L'antre de la Flagorne

Vendredi 9 mars 2012 5 09 /03 /Mars /2012 10:42

Il y a quelques temps (des années, je crois), j'avais caressé l'idée d'écrire pour le site d'une copine, consacré à lui faire recevoir des bouquins gratos (où ça, de la mauvaise foi ?). Malheureusement (pour elle, je veux dire), elle a trouvé, l'ingrate, que ce que je lui envoyais n'entrait pas dans sa ligne éditoriale. Donc, comme j'aime pas gâcher, c'est, une fois de plus à vous que j'inflige ça.

 

Voilà donc.

 

 

« On s’en souvient tous, on s’en souviendra, le premier livre coquin qu’on a piqué à papa », chantait (approximativement) le grand Georges.

En ce qui me concerne, cette première expérience fut préparée longtemps à l’avance, les plans tirés précis et exécutés le cœur battant et les mains moites : vérifier longuement que personne n’occupe les environs, choper le bouquin, le glisser sous l’élastique du pantalon et contrôler que le T-shirt est bien par-dessus pour qu’on ne puisse rien voir, puis quitter lentement la chambre des parents, avec précautions, pour éviter que l'objet du délit ne tombe avec un bruit assourdissant, attirant toute la maisonnée outragée. Même si j’avais attendu un moment où j’étais seul à la maison, ce n’était pas une raison pour laisse la moindre chance au hasard.

Je dois dire, à ma grande honte, que le résultat de mon larcin ne fut pas vraiment à la hauteur de mes espoirs. Il portait pourtant un titre équivoque, « Et quand je vous fais ça, vous sentez quelque chose ? », par Robert Sheckley, et la couverture arborait une moitié de fille en maillot de bain, la deuxième moitié (supérieur) étant fourrée dans un gros tube.

Eh bien, malgré ce titre aguicheur, j’ai été, à l’époque (vers 10 ans, je crois), profondément déçu. Le pire dans l’histoire fut que mon père (que l’on ne peut soupçonner de pousser ses enfants à la débauche) m’a conseillé de le lire peu après. Des larmes de honte me montent encore aux yeux quand j’y pense. Au temps pour mes fantasmes.

Néanmoins, en bon fils obéissant, je le lus, cette fois sans chercher exclusivement les cochonneries qui ne s’y trouvaient de toute façon pas plus que lors de ma première lecture. Puis je le relus. En réclamai d’autres du même auteur à mon père. Passai des heures à fouiller les cartons dans les brocantes, afin d’en trouver de nouveaux (avec un certain succès), le cœur battant aussi fort que quand j’étais persuadé de l’illicitité de l’œuvre, tout ça parce qu’il me fallait PLUS de Sheckley. Je l’avoue sans honte, j’étais devenu addict.

Depuis, j’ai ralenti ma consommation, un peu. Je me suis mis au deal. J’ai tenté de convertir des gens (beaucoup), et d’ailleurs, comme vous voyez, je continue. Mon argumentaire est maintenant bien rodé : « RobertSheckleyc’esttrobien, ilfautlelire, tiensjetel’offre, lislealorsc’esttropbienheinheinhein ? »

Oui, Robert Sheckley est à ma bibliothèque ce que Justin Bieber est à la playlist secrète de Lelf. (hein ? Il fallait pas le dire ?)

Bon, je vous l’accorde, ici, vous êtes en droit d’attendre plus de moi que si je vous tenais en face de moi (je ne vous souhaite pas d’être un jour dans cette situation).

Robert Sheckley est, pour dire les choses simplement, le maître de la nouvelle de Science-Fiction. J’allais mettre « de la SF d’humour », mais en fait, non.

Un aspect particulièrement agréable dans la SF de Sheckley, c’est que la science a beau être là, on a les vaisseaux, les extra-terrestres, les robots et tout, elle reste absolument à sa place : elle est là pour fournir un cadre aux aventures d’humains qui ne changent pas vraiment par rapport à ce qu’ils étaient dans les années 50-60. Pour un auteur aussi drôle, capable de faire tomber amoureux un aspirateur d’une jeune femme (dans Et quand je vous fais ça, vous sentez quelque chose ?), ou l’inénarrable (rassurez-vous, il la narre très bien) agence A.A.A. Ace de décontamination planétaire, Sheckley ne parait pas être super optimiste sur la nature humaine.

Ses héros, de superbes américains moyens, ont du mal à faire face à la société qu’on se prépare, que Sheckley décrit parfois avec une surprenante justesse (là, je pense en particulier au Prix du Danger, nouvelle écrite dans les années 60, où le héros participe à une émission de télé-réalité dans laquelle il doit survivre une semaine à une meute de tueurs lancée à ses trousses, tandis que les téléspectateurs peuvent l’aider (par téléphone) ou aider les tueurs… On en est pas encore là, mais on s'approche).

Avec Sheckley, même quand tout va bien, tout ne va pas bien. Soit les oignons sont des carottes déguisées, soit ils sont beaucoup trop oignonnés, comme dirait (peut-être) le dieu Thot-Hermes. C’est jusqu’à l’Utopie qui en prend pour son grade (un Billet pour Tranaï), et pourtant, elle est pleine de bonnes idées, comme le fait de conserver sa femme en stase, pour ne l’en sortir que quand on est d’humeur, et qu’on a du temps à lui accorder, ce qui permet une vie de couple beaucoup plus équilibrée (et en plus, quand on est vieux, on a le plaisir d’avoir une fraîche et jeune épouse).

