 27 /09 /septembre /2011 22:42

Je savais bien que je ne tiendrais pas. En même temps, ça m'a permis de voir où étaient mes VRAIS amis, et les gens de bon goût. Hmpf. Y'en a pas beaucoup.

 

Cela étant dit, hein, j'ai toujours pas grand-chose à dire, si ce n'est rassurer Pat sur la question du roman : j'ai essayé, mais au bout de cinq pages, j'ai abandonné, parce qu'en fait, je n'avais rien à dire.

 

Pour la postérité, voici donc les premières pages de mon autobiographie, commencée il y a quelques années, qui n'est jamais, heureusement, allée très loin. Je vous l'ai même mis dans une autre police pour que vous puissiez faire la différence avec ce qui n'est pas mon autobiographie, c'est à dire jusqu'à la fin de ce paragraphe. Au fait, la famille, évitez de lire, c'est pas pour vous, c'est pour les gonzesses.

 

 

*****

 

Si je me lance aujourd'hui dans la longue et pénible tâche d'écrire mes mémoires, c'est en particulier pour mes petits-enfants.

Plus exactement, pour avoir des petits-enfants. Etant donné mon incapacité notoire à draguer couplée à mon sex-appeal de pécari asthmatique, j'ai décidé de me rabattre sur la solution idéale à laquelle se résolvent plein de losers : écrire un livre. Ainsi, je pourrai profiter des séances de dédicaces pour trouver l'âme soeur.

 

Je nous y vois déjà. Elle sera là, svelte et tremblotante, les yeux écarquillés par son audace, et me confiera dans un souffle « Je... C'est la première fois que je viens voir un auteur... le récit de votre enfance m'a tellement touchée, le souffle épique de vos aventures... » Elle rabattra une mèche de cheveux roux derrière une délicate petite oreille ourlée et cramoisie, déglutissant l'abondante quantité de salive que le trac lui aura fait sécréter, et je suivrai des yeux le trajet de cette salive le long d'une gorge ravissante, jusqu'à un décolleté soyeux et appétissant, et je lui ferai une dédicace pleine d'esprit et de sous-entendus, et je signerai de mon numéro de téléphone, et vogue la galère. En espérant qu'elle soit bonne cuisinière.

 

Ceci étant dit, il me reste ces mémoires à écrire, et je n'ai malheureusement pas les sous pour me payer un nègre. C'est une gageure pour quelqu'un comme moi qui, outre le handicap de n'avoir aucune mémoire des évènements, a eu une enfance totalement dépourvue de rebondissements et n'a pas vraiment entamé sa vie de grand (celle où on peut serrer des secrétaires lubriques entre deux photocopieuses, ou délivrer des otages de pirates somaliens)1.

 

C'est pourquoi j'ai décidé de saupoudrer cette autobiographie de notes n'ayant absolument aucun rapport, mais qui sauront éventuellement rallumer la flamme de l'intérêt de toi, lecteur (et surtout de toi, ravissante possesseuse de poitrine soyeuse), et auront en plus le double intérêt de rajouter de la pagination, me faisant croire que j'arrive à pisser de la copie aussi bien que Marc Levy, et de donner un petit côté conceptuel qui ravira les éditeurs audacieux et/ou désespérés encore plus que des fautes de grammaire telles que « l'intérêt de toi », dont je viens de me rendre compte.

 

Attention, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, hein ! Quand je dis que mon existence a été pauvre en rebondissements, je veux juste dire que je n'ai pas vécu d'expériences particulièrement dangereuses (quoique, j'ai été mordu par un poney, une fois), pathétiques (quoique, j'ai porté une coupe au bol pendant des années, une fois) ou violentes (quoique, j'ai découpé un dauphin au sécateur, une fois).

 

Je ne vais pas prétendre non plus que mon existence a été plate comme la poitrine de Carla Bruni, non plus. Autant que je puisse en juger, ç'a été un beau foutoir. Parce qu'elle a beau avoir été particulièrement pleine de moi, qui suis stable et équilibré, l'honnêteté intellectuelle me force à reconnaître qu'elle a été également assez fournie en ma famille, mon existence.

 

Et qu'une famille avec des portugais, des guadeloupéens, des polonaises corsifiées, des bretons, des lozériens, des algériens libanais, des camerounais, des italiennes, des artiss', des profs, des syndicalistes, des belges, des biologistes en veux-tu en voilà, des médecins, des grands bourgeois, des nantis, des mamies poseuses-de-cierges-aux-examens, des mamies Alzheimer, des tontons-gâteaux transformés par la grâce du divorce en méchants-pires-que-Voldemort, des sportifs, des hypertendus, des nounous marocaines, des comptables, des paranoïaques, des snobs, des broyeurs-de-grenouilles, des juges, des croyants, des yogistes, des espions (enfin, je crois), des cordons-bleus, des geeks, et je ne parle même pas des pièces rapportées, ben, ça fait un peu foutoir. Joyeux foutoir, notez.

Rajoutez-y des amis bretons, mosellans, belges et assimilés, geeks, chasseurs de poissons, ermites ruraux, hystériques des hippopotames, castreurs de truies, branleurs d'étoiles de mer, écrivains, mangaphiles, chefs d'orchestre, blondes, rôlistes, communistes, comtes, odorants, thésards, informaticiens, roux, thésards en informatique, auteurs de bédé, et j'en oublie un paquet, et vous comprendez pourquoi j'en suis venu à compter sur ce livre (mine de rien, j'en suis à quatre pages)

 

Mais je vais faire avec les moyens du bord et commencer par le commencement, si vous le voulez bien (je sais, ce n'est pas vraiment une marque de sollicitude vis-à-vis de vous, lecteur, je ne vous laisse pas réellement le choix, mais on ne se défait pas d'une bonne éducation aussi facilement que ça, que voulez-vous).

 

 

1

En même temps, si j'avais pu me serrer des secrétaires entre deux photocopieuses, je n'aurais pas à écrire ces Mémoires pour me lever une belette.

 

 

*****

 

Le Commencement.

 

*****


Tentons le flash-back. Zoomez sur mon regard bleu comme un ciel de montagne en hiver, approchez-vous de mes pupilles liquides, et pénétrons ensemble mon plus ancien souvenir. Un écran blanc palpite, et le point se fait sur un berceau avec deux bambins dedans. Mon petit frère et ma petite soeur, la première image qui me vient à l'esprit.

 

En fait, non.

Mon premier souvenir est d'une grise après-midi dans un parc marocain, où, accompagné de mes parents et de ma grande soeur, j'ai officiellement été à l'origine de la conception des deux marmots précités.

C'est dans ce parc de [je sais plus le nom, en fait], où claquent les becs des cigognes et souffle le vent d'hiver, que j'ai lancé une pièce dans une fontaine à souhaits, enclenchant le processus de fabrication des futurs jumeaux.

 

Ha oui, nous étions dans ce parc parce que mes parents, ainsi que moi et ma soeur, donc, habitions au Maroc. Mon père faisait compter des graminées par des étudiants, et ma mère faisait quelque chose qui me permettait d'avoir un train électrique au Noël du consulat de France. Ce n'est qu'après que j'ai su qu'elle était assistante sociale, ce qui longtemps a signifié qu'elle mettait des tampons sur des papiers, et que des fois elle me laissait faire. J'ai encore quelques livres (de Yak Rivais, surtout) qui arborent fièrement leur appartenance au consulat de France à Rabat sur leur tranche.

 

Mais revenons à nos jumeaux. Enfin, aux miens. Du moins, à ceux de mes parents, qu'ils n'auraient jamais eus sans moi et un gros paquet de veine.

Parce que oui, rétrospectivement, je me dis qu'ils ont eu une chance de cocus, avant même leur conception, ces deux-là. Parce qu'il fallait que la pièce soit lancée pile-poil sur la table au milieu de la fontaine à souhaits, et que la fontaine était profonde, que la table était gardée par de farouches anguilles carnivores, et que la coordination musculaire d'un gamin de trois ans n'est pas franchement fiable.

Toujours est-il que ma pièce, après avoir touché la surface, a coulé avec la désinvolture nonchalante d'une feuille morte, échappé aux mâchoires des anguilles, et est venue se loger exactement dans le trou au centre de la table. Je ne sais pas si Dieu existe, mais il serait venu lancer sa piécette qu'il aurait pas fait mieux.

