Jeudi dernier, j’ai quitté mon île chérie. C’est triste, mais y’a des compensations. Par exemple, j’ai un bob.
Oui, parce que mon papa, sur le port, a décidé qu’il lui fallait des chaussures neuves, là, d’un coup. Une envie, comme ça. Il est pas enceinte, pourtant, hein. Mais bon.
Donc, il veut s’acheter des chaussures sur le port, alors il va à la biscuiterie-produits du terroir.
Etrangement, il n’en sort pas avec des chaussures, mais avec un bob vert, que je lui fauche immédiatement pour l’essayer, parce que « il est trop beau, je l’veux, tu me le donnes dis dis dis ? » (OK, soit, je régresse des fois avec mes parents).
Suite à cette tirade, ma maman, dans un élan d’amour maternel impromptu, et parce qu’il ne coûtait que dix euros, décide d’aller me chercher un bob, dont je me serais bien passé, vous vous en doutez.
Comme il coûtait dix euros, Titesoeur, qui depuis qu’elle est communiste a décidé qu’on devait vivre comme des déportés du goulag bien qu’on soit pas exactement dans une misère noire avec deux parents qui bossent (beaucoup quand même, je vous rassure) à l’étranger (j’essaye de lui faire comprendre que ce ne serait pas décent vis-à-vis des vrais pauvres de ne pas utiliser des sous qu’on a, mais elle est rétive à mes vues la bougresse), Titesoeur, donc, s’est mise à crier par la fenêtre de la voiture « Mais non achète pas, il en veut pas, il le mettra pas, mais ça sert à rien, il le veut pas », mettant la totalité de l’Arcouest (c’est le port) au courant de mon caprice (même si elle avait pas totalement tort, sur le moment).
Son ton de panique hystérique ne m’a que moyennement plu, et j’ai donc décidé de porter ce bob surtout en sa présence.
Donc, maintenant, j’ai un bob.
C’est laid, soit (bien qu’il manque le logo Ricard pour faire complètement beauf), mais je lui ai quand même trouvé des avantages, à mon bob.
De un, les gens me prennent pour Mélina Loupia dans la rue et viennent me quémander des autographes en s’écorchant les genoux sur le goudron lozérien (oui, là je suis en Lozère, j’en parlerai sans doute plus tard).
Nan, en fait, c’est pas vrai, hahaha, riez pas tant, et mouchez vos nez, vous mettez de la morve sur votre écran, vous pourrez pas lire la suite, ce serait vraiment trop dommage.
De deux, si je ne remonte pas les bords pour avoir l’air con et fiche la honte à Titesoeur et qu’à la place je l’enfonce sur mon crâne pour avoir l’air con et fiche la honte à Titesoeur, j’entends mal les gens, mais par contre le son mélodieux de ma propre voix est amplifié dans mes oreilles délicatement ourlées et au lobe parfaitement dessiné, et y résonne délicieusement.
Or, je pense que ça transparaît dans ma manière d’écrire, j’adore m’écouter parler. Maintenant, ce plaisir est multiplié, c’en est limite orgasmique.
De trois, ça cache la coiffure ratée que m'a fait ma maman, et ça m'évite d'avoir à me laver les cheveux, ce qui est un avantage quand on est une vingtaine à se partager deux douches.
Le quatrième avantage que je vois au bob, c’est le fait qu’il me donne l’air benêt, voire idiot. Ceci me permet de partir avec un a priori défavorable dans l’esprit de la majorité des gens de
bonne compagnie, qui seront donc estomaqués par mon esprit aussi vif qu’une loutre de mer dans un herbier à zostères, esprit qui, comme dirait Brice de Nice, me permettra de le casser comme une
palourde sur mon bidon (si, avec un caillou). Ou, à défaut, de le casser après moult cogitations sur mon blog.