Excusez-moi. J’en dis trop, ou pas assez. Je pourrais m’éterniser sur chacune de ses petites perles de nouvelles, où la guerre a disparu de la Terre (grâce à la loi sur le Suicide librement consenti), où la schizophrénie est traitée en dispersant les personnalités surnuméraires dans des corps artificiels (Avatar avant la lettre), où l’Enfer fait des promotions exceptionnelles aux potentiels clients, des nouvelles aux titres alléchants comme « Et quand… », « Supertrip du tube digestif au cosmos via mantra, tantra et super-cocktail maison », « les Vacances de Monsieur Papazian », « Au royaume des Carottes, les Oignons sont rois »…

Il faut aussi signaler que certaines de ces nouvelles sont plus du domaine du fantastique, et que Robert le grand a aussi commis des œuvres de fantasy, avec Zelazny comme partenaire (la série du « Démon de la farce »).

Je pourrais aussi citer ses romans. Oméga, un bouquin sur une planète prison, est particulièrement réussi. Les Erreurs de Joenes fait partie d'une sélection du New Scientist des romans de SF injustement méconnus. Mais je vais m'en abstenir, car j'ai juré l'abstinence avant le mariage.

En bref, Sheckley, c’est bon, lisez-en, ou mourez idiots (ou fans de Werber, ce qui revient au même).

Par Francis - Publié dans : L'antre de la Flagorne
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 12 février 2012 7 12 /02 /Fév /2012 12:42

Autant vous le dire tout de suite, j'ai longtemps été convaincu qu'il n'y avait pas de rock en France. Après tout, on n'a pas Liverpool ou Manchester, du coup, c'était pas étonnant qu'on n'ait pas les musicos qui en sont sortis.

J'avais oublié quelque chose. Si on n'a pas Liverpool, on a le Havre. Il fallait bien un cinéaste chelou finlandais pour me rappeler ça. Je parle bien sûr d'Aki Kaurismaki (j'ai oublié où il était accentué) et de son film Le Havre. C'est un bon film. Depuis deux jours qu'on l'a vu, avec mon popa, on n'arrive plus à ne plus se parler comme les acteurs qui jouent dedans (c'est à dire avec force politesse, une grammaire irréprochable et une diction élégante, qui nous font regarder de travers au rayon légumes du Cora)(oui, je vais au cinéma avec mon popa, quand il faut le remercier pour l'achat d'une demi-douzaine de bouquins au Gibert un vendredi après-midi. Depuis que je suis au chômage à la maison, j'ai l'impression d'avoir retrouvé mes douze ans, c'est merveilleux).

Mais je papote, je papote, et j'en oublie le sujet de mon article, à savoir qu'Aki nous a fait découvrir un vrai groupe de rock français des années 70, Little Bob, et en particulier son meneur, Little Bob, nom de scène de Roberto Piazza (on n'est jamais si bien français aux yeux des français que quand on est un fils d'émigré qui a réussi).

Je m'en veux de ne pas avoir connu Little Bob plus tôt, tiens. Mais bon, je n'ai pas le sentiment qu'il ait été particulièrement connu en France, même à sa grande (haha) époque. Apparemment, en revanche, il marchait bien chez les angliches, à l'époque où on idolâtrait Michel Sardou, C. Jérôme ou Abba. Je n'aime pas les anglais, ils n'ont pas de goût en matière culinaire et des mauvaises dents, mais faut reconnaître que musicalement, ils sont quand même un gros poil au dessus (ou l'étaient, du moins. Je le saurai quand j'écouterai ce qui se fait maintenant là-bas, c'est à dire dans une dizaine d'années au moins).

Mais trêve de blabla, écoutons du wock'n'woll ! Du bien gras, bluesy comme il faut. Yeah. Les Stones sont plus les seuls vieux ridés du rock.

 

(ça, c'est dans le film)

 

 

(ça, c'est dans les années 80)

 

 


 
 

 

Par Francis - Publié dans : L'antre de la Flagorne
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Mercredi 1 février 2012 3 01 /02 /Fév /2012 11:42

 

Je vous le dis tout de suite, je ne suis pas du genre à m'enthousiasmer pour une série télé. Enfin, à part Community, Sherlock, the Office, Doctor Who, Arrested Development, Downton Abbey, Death Valley, Black Books, Misfits, the Wire, Firefly, Spaced ou encore Treme, parce qu'il faut reconnaître qu'elles poutrent un peu leurs mères, mais sinon, honnêtement, je méprise assez tout ce qui est diffusé dans la boîte à sotteries, et j'évite le plus possible d'en regarder pour pas avoir la cervelle qui fond (enfin, à part Castle, Life on Mars, Fais pas ci, fais pas ça, Battlestar Galactica, Breaking Bad, Carnivale, Chuck, Dollhouse, Eureka, Father Ted, Flight of the Conchords, Game of Thrones, Homeland, How I met your Mother, Jeeves and Wooster, Kaamelott, Louie, Lucky Louie, Mad Men, Modern Family, Once upon a time, Pushing Daisies, Scrubs, Six feet Under, HeroCorp, That 70s Show, the IT Crowd, Torchwood, Malcolm ou encore Better off Ted mais hé, je suis au chômage, hein, faut bien s'occuper, quoi, merde, y'a pas que le boulot dans la vie).