Et donc, tout excité, je me suis retourné vers mes parents, j'ai fait de ma voix fluette de blondinet « je veux un petit frère ou une petite soeur », et ma grande soeur m'a repris, et elle a dit « un petit frère et une petite soeur, ce serait mieux », et j'avais le droit de changer mon souhait parce que ma pièce était tombée dans le trou au milieu de la table, et j'ai changé, et un an plus tard, je me retrouvais en Lozère, chez ma mamie, encombré d'un petit frère et d'une petite soeur qui s'accaparaient paresseusement mes parents pas ravis. Enfin si, mais c'était pour l'allitération. La licence poétique, tout ça.

 

Je sais pas si vous vous rendez bien compte. A quatre ans, j'étais responsable de la venue au monde d'une future gauchiste effrénée et d'un futur broyeur de grenouilles au pilon. Et c'est la chose la plus importante que j'aie fait jusqu'ici, et celle dont je suis le plus fier.

 

Enfin, pour l'heure, ils n'étaient respectivement qu'un espèce de rôti rouge et vagissant pétant de santé et une crevette pâlichonne couverte de ventouses, qui avait échappé de peu à la faux de la Mort Subite du Nourrisson, ce qui aurait épargné bien d'innocentes reinettes, mais empiété sur la connaissance des populations de fourmis des parcs lyonnais. Un mal pour un bien, j'imagine.

 

*****

 

 

 

Voilà pour la première partie. S'il y en a que ça intéresse vraiment, mais genre vous allez vous faire pipi dans la culotte si vous pouvez pas lire les trois pages qui suivent, je peux être bon prince, vu que ça n'ira pas plus loin. Mais il faut que je sente votre détresse et votre amour, sinon, pfffrt.

 

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3 août 2011 3 03 /08 /août /2011 21:42

« Francis, franchement, ne crois-tu pas que tu exagères ? »

Cette interrogation surgit avec la soudaineté d’un grappin s’accrochant aux créneaux de mon for intérieur.

Car oui ! Foutrecul, c’est bel et bien exagéré de ma part de vous laisser comme des orphelins, ne vous abandonnant même pas un os à ronger sur blog en décrépitude.

A cette réalisation, le rouge me monta au nez, puis, se rendant compte de l’inanité de ce combat sur un visage au teint de roux depuis longtemps rendu cramoisi par la moiteur tropicale de l’hivernage sénégalais, reflua lentement vers d’autres organes qu’il est inutile de mentionner, d’autant qu’il est possible que ma mère lise ces lignes.

J’avais donc résolu de me présenter devant vous pour battre ma coulpe. Ce ne fut pas la plus simple des démarches, je peux vous l’assurer. J’ai fouillé toute la maison avant de la retrouver, blottie, tremblante, sous un carton dans la cave. Mais, au moment d’abattre un bras vengeur prolongé d’une louche de cuivre (à ceux qui s’étonneront du fait que je n’ai pas de martinet, je dirai que, célibataire et sans enfant, je n’en ai simplement pas besoin. Et bien que je sois conscient qu’il est également courant de battre sa coulpe avec une ceinture, je dois avouer, à ma grande honte, que je suis trop enveloppé pour en avoir besoin. Cette louche, héritage familial, est le seul instrument contondant que comporte mon mobilier), au moment de faire rendre gorge à cette coupable coulpe, je croisai son regard implorant, et, à ma grande honte, mon bras retomba, flasque, sans volonté.

Qui suis-je pour battre ainsi la coulpe que j’ai élevée à la sueur de mon front ? N’en suis-je pas responsable ?

Oui, je suis le seul coupable dans cette histoire, moi et ma coupable arrogance.

Car qui suis-je pour prétendre pouvoir tenir un blog pendant des années ? Je ne suis qu’un misérable vermisseau. Je ne mérite même pas le titre de blogueur. De bloguicheur, à la limite. Mais ça n’existe même pas.

Je n’existe même pas.

Tant pis.

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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 19:42

A week ago, when the sky was dark and low and my thoughts drifted away while I relaxed in the comfort of my sweat-covered (well, salt-crusted) sofa, a lone sentence got into my skull, a sentence I can’t shake off, and which haunts me since. Not being a man to deny his friends an insight in the deepest, blackest pits of my psyche, I’ve decided to share it with you, because you are my friends, aren’t you?

So here it is, the few words which have been in my head for a whole, long week and which I haven’t brought myself to use as a facebook status yet : I still can’t get over the fact that boobies.

Which is true. I mean, sometimes you get stuck with a phrase you don’t agree with, such as “I’d  like to lick a sweaty armpit”. OK, it sounds good, would make killer lyrics for a rap song, but licking sweaty armpits, or even dry, clean ones, doesn’t appeal to me at all. But I really can’t get over the fact that boobies. That, and the wonderful capacity of English language to convey such powerful meaning through a sentence that is, grammatically speaking, fully incorrect. But still, boobies.

Boobies is, maybe, the most beautiful word in the whole English language. It must, of course, be plural. Booby is not as beautiful as boobies, much in the same way that a lonely boob, lost in the middle of a chest, is a very sad thing. Yes, a sad thing indeed. I also love the word indeed, which can be used in every situation in which boobies seems inappropriate, such as a conversation at lunch with your boss about the economics of something, or another boring topic about which you care very little, since you are (discreetly, I’ll give you that) ogling the lovely, two-breasted chest of the student at the table behind him.

Boring boss : “… and sho, you shee, [boooooring finanshial shtatement about which you just can’t care, told with a moush full of mashed potatoj], ijn’t it ?

You : -… [jerkily moving your head toward him, getting out of your wet dream] Yes, indeed ! (here, the use of boobies would be unwelcome).

Indeed is a life-saver, if you use it wisely. It can also help you out of a blog article which is going nowhere, though not for very long, because who would rather talk about indeed than boobies ? Who, indeed ?

… Nice try, brain.

Boobies. It is a wonderful word, a world of a word, indeed (dammit!). The sound of it, so charming, so child-like in its pronunciation, and so delightfully grown-up in its hidden promises... I believe that calling boobies boobies is the best thing humanity could do to boobies. And don’t they deserve it? I mean, boobies. They deserve much, for they have done much for us as species.

They deserve home-made cookies. I don’t have any, so I’ve made a haiku, which isn’t as good, but also have a k in it. I would love to have a k for boobies.

 A flash of flesh

Giving light to my night

Boobies.

And that is all I had to say about the fact that boobies.

 

Thanks.

 

(in fact, I had also written a poem about boobies, but it wasn’t very good, rhythmically speaking. It went:

Boobies, boobies, you are the best

Part of everyone who has boobies

Those who haven’t them are those who love them best

Because if there is a thing you can’t deny, it is that boobies !)

 

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2 juillet 2011 6 02 /07 /juillet /2011 15:42

S'il y a un point sur lequel j'ai progressé depuis le début de mon séjour au Sénégal, c'est bien le blasage, en particulier en ce qui concerne la circulation dakaroise. Avant d'oublier mon émerveillement renouvelé devant les situations qui se présentent régulièrement quand je prends un taxi, je vous transcris ici tel quel le dialogue qui eut lieu entre Francis Blasé (FB) et son alter-ego Francis Toubab (FT), lors du trajet entre l'aéroport, où FB allait récupérer FT pour son premier séjour au Sénégal, et la maison de Francis Blasé.

Je précise que toutes les situations sont bien sûr authentiques, et que la plupart sont arrivées à Francis Blasé, mais pas toutes.

 

FT : -Bon, comment on fait pour choper un taxi ?

FB : -T'inquiètes, on est des toub-ah, en voilà un qui nous fait des appels de phare. On n'a qu'à le prendre. Tu lui indiques où on va, et tu es poli comme je t'ai montré, hein.

FT : -Oui. Salam alikoum monsieur, ça va bien ? Bien, merci. On va à H***-M*******, à côté de l'Ecobank, c'est bon ?

FB : -T-t-t. On ne monte pas sans négocier le prix d'abord.

FT :-Ha oui. 2500 francs, ça va ?

