Les exaltantes aventures de la vie de moi

Samedi 8 septembre 2007

J’ai beau dire depuis un moment que je vais bosser à disséquer du dauphin, là j’ai plus de nouvelles du bureau d’études. Je me fais pas de souci, si ils ont besoin de moi, ils me rappelleront, je leur ai déjà coûté des sous, je suis un investissement. Mais même, là, je fous pas grand-chose. Et mon permis avance pas des masses. Je me fais donc assez monumentalement chier dans ma vie.

 
 

J’ai donc décidé, puisque je suis encore jeune (quoiqu’en disent les douaniers tunisiens et les contrôleurs des trains) et que je n’ai pas peur des contradictions, de me remettre aux études. J’ai la chance d’avoir un logement grâce à des parents qui risquent leur vie dans des dictatures éloignées. Ce serait péché que de ne pas en profiter, alors que plein de gens manquent de sous et ne peuvent pas étudier comme ils le voudraient, non ?

 
 

Donc, je me suis inscrit à la fac. Parce que bon, en plus, ça me permettra d’observer de plus près des jeunes (beeeeh) et la vie de la fac, qui m’intrigue d’un point de vue sociologique et de curiosité scientifique. Bah ouais, j’ai pas fait la fac, moi, si on excepte quelques mois au Québec que je sais même pas si ça compte.

 
 

La dure question qui s’est imposée à moi a été : quelle matière choisir ? Parce que bon, les sciences, qui est le domaine qui m’intéressait à la base, j’ai donné pendant cinq ans. Ca m’intéresse toujours, mais bon, revoir des trucs que j’ai fait y’a cinq ans, nan.

 
 

Tout ce qui est droit, sciences politiques, beurk. Puis y’a déjà ma sœur qu’en fait, qu’elle s’est même inscrite au PC.

 
 

J’ai longtemps voulu faire Indiana Jones : j’aurais pu faire un truc genre Histoire de l’Art, mais j’aime pas l’art. Puis ça sert à rien.

 

 

 

En fait, je voulais faire des langues. En première année de prépa, pendant qu’on rentrait des cours avec un copain en insultant le prof de bio qui nous serinait qu’on était des crottes et qu’on arriverait à rien parce qu’on s’était plantés en colle (pour ceux qui savent pas, une colle de bio, c’est on te donne un sujet, genre : le criquet, un crustacé aérien ? ou bien : la membrane phospholipidique, tu réfléchis vingt minutes au tableau en faisant des dessins et des schémas et un plan puis pendant un quart d’heure tu récites ton cours pendant que le prof observe attentivement l’intérieur de ses paupières avant de te dire « mais ce que tu viens de me dire, tu te rends compte que c’est de la merde ? » et puis c’est fini et tu pars en l’insultant entre tes dents d’abord, puis à voix haute une fois qu’il est hors de portée), je caressais l’idée de faire une fac d’anglais.

 

Ouais, parce que j’aimais bien.

 

Bon, maintenant que l’anglais est la seule langue dans laquelle je lis des gros livres sans images, je me dis que c’est plus la peine. Puis le japonais, l’arabe, j’ai des notions, alors, à quoi bon ? Et l’espagnol ou l’italien, trop simple, c’est latin. 

 

Par contre, le chinois, j’y connais rien. Mais alors queud. C’est donc un challenge. Y trouverai-je un intérêt ? Arriverai-je à prononcer un mot ? Rencontrerai-je de fougueuses asiates ? Apprendrai-je de nouvelles raisons de mépriser les jeunes ? Tant de questions sans réponse. Puis « notions de chinois », ça tape sur le CV, ça permet de dire « oui, c’est un marché qui explose, dans un contexte mondialisé, il me semble essentiel d’avoir des notions de la langue du pays qui va contrôler le monde d’ici peu »

 
 

J’ai donc décidé de m’inscrire en licence de chinois.

 

Je commence lundi.

 

Enfin, je vais essayer, parce que jeudi dernier, j’ai pris rendez-vous pour lundi 13h50 pour mon inscription administrative, et que vendredi, j’ai reçu un mail me disant ATTENTION L1 STAGE INTENSIF D INITIATION AU CHINOIS OBLIGATOIRE POUR LES DEBUTANTS DU 10 AU 21 SEPTEMBRE 2007 DE 14H00 A 17H00 EN SALLE 226C 227C.