Donc, je n'aime pas trop les séries télé, et je serais moi j'éviterais au maximum d'en parler pour pas vous rendre plus bêtes que vous ne l'êtes déjà (ce qui, pour certains, est beaucoup), mais bon, en toute honnêteté, là, cette nouvelle série australienne, je ne pouvais pas passer à côté, car voyez-vous, mon background familial a nourri en moi un profond amour pour l'espionnage (mon papa est espion. Je vous l'ai déjà dit, non ? Enfin, je crois qu'il est espion. Il ne m'a jamais dit qu'il l'était, c'est bien ce que font les espions, non ?), et par ailleurs, la seconde guerre mondiale m'a toujours paru résonner en moi comme les trompettes de Jéricho. Cette dernière phrase ne veut rien dire, mais c'est parce qu'il me fallait un deuxième élément explicatif de mon intérêt pour cette série, qui se passe donc dans le milieu de l'espionnage durant la seconde guerre mondiale (et puis j'ai toujours eu envie d'avoir quelque chose qui résonnait en moi, ça fait quand même classe un peu).

Danger 5 (c'est le titre de la série) suit donc les aventures de 5 (ce sont les 5 dans Danger 5) espions alliés (les alliés, c'était bien les gentils, c'est ça ? Enfin, ceux qui tuaient les méchants à la mitraillette ? Je suis nul en histoire) qui déjouent les plans machiavéliques de l'hydre nazie, avec des mitraillettes. Il y en a un de chaque pays de gentils important : une anglaise, un américain, un australien, une russe et un européen, et ils vont mettre des bâtons dans les roues de l'hydre nazie avec toute la classe des espions, en buvant des martinis et en fumant des cigarettes et en tirant à la mitraillette, sauf que des fois, ça marche pas parce que Hitler a fait concevoir dans ses laboratoires nazis des femmes avec une peau en diamant noir qui résiste aux tirs de mitraillette. Ils ont trop la classe tous, surtout Ilsa qui peut dompter les babouins nazis mais pas que, Jackson qui fait des tours de magie avec ses cartes Stallion, et Pierre qui porte une moustache.

Enfin bon, là j'ai vu qu'un seul épisode, le seul qui soit déjà sorti parce que c'est diffusé à partir de février seulement, un épisode donc, qu'on trouve sur youtube en 5 morceaux, mais j'ai appris plein de choses sur les nazis et leurs expériences de nazis (ils ont même fait des babouins nazis), et c'est bien chouette déjà, et Hitler, c'est un salaud.

Bon, les effets spéciaux sont pas toujours super bien faits, mais pour une série australienne, c'est pas mal déjà, en tous cas les explosions sont mieux que dans Hartley, cœurs à vif.

Enfin, je vous en laisse seuls juges, avec le trailer suivant, qui est en anglais, mais ça va, on comprend quand même si on se donne un peu la peine.

 

 

 

Pour ceux qui n'en peuvent déjà plus, le premier épisode est là (bon, je vous mets seulement la première partie, après, vous vous démerdez)

 

 


 
 

 

Par Francis - Publié dans : L'antre de la Flagorne
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Jeudi 26 janvier 2012 4 26 /01 /Jan /2012 09:42

Les chanteuses de musique populaires sont souvent des méchantes filles. Elles se maquillent comme des catins de Babylone, elles se font des tatouages de papillons comme de vulgaires bikers velus, elles portent des bottes comme des cowboys qui chiquent, elles disent des gros mots dans leurs chansons, et traitent les garçons comme des objets qui ne sont plus bienvenus anymore, qui servent rien qu'à kiffer la vaïbe, qui pleuvent alleluia, j'en passe et des meilleures.

Et nous les garçons, on aime ça, parce qu'on en a soupé de la princesse charmante qu'on attend en soupirant à nos balcons, on veut des bad girls qui viennent nous chercher à dos de dragon qui crache des flammes, ou, à défaut, à dos de moto avec un dragon qui crache des flammes peint dessus, avec de l'orange fluo, et qui fait ratatatatat avec le pot d'échappement qui crache des flammes et ça réveille nos parents quand on démarre avec leurs cheveux dans le nez qui sentent le shampooing avec adoucissant 3 en 1 et qu'on dit zut à la société en crachant sur le goudron chaud de l'après-midi, ouais.

Du coup, moi, une que j'aime bien dans les chanteuses, c'est la plus méchante d'entre elles, c'est April Smith. Déjà, parce qu'elle a le même prénom que la copine des tortues ninja sauf qu'elle s'habille pas dans un sac jaune, et ça, c'est trop la classe, parce que quand même quoi, la copine des tortues ninja !

Ensuite, j'aime bien aussi parce qu'elle est tellement méchante qu'elle fait des chansons avec des gens morts dedans, et que les gens morts dedans, c'est la classe aussi, comme les zombies, sauf qu'eux ils sont vivants en même temps et ceux-là, non, ils servent juste de vases et de mannequins pour essayer des habits et puis aussi ho non je peux pas le dire c'est trop beurk. Enfin voilà voilà, quoi.