[réponse standard du taximan]

FB : -Deedeet, c'est pas trop petit. Allez, 3000, pas plus. C'est pas ma faute si tu as pris une voiture à essence et pas un diesel. Bon, tant pis, on va aller avec ton collègue qui s'est garé derrière. C'est bon, finalement ? OK, monte.

FT : -Je me mets devant ? Si je me mets derrière, j'aurais l'impression d'être miss Daisy. Je ne veux pas qu'on me prenne pour un sale raciste !

FB : -Vas-y, je fais pareil en général. Non, ne mets pas ta ceint-trop tard. Bon, ben tant pis pour ton T-shirt blanc, hein.

[vroum. On roule.]

FT : -Tiens, on ralentit ?

FB : -Oui, à ce croisement, il y a un flic qui fait la circulation, et comme il y en a pas un qui sache faire, il passe toujours dix minutes avant qu'il fasse bouger une file, c'est normal.

[toc-toc à la fenêtre]

FT : -Hooo, pauvre petit bonhomme ! Il est trop mignon avec ses grands yeux et sa morve au nez et sa boite de conserve sous le bras ! Je lui donne combien ?

FB : -Rien du tout. Si tu commences à donner à tous les petits talibés, on est pas sortis de l'auberge. Allez, pchhh, y'a pas de sangria pour Allah, barre-toi, amoul khaliss, on va pas engraisser ton marabout.

FT : -C'était un peu méchant et raciste, non ?

FB : -Mais non, voyons. Et puis c'est ta faute, aussi, les talibés, on ne les regarde pas, on fixe la route devant sans ouvrir la bouche. Tu verras, tu t'habitueras.

FT : -J'espère bien que non ! Pauvre gamin... Tiens, qu'est-ce qu'il veut, lui ?

FB : -Ben comme tu vois, il vend des cannes à pêche. T'en as pas besoin ? Ni des guirlandes de Noël du type derrière ? T'es vraiment sûr ? Ha, on bouge, ouf.

FT : -Mais c'est normal de passer sur le trottoir comme ça ? Hé, attention, on va écraser les types en chaise roulante ! Ha, ouf, ils se sont poussés.

FB : -Bah, ça avançait pas, apparemment notre chauffeur est pressé. Ha, on arrive sur l'autoroute. Enfin.

FT : -Euh, c'est quoi ça ?

FB : -Tu vois bien, c'est un troupeau de zébus.

FT : -Des zébus sur l'autoroute ?

FB : -Ca arrive. Et encore, là, ils vont dans le bon sens. Bon, va falloir klaxonner un peu pour faire bouger les veaux, là.

[klaxon, accélération, doublage du troupeau]

FT : -Hé, on a failli écraser les gens, là ! C'est autorisé de traverser l'autoroute, comme ça ?

FB : -Bah, tout le monde le fait.

FT : -Même en dessous des passerelles piétonnes qui passent au-dessus, je vois. On va pas un peu vite, là ? [jette un oeil au compteur]

FB : -Te fatigue pas, il ne marche pas.

FT : -Tiens, j'avais pas fait attention aux lampadaires allumés. En plein jour, c'est conceptuel.

FB : -Ce qui est encore plus conceptuel, c'est que de nuit, ils sont éteints.

FT : -Hé, attention au type et son mouton ! On a le droit de faire traverser un mouton en le soulevant par les pattes arrière comme ça, comme une brouette ? Et comment il va sauter par dessus le terre-plein de 60cm ?

FB : -C'est un mystère. Hé, on a dépassé la sortie, là !

FT : -Heuuu, c'est légal, la marche arrière sur l'autoroute, comme ça ?

FB :-Bah, il fallait bien prendre la sortie. Tiens, là-bas, encore un car rapide renversé. On est pas sortis du rond point. Hé, ho, on est pas obligés d'aller voir ! Hé, on sort là-bas ! Bon, OK, on est partis pour faire un tour complet du rond-point.

FT : -Comme tout le monde, apparemment... Hé mais ! [Sanglots]

FB : -Ha merde... Ha bé oui, ils sont morts.

FT :-On était obligés d'aller regarder ça ?

FB : -... On a toujours des surprises, hein.

[…]

FB : -C'était quoi ce bruit ? Pourquoi on s'arrête ?

FT : -Hmmm. Apparemment, la pédale d'embrayage a pété. C'est marrant, j'avais jamais vu ça.

FB : -Ho, fais chier. Bon, ben on va changer de taxi. File-lui 1000 balles, on est pas des bêtes. Bon, voilà un autre taxi. Vas-y, fais-lui signe. Tu négocies ?

FT : -OK. Salam alikoum monsieur, ça va bien ? Bien, merci. On va à H***-M*******, à côté de l'Ecobank, 1500 francs, c'est bon ? Deedeet, c'est pas trop petit. Non, 3000, c'est beaucoup trop gros. 2000. Bon, d'accord, 2500.

FB : -Bon sang, tu vas nous ruiner, t'es vraiment nul.

FT : -Ho, ça va, hein. Puis lui, il met pas de la musique religieuse à fond comme l'autre, ça mérite un petit bonus, non ?

FB : -C'est un point de vue. Ha merde, la rue est pleine de flotte, une canalisation a dû péter, on va faire un détour par la piste, là. J'espère qu'on ne va pas... ha merde, évidemment. On est ensablés. Bon, tant pis, on descend, on va aller au bout de la rue à pied. File-lui 500 balles, on a quasiment pas avancé. Ha, non, il s'est dégagé quand on est descendus. Bon, ben on remonte.

FT : -Ok. Waw, t'as vu le camion renversé là-bas avec son tas de ferraille ? Heureusement qu'on passe pas par là-bas, hein.

FB : -Voui, ça remettrait la fin de l'article à vachement plus loin.

FT : -Hé, attention aux jolies ptites chèvres !

FB : -Bah, t'en fais pas, les chèvres, c'est agile, elles esquivent vachement bien, aussi bien que les mômes de six ans aux carrefours. Non, c'est les moutons qui sont cons et qu'on peut écraser.

FT : -Bon, on est encore arrêtés. Il se passe quoi, là ?

FB : -Ca doit être la voie ferrée, là-bas. Il y a un train qui passe. Bon, qu'est-ce qu'il te montre, lui, dans son sac ?

FT : -Hum... Apparemment, ce sont des magazines pornos. Merci, monsieur, je ne suis pas intéressé. Non, même s'il y a des dames avec des chiens, ça ira, merci. Ha, ouf ! Le train a fini de passer !

FB : -Crie pas victoire trop vite... t'as pas vu que les voitures de notre côté ont pris toute la largeur de la rue ? Ben de l'autre côté, ça va être pareil... On est pas sortis de l'auberge.

[vingt-cinq minutes de bouchons]

FT : -Ouf. J'ai cru étouffer, avec le pot d'échappement du car rapide qui donnait directement sur notre vitre.

FB : -Ouais, on a de la chance de pas être asthmatique. Bon, au moins, on est presque arrivés.

BANG

FB : -Ha, zut, on a crevé.

FT : -C'était ça ? J'ai cru qu'on nous tirait dessus. Je croyais qu'il n'y avait que dans les films que ça explosait, les pneus !

FB : -Ben non. Bon, ben on n'a plus qu'à changer encore de taxi.

FT : -Ok. Je lui paye combien ?

FB : -File-lui le prix de la course, après tout, il doit remplacer son pneu.

FT : -Ok. Vous avez la monnaie sur 5000 ? Ha, merde.

FB : -Attends, il me reste des petits billets. Sur 3000, ça va ? Non plus ?

FT : -Bon, tant pis, on est pas à 500 balles près, hein.

FB : -Oui mais bon, quand même, c'est une question de principe, quoi.

[…]

FB : -Bon. Il reste plus que deux bornes, je crois qu'on ira plus vite à pied.

FT : -Ok.

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3 juin 2011 5 03 /06 /juin /2011 14:42

Ecrire des discours, c’est un truc que j’aime bien. Le seul problème, c’est qu’on ne me le demande pas souvent. En fait, jusqu’à il ya deux semaines, ça m’était arrivé une fois, mon popa me demandait de faire le nègre pour un consul ou un ambassadeur, je sais plus. Puis, il y a deux semaines, donc, une amie (que j’aime imaginer toute pleine de détresse à en déborder par les yeux) s’est tournée vers moi pour me dire « hé, tu veux pas me faire un discours pour le mariage de Y et M, j’ai pas d’idée, là. S’il te plait ? ».

