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30 janvier 2008 3 30 /01 /janvier /2008 21:42

L’huître, compagnon familier de nos campagnes bretonnes humides et salées, aura aujourd’hui l’honneur de cette chronique, qui l’a trop longtemps délaissée au profit d’animaux mieux pourvus en groin. C’était une erreur, que je m’empresse de corriger, car je sais reconnaître mes errements.

 

L’œil non averti ne voit dans cet être sensible qu’un empilement de toutes sortes d’ostracum, périostracum et d’hypostracum. Cela ne saurait être plus faux, car sous cette carapace rugueuse se cache un être des plus charmants, quoique peu causant, qui forme l’essentiel de l’huître. On ne saurait s’en tenir à la coquille pour définir l’huître. Ce serait infiniment réducteur, et le réductionnisme n’est pas notre tasse de thé. Intéressons nous donc à l’intérieur de la coquille.

 

Tout d’abord, discutons un peu les origines de l’huître.

 

Selon les Saintes Ecritures, le troisième jour, Dieu créa les continents, et, entre les côtes de granite rose bretonnes et les falaises de craie normandes, Il créa l’ostracum, le périostracum et l’hypostracum, histoire de se détendre. Après quoi il l’oublia quelques temps, parce qu’il faut bien reconnaître qu’il était un peu occupé, hein.

Le cinquième jour, Dieu créa le chat. Pris d’une soudaine crise d’allergie, et sentant qu’Il ne pouvait pas se retenir, il se saisit de son morceau d’ostracum (hypo, péri et tout le tintouin) et éternua dedans. Soucieux de ne pas saloper Sa création, il s’empara d’un second morceau d’ostracum et en recouvrit son expectoration glaireuse.

Cependant, Il n’avait pas réalisé que Son mucus, propulsé par Son éternuement, s’était vu par là même insuffler le souffle de Vie.

Ainsi naquit la première huître.

 

Disons-le tout net, cette assertion est fausse, le créationnisme c’est du pipeau. Il est très facile de réfuter l’affirmation des obscurantistes. Même si, reconnaissons-le, une observation poussée de la bête ne révèle pas de différence anatomique majeure avec une glaire standard (jusqu’aux poils de nez), une simple expérience de dégustation en aveugle comparée prouvera que ces deux animaux n’ont rien à voir : n’importe qui, soumis à ce test, recrachera immédiatement la substance visqueuse, molle, étrangère et salée qu’est l’huître.

 

Non, l’huître est une descendante des dinosaures à pâte molle, qui se sont réfugiés derrière une armure calcaire pour éviter de se faire becqueter par un ptérodactyle affamé (et qui leur jetterait la pierre ? Je serai le premier à me faire pousser du calcaire dessus si ça pouvait m’éviter une mort par dévorage de mon foie et de mes entrailles).

 

Cependant, les probabilités d’apparition d’un squelette calcaire sur une bestiole qui en était dépourvue étant excessivement minimes (regardez autour de vous), on admettra sans peine que cette mutation n’apparut que chez un seul animal, qui est l’unique ancêtre de l’actuelle population d’huîtres. Evidemment, ceci est un handicap : les huîtres sont génétiquement déficientes sur plusieurs points. Entre autres, elles sont toutes identiquement allergiques au citron.

Voilà pour l’onto-phylogénie de l’huître (ou quelque chose d’approchant, du moins).

 

L’huître aujourd’hui vit en grandes colonies le long des côtes françaises, où elle profite de la présence de tables métalliques pour s’entasser dans des sacs, avec des copines de son âge. Là, elle se gave de plancton qu’elle dispute âprement à Crepidula fornicata qui tente de la spolier de son dû, ce qui est mal, convenons-en. Tous ensemble, huons Crepidula fornicata : houuu !

Mais venons-en au drame des huîtres : leur croissance effrénée, qui les pousse, régulièrement, à commettre un génocide pour venir à bout de la menace de la surpopulation et des risques de famines qui s’ensuivent, ainsi qu’à l’atteinte à l’environnement (parce que quand on regarde la quantité de merde qu’une bande d’huîtres peut produire en quelques années, c’est quelque chose, hein). Un peu comme les lemmings, elles se précipitent alors sur dans des cartons, sur les étals de poissonniers, et c’est leur fin.

 

Elles seront bientôt dévorées par des humains en rut, qui espèrent absurdement en tirer une amélioration de leur libido et de leurs capacités sexuelles. Si l’on en croit la théorie des signatures de Paracelse*, je ferais plutôt confiance à la corne de rhinocéros.

 

Bref.

Les huîtres ont peut-être de nouveau évolué. Elles ont peut-être trouvé une nouvelle niche écologique. Toute une bande s’est planquée dans une cagette devant la fenêtre, depuis au moins trois jours. Elles ont visiblement décidé de s’installer.

J’ai peur.

 

 

 

*oui, je sais, ça s’applique qu’aux plantes. Mais si on peut plus se la péter sur son blog, où le faire ?

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commentaires

cAt 31/01/2008 17:26

Tututut.... Petites natures...L'huître est l'aboutissement du travail divin. Surtout lorsqu'elle est de Bouzigues. Et qu'elle se promène en groupe de 24. Voire 36.Ca me donne envie de passer chez mon poissonnier tiens...

freakylady 31/01/2008 11:10

J'étais justement en train de me moucher devant l'ordi. Je vais laisser mon morceau de sopalin sur la table de la salle des profs , pour voir s'il se calcairise.

Frenchmat 31/01/2008 10:05

Les plus goutues sont celles de la Baie de Saint Molard :-)Dégustation en aveugle, hmmm, qui s'y colle ?

cubik 31/01/2008 09:21

moi qui croyais que l'huitre n'était qu'une moule lepreuse...sinon, la corne de rhino, ca fonctionne comme aphrodisiaque, c'est vrai. Mais pas en poudre. En greffe.

hemylie 31/01/2008 00:10

t'as raison, spolions la Crepidula fornicata, espèce invasive à qui ont a même pas demandé son ADN à la douane...