Puis j'aime bien comme elle chante, aussi.

 

 


 

 

Et la plus méchante de ses chansons :

 

 


 
Par Francis - Publié dans : L'antre de la Flagorne
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mardi 26 octobre 2010 2 26 /10 /Oct /2010 15:42

La vie d’un poulpe est dure, cruelle, et souvent brève. Fils de la mer, il en est aussi l’enfant mal-aimé, celui que les grosses brutes dévorent vivant dans la cour de récréation, de leurs dents acérées et féroces, sous le regard indifférent de ses camarades qui ne bougeraient pas une nageoire pour lui venir en aide, trop heureux de ne pas être à sa place.

Son tempérament est mutilé par le rabaissement constant dont il est victime dans son écosystème. Ainsi brimé, il présente au regard du monde une bonhomie placide et un peu triste, et surtout, sans ambition, sans espoir de reconnaissance. Car il est pour un poulpe excessivement difficile de réussir à percer dans le monde. L’ascenseur social ne lui est pas destiné, les boutons sont trop hauts, hors de portée de ses tentacules qu’il agite faiblement, dans un geste vain et sans illusion. Et si même il était assez grand pour se hisser jusqu’aux boutons, il ne saurait appuyer dessus, car son être est mou, mou comme un vieux pneu abandonné.

Non, la nature n’a décidément pas été douce avec les poulpes.
C’est pourquoi la vie de Paul le poulpe n’en est que plus extraordinaire, c’est pourquoi Paul est une source d’inspiration pour nous tous !

Car Paul n’a jamais baissé la tête. Face à un monde qui ne voulait pas de lui, Paul a su imposer son talent, sa prescience, et devenir l’étoile du showbiz que nous connaissons, et que nous aimons. Jour après jour, durant la coupe du Monde, Paul a su nous prédire, sans se tromper une seule fois, les résultats de l’Allemagne. Cet exploit ne saurait être dû au hasard. Les statistiques sont bien trop en sa défaveur, il n’y aurait pas une chance sur un million pour qu’il ait vu juste par hasard. Non, c’est uniquement son talent qui lui vaut sa reconnaissance dans le monde entier.

Et ce monde entier a hurlé d'une seule voix pour empêcher l’exécution infâme qui lui était réservée par des supporters allemands furieux, oui, le monde entier a su s’unir pour faire reculer la main du bourreau qui déjà d’une main levait un hachoir acéré au-dessus de sa tête et de l’autre faisait frire l’huile qu'il s'apprêtait à offrir comme linceul au corps de sa victime innocente !

Oui. Paul a su faire ce que le Dalaï Lama ou Gandhi n’ont pu réussir : faire reculer la barbarie dans le monde. Paul a donné à l’humanité une raison d’espérer un monde meilleur !

Aujourd’hui, vous le savez, Paul est mort. A l'âge tendre de deux ans et demi, il a rejoint la droite de Poséidon, aux côtés de Jacques-Yves Cousteau, de Willy et de Capt’n Igloo.

Mais si les larmes salées nous montent aux yeux en cette heure tragique, si nous nous sentons abandonnés, orphelins, il nous faut refouler cette douleur, réprimer ces larmes, et ne retenir que la formidable leçon de vie que Paul nous a apprise, pour avancer dans nos vies, et voir plus loin, et croire encore qu’un meilleur monde est possible.

C’est pourquoi, aujourd’hui, je vous demande le recueillement. Certains esprits cyniques parmi vous vont, je n’en doute pas, juger bon de faire les malins avec des propos provocateurs. Je vous en prie, avant de répliquer, pensez un peu à l’être qui vient de nous quitter, à sa vie que jamais le moindre soupçon de tricherie ou de dopage, ou même d’appât du gain, n’a obscurci, et ayez un peu de respect. A cette vie qui, comme tant d'autres, s'est achevée trop tôt.

Paul, tu es pour nous un soleil éclatant qui donne la lumière à nos vies, et nous ne t’oublierons jamais.

Par Francis - Publié dans : L'antre de la Flagorne
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Dimanche 27 septembre 2009 7 27 /09 /Sep /2009 21:42

C'est marrant comme un bon week-end peut tenir à peu de choses. Celui-ci, c'était dû en bonne partie à ce sale belge d'Unpied, sans qui je ne sais pas si je serais venu au festiblog. Après y être allé deux fois, on sait à quoi s'en tenir, on a déjà rencontré les gens, et on se dit bon ben voilà quoi. Ca va être encore une fois la même chose.

 

Et c'était le cas.

 

Sauf que là, c'est curieux, mais il s'est rajouté un côté familier. Et c'était bien.

Partout où je tournais la tête, il y avait des gens que je reconnaissais. Des auteurs, surtout, bien sûr, vu les stars internationales du blog français qui attirent leurs hordes de fans, des Boulet, des Laurel, des Pénélope, mais j'ai pu aussi reconnaître quelques fans parmi les hordes (bon, ceux-là, c'est plutôt inquiétant, je ne leur ai pas adressé trop la parole).

Puis il y avait même des gens qui me reconnaissaient : des cubik qui venaient distribuer des smoothies gratos, des Wandrille qui claquaient la bise, des Turalo sans moustache qui disaient bonjour en passant, des Peb & Fox qui se souvenaient du temps qu'il faisait lors de notre première rencontre, tout ça. Bon, bien sûr, des fois, il fallait les forcer à se souvenir (tu sais bien, on a mangé une raclette chez Nelly avec cubik, j'avais un bonnet de l'Armée Rouge et tu m'a montré tes seins, tout ça aussi).