N’étant pas homme à laisser une demoiselle (d’honneur, en l’occurrence) pédaler désespérément dans la choucroute qui lui sert de cervelle pour se dépatouiller d’une situation dans laquelle est s’est fourrée toute seule, j’ai pris ma plus belle plume et une grosse demi-heure pour lui pondre ce truc dont j’étais très fier :

 

 

Chère Y., cher M.,

Enfin !
Je suis bien soulagée. Ca me faisait bien mal au coeur, depuis le temps que je vous connais, de penser que vous viviez dans le péché.

Car oui, Y., oui, M., profiter ainsi honteusement des avantages de la vie de couple sans permettre aux copains d'en profiter pour se mettre une méchante minasse, c'est péché !

Oui, depuis tout ce temps, vous nous niez la possibilité de trouver le couvercle à notre pot, en refusant la célébration de l'officialisation de vos galipettes devant le maire !

...
Hum. Je crois que ça ne sonnait pas bien.
Enfin, en refusant la célébration de l'officialisation devant le maire de vos galipettes, voulais-je dire.

Qui sait si vous ne m'avez pas privée d'une idylle avec le charmant témoin, là-bas *pointer vers le témoin s'il est célibataire et charmant*, hein ? Ou si vous ne l'avez pas privé d'une mémorable séance de jambes en l'air avec cette autre demoiselle d'honneur, non moins charmante ?

Le mariage, Y. et M., est, quand on est dans votre situation, un couple solide que ni la cuisine au tofu ni les parties de paint-ball *tu peux sans doute trouver mieux, hein, là, demoiselle en détresse, tu les connais mieux que moi* n'ont pu séparer, ni même les occasions de débauche innombrables que permettent la vie en école d'ingénieur (ou insère ici la formation de M.), dans votre situation, disais-je, le mariage est donc une obligation morale vis-à-vis des copains, que vous avez trop longtemps laissé traîner. L'obligation, pas les copains. Quoique.

Et non, ce n'est pas que ma libido qui parle, j'attends depuis un moment le *insérer ici le plat principal du menu*.

Quoi qu'il en soit, le mal a été réparé.
C'est bien. C'est très bien. Le charmant témoin est maintenant maqué, c'est moins bien, c'est votre faute, et je vous en veux.
Mais je passerai outre, pour cette fois, parce que bon, quand même, c'est votre mariage, hein. Puis le Champomy, ça a tendance à me rendre d'humeur magnanime.

Ordoncques, Y. et M., en ce jour de célébration de votre union devant la foule ici présente, je viens vous présenter les condoléances d'usage. Car si ce jour marque  pour vous le début d'une nouvelle vie de marizetfemme, je ne peux m'empêcher de penser qu'il marque également, de manière logique, la fin d'une vie précédente. Une vie qui s'éteint dans le beurre et l'alcool, ainsi que, avec un peu de chance, dans le stupre, ce qui est sans doute la meilleure fin dont on puisse rêver.

Que votre nouvelle vie soit aussi belle que l'ancienne, et bourrons-nous la gueule !

 

 

Ben croyez-le ou non, elle ne l’a pas lu. Donnez-vous du mal pour les gens, tiens, j’te jure.

En même temps, c’est peut-être aussi bien, parce que je me sentais très malin avec le dernier paragraphe sur la fin d’une vie, avant de tilter que les enterrements de vie de jeune fille / garçon, c’était exactement ça, et que ma super blague avait juste quelques siècles de retard.

 

Ouf. En fin de compte, c'est pas plus mal.

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26 avril 2011 2 26 /04 /avril /2011 21:18

Aujourd'hui, mes ami(e)s, je viens me confesser, parce que ça me pèse sur le coeur. Aujourd'hui, j'ai fait une entorse à mes principes, j'ai foulé aux pieds l'éducation de toute une vie.

 

J'ai acheté des légumes.

 

Toute ma vie, je me suis efforcé de suivre ce simple précepte, inculqué depuis longtemps par mes parents, des gens avec une éthique, une hygiène de vie, basée sur un principe simple : mange de la viande.

 

Pourquoi ? C'est simple. Les plantes sont un miracle de la nature, y toucher est sacrilège.

 

Prenez les fleurs. Les fleurs sont les produits de millions d'années de co-évolution, chaque génération plus attractive pour les insectes pollinisateurs, plus belle, plus odorante, plus colorée.

Une fois la pollinisation effectuée, la magie de la nature opère encore, transformant sous les yeux de l'observateur patient et attentif la fleur en fruit, cocon délicat pour les graines, la nouvelle génération, qui, une fois en terre, déplieront une à une leurs petites feuilles duveteuses, si fragiles, qui cependant sauront, par ce processus invisible qu'est la photosynthèse, capter l'énergie d'une étoile pour croître et se développer, qui en un arbre majestueux, qui en une fleur chatoyante, qui en un brin d'herbe frémissant dans une prairie de montagne.

Les racines sont tout aussi merveilleuses, qui des mois durant stockent l'énergie et la matière produite par les feuilles et la restitueront à la venue des beaux jours, permettant ainsi la résurrection printanière du couvert végétal de la planète Verte.

 

Comment peut-on songer à détruire ces ouvrages d'art délicat et raffinés, ces fragiles filles du soleil que sont les plantes ? (1)

 

Prenez en revanche un animal : il peut être mignon de prime abord, et encore, c'est pas gagné. Mettons que ce soit un petit animal mignon (et là, je tiens à dire que c'est l'évolution qui nous fait considérer un animal comme mignon, lisez Stephen Jay Gould. Rien à voir avec la stupeur respectueuse, le battement de coeur ineffable que provoque la vue d'une orchidée, une sensation pure, pas dûe à une vulgaire poussée hormonale). Enlevez lui la peau, il devient hideux. Ses entrailles sont puantes, obscènes, sa physiologie est basée sur la destruction, le massacre, de plantes innocentes ou d'autres animaux, dont il déchire la chair à grands coups de dents.

 

Les animaux sont répugnants. Les animaux sont la honte de la Nature.

C'est pourquoi je ne peux avoir aucun complexe à bouffer des animaux. Je ne ressens pas ce sentiment de perte, de destruction insensée, que peut provoquer la vue d'une ratatouille. Certes, c'est beau, une ratatouille. Mais bon sang, quel gâchis.

 

Chez moi, la ratatouille, ça n'a jamais été courgettes, tomates et aubergines, mais lapin, poulet et agneau. Une ratatouille, c'était des plants de maïs, des carottes, des prairies sauvées de la destruction par le broutage aveugle de ces animaux. C'était un acte militant.

 

Aujourd'hui, j'ai acheté des tomates, et des oignons, et des mandarines, et des mangues.

Pourquoi ? Parce que c'était pas cher, et que je dois bien manger malgré le loyer, internet, l'eau, l'électricité, et l'arrivée prochaine de mes parents.

J'ai honte de moi.

 

D'autant que mon éducation étant ancrée profondément en moi, il y a des chances que je laisse pourrir mes victimes au fond du frigo. Je ne sais pas si c'est du gâchis, ou le signe que je ne suis pas encore irrattrapable.

 

Aujourd'hui, je vous l'avoue, je me sens un peu perdu.

 

(1) Alors au passage, je connais des gens qui sont carnivores pour la raison exactement opposée, qui prétendent que les plantes sont dégoûtantes, parce que ce sont juste du pétrole en maturation, et qu'ils se voient mal bouffant du pétrole. Ils me font un peu pitié avec leur argumentation à deux balles.

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21 avril 2011 4 21 /04 /avril /2011 23:22

Le corps scientifique a rarement été plus ignoré qu’à notre époque, j'ai l'impression. On fait des recherches, on étudie des trucs importants et tout, avec plein de cobayes, des fois même des tubes à essai et des blouses blanches, mais quand on sort une nouvelle importante avec des conséquences pour la santé de tous, l’Etat fait genre j’ai rien entendu, et balance des missiles en Libye pour faire oublier qu’il nous condamne tous un peu plus.

