Aujourd'hui, j'ai pris une grande résolution, et je l'ai tenue séance tenante. Marre de carburer aux Prince de Lu, assez du saucisson trop cher, je suis allé faire mes courses au supermarché, et outre le papier toilette double épaisseur et le Canard Enchaîné, j'ai acheté du légume.
Enfin, biologiquement parlant, des fruits, plutôt. Des tomates. Des bonnes tomates-grappe de serre, avec la branche qui sent bon. Des mois que ça m'était pas arrivé. Enfin, que je les achète et les utilise, tout ça tout seul vu que là, y'a personne dans ma maison, je me balade tout nu comme je veux en ne risquant de complexer que les araignées.
Je suis fier de moi, là. Je me rapproche du seuil des cinq fruits et légumes par jour. Et par moi-même, sans que ce soient des restes de VIP (même si les cerises délaissées par Carla me manquent un peu), et sans que ce soit une quelconque femelle qui les prépare.
Non non non, j'ai tout fait tout seul. Tout seul, j'ai concocté une vinaigrette à l'huile d'olive, avec de la bonne moutarde de Dijon, tout seul j'ai ôté à un oignon sa peau bronzée, tout seul j'ai tranché sa chair à la blancheur diaphane au couteau à Marcassou, tout seul je suis allé faire caca (et je me suis lavé les mains), tout seul j'ai ensuite lavé des tomates, leur ai ôté le vert et les ai coupés en morceaux que j'ai tout seul mélangé aux oignons et à la vinaigrette, avant de les dévorer. Pas toutes seules, quand, même, je m'ai fait un croque-monsieur avec la machine à croque de ma cousine.
Alors quand même, je tenais à le faire savoir.
De même que je tenais à dire que le paquet de chips que je n'ai pas mangé sur les bords du canal Saint-Martin en buvant du Cointreau. Depuis samedi, ce paquet traîne chez moi, même pas entamé. Je suis d'une force morale rare, en ce moment, je trouve.
J'arrive même à passer outre la disparition du micro-ondes, parti avec sa propriétaire légitime.
Par contre, j'arrive pas à réviser mon chinois, j'ai plus envie de dormir ou de couper des tomates au couteau à Marcassou. En fait, le simple fait de tenir un couteau à Marcassou me donne des envies de trancher dans tout ce qui passe. Tenez, j'ai même ouvert l'emballage de la prise péritel de mon lecteur DVD au couteau à Marcassou, et regardé des épisodes des Simpson dessus (il marche bien, merci les petits amis !).
Mais bon, un emballage plastique, c'est pas comme un dauphin, quand même.
D'ailleurs, peu de choses sont comme un dauphin, le poireau commun, par exemple, a très peu de points communs avec les dauphins. Mais trêve de salamalecs, je ne sais plus du tout si je voulais en venir quelque part, ou si je tentais juste de pondre de la ligne, alors que même pas je suis payé pour.
Tiens, sinon, j'ai un nouveau bout de dent dans la bouche, il fait tout lisse sous la langue, c'est du toc. Mais au moins, je peux manger des Prince de Lu sans complexe. Même si j'essaye d'en manger moins, pour finir mes tomates avant qu'elles moisissent dans le fond du frigo, ce qui risque d'arriver si personne ne vient à ma rescousse. C'est pas facile de se forcer à manger du légume quand on est tout seul chez soi avec MSN et les Simpson. Et peut-être Scrubs, mais je dois vérifier.
Bon, je crois que je commence à tourner un peu en rond, je vais m'arrêter et aller arroser les fleurs de ma grande soeur, qui ont survécu à son absence de plus d'un an, je pense que je peux être fier de moi, d'ailleurs je le suis, c'est mieux comme ça. Il faut bien que quelqu'un le soit, sinon, le monde serait bien triste, et quoi de pire qu'un monde triste sans pouvoir d'achat, hein ? Vous voyez bien. Pfu, allez, dodo.
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