 

Puis des nouvelles personnes, des amis d'amis, qui m'ont permis de passer le temps dans les très nombrables (4) files d'attente que j'ai faites cette année. Parce que bon, j'avais décidé de ne faire dédicacer que des BD que j'avais déjà (certaines depuis un bail). J'ai pu faire la course à la dédicace entre Frédéric Peynet et Obion contre une soeur de la copine d'un ami à cubik (si j'ai bien compris). On a fait match nul.

 

Puis bien sûr, il y avait les amis : Lelf et son Jésus en premier lieu pour le samedi, Donio et Oneiros pour le dimanche et puis les exploiteurs du peuple en la personne de Phiip, qui m'a forcé à distribuer je ne sais combien de centaines de tracts pour le passage de Gad à la librairie Goscinny jeudi prochain. Mais avec un bon argumentaire (protège de la grippe A ! Le flyer de l'amour ! Il y en aura pour tout le monde, pas de déçus ! Faites acte de charité, prenez-moi un flyer, dieu vous le rendra, on ne regarde pas les auteurs dédicacer si on n'a pas son flyer, s'il vous plaît, un flyer mademoiselle, un flyer monsieur, il fait marque-page si vous voulez), et un passage dans la queue de Boulet et celle de Pénélope, c'était vite réglé et je me suis fait offrir un coca en échange. Il est gentil, Phiip, je l'aime bien. Même s'il ne fait pas les calepins de Lapin. Puis il m'aura permis d'offrir un flyer à Mathieu Chedid en faisant genre je l'avais pas reconnu (han, le gars, il savait même pas ce que c'était le festiblog !)

 

En fait, c'était ça, le truc : c'était bien parce qu'il y avait plein de gens que j'aimais bien. Que je leur aie parlé une fois en dédicace, ou croisés à plusieurs reprises, ou connus depuis des années ou rencontrés sur place, je me suis senti chez moi, et c'était bien agréable.

 

Décidément, le festiblog, c'est plein de gens gentils. C'est pas le pays des bisounours, mais y'a quelque chose.Quelque chose qui m'a permis de ne pas réviser mon chinois sans culpabiliser. Enfin, de ne pas culpabiliser de ne pas réviser mon chinois quoi.

 

Par Francis - Publié dans : L'antre de la Flagorne
Ecrire un commentaire - Voir les 7 commentaires
Jeudi 24 septembre 2009 4 24 /09 /Sep /2009 18:42

S'il y a bien une chose que je ne supporte pas, c'est qu'on se moque des gens sans raison. Juste comme ça, pour blesser. Qu'on sorte leurs propos du contexte dans lequel ils ont été tenus. Qu'on se gausse de leurs paroles prononcées sur un coup de tête. Qu'on raille leurs animaux préférés parce qu'on est simplement un sale ignorant intolérant. Qu'on se fiche de leurs origines, ou de celles qu'ils aimeraient avoir.

 

Et surtout, je ne supporte pas qu'on se fiche des origines des gens quand on est soi-même un sale belge blasphémateur destiné à brûler pour l'éternité dans les flammes concupiscentes de l'Enfer pendant que le Tout-Puissant vous montrera du doigt en criant « HA-HA ! » et que des angelots ventrus vous jetteront des cailloux en nuage.

 

Du coup, je vous le dis tout net, ne faites pas comme moi et n'achetez pas la Nostalgie de Dieu de ce voyou mangeur de frites de Marc Dubuisson.

Crachez même si vous le voulez sur sa couverture à l'élégance trompeuse. Arrachez-en les pages avec ces ridicules bonshommes bâtons, aussi jouissivement expressifs soient-ils. Médites de ses dialogues suintant d'anticléricalisme entre un bonhomme suicidaire et un Dieu cynique et désabusé dans tous les salons que vous fréquenterez, parlez-en partout, que les gens sachent qu'il ne faut pas l'acheter même si c'est foutrement drôle, et qu'en plus, c'est trouvable gratos sur internet, , avec la suite .

 

Et surtout, n'allez pas le voir au festiblog dimanche prochain entre 16h et 18h, sauf si c'est pour lui dire que c'est un peu facile de pourrir la réputation des gens sur internet et que si c'est un homme, il pourrait un peu s'expliquer en face à face, puis pour lui prendre une dédicace que vous vendrez plus tard cher sur ebay pendant qu'il sera encore en train d'apprendre à dessiner un oryctérope, ce gros nul.

 

Non mais, je vous jure...

 

Jamais on m'a traité comme ça.

 

 

 

Par Francis - Publié dans : L'antre de la Flagorne
Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
Mercredi 2 septembre 2009 3 02 /09 /Sep /2009 22:42

En relisant un peu mon blog (en fait non, en essayant de me remémorer ce que j'y avais fichu), je me suis rendu compte que si je donnais des conseils de lecture au moins deux fois, la seule fiche de lecture dont je me sois fendu concernait Marc Levy. Du coup, j'ai un peu honte, et je me suis dit "pourquoi ne pas parler d'un truc qui m'a plu en recyclant ce que j'ai écrit pour un autre site, hein ?", et je me suis dit "ha ouais, pas con", du coup, voilà.