 
 

Je n’ai bien évidemment aucune idée du bâtiment dans lequel se trouvent ces salles, et ça va être tendu de trouver en approximativement 0 minutes (un peu moins, je pense).

 
 

Mais bon, on va tenter, hein.

 
Par Francis
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Mardi 11 septembre 2007

Avant-hier, j’ai commencé à prendre des cours de chinois.

Oué.

Chuis un ouf, j’ai peur de rien.

 

J’ai pas pris japonais, parce que je sais déjà dire l’essentiel : « Condom motteru ? Piru nanderu ? Ikanahide ! ».

 

Bref.

 

Donc, j’ai commencé le chinois hier, après m’être dûment inscrit sur les registres de la fac, entouré de jeunes de partout (baaah). Me reste à m’inscrire pédagogiquement auprès des responsables de la section chinois, ce que je dois faire il y a deux jours. Si j’ai bien compris, j’étais censé y aller entre 10 et 12 heures lundi avec mon nom de famille et ma carte étudiant, sauf que j’ai eu ma carte qu’à 13h00 ce jour-là, ce qui était problématique. Mais bon, comme je le savais pas, je m’en fichais un peu, hein.

 

Et donc, lundi, pour la première fois depuis un an (enfin, y’avait les cours de code, mais ça compte pas des masses, hein), j’ai des camarades de classe.

Hu hu.

 

C’est rigolo, contrairement à ce que prétendaient différentes demoiselles sur ce blog même, ça grouille de chinoises. Pas forcément des jolies, et je suis pas convaincu que ce soient des fougueuses, mais même. Et des chinois, aussi. Enfin, autant que je puisse le deviner, hein, ptet c’est des vietnamiens en fait.

 

Pis y’a pas que des faces de citron, y’a aussi des visages pâles, plus ou moins acnéiques, jusqu’au stade de la barbe blanche. D’ailleurs, j’ai déjà pu remarquer que c’était les plus vénérables qui arrivaient le plus à la bourre.

 

Tsss.

 

Moi, j’arrive à l’heure. Ouais. Avec des feuilles de papier pour prendre des notes, même. Et un stylo, dans la poche avant de mon sac, avec mon billet de train Langogne-Paris.

 

 Oué. Parce que pour le moment, la prof, elle est canon. Elle a un nom imprononçable par un gosier occidental, mais elle est mignonne.

 

Et donc, j’ai commencé à apprendre le chinois. On a d’abord vu onze consonnes, b, p, m, n, l, f, g, k, sauf que ça se prononce pas pareil, mais pour que les français puissent essayer de lire le chinois, ils ont fait un alphabet avec nos lettres.

Alors pour vous, le b, ça se prononce p, sauf que quand tu récites, tu dis un truc genre poah, en fait, tu fais le son de la consonne et tu croasses derrière (comme une rainette verte). P, ça se prononce p mais avec une aspiration derrière (et un coassement de rainette).M, n, l, f, c’est bien, c’est comme en français.

G c’est entre g et k, sauf que k, c’est k, mais avec une aspiration aussi.

Puis on a vu d’autres consonnes, comme sh (c’est ch en français), zh (c’est dj), ch (c’est tch), et des trucs comme ça.

 

Ensuite, on a vu les voyelles, y’a le a qui se prononce à peu près a, le o qui se coasse, le e qui se dégobille, le i qui se stridule, le u qui est un ou qui fait comme la petite chouette au fond du jardin, le ü qui est un u (donc pas comme le u), puis derrière, les autres ang (qui se prononce ing), an (ann), ong (on), eng, ing (çui-ci c’est le pire, c’est un truc du genre yeung), et d’autres trucs, genre uo, ou (qui ne se prononce bien sûr pas ou mais owou ou à peu près).

 

Jusqu’ici, c’est simple, mais y’a aussi ces quatre enculés de tons de merde.