Bon, j’en vois parmi vous qui ne voient pas où je veux en venir.

C’est très simple : les scientifiques ont, après de nombreuses études, conclu aux bienfaits du sexe.

Car certes, à première vue, toutes ces acrobaties, cette énergie gâchée à transpirer de la sueur et des mucus génitaux, tout ça pour obtenir dans le meilleur des cas un grand frisson et dans le pire un bébé ou d’autres maladies, ça fait pas envie. Enfin, si, mais on sait bien que généralement, ce qui fait envie, c’est pas forcément bon pour nous, par exemple, les bonbons, ça donne des caries, l’alcool, ça fait vomir et retrouver des gens moches dans son lit le matin, et tout. Pourquoi le sexe ne serait pas dans le même lot ?

Puis il faut se souvenir que les chinois, les empereurs en particulier, se servaient du sexe comme d’un moyen d’obtenir l’immortalité. Et on sait que la médecine chinoise, c’est pas souvent qu’elle marche, par exemple, la bite de tigre n’est pas aphrodisiaque , en fait (sauf pour les tigres femelles, et uniquement attachée à un tigre mâle).

Mais là, pour une fois, ils avaient raison, les chinois : le sexe permet de vivre plus longtemps, c’est la science, la vraie, la Science quoi, qui le dit. On peut le lire dans une publication à gros Impact Factor (le Parisien) : la pratique régulière de l’acte sexuel « freine l’apparition de nombreuses maladies, comme le cancer ou les maladies cardio-vasculaires ». Du coup, moins malade, on meurt plus vieux, qu’on soit homme ou femme, d’ailleurs. Chez les porteurs de pénis, la dépravation la plus abominable permet de diviser par trois le risque de choper un cancer de la prostate. Et on ne compte plus le nombre d’hommes morts de la honte de se faire insérer des doigts dans le fondement par un médecin pervers prétendant détecter cette maladie. Messieurs, faites comme pour vos voitures, vidangez-vous régulièrement la tuyauterie, elle vous dira merci !

Chez la femme, la libération d’ocytocine lors des rapports sexuels « a un effet protecteur contre le cancer du sein ». C’est bien aussi, ça.

Au final, pratiquer le coït trois fois par semaine permettrait de gagner dix ans de vie. C’est Scien-ti-fique.

Et qu’apprend-on dans la même semaine ?

Le gouvernement veut criminaliser les clients de prostituées. Ha bé bravo.

On a les moyens de faire vivre les gens plus longtemps et en meilleure santé, et on punit ceux qui veulent le faire. On contribue à creuser le trou de la Sécu, en préparant de plus en plus de gens à être malades, ou quoi ? Ca couterait pas beaucoup moins cher à la société de rembourser les putes, au contraire ?

 Ou alors, c'est un complot de la mouvance catholique du gouvernement contre les célibataires, qui ont plus les moyens et les raisons d'aller aux putes que la plupart des hommes maqués. On sait bien que les célibataires sont mal vus par les intégristes. Ca m'étonnerait qu'à moitié qu'ils cherchent à les éliminer.

D'autant qu'une vie plus courte, ça permet de faire taxer les héritages plus tôt, aussi, et pour les caisses de l'état qui sont toujours vides, c'est toujours ça de pris. Même s'ils disent vouloir limiter les taxes de succession, et que les célibataires ont moins de successeurs et auraient donc plus tendance à dilapider leurs sous qu'à épargner.





Dilapider, entre autres chez les putes ! Du coup, pas de putes, pas de dilapidage, plus de sous dans les caisses de l'état !

Bon sang. Le gouvernement tient une politique presque cohérente, pour une fois.

 

Sources : http://www.leparisien.fr/societe/faire-l-amour-augmente-notre-esperance-de-vie-14-03-2011-1357455.php

Puis je sais plus quoi pour le truc des putes.

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9 avril 2011 6 09 /04 /avril /2011 20:42

NB : bon, c'est un truc commencé en septembre 2009, parce qu'un copain m'avait parlé d'un concours sur le thème du vampire. J'avais jamais réussi à le finir, mais comme ça fait un moment que je vous mets rien, je vous inflige ça, avec mes excuses. C'est fou comme ça avait l'air mieux écrit à trois heures du mat' y'a deux ans. Mais il faut voir ça comme un exercice de style.

 

*******************

 

C'est le dix-sept avril 1384, quelque part dans la nuit, que prit fin ma vie, et que mon existence commença. Je n'étais jusque là qu'un pouilleux de paysan, grattant les trois arpents de terre familiaux pour en faire sortir trois féveroles, dont une irait à notre poulet, une rejoindrait un demi navet et un bout de chair de lapin au fond de la marmite qui pendait dans la cheminée de notre masure, et la dernière à notre seigneur et maître, que Dieu l'protège.

Dieu. Ha !

 

C'était bien le diable qui le protégeait, not' bon seigneur, oui-da, et je l'appris de la plus douce des manières : par l'invitation de sa fille à partager sa couche. Elle s'appelait Mirela, était grande et mince, ses longs cheveux noirs lui tombaient jusqu'aux reins, sa peau était pâle comme les premières neiges d'octobre sur les monts de nos Carpates bien-aimées. Je ne l'avais jamais vue, bien sûr, elle n'allait pas courir les champs et les forêts quand on y travaillait, puisqu'elle était, comme son père, un vampire.

 

Nous nous en doutions, au village. On n'en parlait pas à voix haute, mais pourquoi ne sortaient-ils jamais de jour si ce n'étaient des vampires ? Pourquoi cette interdiction de chasser les chauve-souris ? Qui aurait seulement craint qu'un tas de bouseux, même affamés, puissent se rabattre sur des bestioles faméliques et répugnantes, au goût de moustiques, si ce n'est des vampires ? Pourquoi cette décoration de mauvais goût à l'entrée du château, cette entrée en forme de gueule ouverte, ces gargouilles tordues sur les gouttières, si ce n'étaient des vampires ?

 

On avait beau être des bouseux ignorants, on n'était pas complètement crétins pour autant.

Mais avoir des vampires pour seigneurs n'avait pas que des mauvais côtés : au moins, les voisins y regardaient à deux fois avant de tenter de vous envoyer leurs fantassins en guenilles vous piétiner vos féveroles, violer vos gamines et brûler vos chaumières, et rien que pour ça, ça valait le coup de fermer les yeux sur la disparition de quelques donzelles éthérées, gamins braillards ou maris violents. Les familles étaient habituées, on faisait un ou deux mômes de plus que ce qu'on pouvait nourrir, et on évitait d'envoyer la plus costaude des femelles chercher de l'eau au puits après vêpres. Heureusement pour nous, les vampires préféraient les gamines au teint pâle infoutues de porter un porcelet sous chaque bras, en gros les moins utiles au travail de la ferme. Alors on fermait les yeux quand elles disparaissaient, et on disait aux plus jeunes des marmots qu'elles étaient parties avec un beau prince faire fortune ailleurs.

 

Ce qui n'était pas complètement faux, notre seigneur avait de l'allure.

Mais j'anticipe.

Un soir, donc, alors que je me pressais de rentrer de la forêt, la hache sur la hanche et un fagot de bois sur l'épaule, cette fille m'aborda. Elle ne ressemblait en rien aux autres femmes du coin, qui avaient le cheveu rêche, la peau rougeaude, les mains calleuses et les ongles sales. Elle était... comme dans un rêve, si vous êtes du genre à rêver de fille grandes et minces, les cheveux noirs comme des ailes de corbeau qui tombent jusqu'aux reins, et moulée dans une robe dont le col n'en finit pas de descendre entre les globes blancs laiteux de mamelles qui tiennent toutes seules en l'air. Une trique de mulet envahit instantanément mes chausses, sans grande discrétion, et je fis basculer mon fagot sur mon ventre, tout en sentant le sang faire bouillir mes oreilles.

 

-Que... Qu'est-ce que je... vous... vous vous êtes...heuuu... perdue ? Réussis-je à bredouiller, ma langue me semblant de la taille d'une carpe dans ma bouche soudain sèche.

-Tu me plais, petit. Ca fait longtemps que j'ai l'oeil sur toi. Je sais que tu portes de... grandes choses en toi », répondit-elle, jetant un regard sur mon fagot.