 

S'il est une chose indubitable dans ce monde de machos, c'est que les gens rigolos sont généralement des messieurs. De braves messieurs, que j'imagine respectables le plus souvent, à l'anglicitude irréprochable jusqu'à la moustache cirée et au chapeau melon, et surtout qui sont immanquablement dotés d'un pénis et de la sempiternelle paire de coucougnettes qui l'accompagnent.

Des mecs, quoi.

Même en cherchant bien, on trouve peu de femmes ayant l'humour pour sacerdoce. On ne voit pas (enfin, je ne vois pas) au premier abord d'équivalent féminin aux Monty Pythons ou à Douglas Adams. Y'a qu'à regarder les H2G2, hein.

Je ne sais pas à quoi c'est dû. Peut-être au fait que les femmes sont là pour qu'on les fasse rire, afin de les coucher à moitié dans nos lits, mais qu'une femme drôle est vulgaire. Un bon exemple est Geneviève de Fontenay, la grande humoriste française, dont les traits d'esprits sont aussi dégoûtants que ceux de Bigard, que nul ne voudrait dans son pieu.

 

Mais il ne faut pas s'arrêter aux premiers abords, car au second, on peut trouver des perles, en fouillant les huîtres malodorantes de la littérature fantasy.

C'est le cas de Catherine Dufour (1).

Catherine Dufour est une écrivain française, qui longtemps refusa de publier ses textes, pour la bonne raison qu'elle les jugeait « très mauvais ». Beaucoup de gens n'ont pas cette pudeur (Marc, Guillaume, si vous me lisez, spécheule kassdédi).

Puis, dit-elle, elle découvrit Terry Pratchett, et décida que faire rire était une raison valable d'écrire.

En une semaine, elle avait fini Blanche-Neige = SS, titre explicitement pompé à Vuillemin (encore de la référence qui donne envie), qui allait se transformer en « Une cloche à fromage pour réception de huit cent personnes », jugé un peu long par son éditrice qui allait lui imposer « Blanche-Neige et les Lance-Missiles », premier tome du cycle Quand les dieux buvaient.

 

Autant le dire tout de suite, Blanche-Neige..., c'est un sacré bordel. Assez compliqué à résumer pour qui l'a abandonné (bon, perdu) au bout de la moitié, pour le finir deux mois plus tard.

Mais ce fouillis foutraque a quelque chose de jouissif.

Hommage appuyé et revendiqué à Pratchett, aux Monty Pythons et à Douglas Adams (on peut trouver pire comme maîtres), elle retrace l'histoire du monde depuis qu'il était plat (2), dans une uchronie foisonnante (c'est rigolo, c'est le mot utilisé en quatrième de couverture aussi, mais je l'avais trouvé en premier) de clins d'oeils (3), de références, et d'une invention langagière qui n'appartient qu'à elle.

Bon, ça vous dit pas vraiment de quoi ça parle...

A la base, mettons que c'est du conte de fées. On retrouve des personnages connus, Blanche-Neige, Aurore de Bois Dormant, Peau d'Âne, Dieu, Vareuse-Tagueule (enfin, le petit Chaperon Rouge), et ça commence par la fin du monde, parce que Dieu et ses anges sont devenus ivrognes par la faute de Bille Guette, qui voudra par la suite se débarasser des spectres qui auront envahi internet, en les convertissant de .spectr en .3d et en les faisant poursuivre par des meutes de PacMan, heureusement pour eux qu'Evariste Galois et les fées du Bois de Boulogne veillent...

Je saute des épisodes, pardon.

 

Alors, Blanche-Neige, après être devenue une abominable dictatrice...

Non, j'en dis trop.

Bon, alors, le couple formé par Peau-d'Âne et Cendrillon qui en avaient marre d'attendre le prince charmant battant de l'aile...

Non, ça va pas.

Alors, au tout commencement, il y avait un village gai et industrieux, peuplé d'êtres généreux et aimables, pourvu que vous soyez pas une saloperie d'étranger. Aïe, fils de Baffe, petit-fils de Ronfle, neveu de Bibron, Soluble et Perclus, cousin de Demi, Craspette, Liquette, Aufraise, Bedon, Arnica et Lampion, fait fortune dans la bière de saucisson des marais et...

Nan, ça explique pas vraiment.

 

Bon, je crois que je vais abandonner l'idée de raconter l'histoire, je ne parlerai donc pas de la fille du père Noël, des gragons ou de Mismas l'écrivaine fantasy auteur de Le Dit de l'Epée du Démon Blanc. C'est trop bordélique.

Mais on s' y retrouve quand même, c'est ça qui est fort.

En plus, c'est tellement savoureux qu'on peut se relire des passages trente six fois en continuant à se bidonner comme un pot de pétunias.

 

« Alors, j'y ai dit, à ma mère, que j'avais pas envie d'y aller, cause que ma grand', elle pique du menton et elle me fait faire sa vaisselle. 'lors a m'a dit :

-Et mon sabot dans ton cul, ça va t'y piquer ?

 et a m'a donné ce panier, là, avec du pain sec pour l'âne à ma grand', pis j'y ai dit :

-Pis si je rencontre un loup ou un linsk, hein ?

 alors a m'a dit :

-T'y fous un peu de ce poivre dans la truffe, ça ira bien.

 et a m'a donné ce sachet de poivre, alors j'y ai dit :

-Pis si je rencontre le monsieur tout velu qui me dit des cochonceries ?

