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18 mai 2007 5 18 /05 /mai /2007 17:37

Les gogues, les chiottes, les cagoinsses, les lieux, les ouécés, le pipi-room, les cabinets, les waters...

Tous ces beaux termes pour parler de la pièce qui m'a toujours été le plus agréable à fréquenter, quelle que soit la maison qui les abrite.

Car ce n'est pas seulement pour uriner, pisser, caguer, faire pleurer le cyclope, poser une pêche, parachuter un congolais... que je rends volontiers visite à l'ami Jacob (Delafon, pour ceux qui connaissent pas déjà la blague). Bien que ce soit une raison première, je ne le nie pas, d'autant plus que soit j'ai une toute petite vessie, soit je suis enceint, car je suis enclin à pisser un nombre de fois par jour impressionnant.

Mais les toilettes sont aussi le meilleur lieu de lecture que je connaisse, en particulier de bédés. Quelle sensation plus jouissive que de lire une bédé posée par terre, penché en avant, le pantalon sur les chevilles, imperméable au monde extérieur, dans sa bulle cabinesque ? Ou, constipé, de savourer un bon gros roman en espérant que la crotte arrive, et en beuglant "Occupé !" à chaque fois qu'un intrus impatient fait trembler la porte sur ses gonds ?

Rien.

C'est pourquoi, me sentant redevable à ces pièces qui ont vu une bonne partie de ma vie, je leur rends aujourd'hui cet hommage.

Lorsque je fouille mes souvenirs, remontant à la lointaine époque où le trône m'arrivait à la taille, l'image qui me vient à l'esprit, ce sont les toilettes de l'ancienne maison de ma mamie. C'était un appartement dont on ne pouvait douter qu'il était à une mamie, du papier peint entre le pastel et l'ocre représentant des scènes de chasse ou je sais plus quoi, une table en formica dans la cuisine, un canapé vert cracra et un autre en cuir élimé, se dépliant en lit au matelas épais comme un hérisson après une tentative de traversée de l'autoroute du Soleil un 15 août, unlit à couvre lit en espèce de velours rose sous lequel je me planquais pour lire mes clubs des Cinq...
Et donc, les toilettes. Au bout d'un couloir, une porte avec une lucarne en verre dépoli, qui s'ouvrait sur une pièce pas plus large que la porte, mais longue comme un jour sans saucisson. Au moins quatre mètres, et, tout au bout, sur une petite estrade, le trône, majestueux, immobile, sa petite chaîne qui pendait sur le côté.
Je n'ai jamais été plus impressionné que lorsque je devais aller dans ces toilettes la nuit. J'avais toujours le sentiment qu'un diable cornu et tout rouge allait sortir de ces toilettes pour m'attraper par en dessous. J'en ai encore des frissons quand j'y pense. (oui, à l'époque, je croyais aux diables rouges et cornus, et ces toilettes ne faisaient rien pour arranger les choses).

Plus tard vinrent les toilettes de chez ma tata. Elles n'ont pas forcément grand-chose pour elles, elles sont même plutôt rustiques, la porte est une plaque coulissante de plastique bleu ondulé bricolée par ma tante, qui se fixe avec un crochet, et laisse un espace libre bien suffisant pour que tout le monde dans la maison soit au courant de ton activité intestinale, et il y fait tellement froid qu'on doit allumer le chauffage avant de pouvoir poser son popotin, aussi protégé par une couche de poils fût-il. Cependant, j'en garde des souvenirs poignants.
En particulier ce douloureux épisode, quand, en l'absence de papier toilette rose triple épaisseur et doux pour les fesses, je dus me rabattre sur des mouchoirs à nez.
Sans me rendre compte, au prime abord, que si ces mouchoirs étaient verts, c'est qu'ils étaient au menthol. C'est une sensation que je ne vous souhaite pas. Imaginez-vous utilisant un Fisherman's Friend comme suppositoire, l'effet "décapage des muqueuses" doit être sensiblement le même. Et ça perdure pendant un bon moment, en plus, comme une haleine fraîche (très très fraîche) exhalée par le fondement. Brrr.
L'avantage de ces toilettes, cependant, reste la fenêtre sur le jardin, permettant d'observer les piafs dans les cerisiers sans avoir à sortir dans le vent. L'inconvénient principal, ce sont les grosses mouches noires, qui reviennent toujours, quel que soit le nombre que vous en écrasez avec les Nouvels Observateurs roulés.


Parm les autres toilettes qui marquèrent ma courte vie (je sais, je sais, la maturité de ma prose tend à me faire prendre pour un grand-oncle à la sagesse tellurique, mais il n'en est rien, je suis aussi jeune et fringant que Paris Hilton), il y a celles de Bréhat.
Là-bas, l'entrée, c'est la cuisine. Et de la cuisine, on a accès directement à la salle de bains, anciennement lambrissée de bois peint en orange vif, puis en jaune poussin. Avec des fenêtres qui donnent une sur la route où passent tous les touristes, et une sur le côté de la maison, par laquelle tu peux engueuler les touristes qui prennent le mur pour un pissotière.
Aujourd'hui, elle est plus lambrissée, et la baignoire où j'ai découvert lors des bains collectifs que les filles (en l'occurence, mes cousines) n'avaient pas la même anatomie que moi a été remplacée par une douche cosmonaute
en quart de cercle avec des manettes à tourner pour choisir la température et la puissance du jet, un must à l'époque.
A une époque, on n'avait que ça pour quinze personnes, donc on ne pouvait pas y passer plus de deux minutes sans que quelqu'un ne cogne, et malheur à l'enfant innocent qui en sortait un Super Picsou Géant à la main...

Mais le grand souvenir que j'en ai est la découverte, par une fade journée d'avril, sur le mur jaune, juste à côté des toilettes, une plaque dégoulinante de moisissure blanchâtre frangée de verdasse, large de cinquante centimètres, qui donnait l'impression, quand je m'y rendais la nuit (en plus, l'air marin me rend incontinent), qu'elle allait allonger un pseudopode vers mes chevilles et me dissoudre à l'aide d'enzymes champignesques. Très X-Files, comme moisissure (et destructrices, il s'est par la suite avéré que c'était de la mérule, une saloperie de saloperie qui bouffe le bois et le portefeuille).
Depuis, la plaque de mérule a disparu et a été remplacée par un chauffage qui brûle les pieds si on a le malheur de penser l'allumer pour compenser la froidure du carrelage. Ca fait mal.

Mais bon, le mieux, c'est encore de pisser au grand air, le vent dans le dos et un paysage paradisiaque autour.
Mon dernier pipi de dehors, c'était hier, là :

chiottes.jpg

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commentaires

Co-Président d'honneur du Club Barbe 21/05/2007 23:18

A ce qu'on dit, c'est par ses toilettes qu'on juge le mieux quelqu'un. Et chez Francis, il y a toujours des BD. C'est vraiment quelqu'un de bien.PS : parfois, il faut aussi savoir oser pisser face au vent. Mais c'est pas très malin...

Nelly 21/05/2007 17:06

Ha.... j'aime ce texte, et les WC itou. Merci  

Frenchmat 18/05/2007 20:13

Ah, ces lieux sacrés, si chers aux fondements de l'humanité, sanctuaires de détente et de méditation valait bien cette hommage...Sinon, moi je préfère les programmes télés, parce que ça peut servir aussi dans le cas où il n'y a plus de papier       ;-)

Mélina LOUPIA 18/05/2007 19:54

Pisser le vent dans le dos, une précaution qu'on a pas besoin de prendre nous les filles, mais plutôt calculer l'écartement des chevilles pour éviter de les tremper.Bref, chacun son pipi hein.Des bizettes, ptite vessie.