 

La suite est d'une clarté étrange dans ma mémoire. Je me souviens de chaque pierre du chemin sur lequel elle m'entraîna, en direction du château que je n'avais jamais approché, je me souviens du grain de la porte de chêne de sa chambre, du moelleux incomparable de son lit, de la fraîcheur saisissante de sa peau, et, bien évidemment, du perçant acéré de ses canines.

 

Il faut croire que les dernières images de notre vie sont les plus marquantes. Je m'estime heureux que ce soit celles-là, j'aurais pu, avec moins de chance, avoir pour dernière vision le visage éploré d'une vieille femme sans dents, à l'haleine de bouc, qui aurait été ma femme pendant trente ans de misère.

 

Lorsque je me réveillai aux côtés de Mirela, il faisait encore nuit, mais ma vision était parfaite. Je distinguais sans avoir même à plisser les yeux les motifs brodés sur la tapisserie accrochée au fond de la chambre, à un jet de pierre de là. Mon odorat était également bien supérieur à ce qu'il avait été précédemment, ainsi que mon ouïe, me permettant d'entendre une araignée tisser son fil au coin du plafond.

Mais la plus étrange et la plus agréable des sensations fut celle de ce voile qui avait été levé de mon esprit, ou, plus exactement, la sensation que la mélasse dans laquelle se débattaient mes pensées avait fondu, les laissant libres de s'ébattre, sans s'encombrer au passage de ce paquet d'émotions et d'interdits inconscients dont, mortel, je ne réalisais pas le poids.

 

L'irruption de l'intelligence dans votre existence, quand on n'a connu jusque là que la gentille balourdise qui permet de faire sa vie dans un trou dominé par des créatures prédatrices et sans pitié, ça fait un petit choc, pas foncièrement désagréable une fois qu'on réalise qu'on est enfin du bon côté des canines.

Puis survient la première question :

 

-Pourquoi moi ? Pourquoi ne pas m'avoir tué, comme les autres ?

Mirela me regarda de ses yeux sombres.

-Bof. L'ennui. Tu es plutôt bien doté par la nature. Ça fait passer le temps, dans cette cambrousse.

 

Puis, après un temps de réflexion :

« Et t'éduquer m'amusera. Avoir quelqu'un à qui parler, aussi. Avec Père, on a épuisé les sujets de conversation depuis un moment.

-Tiens, c'est vrai, maintenant que j'y pense, on a jamais vu de cérémonie de passation de pouvoir au château, ou quoi que ce soit. Vous régnez ici depuis combien de temps ?

-Sept, huit générations humaines.

-Ha oui, quand même. Ca explique qu'on ait été habitués. Enfin », repris-je, « qu'ils aient été habitués ». Je ne faisais plus partie du village, et ça ne me posait pas de problème.

« Et aucun souci avec la populace, en tout ce temps ?

-Au début, il y en a bien eu pour tenter de planter de l'ail en douce sous les haricots, mais Père y a vite mis le holà. Et les rares qui ont tenté de nous abattre au pieu ou à l'arbalète se sont vite rendus compte de la difficulté à toucher une chauve-souris en vol. C'est souvent la dernière chose qu'ils ont apprise.

-Ha, parce qu'on peut être tué par un carreau d'arbalète ou un pieu ?

-En plein coeur, oui. Et il faut éviter la lumière du jour si tu ne tiens pas à être ramassé à la balayette par Igor... »

 

Ainsi commença mon éducation à l'existence de vampire. Notre conversation dura jusqu'au petit matin, où nous rejoignîmes la crypte de ma nouvelle famille, agréablement sombre et exhalant une odeur de champignons. J'y fus accueilli, un peu froidement, par mon beau-père (j'imagine que j'ai le droit de l'appeler ainsi), et m'installai dans un cercueil de sapin doublé de velours rouge, pour la première de ce qui seraient d'innombrables et semblables journées, suivies de nuits tout aussi semblables.

 

C'est l'inconvénient de l'immortalité, la monotonie. Mais avec la vie que j'avais eue, j'étais habitué.

Pendant plusieurs dizaines d'années, nous passâmes nos nuits à écumer tranquillement le voisinage, sélectionnant les proies qui nous étaient offertes par un peuple que la certitude d'y passer un jour rendait un peu amorphes : étrangers égarés, pucelles falotes, chasseurs de vampires imprudents dans leur quête de gloire, cueilleurs de champignons nocturnes, on se servait comme on pouvait. Et si les villageois constatèrent qu'un peu plus de monde y passait depuis ma disparition, ils n'eurent pas de réaction. Avais-je pu être aussi mou ? Sans doute.

 

Puis on s'ennuya. Je me lassai de Mirela, elle se lassa de moi. Du coup, nous prîmes chacun un nouveau compagnon, et brusquement, le village se fit trop petit pour nous nourrir sans dépérir. Ne pouvoir se sustenter que de sang humain, c'est un problème. Un de nos seuls problèmes, certes, mais un gros. S'étouffer au goût du sang de cerf qui abondait dans la région, et n'avoir de toute façon de soif que pour la jugulaire humaine, c'est quelque part frustrant.

 

Je décidai donc d'émigrer à Paris avec Rosa, une ancienne fille de ferme aux yeux noirs, à la fesse ronde et à l'esprit vif. Nous étions en 1745, et, à 350 ans passés, j'allais pour la première fois quitter ma vallée molvaque. Les regrets ne m'étouffèrent pas.

 

Nous voyageâmes de nuit, sous forme ailée, passant les journées dans des grottes humides, et cueillant quelques voyageurs nocturnes rarement appétissants. Puis, une fois arrivés à Paris, nous prîmes rapidement contact avec la population vampire locale, fort accueillante étant donné le peu de risques d'être en concurrence pour la pitance, mais beaucoup plus chatouilleuse quant à la discrétion que nous ne l'étions au pays. Les humains étaient plus nombreux, donc moins sensibles à nos prélèvements quotidiens, mais également plus dangereux. Entre une foule en colère armée de fourches et de torches, et une armée disciplinée, les risques pour nous n'étaient pas les mêmes. Nous dûmes donc adopter un profil bas, vivant dans les catacombes, les carrières et les caves parisiennes, beaucoup plus agréables que ce qu'on aurait pu penser.

 

La vie parisienne était d'ailleurs en tous points incomparable à ce que nous avions post-vécu : les esprits frémissaient de partout, la nuit bourdonnait de conversations, bref, les humains, pour la première fois, nous fournissaient une certaine stimulation intellectuelle.

La sensation était inconnue, et jouissive. Nous infiltrâmes petit à petit les salons à la mode, nous abreuvant d'idées nouvelles, et sélectionnant les humains les plus vifs pour en faire des nôtres. Je ne sais pas ce qui nous poussait, un certain rejet du gâchis sans doute, plus qu'une volonté de récompense. Quand on a vécu des siècles entouré de bouseux, une fois qu'on a trouvé une personne non seulement dotée de conversation, mais aussi d'idées, on répugne à envisager de laisser cette source de potentielle excitation cérébrale partir à la fosse commune.

Cela eut un effet pervers : parmi les nouveaux vampires, quelques-uns s'empressèrent de transformer leurs camarades de salon, qui eux-mêmes transformèrent d'autres de leurs connaissances.

 

Notre nombre grandit, donc. Notre pouvoir aussi. Rassemblez dans une capitale les esprits les plus brillants, ils vont forcément se manifester.

Nous nous manifestâmes. De manière plus abrupte que nous ne l'aurions voulu, d'ailleurs, mais, comme je viens de le dire, notre nombre grandissait, et il devenait de plus en plus compliqué de trouver des proies sans se faire remarquer, et on en était à se partager un humain à trois tous les deux jours.

Du coup, nous prîmes la seule mesure qui s'imposait à nos esprits affamés : plonger Paris dans un profond chaos. Ce fut la Révolution Française, qui prit une ampleur qui je l'avoue, nous dépassa un peu. Cependant, l'essentiel était assuré : les humains eux-mêmes venaient nous apporter des leurs en pâture. Nous tenions les tribunaux, il était donc aisé d'accéder aux condamnés, dont personne n'osait se soucier trop du sort.

La Terreur s'amplifia, s'étendit à tout le pays, puis à l'Europe. Nous voyageâmes avec elle, Rosa, moi, et de nombreux autres parmi les plus anciens, pour les mêmes raisons que nous avions quitté les Carpates : trouver un peu de nouveauté, tout en n'ayant pas à se rationner. On en revient toujours à ça.

 

Le pouvoir, nous avions connu pendant des décennies, voire des siècles. Nous en en étions lassés, comme de tout. Paris avait apporté ses facilités de chasse et son bouillonnement qui nous avaient plus qu'agréablement distraits, mais nous nous commencions un peu à nous marcher les uns sur les autres, nous avions donc laissé le pouvoir aux plus jeunes que ça intéressait encore, et avions repris la route des guerres européennes pour voir du nouveau et continuer à prélever notre dîme de soldats sans se faire remarquer. Rien de plus facile que d'attraper un dragon imbibé d'alcool s'éloignant de son camp pour vider sa vessie lourde de litres de piquette, puis de le faire inscrire sur la liste des déserteurs.

 

Mais intellectuellement, là encore, la stimulation n'était pas vraiment au rendez-vous. On se planque dans une tranchée, on attend qu'un pécore se pointe, on lui met le grappin dessus, et hop. La décharge d'adrénaline est limitée. Nous nous sommes donc lancé de nouveaux défis.

 

Certains de mes congénères sont devenus traders, afin de sucer aussi bien l'argent que le sang des humains. C'est qu'avec l'âge, comme ils disaient, on apprécie mieux le confort qu'apporte un bon gros tas de pognon.

 

Un bon nombre s'est lancé dans la médecine, puis, quand c'est devenu la mode, l'humanitaire. Après tout, quoi de plus normal que des morts dans les hôpitaux ou les camps de réfugiés ? Personne ne va chercher à l'expliquer.

 

Pour certains, Hollywood fut un refuge de choix. Ce fut notre cas, à Rosa et moi, et tant d'autres.

Nous nous étalions à la une des magazines humains qui ne voulaient pas nous reconnaître, malgré l'évidence : qui d'autre que des vampires ne sortirait jamais à la lumière du jour sans chausser de lunettes noires ? Et comment pouvaient-ils croire que les stars qu'ils adulaient, aux seins toujours fermes et à la jeunesse perpétuelle étaient de leur espèce ?

 

Pourquoi ne cherchaient-ils jamais à s'expliquer leur disparition au faîte de leur gloire, pour ne jamais réapparaître ? Pourquoi ne se sont-ils jamais demandé où passaient les jeunes garçons et jeunes filles en quête de gloire qui arrivaient par bus entiers, des étoiles dans les yeux, et qu'on ne voyait plus après leur premier casting ?

 

Cet aveuglement des humains m'a toujours fasciné.

 

Mais cette période dorée ne pouvait pas durer.

 

Nous avons fait des erreurs. Nous avons lâché la bride. Les humains ont commencé à moins se reproduire, et nous, dans notre tour d'ivoire, n'en avions cure. Nous autres, en revanche, étions de plus en plus nombreux. Ne pas se faire repérer est devenu de plus en plus compliqué.

Nous avons tenté de nouvelles techniques d'approvisionnement, lançant les premières banques du sang et jouant sur la culpabilité des humains pour nous fournir régulièrement.

Ça n'a pas suffi. Ça ne pouvait pas suffire. Nous étions déjà trop.

 

Puis, un jour, un être incongru est apparu, un être qui nous a tous condamné : un vampire crétin. Son raisonnement, nous-a-t-il appris avant qu'on le mette en pièces (la justice vampire est parfois expéditive), était le suivant : il ne faut pas que les humains nous découvrent, sans quoi ils sortiraient les pieux, les machins, et toute la technologie qu'ils ont acquise grâce à notre laxisme, et nous dégommeraient. Cependant, il faut bien se nourrir. Mais si on tue trop de monde, on se fait repérer. La solution idéale, avait-il compris dans un éclair d'idiotie, était de ne pas tuer d'humains en s'en nourrissant, et d'en faire des vampires. Les nouveaux vampires seraient de notre côté. Ils ne nous poseraient pas de problème.

Avant que nous ayons pu nous rendre compte de quoi que ce soit, ce crétin avait agi. Il avait converti à lui seul des milliers d'humains aux USA, en l'espace de deux ans. Et les avait également briefés sur ce qu'il convenait de faire pour ne pas mettre notre existence en péril.

 

Ha. Ha.

J'en rirais presque, si j'en avais la force.

 

En l'espace de quelques années, la population humaine aux USA avait disparu.

Quelques années de plus, et les vampires américains, s'étant exilé aux quatre coins du monde, avaient à peu près fait disparaître l'espèce humaine des villes et des campagnes. Ha ça, plus de risques qu'ils nous découvrent. Il restait ) peine quelques poches de survivants éparpillées dans des forêts.

 

Aujourd'hui, on crève de faim.

On ne peut pas se nourrir du sang d'animaux. (Et c'est bien dommage, parce qu'aujourd'hui, il y en a partout, on peut pas faire trois pas en ville sans tomber sur une laie et sa ribambelle de marcassins). Certains d'entre nous ont tenté le cannibalisme, ça ne marche pas. (et s'attaquer à un vampire, même quand on en est un soi-même, même quand on est poussé par la faim, ce n'est jamais une partie de plaisir). On a tenté des élevages d'humains, mais on n'avait pas assez de stock au départ, on a pu obtenir quelques centaines par-ci, par là, mais le stress, c'est mauvais pour la fécondité, et avec le nombre misérables de géniteurs qu'on avait, la consanguinité a mis fin à l'expérience en quelques générations.

 

On crève. Ho, on est toujours immortels, hein ! Mais quand on n'a plus de quoi se nourrir, on a beau ne pas caner proprement, si on n'a plus la force de se déplacer, on aimerait autant. Certains, comme moi, tiennent mieux le coup que d'autres, mais pourquoi, je n'en ai aucune idée.

 

Cette nuit, j'ai mis fin aux gémissements insupportables de Rosa. Avec un marteau, que j'ai eu du mal à soulever.

 

Demain, j'irai en forêt de Fontainebleau. Il y a là un petit troupeau d'humains. J'ai réussi deux ou trois fois à attraper un petit, laissé seul pendant une chasse aux rennes. Mais ils sont de plus en plus coriaces, maintenant. Et ils n'ont aucun scrupule à utiliser tous les bâtons pointus qui traînent dans la forêt.

 

Peut-être reviendrai-je au petit matin. Je ne sais pas si je l'espère encore.

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22 novembre 2010 1 22 /11 /novembre /2010 20:42

« Hola, mon garçon ? Aurais-tu à boire pour le père des faunes ? »

Brusquement tiré de son sommeil, Nikos ouvrit un oeil, qu'il referma aussitôt, aveuglé par l'éclatant soleil qui inondait la vallée. Il mit une main devant ses yeux, ramena son bâton sur ses genoux et fit « Hein ? ». Lorsque les taches blanches qui dansaient dans son champ de vision se furent dissipées, Nikos put enfin distinguer le visage de son interlocuteur. C'était le plus vieil homme qu'il eut jamais vu. Une barbe blanche comme l'écume, longue de deux pieds, mangeait un visage crevassé comme l'écorce du vieil olivier contre lequel l'adolescent était adossé.

Ses yeux, cependant, étaient noirs et vifs, et, pensa Nikos, brillants comme des crottes de biques fraîches.

« Je disais », reprit le vieillard, « aurais-tu un peu d'eau pour un vieil homme fatigué ? ». Nikos, un peu intimidé par cette rencontre inattendue, et encore un peu assommé de chaleur et de sommeil, lui tendit son outre. Le vieux but longuement, renversant la tête en arrière, à grandes gorgées sonores qui faisaient monter et descendre sa pomme d'Adam comme un bouchon sur les vagues. Il poussa un soupir de contentement. « Merci, mon petit. J'ai bien cru mourir de soif ». Nikos hocha la tête. Une idée lui vint soudain à l'esprit. « Qui avez-vous dit que vous étiez, déjà ? 

-Moi ? Je suis le père des faunes. »

Si cette nouvelle était censée impressionner Nikos, le vieux dut être un peu déçu. Néanmoins, le jeune garçon n'en eut pas moins une réaction. Il ouvrit la bouche, la referma, fronça les sourcils, et refit : « Hein ? » ?

 

Le vieil homme soupira. « C'est une longue histoire. Je suis le père des faunes, et pour cette faute, les dieux m'ont puni. J'erre sur cette terre depuis soixante vies d'hommes. Veux-tu que je te raconte ? Fais attention, tu vas avaler des mouches », ajouta-t-il amicalement. Nikos ferma la bouche et acquiesça d'un hochement de tête. Soixante vies d'homme ! Ce vieux avait dû connaître les temps des Titans, celui d'Heracles, la Guerre de Troie !

« J'étais alors un jeune pâtre, comme toi, et à peu près de ton âge. Je vivais dans une vallée tout à fait semblable à celle-ci, et, du matin au soir, je gardais les chèvres de mes parents. Il y avait parmi elles la plus belle chèvre que tu puisses imaginer. Son nom était Clio, elle avait des cornes d'un ivoire parfait, à la courbure douce et harmonieuse, sa fourrure était non pas rêche, emmêlée et puante, mais fraîche, parfumée et sans le moindre noeud pour entraver mes caresses, et sa croupe était charnue et ferme, pas osseuse comme celle de la plupart de ses congénères. Elle me séduisit, et ce qui devait arriver arriva, et bientôt, Clio fut pleine. »

 

Au cours de ce récit, les yeux de Nikos avaient commencé à s'exorbiter. Avec un cri de dégoût, il interrompit le vieux. « Mais vous êtes répugnant ! Dégueulasse !!  Ce que vous avez fait... » Il n'en trouvait plus de mots assez durs, et pendant qu'il bégayait en en cherchant, le vieux le coupa d'un ton sec, ses yeux noirs lançant des éclairs : « Crois-tu que je ne le sais pas ? Crois-tu qu'à mon époque, mon amour était mieux vu qu'à la tienne, crois-tu que ce fut facile à admettre pour moi ? Mais Clio m'aimait en retour, et nos sentiments étaient aussi purs que ceux de n'importe qui ! Et ne me regarde pas de cet oeil dégoûté ! Zeus n'a-t-il pas séduit Europe sous les traits d'un bélier ? Léda sous ceux d'un cygne ?

 

-Vous voulez dire que Clio était une déesse ? Nikos en eut le souffle coupé.

-Non, Clio était une bique, et ce que les dieux font, ils n'aiment pas voir les simples mortels le faire. Cependant, ils ont pris en pitié mes enfants, rejetés par les hommes à l'esprit étroit, qui n'y voyaient que des monstres mi-hommes, mi-bêtes. Ils en ont fait les protecteurs des bois et des forêts, et des prairies et des clairières. Mi-bêtes, ils ont la compréhension de la nature et de ses cycles, mi-hommes, ils en ont la capacité de prévoir, et la volonté de protéger. Mes enfants sont la bénédiction que les dieux ont donné au monde.

Mais s'ils ont été bons pour mes enfants, en revanche, pour ce qu'ils considéraient comme mon péché, les dieux ont été cruels. Ils m'ont condamné à l'immortalité, accompagnée d'une sentence bien plus terrible encore : si mes enfants les faunes, qui sont, pour leur part, mortels, venaient à disparaître de la terre, les bois qu'ils protègent crèveront, les arbres et les herbes se dessécheront sur place, les hommes ne trouveront plus de quoi survivre, et finiraient par disparaître. Je suis condamné à engendrer des faunes sous peine de provoquer la mort de tous les hommes. »

 

Le vieux soupira une fois de plus. Lorsqu'il reprit la parole, ses yeux étaient brouillés de larmes et sa voix tremblait. « Moi, qui n'aimais que Clio et n'étais aimé que d'elle, je dus la voir mourir en mettant au monde notre douzième enfant. Depuis, jamais je n'ai retrouvé sa semblable. Les autres chèvres me paraissent si insipides ! Clio était farouche, et joueuse, et tendre, et fine. Les autres sont complaisantes, bêtes et crasseuses. Mais depuis soixante générations, j'accomplis mon devoir, pour la survie des hommes. Du moins, jusqu'à il y a dix ans, je le faisais.

-Quoi ? S'exclama Nikos, vous n'enfantez plus ? Mais... mais vous condamnez les hommes ! Vous nous condamnez tous !

-Crois-tu que je ne le sais pas ? rétorqua le vieux, amer. « J'en pleure tous les jours. Mais mon corps se flétrit. Ma vigueur s'éteint. La sève qui montait dans ma branche s'est tarie. Je ne peux tout simplement plus. D'ici quelques décennies, oui, mon dernier enfant sera mort, et ce sera bientôt la fin de l'humanité.

-Non ! Ce n'est pas possible ! Ca ne se peut pas !

-Hélas, mon garçon, c'est la triste vérité. Tout ce que je peux faire aujourd'hui, c'est te conseiller de ne point enfanter, car ce sont tes enfants qui porteront le poids de ma faute et de mon déclin. Ne leur fais pas subir cela.

-Non ! Ce ne sera pas ! Je ne le laissera pas faire ! Hurla Nikos, s'il faut que naissent des faunes pour que vivent les hommes, il en naîtra ! »

Des larmes dans les yeux, devant le vieillard stupéfait, Nikos se mit à courir vers son troupeau, qui paissait dans le fond de la vallée, une demi-lieue en contrebas. De son point d'observation, le vieux vit sa silhouette s'approcher d'une jeune biquette blanche, se pencher vers elle, et, fermement, l'entraîner derrière un bosquet. Le vieux s'assit, son visage ne reflétant plus aucune émotion. Le feuillage du bosquet se mit à s'agiter doucement. Le vieux s'adossa à l'olivier, à l'endroit qu'occupait Nikos précédemment. Ses paupières parcheminées s'abaissèrent doucement.

 

Soudain, un hurlement retentit. Le vieux ouvrit les yeux. Une jeune fille, qui manifestement venait amener à boire à Nikos, avait laissé tomber une outre au sol, et courait, continuant de hurler des paroles inintelligibles. Le vieux vit Nikos émerger du bosquet en titubant, rajustant ses vêtements, et se mettre à courir derrière la jeune fille en criant.

 

Le vieux descendit dans la vallée, d'un pas mal assuré, dérapant sur les cailloux et glissant sur les touffes d'herbe jaunie. Il s'approcha du petit bosquet qui n'avait pas suffisamment bien caché Nikos et la biquette. Cette dernière le regarda d'un air curieux et attentif. Il lui passa autour du cou une longe qu'il portait dans son havresac, et d'une petite secousse, l'incita à le suivre, ce qu'elle fit sans difficulté.

 

Le vieux ne perdit pas de temps, et remonta sur les crêtes nues qui cernaient la vallée. De là, il commandait une vue imprenable sur les alentours. En particulier, il pouvait distinguer, derrière la vallée, un petit village qui semblait en ébullition. Des silhouettes pas plus grandes que des fourmis s'agitaient en grand nombre sur une petite place. Le soir tombait. Il s'adossa à un rocher, le regard toujours fixé sur le village, et la petite chèvre s'allongea sur le flanc à ses côtés. Alors que le soleil disparaissait, le village se dérobait rapidement à son regard. Bientôt, il ne put plus voir qu'une lueur orangée et tremblotante, sans doute un grand feu qui brûlait au milieu de la place. Une fumée s'éleva dans le ciel, voilant les premières étoiles. Le vent, qui s'était levé avec la nuit, apporta une odeur piquante, aux senteurs de cochon grillé. Le vieux réprima un haut-le-coeur, soupira, puis se coucha en chien de fusil et s'endormit.

 

 

 

Quelques mois plus tard

 

Hermes somnolait, assis sur un tronc d'arbre. au lieu de surveiller les chevaux de son père, quand une voix chevrotante retentit : « Hola, mon garçon. Aurais-tu de l'eau pour le père des centaures ? »

 

 

 

 

PS : je sais pas vous, mais moi j'ai pas bien compris la fin. Mais comme ça fait longtemps que j'ai rien mis, je vous fourgue une histoire zoophile écrite à quatre heures du matin. Désolé.

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