Alors a m'a dit :

-Ca te fera l'occasion de t'instruire, pour une fois.

 et a m'a donné ce petit pot de beurre, alors j'y ai dit :

-Pis si je rencontre un korrigan ou un elfe noir ?

 alors a m'a dit :

-Tu t'démerdes.

 alors j'y ai dit :

-Pis si je croise un ours, hein ?

 alors a m'a dit :

-Ben là, tu l'as dans l'fondement

 alors j'y ai dit :

-Pis si je...

 alors a m'a dit :

-Ta gueule !

Et a m'a foutue dehors, dites donc ! »

 

Et je passe le don qu'elle a pour les petites phrases définitives suintantes d'un cynisme de bon aloi, et les myriades d'expressions plus inventives les unes que les autres.

Non, décidément, Catherine Dufour, c'est du bon. Et elle doit être inspirée par de la bonne.

 

  1. Mais pas que : en réfléchissant un peu, j'ai trouvé aussi Nathalie Dau, qui dans un recueil de nouvelles intitulé [Pro]Créations, a été la seule à me faire rigoler avec une histoire de paternité chez des elfes de Wow, alors que les mecs me déprimaient plutôt, même Yoze.

  2. jusqu'à ce qu'il devienne rond, tout à fait rond, rond du dessus et du dessous en plus de rond dans les coins

  3. Putaing, quelqu'un qui a lu le Pays des 36000 volontés, ça se respecte, ça.

  4. Ha, et sinon, les infos que je donne imprudemment sont intégralement issues du bouquin.
Par Francis - Publié dans : L'antre de la Flagorne
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Dimanche 17 mai 2009 7 17 /05 /Mai /2009 00:42
Des fois, j'écoute les gens parler d'Hadopi, et je me dis « ptain, je suis dans un pays de merde tout pourri qui veut m'empêcher de télécharger mes chansons d'Enrico Macias préférées, les enfoirés de merde, à la prochaine manif on s'bougera et on ira leur dire qu'on veut le droit d'écouter Rico sans avoir à payer parce que quand même, c'est tout pourri de payer. »

Puis des fois, je regarde au loin, et je me dis que pas avoir le droit de pouvoir télécharger Qu'elles sont jolies les filles de mon pays, c'est grave, mais y'a pire. Prenez les chinois par exemple : ils ont même pas le droit de regarder les jolies filles de leur pays faire des choses dégoûtantes sur leur ordinateur, sous peine de représailles qu'on peut sans exagérer qualifier de « wo'ptain non mais ils sont graves ces gens-là » : un gérant de site pornographique s'est vu condamné à la prison ferme à perpétuité en novembre 2006 ! Ha oui, quand même, hein, ça va plus loin que de couper la ligne en faisant les gros yeux.

Et depuis janvier, une nouvelle campagne anti-obscénité menée conjointement par sept ministères (dont celui de la Sécurité Publique, on ne plaisante pas avec « l'éthique et la morale » en Chine) a permis de fermer 2000 sites pornos et 250 blogs, dans ce qui est, selon un professeur de Berkeley, la plus brutale répression depuis des années. Bravo la frustration que ça engendre dans un pays déjà en déficit de femmes (et ça ne s'arrange pas, on prévoit un excédent d'hommes de 20% par rapport aux femmes en 2030(1)), et tous les risques sociétaux que ça entraîne.

Bref, la censure en Chine, ça rigole pas.
Du coup, défier le système, c'est risqué, forcément.
Et pourtant, depuis quelques semaines, un buzz s'est créé autour d'un étrange animal : le 草泥马 (cao ni ma) (prononcer tsaonimaa), littéralement, « le cheval de l'herbe et de la boue ». Un animal décliné d'abord en chanson, clips, puis en peluches et parodies d'émissions animalières.
Une chanson innocente qui raconte l'histoire du peuple des caonima, les chevaux de l'herbe et de la boue, donc, qui vivent tranquillement dans le désert de Male-Gobi, jusqu'à l'arrivée des hexie ("rheuchié", avec un ch à l'allemande dans Ich), les crabes de rivière, qui viennent dans leur prairies, mais heureusement, ils arrivent à s'en débarasser. Bravo les caonima !

Mais en quoi ce caonima est-il subversif ?

En rien. On ne peut pas censurer des mots comme herbe, boue, cheval ou crabe.
Sauf que. Caonima est homonyme de l'expression qui signifie « Nique ta mère », Male Gobi se comprend comme « la chatte de ta mère », et hexie, en plus de « crabe de rivière », signifie « harmonie » et est l'expression favorite du président Hu Jintao, (au point que sur internet, elle a pris le sens de « censure », quand un blogueur annonce avoir été « harmonisé », y'a pas besoin de plus d'explication).

Une chanson complètement innocente, mais à l'obscénité et la subversion tout aussi complètement évidentes pour tout le monde (l'harmonie prêchée par le gouvernement est quand même battue en brèche par ces espèces de lamas-nique-ta-mère) et qui ne peut pas être censurée.

