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10 mars 2008 1 10 /03 /mars /2008 17:42

En ces temps où la bande-dessinée ne semble devoir sa survie qu’à la première moitié de sa dénomination, et que les femmes à poil et à poitrine généreuse accaparent l’essentiel de la visibilité du marché, il y a encore, et c’est heureux, des bandes dessinées d’auteur qui vont plus loin que la débauche d’anatomies féminines improbables et proposent au lecteur une réflexion sur le monde contemporain.

 

C’est le cas de la dernière œuvre de Libon, que je ne saurais trop vous conseiller : Jacques, le Petit Lézard Géant.

 

Dans un style graphique faussement naïf, Libon présente un des essais sur le monde contemporain parmi les plus fouillés qui soit, et les plus polyvalents, attaquant de front aussi bien des problèmes de société que des questions qui touchent au plus profond à l’humanité même.

 

Son ouvrage commence en effet par une violente critique de la folie destructrice des militaires, qui tiennent à faire des essais de bombes atomiques, mais se voient confrontés au terrorisme écologique, non moins violent et destructeur. Redoutant une attaque de ces derniers, qui n’hésitent pas à taguer des petites fleurs sur leurs bateaux, les militaires font appel à un savant, ou je dirai plutôt à un être qui symbolise la corruption de la science, prête à tout pour avancer, sans se soucier d’éthique. Celui-ci leur propose de faire péter une toute petite bombe atomique (grosse comme un petit radis) dans le voisinage, en toute discrétion pour étudier ses effets.

Ce qu’ils font.

 

Mais ce qu’ils n’avaient pas prévu, c’est qu’à côté de leur bombe se trouverait un petit lézard qui s’apprêtait tranquillement à se manger un bon gros papillon plein de poils.

 

Ainsi irradié, ce malheureux animal se transforme en lézard géant d’un bon mètre de haut, doté de la parole et d’un intellect qui va avec.

 

C’est là que commence sa quête de Candide moderne, à la découverte de l’humanité, de son humanité. Mais son humanité, jamais mise en doute par l’auteur, se cache dans un corps difforme de lézard géant (que nous appellerons Jacques puisque c'est comme ça qu'il sera appelé), et la plupart des gens qu’il va croiser lui nieront cette communauté d’âme avec eux, sous prétexte de sa différence.

 

Ici intervient la fine réflexion de Libon sur la tolérance : la plupart des gens seront terrorisés par ce lézard affamé car il est le symbole de l’humain à l’état de nature, pas corrompu par la société, tout ce qu’il veut, c’est de l’amour et un bon gros papillon plein de poils (des nouilles, ça lui va aussi). Il n’y a que deux types de personnes qui l’accepteront sans chercher à l’exploiter comme bête de cirque ou comme sujet d’expériences : d’une part les autres exclus de la société, les clochards qui comme lui se sont rapprochés de l’état de nature et qui reconnaissent l’humain qui a besoin de nouilles en lui, et d’autres part une vieille dame, qui lui offre son amour maternel sans se poser de question (« Alors mon pauvre chéri, tu t’es perdu sans ton collier ? Oooh pauvre chéri, mamie est là, elle va s’occuper de toi car tu dois mourir de faim. »), car son expérience, sa connaissance du monde et sa myopie font qu’elle sait voir au-delà des apparences que Jacques est bon et qu’il doit mourir de faim.

 

Libon démontre par là le besoin que nous avons de ne pas nous démunir de l’expérience de nos anciens, qui connaissent le monde et les gens, et savent voir au-delà des apparences la bonté d’une âme et son besoin de manger.

 

Malheureusement, si Jacques rencontre rapidement cette gentille mamie, il la perd aussi rapidement, et passera le reste de l’album à sa recherche, ce qui permet à Libon d’épingler au cours des tribulations de Jacques plusieurs symboles de la société moderne, tels les journalistes, les publicitaires, les médecins, les patrons de cirque et les satanistes. Tous ces gens se verront bien entendu transformés par leur rencontre avec le héros, qui provoque la réflexion des autres personnages en même temps que la nôtre (car nous ne sommes pas différents de ces gens que rencontre Jacques).

Ceci est particulièrement explicite dans la rencontre de Jacques avec les satanistes, qui  verront leurs convictions vaciller grâce au héros, et substitueront à leur slogan « HAHA LE CHAOS DE SATAN !» un autre, démontrant leur adoption de convictions indubitablement plus humaines :  « HAHA LE CHAOS DE LA MAMIE DE SATAN !» qui redonne sa place à à la valeur de respect de la sagesse des Anciens, tout ça grâce au seul passage du héros.

 

Mais si la quête initiatique forme l’essentiel de cette œuvre, l’intrigue n’est pas laissée à l’abandon, les aventures de Jacques sont intégrées dans une enquête digne des meilleurs thrillers américains, où l’on suit des policiers à la poursuite de Jacques, alors même qu’ils ne savent pas ce qu’il est : un gnome de l’enfer avec des bouts de nouilles sur le nez ? Un  pingouin monstrueux ? Une salamandre assoiffée de petits pains au lait ? Un monstre du Loch Ness, ma foi fort sympa ? Les témoignages se succèdent, les policiers se rapprochent, le rattraperont-ils ?

 

En bref, Jacques le Petit Lézard Géant est une œuvre complète, aux multiples niveaux de lecture, qu’il est essentiel de lire et de relire.

 

A noter que l’humour n’est pas absent de cette réflexion riche, et qu’il y a des passages très drôles, comme la fois où Jacques se met un sac « Top Soulier » sur la tête pour se protéger de la pluie, huhuhu.

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commentaires

Francis 12/03/2008 20:18

cubik et tenrec >> Que dalle, péquenots belges >)lelf >> hésite pas :)libon >>. mais de rien, merci à toi de cette oeuvre d'une profondeur inégalée.

libon 11/03/2008 21:17

putain c'est beau c'est fort j'en ai presque chialé tiens !merci pour ces mots

tenrec 11/03/2008 12:01

Tu te fais vieux, tu radotes vraiment!Avoue, on t'a payé pour en parler de cette BD?

Lelf 11/03/2008 08:13

Pinaise, à chaque fois que je me dis que je vais rien acheter ce week end tu ressors un article sur Jacques (l)

cubik 10/03/2008 19:00

non seulement, y a de la recup' mais ca doit etre ta 2eme note de blog sur le liv't'as touché combien? >)