Oui, parce que ce serait trop simple, d’avoir des mots qui se prononcent d’une seule manière. Il leur fallait mettre ces quatre enfoirés de tons sur chaque voyelle. Enfin, un par voyelle.

Y’a d’abord le premier ton : tu prends la voyelle haut et tu restes à cette hauteur. Et t’écris par exemple ā.

Le deuxième ton : tu montes et tu fous un accent aigu sur la voyelle.

Le troisième : tu descends puis tu remontes. En pratique, un ă se prononce ahA (à peu près)

Puis le dernier : tu descends avec un accent grave. Là, tu prends un ton sec et désagréable pour prononcer, même des choses gentilles.

C’est plus facile de s’exprimer avec des mouvements de la main, sinon on comprend pas quel ton t’utilises.

 

On a même commencé à faire des phrases, c’est pas compliqué, c’est sujet verbe complément quel que soit la phrase, et y’a pas de conjugaison. Je sais dire (en théorie, parce qu’en pratique, avec les tons et tout, c’est relou) des trucs comme le cheval noir boit du café ou

As-tu peur des allemands ? Trop la classe.

 

Et là, on vient de se mettre aux sinogrammes. On a déjà vu les six traits de base : le con de trait en oblique vers en bas à droite, le con de trait horizontal vers la gauche, le con de trait vertical (vers le bas, hein, sinon c’est pas bien), le trait oblique vers en haut à droite, le con de trait en oblique vers en bas à gauche. Et faut pas fermer un truc avant de mettre quelque chose à l’intérieur (genre ton caractère peut plus rentrer dans un carré si t’as tracé le carré avant, soit les anciens chinois étaient très cons, soit c’est trop chargé de symboles pour moi).

 

En bref, pour le moment, je kiffe.

Comme j’ai aucune oreille, j’ai du mal, mais ça me plaît bien, les six premières heures.

Reste à espérer que ça continue.

PS : Il y a sans doute une ou des erreurs dans le titre, hein. Mais on s'en fout.

Par Francis
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Samedi 15 septembre 2007

Comme tout bon accro au blog, j'en fais jusque dans le métro. Cette note a été entamée à 01h03 sur le quai de la ligne B à Châtelet, sur un bout de tract.

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Je sais pas si je vous ai dit, mais je suis doté d'une petite frangine (méimei en chinois) communiste. Si, si, une vraie de vraie, rouge jusqu'à la pointe des dreadlocks (bon, la racine commence à brunir, mais personne n'est parfait). Elle a même sa carte du Parti, et tout.
Et là, donc, comme c'était la fête de l'Humanité, ben elle m'a forcé à payer ma place pour renflouer les caisses d'un Parti moribond, et à l'accompagner. Bon, sur ce coup, elle est un peu démissionnaire, c'est la honte pour elle que même pas elle ose aller voir le stand de sa fédération où ses poteaux son bénévoles comme elle aurait dû l'être si c'était une fille bien. Mais bon.

Donc, je suis allé à la fête de l'Huma (c'est comme ça qu'on dit, entre initiés, comme les gens de l'est avec un sale accent disent Besac pour Besançon, ou les parisiens Boul'mich pour le quartier aux putes (non je rigole hahaha)), ce qui me donne un bon prétexte pour faire une note de blog (mais je l'ai pas fait que pour ça, ho), et comme j'aime bien tenir mes promesses (quand ça ne concerne pas la recherche d'emploi ou les services à un ami), j'en profite pour en faire un article sur les jeunes, comme promis précédemment. Mais ce sera plus tard, en fait.

Car en effet, bien que la droite se décomplexe et qu'on trouve dans nos rues de plus de jeunes minets madelinistes, on trouve encore beaucoup de jeunes à la fête de l'Huma. Des vieux aussi, remarquez, et même des sympathiques, d'ailleurs c'est bien agréable de se trouver au milieu de vieux avec parfois des tronches qui font peur et de pas craindre de leur adresser la parole et de tomber sur une espèce de facho dégoûtant (oui, à cause d'une rencontre, j'ai peur de parler aux vieux).

Bref, ce joyeux mélange, ça vous met une ambiance de mariage en pleine fête de la saucisse, les vieux et les jeunes dansent sur les mêmes pistes (et les mêmes daubes, des fois) que les fédérations de province mettent à leur disposition. Pis y'a même des bandas, des autos tamponneuses et la maison du rire. Mettons que c'est le mariage de la fille du maire.


Et ce qu'il y a de bien, c'est que la fille du maire, elle a invité toutes ses copines bonnasses, et ça fait un sacré paquet. Parce qu'il faut bien avouer que la première chose qui saute aux yeux d'un homme hétérosexuel célibataire (ou pas, remarquez), c'est l'impressionnant ratio bombasses / thons de la population, nettement supérieur à ce qu'on voit dans la rue ou dans une classe de chinois. Je sais pas s'il y a une relation de cause à effet entre les idées politiques et le degré de bombitude, ou inversement, mais y'avait de la cuisse, comme diraient des amis à moi (que je ne nommerai pas, magnanime que je suis). Et comme le temps était de la partie, les décolletés avenants étaient de sortie, j'ai pas compté les hectares de poitrine dénudées, mais rien que pour ça ça vaut le coup de raquer ses quinze euros. Juste plaisir des yeux !

 

Les papilles étaient gâtées aussi, avec les stands de bouffe du terroir ou pas, et les stands de sandwichs en autogestion (tu paies le sandwich, mais ils  sont tellement débordés que c’est toi qui le fais).


Bon, soyons honnêtes, y'avait aussi le plaisir des oreilles. Parce que ouais, ils invitent pas que du caca boudin, à la fête de l'Huma. Le premier concert, on l'a raté en partie, à cause de mes cours de chinois et des kilomètres parcourus le long des stands des fédérations de tous les coins de France (mon préféré, c'est le stand qui indiquait fièrement : Le Parti Communiste Français Choisy le Roi, j'ai pas pu faire de photo et je le regrette) et des vendeurs de barbe à papa. Le temps qu'on trouve la Grande Scène, c'était presque fini, mais c'était bien : Johnny Clegg, le zoulou blanc, un peu empâté et dégarni mais plein de talent chorégraphique, pis avec une voix, aussi. Et une choriste à grosses fesses. Ca pétait pas mal.

Après, on a cherché pendant longtemps l'autre scène, qui était à l'autre bout du territoire, on a tourné, on a tourné, on s'est retrouvés à notre point de départ, on a retourné et on est finalement arrivés en plein concert de Clarika. Moi, j'aime bien Clarika. Elle joue les divas distantes avec talent, elle a une jolie voix, elle chante des chansons avec des paroles cochonnes au premier abord mais toutes jolies si tu cherches plus loin (pas toutes, hein), elle peut partir dans une interprétation hystérique d'Antisocial et annoncer au public, en mauvais anglais, qu'elle est enceinte, qu'elle a un little baby in her belly. Quand tout le monde fait Hooooo, elle continue, elle demande si on veut savoir qui est le père, et quand on dit oui, elle annonce que c'est Robbie Williams, qu'elle l'a rencontré à Londres, qu'ils sont follement amoureux, qu'ils ont fait l'amour tous les jours, toutes les heures, mais que les deux préservatifs ont craqué, parce qu'il est un very good coup, qui lui a donné very much pleasure, plein de plaisir. Annocer ça en restant classe, c'était pas évident, mais elle l'a fait. Puis elle nous a donné des nouvelles de Greg le Millionnaire, aussi, qu'il a chopé plein de meufs sur Myspace et qu'il va sortir un disque. (elle l'a rencontré dans le train, elle a fait semblant de pas le reconnaître, et il a fait semblant de pas la reconnaître).

Puis ensuite, y'avait le John Butler Trio, des super musiciens et tout, qui font des trucs supers, mais comme y'avait les Fatals Picards en même temps, ça nous laissait le choix entre aller applaudir de la bonne zique et sauter comme des boeufs en hurlant des paroles débiles, laissez-moi vous dire qu'on a pas réfléchi longtemps.