La censure ne gagne pas toujours contre les petits animaux qui gambadent dans le désert de la chatte de ta mère.

Le clip, avec sous-titres (double, version soft et version crade), est là :



Sources :
http://www.ecrans.fr/Caonima-le-clip-qui-fait-la-nique,6641.html

(1)http://www.ined.fr/fr/tout_savoir_population/fiches_actualite/chine/
Par Francis - Publié dans : L'antre de la Flagorne
Ecrire un commentaire - Voir les 7 commentaires
Dimanche 22 mars 2009 7 22 /03 /Mars /2009 18:42

Lecteur, bonjour.

Je te dis bonjour, car tout n'a pas changé entre nous, je suis touchours chelui qui t'as aimé.

Et je te dis bonjour, car, mine de rien, je suis comme toi (quoique statistiquement plus barbu, certes). En tant que comme toi, j'en suis sûr, j'ai été élevé au lait, à la torgnole éducative et au joli conte pour enfants.

Et je n'y voyais rien à redire : le lait, c'était bon (avec du chocolat, quand même), la torgnole, j'en mettais à mon petit frère pour compenser, et les contes, c'était bien.


Puis, avec le temps, tout s'en va, je n'aime plus le lait (sauf avec du chocolat), je ne frappe plus mon petit frère qui est plus grand que moi, et je me suis enfin rendu compte que les contes, quand même, ça pervertissait grave le développement intellectuel et ça inculquait des valeurs quand même grave pas bien, de manière aussi subreptice et sournoise qu'un furet pénétrant dans un clapier de jeunes lapinous au poil tout doux qu'on a envie de les serrer dans ses bras, avec leur petit nez qui remue.


Prenez le Petit Chaperon Rouge. Il va apporter un petit pot de beurre et une galette à sa grand-mère. Vous trouvez ça bien ? Depuis le temps qu'on nous serine qu'il faut manger cinq fruits et légumes par jour, le Petit Chaperon Rouge essaye de faire exploser le taux de cholestérol de sa mamie, ou quoi ? D'ailleurs, c'est une belle image de la mamie qui est donnée au passage, infoutue de subvenir à ses propres besoins. Les personnes âgées ont une dignité, nom de [insérez le nom de la déité de votre choix, ou autre selon vos croyances personnelles, je ne cherche pas à faire de prosélytisme, car c'est mal, il faut laisser aux gens le choix de leurs croyances].


Et les Trois Petits Cochons ? Ont-ils seulement tenté de fondre leurs constructions dans la structure du paysage ? Ont-ils utilisé des matériaux locaux, au moins, pas de bois exotique ni de pierre prise sur des reliques archéologiques importantes ? Le conte n'en pipe mot (d'ailleurs, la pipe est mauvaise pour la santé).


De tels exemples sont innombrables. Les contes regorgent de préjugés machistes découlant d'une société patriarcale, et souvent négligent tout bonnement d'être éducatifs de manière claire et concise. C'est bien beau d'être blindé de symboles freudiens, mais c'est pas ça qui va rendre nos gosses plus conscients de la misère du monde, que ce soit au niveau social, environnemental ou politique.


Heureusement, une belle âme s'est dévouée pour réécrire ces vieux contes dépassés en les mettant au ton du jour, et c'est ainsi que l'on peut aujourd'hui en lire la version politiquement correcte, respectueuse des minorités, dépouillée de son sexisme primaire, sans tomber dans un féminisme excessif (cette belle-mère de Blanche-Neige qui fait faire le travail ingrat par un homme, c'est bien typiquement féminin et souligné) et d'une manière globale de tous les mots en -isme à connotation négative.


Ainsi, le bûcheron qui laisse à sa hache le soin de penser à la place de son cerveau, incapable de concevoir que femmes et loups sont tout à fait capables de résoudre leur conflits sans l'aide d'un homme se fait couper la tête par la grand-mère qui ressent une communauté d'esprit avec un loup travesti, et ils fondent avec le Petit Chaperon Rouge un foyer alternatif basé sur le respect mutuel et la coopération, l'empereur n'est pas nu mais adhère à un mode de vie clothing-optional, les sept Géants (dans la communauté des hommes de la forêt) Imposants (par l'esprit) décident d'utiliser le corps de Blanche-Neige comme thérapie contre l'impuissance quand ils constatent son effet sur un prince cherchant un remède à sa suspension involontaire d'activité phallocentrique (ils l'avaient laissé vivre parmi eux, malgré sa présence féminine corruptrice, pour pouvoir mesurer leurs propres progrès comme hommes en se comparant à une femelle)...


Tout cela, nous le devons à la plume de James Finn Garner, qui réécrit aussi bien la forme que le fond de ces vieilles histoires que sont le Petit Chaperon Rouge, les Habits neufs de l'Empereur, les Trois Petits Cochons, Rumpelstiltskin, les Trois Boucs Goulus, Boucle d'Or (biologiste étudiant les ours anthropomorphiques, et symbolisant la science prête à tout), Blanche-Neige, Cendrillon... ne manque que le Petit Canard qui était Jugé sur ses Mérites Personnels et Non Sur Son Apparence Physique.


Par contre, désolé, c'est en anglais.


Mais même, les livres, c'est bon, mangez-en.



Par Francis - Publié dans : L'antre de la Flagorne
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés