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3 novembre 2014 1 03 /11 /novembre /2014 22:16

Me voilà donc une fois de plus seul, en slip, avachi devant mon PC comme une larve devant un PC, plus ou moins vivante image de la sédentarité bonasse. Mais les apparences sont trompeuses comme l'amant infidèle.

Car on ne croirait pas à me voir aujourd'hui, mais laissez-moi vous dire que j'en ai vu des vertes, dans ma vie. J'ai roulé ma bourlingue aux trois coins du monde, tiré mes larigots par monts et par vaux. Tenez, par exemple, prenons mes travails (travaux ? Naaan, travails). Par rapport à certains de mes camarades de promo, je peux me la gausser grave, je peux vous le dire. Je m'en prive pas, d'ailleurs. Les zigues, ils sortent de l'école, paf ils trouvent un CDI, une gonzesse, un prêt, un môme. La grande ligne droite de la vie. L'horreur.

Moi, je sors de l'école, et paf, deux jours à Malte, deux ans à Dakar, un tour à Nantes, un tour à Reims, retour à Nantes, les mains dans les poches et le slip serré. Si ça c'est pas au moins de la bourlinguette, je sais pas ce qu'il vous faut.

Hélas, le fait qu'ils soient à des endroits (pour le moins) est le trait le plus intéressant de mes travails.

Mis à part quelques touristas qui resteront dans les annales de ce blog, il n'y a pas grand-chose à en dire.

Quoique.

Il y a des trucs rigolos, quand même, à propos de ces travails. Par exemple, sur mes quatre derniers boulots, deux me sont tombés dessus quand j'étais à Bréhat. Les deux autres, c'était en revenant d'un mariage. En alternance, Bréhat-soir de retour de mariage-Bréhat-soir de retour de mariage. Je sais ce que je dois faire à la fin de mon contrat, du coup. Enfin, si je veux retrouver un travail.

Parce qu'il y a un côté obscur à mes travails. Si obscur qu'il en confine à l'enténébrant fuligineux. Ou à la ténébreuse fuliginosité.

Voyez-vous, comme vous vous en êtes sûrement rendus compte, je suis quelqu'un qui exsude la joie de vivre, qui pétule de droite et de gauche, je mirlitonne à travers les cahots de l'existence comme un cabri nouveau-né, alors que. Alors que. Si vous saviez.

D'ailleurs, vous allez bientôt le savoir.

Ma vie (professionnelle) est bâtie sur les décombres de celles de mes prédécesseurs.

Je mène en effet la carrière (fort enviable au demeurant) de bouche-trou. Trois de mes quatre derniers contrats ont éclos de l'abandon de poste d'un prédécesseur. Et ce n'était pas parce qu'ils étaient partis élever des chèvres dans le Larzac, ou s'étaient découvert un talent de dresseurs de puces qu'ils brûlaient de montrer au monde.

J'ai remplacé une thésarde qui a dû lâcher sa thèse pour travailler (enfin, travailler pour de vrai, dans une usine pétrolière dans le nord) parce que ses parents lui avaient coupé les vivres quand elle a refusé un mariage arrangé.

Plus récemment, j'ai pris la suite d'un type dépressif qui a abandonné sa mission au bout de quelques mois. Quand je lui ai demandé pourquoi, mon chef m'a répondu « ho, il disait qu'il était en train de devenir aveugle. On est presque sûrs qu'il est encore vivant, quand même ».

Et enfin, le plus long de mes boulots a été en remplacement d'une fille qui a été rapatriée sanitaire pour cause de dépression nerveuse (et sans doute tentative de suicide) au bout d'un ou deux mois.

Inutile de vous dire que je me suis parfaitement épanoui (mis à part au niveau de la flore intestinale) dans chacun de ces jobs.

Ma félicité est donc bâtie sur la ruine de malheureux inconnus. Je suis un vampire du bonheur.

Et je n'arrive pas à en avoir honte.

Je suis un salopard.

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