Bon, le son était tout pourri, et au début, coincé que j'étais entre un vieux à moustache qui décrochait pas un sourire et deux goths plutôt enrobées qui dansaient pas non plus, je me suis contenté de regarder sans trop faire grand-chose. Heureusement que des jeunes cons sont venus nous sauter dessus, me donnant un prétexte pour m'éloigner et me défouler. Empêcher les jeunes de te dépasser en poussant plus fort qu'eux, c'est rigolo. J'aime bien pousser les gens.
Puis ensuite j'ai sauté comme un boeuf en levant les bras comme un con de jeune et en braillant sur des paroles débiles comme seuls les Fatals savent en faire (Chasse Pêche et Biture, Mon père était tellement de gauche, Moi je vis chez Amélie Poulain).

Le lendemain a été consacré à une de mes amours, la bédé. Dommage que le débat sur la BD sociale ait duré que trois quarts d’heure, trop peu pour que Philippe Squarzoni, Kris, Davodeau, Chantal Montellier et Jeanne Puchol puissent vraiment s’exprimer. Mais bon, j’ai pu écouter un peu Kris et Davodeau aussi après, et même un peu discuter et avoir une dédicace d’un Homme est Mort (une des trois ou quatre qu’ils ont faite, wouhou)(il faut lire cette bédé). Puis j’ai rencontré une connaissance du net (enfin, elle m’a reconnu, on est otage de son succès), et on a passé le reste de la journée avec, et avec d’autres copines. Pas un seul mec, ce qui est frustrant quand on aimerait pouvoir discuter des décolletés qui passent.

Mais bon.

On a fini la journée au concert d’Iggy Pop and the Stoogees, de loin parce qu’il y devait y avoir plusieurs dizaines de milliers de personnes, alors heureusement qu’il y avait un écran géant pour le voir sauter dans la foule et inviter des gens sur scène, il a la pêche le vieux.

 

Le dimanche, j’y suis pas allé, pasque je suis allé voir ma mamie à sa maison de retraite, que c’est toujours triste et rigolo à la fois (parce que ses conversations restent toujours aussi décousues et pleines de mots inventés). Mais apparemment, le concert de Renaud était bien aussi.

 

Ptain, c’était bien, la fête de l’Huma.

 

 

Le seul  truc, c’est que tu ressors avec les cheveux tout secs. Ou alors c’est la faute à la fumée des merguez.

Par Francis
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Mercredi 19 septembre 2007

Une soirée de septembre. Peu de cours, pas de devoirs, personne à qui rendre des comptes puisque célibataire. La liberté est mienne, le monde est mien, je peux faire ce que je veux, sans attaches, sans contrainte, détaché des contingences matérielles. Tel l’oiseau, mon esprit peut s’envoler, quitter ce monde d’obligations et de responsabilités, pour errer dans les limbes du néant intellectuel.

 

 

En bref, je m’emmerde.

 

Je regarde même le foot à la télé, c’est pour dire.

 

Je traîne sur internet, en évitant soigneusement tout site pouvant proposer des offres d’emploi, j’envoie quelques messages en espérant vaguement des réponses, je fais trois lignes d’idéogrammes dans mon petit cahier à quarante centimes avec des grenouilles dessus, le plus vite possible pour retourner chauffer mes genoux à la flamme de mon ordinateur portable, et je soupire dans ma barbe en regrettant de n’avoir personne à qui dire « je m’ennuiiiie qu’est-ce que je peux faire, j’ai rien à faire », et en étant soulagé qu’il n’y ait personne pour répondre intelligemment.

 

Alors, dans mon vide social, je regarde pousser mes ongles, je secoue mes pellicules, je tâte ma dent de sagesse du coin de la langue (elle m’a percé la gencive y’a pas longtemps), j’observe les assiettes sales qui encombrent la table basse, et je pose mon ordinateur sur le canapé parce qu’il me brûle les cuisses.

 

Puis je retourne sur internet, je vérifie une nouvelle fois que personne ne m’a écrit, je constate que personne n’a réagi sur mes fora préférés, et je retourne aux occupations précédemment citées.

 

Quand soudain, l’illumination jaillit, par le truchement d’un message négligemment jeté par une connaissance paranoiaque : plutôt que faire des lignes de caractères tordus, pourquoi ne pas me remettre au tricot ? Ca fait plusieurs mois que j’ai laissé mon écharpe, et l’envie me reprend de l’achever, de saisir mes aiguilles et ma laine et de me refaire des crampes aux doigts, de créer, de faire quelque chose.

Je monte les escaliers quatre à quatre, je pousse la porte de ma chambre, je me dirige vers la cheminée sous laquelle j’avais laissé mon ouvrage.

 

Il n’est pas là.

 

Pas de panique, mes parents sont passés il y a deux mois, ils ont dormi là, et ma maman a rangé. Le tricot doit bien être quelque part, même s’il est pas dans ma chambre.

Je vais voir dans le cagibi, miracle : le carton est là, sous les manteaux, les chemises et autres fringues qui pendent dans une odeur indéfinissable.

J’attrape le sac plastique qui contient la laine, je redescends les escaliers quatre à quatre, je me jette sur le canapé, me love dans la couette qui y traîne, et je plonge la main dans l’écharpe roulée en boule que j’extrais avec bonheur et le sourire jusqu’aux oreilles : enfin quelque chose pour passer le temps utilement.

 

Il manque une aiguille.

 

Après moult recherches, elle reste introuvable.

 

Merde.

Par Francis
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Jeudi 20 septembre 2007

Bonheur et joie dans les chaumières !

 

Aujourd’hui se déroulait mon premier cours en amphi de l’année, cerné de jeunes de toutes parts. Et que du minot de chez minot, presque, tout juste sortis du cocon lycéen, que tu leur presses le nez il en sort du lait chocolaté. Limite même tu te sens pédophile à mater des culs. Quelle tristesse.

 

 

 

Ca va être dur, comme le dit mon voisin.

 

Parce que 10h30, ça fait tôt quand tu as commencé à prendre le rythme de cours à 14h00. Et que ma bonne éducation me pousse à écouter quand un prof parle, aussi insignifiant soit ce qu’il raconte. Quelle pitié.

 

 

 

Enfin, aujourd’hui, j’aurais appris à faire Ctrl-Alt-Suppr.

 

Si si.

 

Parce qu’en fait, il faut pas tenter de le faire en pressant en même temps d’un coup les trois boutons, il faut enfoncer Ctrl (la touche encadrée en vert sur la photo du clavier projetée sur l’écran, là), puis Alt (la touche entourée en orange) SANS LÂCHER CTRL puis sur Suppr (ou del c’est marqué des fois) (la touche cerclée de rouge) sans avoir lâché les deux autres, hein, sinon, ça marche pas.

 

Le temps que le prof explique ça, un torse mâle et bronzé apparaît sur son écran de veille.

 

Huhu.

 

 

 

C’eut été dommage de rater ça, quand même.

 

Et bientôt je vais apprendre à faire des mises en page sous Word, à lier des cases et à utiliser la fonction SI sous Excel, et à faire des présentations PowerPoint.

 

Wahou.

 

 

 

J’espère que j’y arriverai, ça vaut des crédits tout ça.

 

 

 

Mais bon.

 

On a aussi continué à apprendre des choses en chinois.

 

Je peux tenir des conversations hautement culturelles, telles que « Bonjour, je m’appelle Francis, je ne suis pas chinois, je suis français, je n’aime pas les anglais, j’étudie la littérature allemande, j’aime boire du café et manger de la soupe. Mon grand frère boit du thé chinois. »

 

 

 

Et je sais même un peu lire et écrire, même j’ai reconnu des idéogrammes sur un paquet de clopes japonaises, trop fier, ouais.

 

C’te classe.

 

 

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Par Francis
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Mercredi 26 septembre 2007

Cette nuit, au milieu d’un rêve mettant en scène Pierre, Yoze, un radeau aux planches disjointes, des gros bœufs de touristes et mon ouverture d’esprit envers Lorant Deutsch (1), je me suis réveillé pour satisfaire un besoin naturel (en l’occurrence, éviter de mouiller mes draps fraîchement lavés pour la première fois depuis un bon moment).

 
 

Discrètement, je me glissai hors de ma chambrette en évitant de glisser sur les bédés répandues par terre (en l’occurrence, la Vie d’Einstein de Goossens et des Calvin et Hobbes), et tentai de rejoindre les gogues sans faire craquer les lattes de mon parquet ciré de chêne centenaire.

 
 

C’était peine perdue.

 
 

En effet, je fis à cette occasion une affreuse découverte : un de mes colocs ronfle ! Plus précisément, celui qui est là pour deux-trois jours encore (ouf) et dont le mur du fond est également le mur de mes cagoinsses (papier peint sobre et de bon goût d’un côté, carreaux roses imitation marbre de l’autre).

 

Et pas un de ces petits ronflement semoule, hein, du genre fuipuipuipuiprnflflflflflup ! Non non non, un sain et solide vibrato en note principale, genre toit de tôle sous la grêle, suivie d’un sifflement nasal chuintant. Insupportable, je vous dis. Eussé-je été dans la même chambre (2) que je lui aurais sifflé dans les oreilles avec ma bombarde.

 
 

Cependant, j’ai résisté à la tentation de tirer la chasse et de péter très fort pour faire vibrer le placo. Si ça c’est pas une preuve d’humanisme. Des fois, je me dis que comparé à moi, Nelson Mandela a usurpé son prix Nobel de la Paix.

 
 

Bon, sans doute que c’était parce qu’il ramène une Brésilienne (3) à la maison et fait la vaisselle.

 

 

 

(1)   magnanimité qui me poussait à lui pardonner ses films, sans même les avoir vus, et à me dire que malgré tout, c’était un type bien. Je crois que je préparais une note de blog dans mon rêve. Je dois être sérieusement atteint.

 

(2)   Ce dont il ne saurait être question, étant donné qu’aussi attirante une personne soit-elle, aucune de celle que je connais ne l’est autant que mon matelas, ferme comme il faut, doux et imprégné de mon odeur à moi, et qui ne donne pas de coups de pieds. En plus de pas faire de bruit.

 

(3)   Oui cubik, UNE. Et graou, quoi. (4)

 

(4)   Ne le prends pas mal, Tristan, hein.(5)

 

(5)   Si tu lis ça, je veux dire (6)

 

(6)   Ha oui, les autres, c’était pas la peine de lire, j’ai oublié de vous prévenir. Pour me faire pardonner, une petite blague de mauvais goût en cette saison de coupe du monde : qu'est-ce qui est bleu, blanc, rouge et qui crie très fort? La schtroumpfette chez Gargamel.

Par Francis
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Mardi 9 octobre 2007
Toute la fin de la semaine dernière, j'ai tenté.
J'ai pas mangé à la maison.
J'ai utilisé un bol. Que j'ai réutilisé. Peut-être une assiette.
Mais même.
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(et encore, là, on voit pas tout)
(vous remarquerez l'adorable carrelage mural avec des 'tites fleurs bleues)

Donc finalement, j'ai dû m'y coller. J'ai commencé lundi à minuit, et j'ai fini mardi dans la matinée. Quasiment tout Pamplemousse mécanique des Fatals Picards y est passé. Mais bon, yahou quoi.

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Bon, y'a pas le machin pour sécher les trucs, il est trop tout plein de moisi qui part pas au fond.

Mais bon, maintenant on va voir qui rangera tout ça.

Par Francis
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Samedi 20 octobre 2007
Bon, les colocs se sont barrés en vacances. Ca servait à rien avant ça, mais aujourd'hui, je me suis mis au ménage, y'avait du boulot.

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Y mettant mon coeur, mon âme et mon corps, je me suis lancé dans la bataille, avec l'aide de mon tournevis cruciforme pour réparer l'aspirateur (j'ai réparé un truc haaaaaaa) au bec rempli de papier que je sais pas qui a pu tenter d'aspirer ça mais ça doit pas être quelqu'un de très malin. Je ne dis pas cependant que c'était la même personne qui avait réussi à mettre quatre vestes sur trois chaises alors qu'on a deux portemanteaux au même étage, quand même.

La victoire fut mienne.


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Yahahou !
Maintenant c'est tout beau. Reste plus qu'à passer la serpillière par-ci par là. Ca sera pour demain, avec ma chambre et la salle de bain.

En tous cas, leus vacances m'auront déjà été utiles. Merci les colocs !

C'est con que j'aie pas d'amis pour en profiter, ceci dit.

Par Francis
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Mercredi 24 octobre 2007
...Et je m’en excuse.


Ouais, parce que la quand même, c’est un peu plus la liberté que la fois d’avant. Bah ouais, là, je suis seul chez moi sans le moindre coloc qui squatte devant la télé ou qui tire la chasse.

Ca fait bizarre.

 

La solitude absolue, là. Donc la liberté absolue. Je peux faire ce que je veux sans penser au regard des colocs.

 

Je peux me balader à poil, bien sûr. Mais bon, là, fait un peu froid, et c’est pas comme si j’en avais envie de toute façon, c’est pas ce qui me manque le plus quand il y a des gens autour (de pas pouvoir me foutre à poil, je veux dire).

 

Je peux faire caca avec la porte ouverte. Mais je le fais pas non plus, j’aime bien avoir la porte fermée à clé même si y’a personne.

 

Je peux faire le ménage et la vaisselle sans avoir peur de les culpabiliser ni me dire que c’est pas la mienne et que j’ai pas à la faire. C’est bizarre, mais c’est comme ça, j’aime pas faire des remarques aux gens, même s’ils les prennent pas mal. Ca doit être un nouvel exemple de mon immense bonté d’âme. Ou de ma lâcheté insondable, peut-être.

 

Je peux chanter du Claude François dans mon escalier en plus des Fatals Picards sur mon canapé. (A vrai dire, j’en ai été le premier surpris, je crois : je fredonnais à tue-tête « Dans la maison vide, dans la chambre vide, tatatatatata », je connais pas la suite, malheureusement).

 

Je peux même regarder la Starac sans avoir à prétexter que c’est pour laisser ma blonde de coloc la regarder.

 

Et je peux même tenter de faire à manger, ce que j’évite totalement en règle générale. Mais là, j’ai même fait un gâteau au chocolat en suivant une recette d’internet, en faisant fondre du chocolat, en cassant des œufs et en mélangeant un bout des œufs avec plein de cassonnade parce qu’on avait pas de sucre et en montant le reste en neige pendant que le chocolat fond dans sa casserole avec du beurre et en rajoutant de la farine dedans et en mélangeant tout et en mettant au four dans un moule et hop, en plus il s'est démoulé tout bien.

  
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Pis j’ai coupé du poulet et je l’ai fait cuite et juste un peu brûler, que c’en était encore mangeable quand même. Bon, en tout cas, ça m’a permis de constater que c’est pas parce qu’on se donne du mal pour faire quelque chose que c’est bon pour autant, demain, ça sera soupe chinoise (ouais, parce qu’aujourd’hui c’est Starac, alors on va pas aussi manger de la soupe, hein, faut pas abuser des bonnes choses dans la vie. Par exemple Monica Bellucci)

 

Alors, hein, c’est beau la liberté, quand même.

 

Ceci dit, c’est rigolo comme le frigo fait plus de bruit quand t’es tout seul, et comment la porte est mieux quand elle est fermée à clé (alors que jamais je la ferme quand y’a quelqu’un dedans la maison, hein). Puis on se demande bien plus si les robinets sont bien tournés, et si on a pas entendu quelque chose en bas.

 

Ceci dit, une chose change pas, le lit reste l’endroit le plus accueillant de la maison.

Surtout quand il y a pas de chauffage.

 

Par Francis
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Mardi 30 octobre 2007

Bon, quelques jours de vacances, donc de notes courtes.

Je suis revenu en Bretagne, à Bréhat, le plus bel endroit de la terre, où tu peux oublier que un jour il faudra que tu trouves un travail, où tu peux te poser sur le mur avec un bouquin, ou sans bouquin, comater, glander, marcher sans but, confondre les meuglement des vaches avec ta sonnerie de portable, regarder monter la mer, regarder les grives casser des escargots, enlever un étourneau mort de ta chambre, boire des kirs, et penser avec déléctation à ceux qui sont pas là, et qui n’ont pas ta chance.

 

 

Ptain, chuis verni quand même.



Par Francis
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